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Erwan Pinard, prof et chanteur, « une complémentarité nécessaire »

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Erwan Pinard chantait récemment au Bal des Fringants, une petite salle de spectacle dans les Pentes de la Croix-Rousse à Lyon. Une belle occasion pour prendre rendez-vous avec l’artiste. On s’est retrouvés quelques jours plus tard pour échanger librement sur ses métiers (il est prof en collège en même temps que musicien), sur ses albums et son parcours dans la chanson.

erwann-pinard12-07-2015-@--2Hexagone : Erwan, ça sonne un peu breton ton prénom ?
Erwan Pinard : De loin en effet. Mon grand-père était breton, de Rennes. J’aime beaucoup cette région mais je ne la hisse pas comme un étendard. Je suis né dans le Nord, à Maubeuge, donc quand j ‘étais jeune, je croyais que Maubeuge c’était la Bretagne. Je suis arrivé à Lyon il y a 32 ans et je me sens lyonnais maintenant.

Hexagone : Tu as commencé la musique très jeune ?
Erwan Pinard : J’ai commencé par l’école de musique de Chassieu et j’ai continué après au lycée dans un groupe de rock’n’roll où je chantais en yaourt. Ce sont Gainsbourg et Brassens qui m’ont donné envie de chanter en français. J’ai suivi ensuite des études de musicologie à la fac et je suis devenu prof de musique au collège. Depuis 4 ans je suis passé à mi-temps pour développer la musique à côté de l’enseignement. Ces métiers me plaisent : aller faire l’idiot sur scène ou dans une salle de classe, il y a une complémentarité nécessaire pour moi.

Hexagone : Et tu leur apprends quoi au collège ?
Erwan Pinard : Je leur apprends à écouter, à chanter ensemble, à créer aussi, à enrichir leurs moyens de perception. Dans les programmes officiels, tu as plusieurs séquences d’environ 5 semaines où dans chacune tu étudies au moins une œuvre et un chant, en essayant de rendre le tout cohérent et vivant. Par exemple j’ai fait un travail autour de la dynamique et du mouvement avec Le Sacre du Printemps de Stravinsky et la chanson T’as pas tout dit de Boby Lapointe, qui s’est peu à peu retrouvée transformée en rap sur un instru de Cypress Hill. La flûte à bec est morte, paix à notre âme.

Hexagone : Tu n’as jamais pensé à faire de la chanson ton métier principal ?
Erwan Pinard : Oui, au début j’y ai pensé. Mais je n’ai pas eu le courage de le faire et au niveau familial je n’y étais pas encouragé. Et puis, il y a quinze ans, je n’avais pas beaucoup de cordes à mon arc en dehors de quelques petites chansonnettes que je ne chante plus maintenant. Et surtout j’ai eu l’opportunité de remplacer ma prof de musique au collège où j’avais été môme. Ses cours étaient du grand n’importe quoi . Tout le monde s’y défoulait à son aise ou s’y ennuyait ferme. Le fait de me retrouver à la place de cette prof et de voir qu’il était possible de faire quelquechose de bien avec la musique pour des ados a déclenché cette vocation en moi. La chanson a continué à se développer en parallèle.

Hexagone : Et la chanson, ça a commencé avec Gainsbourg et Brassens ?
Erwan Pinard : Il y a eu Thiéfaine aussi. Je me suis donc mis à faire des chansons en français, il y a 15 ans. Avant ça j’aimais le rock et ça sonnait mieux en anglais. Je me suis peu à peu rendu compte que ce que je proposais en français me plaisait et pouvait plaire. J’ai commencé dans des bars lyonnais comme Le Bastringue, rue de la Charité, qui n’existe plus aujourd’hui. A Thou Bout d’Chant aussi en première partie, et puis le Kraspek Myzik il y a une dizaine d’années.

Hexagone : Ton premier album est venu assez vite ensuite ?
Erwan Pinard : C’était l’album Contient des sulfites. J’en ai tiré 1000 et il est épuisé maintenant. A cette époque on jouait à 4 dans une ambiance plus chanson, plus fanfare que ce que je fais aujourd’hui. Mais à 4 on a fait seulement 2 concerts avec le premier l’album. Et comme ça n’a pas débouché sur de nouvelles dates chacun a repris sa route. A l’époque je rêvassais un peu, en espérant trouver des dates tout seul sans être connu… il faut du temps pour se trouver un public.

11040343_921725134525784_1900309518_nHexagone : Tes albums sont le résultat d’un travail collectif ?
Erwan Pinard : Oui pour les arrangements. J’amène le gros du boulot. Je suis le chef d’orchestre mais je reste très ouvert à l’apport des autres. Mes partenaires, je les ai trouvés sans vraiment les chercher. C’est d’abord un rapport humain : on joue ensemble quelque chose sur le pouce et on s’est bien retrouvé pour ce premier album. Je jouais avec Xavier Blanchot, Heiko Wilhelm et Laurent Fellot du groupe Des fourmis dans les main. Mais ensuite on dit «dates à faire,» «disponibilités,» «projet,» on dit « argent » et c’est là que ça coince.
Dans le deuxième album, Sauvez les meubles, il y a en même temps le reste de la vieille équipe et la nouvelle. Ca donne un album un peu fouillis. Pour le troisième, j’ai resserré les choses et fait moi-même le gros des arrangements, comme les cuivres.

Hexagone : Tu as donc repris la trompette ?
Erwan Pinard : Sur tous les albums, je joue de la trompette. J’ai d’ailleurs beaucoup plus de stress avec la trompette qu’avec le chant. C’est sans doute qu’avec la trompette j’ai une formation classique où on n’a pas le droit à l’erreur avec sa partition devant soi. J’ai fait des années de trompette «à la cool,» à l’école de musique de Chassieu. Bon, quand j’ai voulu intégrer le conservatoire pour voir, on m’a dit que c’était tout à refaire. J’ai fait de la trompette aussi pendant un an dans Khaban’, l’ancien groupe de Stéphane Balmino. Et maintenant quand je peux prendre le temps d’en faire pour mes arrangements, ainsi que tous mes cuivres de brocante, je me fais plaisir.

Hexagone : Et ce troisième album, il en est où maintenant ?
Erwan Pinard : Il est au mixage. Je n’y touche plus et c’est Lionel Aubernon, mon batteur, qui s’occupe du mixage. Ca devrait être fini fin juillet. Il utilise des outils informatiques qui me fatiguent assez vite. Lionel, lui, adore faire ça. C’est un peu un défi pour lui de mixer tout un album. J’ai confiance en son amour du son.
Cet album a été fait à la maison avec mes compagnons de scène : Lionel Aubernon et son frère Jérôme pour les cordes (guitare, violon). Ils sont tous les deux profs de musique en Conservatoire. Ils ont été tous les deux au Kraspek en tant que régisseur ou technicien son. Ils ont aussi leur propre groupe, Du sang sur le lino. Ils jouent aussi avec Mathilde Valy, la co-fondatrice du Kraspek dans le groupe M’a t’Il Dy.

11068843_921725084525789_1275191408_nHexagone : Le Kraspek a donc beaucoup compté pour toi ?
Erwan Pinard : Oui, ils m’ont programmé sans me demander de Curriculum Vitae. Ce sont mes premiers souvenirs d’un vrai concert où au moins 40 personnes venaient se taper d’eux mêmes du Erwan Pinard pendant 1h 30.

Hexagone : Mais parlons de tes textes…. c’est plutôt dur dans l’ensemble.
Erwan Pinard : Ils sont de plus en plus tendus et tordus. C’est assez noir dans l’ensemble.

Hexagone : Tu vois la vie en noir alors ?
Erwan Pinard : A la base, non, je ne crois pas. Mais voir la vie en rose ça me fait moins écrire. Je suis loin d’être un triste sire, c’est que dans ma vie amoureuse j’ai connu récemment de grands chambardements et le troisième album s’est nourri de ça. Maintenant que j’ai creusé ce sillon, il faut que j’arrive à en changer. Ca fait un moment que je n’ai pas écrit de nouvelles choses parce que cette noirceur qui revient sur le thème de l’amour devient un mécanisme, une routine qu’il faut casser. Chaque fois que je me lance dans quelque chose, il faut que ça me fasse rire ou sourire, que ça m’amuse. Si c’est trop noir, je jette ou je n’y vais pas. Il y a des gens qui ne voient que le côté rigolo de ce que je chante, d’autres que le côté sombre. C’est troublant comme une chanson peut être reçue.

Hexagone : Mais tu abordes aussi des thèmes variés et ton Centre ville, c’est un peu politique aussi.
Erwan Pinard : Oui, c’est vrai. La politique n’est pas si loin que ça. Comme je ne sais pas en faire et n’y connais pas grand chose, je me l’approprie avec mon regard de chanteur, de citoyen.

Hexagone : Et le nouvel album, c’est différent ?
Erwan Pinard : Le nouvel album est moins politique car c’est mon bazar sentimental qui en est le moteur. Mais avec mes textes à double fond, en forme de jeux où on peut gratter si on a envie, on peut y voir aussi une peinture de la société. Ce dernier album parle uniquement d’amour mais s’appelle Obsolescence programmée.

Hexagone : Tu penses continuer l’enseignement et la chanson ?
Erwan Pinard : Il m’arrive parfois de sortir de scène et de trouver ça un peu vain, en dehors du monde. Je me sens parfois plus utile avec les gamins. La complémentarité entre le collège et la scène me convient bien pour l’instant, ça me permet pour l’aspect chanson de rester ancré dans le réel, et pour l’aspect pédagogie d’avoir une sorte d’aisance et d’autorité naturelle que les gamins ressentent.

Le Mad aux Francos – épisode 1 : Emilie Marsh en showcase

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Hexagonaute chéri(e), mon amour*… Tu vas être fort marri d’apprendre que celui qui s’est auto-proclamé envoyé spécial d’Hexagone aux trente et unième Francofolies de la Rochelle, est en fait le moins qualifié au sein de ce beau webzine, entièrement dévoué à la « Cause », pour te raconter LE festival de la chanson française.

Emilie Marsh - Showcase 3Comment les instances décisionnaires de votre webzine favori ont-t-ils pu tolérer que le dénommé Le Mad s’arroge un tel droit ? Comment espérer une once d’objectivité chez ce zozo qui se trimballe avec un sac à l’effigie des Specials, qui serine à qui veut bien l’entendre que les Clash sont le meilleur groupe de rock du monde et en dehors de cela, basta ! Sauras-tu supporter cet affront ? Pour le savoir, il te faudra lire cette saga des Francos jusqu’au bout. Pauvre de toi, c’est carrément du Proust dans le texte, nombriliste à souhait donc… Et en même temps, tu ne vas pas râler, c’est « qualité française », non ?

Un mien collègue, professionnel de la programmation chanson, m’avait particulièrement mis en garde. – « Ne t’attends pas à retrouver l’ambiance de « ton » Printemps de Bourges, avec ses scènes ouvertes, ses bars ivres de musique live… La Rochelle ne s’offre pas comme ta capitale berrichonne ; c’est une respectable cité de notables, pour ne pas dire une ville de bourges. Sur la place de Saint Jean d’Acre, tu iras mon garçon et nulle part ailleurs tu ne baguenauderas. Ceci dit, va tout de même faire un tour au village Francofou ou en matinée au théâtre de la Verdière, c’est là que tu trouveras peut-être ta dose de décibels et de larsens populaciers… »

Mon bon conseilleur avait omis les showcases, le lieu – avec les petites salles de la programmation – où il est encore possible de rencontrer des artistes à l’énergie primaire intacte, au style et à l’allure fringuants, pas encore trop polissés par la production. EMILIE MARSH correspond en tout point à cette définition et c’est la raison pour laquelle elle est déjà bien présente dans votre webzine favori. Malgré des conditions franchement pas idéales – scène riquiqui jouxtant l’espace vente de produits estampillés Francos, passage à 18h30, à l’heure de l’apéro donc – c’est armée de sa seule guitare et d’un sourire ravageur, que la belle Emilie est parvenue à capter le public de badauds, venus en famille se promener dans les allées du village FrancoFous. Lorsque je l’abordais, encore tout émoustillé par sa prestation et me présentais, je l’entendis me répondre :
– « Hexagone ? Ah, David… il est tellement sympathique ! »

D’autres qualificatifs du même genre allaient lui venir, je le savais… Mais fort heureusement elle fut appelée pour une interview, me laissant sans voix. Ce David D. même lorsque il est absent, il arrive à me piquer la vedette ! « Tu t’en fous, le Mad » me disais-je, « tu retournes la voir le 13 juillet et d’ici là, tu auras le temps de lui tailler une super réput’ sur l’web au taulier et faire croire à la belle Emilie qu’en fait, c’est toi l’empereur, le Napoléon d’Hexagone ! »

* Et pendant qu’on y est, rendez, s’il vous plait, à Pierre ce qui est à Desproges et arrêtez de nous emmerder avec vos étoiles à la con, qui font tâche dans le châpo.

Barbara Weldens gagne les Découvertes Pause Guitare

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Sur Hexagone on avait quitté Barbara Weldens avec le reportage sur son superbe concert en avril à Pézenas terminé par une standing ovation du public du Printival. On la retrouve ce samedi 11 Juillet à Albi aux découvertes du festival Pause Guitare.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Et elle gagne : le Prix du public & le Prix des Pros. Pour moi ce n’est pas une surprise, mais plutôt une évidence comme Emilie Marsh au Pic d’Or à Tarbes en mai. Les cinq sélectionnés se produisent sur vingt cinq minutes. Le set de Barbara, bien construit, sur cinq chansons seulement, révèle plusieurs facettes de son talent. Son univers particulier qui peut paraître sombre et bizarre, ses textes intenses et sa vision de la relation homme femme, sa voix qui peut aller jusqu’au lyrique, sa maîtrise de la scène et aussi son humour. Illustré ce jour par Où sont mes nichons ?  « plus légère et humoristique » mais pas que. Weldens, une artiste en mouvement. C’est la troisième fois que je la vois en trois mois. Un choc et un plaisir à chaque prestation. Aucun concert identique. Ici, une part de nouveau par rapport au concert de Pézenas.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Elle termine par une chanson inédite pour moi, déjà presque chanson bilan de la vie passée, pas très positif mais qui se termine par « J’ai un rêve qui me tient Je le lâche pas. Ça doit vouloir dire ça vivre j’en sais rien Ça me fait peur mais je lâche pas ». Sûr, un rêve qui donne une artiste d’une telle intensité il ne faut pas le lâcher. Continue Barbara ! Je pourrais reprendre les termes utilisés sur le reportage précédent (que c’est bien le copier-coller pour un journaliste flemmard qui écrit en partant en vacances !) mais comme je suis un chroniqueur consciencieux je l’adapte un peu au set. « Weldens, une sorte d’ovni de la chanson, un phénomène vocal, une force et une énergie phénoménale. Un personnage étonnant. Elle chante pieds nus, mais apporte, sur la scène, une paire de chaussures rouges à talon haut. Silhouette androgyne aux bras musclés, c’est une tornade sur scène. Avec des textes intenses, sa chanson est un cri, souvent déchirant

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Après le concert, elle me dira son émotion d’avoir « la reconnaissance du public et des pros. » Elle me confirmera se sentir sur la bonne voie (pour la voix il me semble que c’est fait depuis un bon moment !). Car elle se sait bien épaulée par Barbara Hammadi et Christophe Boucher qui sont plus que des accompagnateurs, en fait de véritables acolytes partenaires qui « participent à part entière à la création du projet. » Elle me dit aussi être bien encadrée par Dany Lapointe (la directrice du Printival) qui s’occupe d’elle et «me donne confiance en moi». Elle évoquera aussi, avec gourmandise, la prochaine étape : un véritable album. A ce jour seul existe, pour le projet actuel à trois, un EP de démo de quatre titres. Les deux prix, gagnés à Albi, en espèces sonnantes et trébuchantes vont certainement donner un coup de fouet à cet objectif. Ce qui m’a frappé lors des deux petits échanges avec Barbara c’est son naturel, et un côté presque fragile qui n’apparaît absolument pas sur scène.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Sur les autres participants je retiendrai K (Karina Duhamel) qui a gagné, elle aussi, une prestation sur une scène pour la prochaine édition du festival Pause Guitare. Là aussi, les spectateurs ont découvert un univers personnel, une personnalité forte, des chansons marquantes comme Entre mes jambes et Adultère (histoire macabre mais joliment écrite et distillée où la chanteuse annonce avoir tué et rangé toutes les femmes croisées par son homme, chanson qui à chaque fois fait son effet sur le public). J’ai encore à me faire un peu au coté bidouilleuse de sons, et aux machines dont elle s’entoure. Après les découvertes, parlons un peu du festival à travers son président Alain Navarro. Le festival, 19ème édition en 2015, a pris un tournant depuis quelques années. Il se place désormais dans les grands festivals nationaux et a de prestigieuses têtes d’affiches internationales et françaises. Tu sais que je ne vais pas te parler d’eux dans Hexagone. Mais lors d’un bref échange avec Alain Navarro au Pic d’Or de Tarbes quelques semaines auparavant il m’avait cité deux caractéristiques qu’il est intéressant de noter.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

D’abord Pause Guitare a une forte part de financement privé, garant peut être de sa pérennité. Ensuite le succès des têtes d’affiche, sur la grande scène plein air avec une jauge de 11 000  places, lui permet de continuer à promouvoir une scène chanson francophone d’artistes émergents. Cela se concrétise, entre autres, depuis neuf ans, par les Découvertes Chanson, dont je viens de te parler. Elles permettent aux artistes en développement d’être vus par des professionnels, des journalistes et par le public. Mais aussi par les Québécofolies, depuis 4 ans, plateau découverte de cinq artistes québécois francophones dont cette année Les tireux d’roches.  Et également des concerts gratuits où on a pu voir, entre autres, Boule (je t’en reparlerai à l’occasion), le Bruit qui court, Laurent Montagne et Daniel Léger. Et pour finir  une scène Talent qui regroupait Jesers, le gagnant des découvertes de l’an passé, Nevché et Karimouche. Pour terminer cette chronique sur les Découvertes je laisse aussi le dernier mot à Alain Navarro au moment de la remise des prix.

Il a rendu hommage au talent de découvreur du festival Alors Chante, mais surtout il a souhaité bon vent au nouveau capitaine du navire Dominique Janin qui a refusé que le bateau s’échoue et qui désormais le mène dans une nouvelle direction en l’amarrant à Castelsarasin (bon c’est pas tout à fait ce qu’il a dit mais j’ai essayé de garder l’esprit). Petite anecdote : Barbara Weldens était dans les 12 sélectionnés des Découvertes Alors Chante mais vu la suppression du festival cette année à Montauban les « découvertes » n’ont pas pu avoir lieu sur scène comme d’habitude avec des prestations d’environ 40 minutes mais par un vote internet à partir d’écoutes de chansons.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Barbara Weldens Découvertes Pause Guitare à Albi (81)  samedi 11 juillet

Wladimir Anselme, des heures trop courtes

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Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Vendredi 10 juillet 2015. Après une séance de repérage photos, Manu Lods me jette en scoot au pied du Limonaire qui n’en a qu’un de pied et c’est pour ça que j’en cause au singulier. Singulier aussi le personnage que je viens voir ce soir dans ce célèbre cabaret de la cité Bergère. Wladimir Anselme avec un W à Wladimir pour montrer qu’il est pas normal ce gars et qu’il fait rien comme les autres.

A mon arrivée, je vois direct que ça sent les vacances à Paname. La terrasse est blindée, un peu, la salle moins. Remarque, je suis arrivé tôt. Je me dis que ça sent quand même sérieux la fin des concerts parisiens de la saison et qu’il va falloir penser aller hexagoner ailleurs. Mais pour l’heure, pas question de rater le Wlad’ qui se fait bien trop rare sur nos planches. D’ailleurs, dans l’assistance du soir, je les ai reconnus les habitués de la chanson parigote qui savent toujours flairer les bons plans et qui étaient là. J’ai des noms mais j’les garde pour moi parce que si ça balance pas mal à Paris pour France, moi pas !

Ce vendredi, Wladimir-avec-un-W venait pousser la chansonnette sans plan de vol super strict. Son superbe dernier album pour les grands, Les heures courtes, commence à avoir un peu de bouteille et dernièrement, on a surtout vu Wladimir défendre ses Cromosaures de l’espace. C’est quoi ? Je te dis. C’est du jeune public ça. Un album de chanson-histoire-bande-dessinée qui raconte une aventure à la sauce Anselme, c’est à dire un truc un peu barré où l’on ne comprend pas toujours tout mais d’où l’on sort toujours sur le cul.

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Vendredi soir donc, il a mélangé tout ça le Wlad-à-W. Il a commencé seul à la guitare sur quelques titres avant d’être rejoint dans un premier temps par une autre guitare. Quand il chante pour les grands, en formation, il est accompagné des Atlas Crocodile et ça envoie. C’est du rock élégant avec du parfum sous les bras. Là, de la bande des crocos, c’est Csaba (prononce Chabat comme Alain) Palotaï qui l’a rejoint. Csaba est à la guitare ce que Bernard Hinault est au vélo : un steack ! Mais Csaba est encore en activité. Et bien outillé ! Guitare électrique aussi old school que son antique ampli à lampes au son chaud et crunchy, c’est que du bonheur.

Et puis, comme il n’était pas tout seul tout seul Wladimir-avec-un-double-V, Hexagonaute, si tu suis le gars Anselme de longue date, sache que tu as raté la présence-retour de Frédéric Norel, fidèle des premières heures qui est venu jeter son violon dingue sur quelques morceaux en seconde partie de concert.

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Alors, ça nous donne quoi cette formation de solo à trois ? Et bien ça donne un merveilleux moment de poésie qui va crescendo (t’as vu, je cause en latin aussi !). Débutant le set tout seul comme un grand, rejoint ensuite par Csaba, puis par Fred Norel, Wladimir-au-double-vé a mêlé sans méli mélo chansons des heures courtes, anciennes, nouvelles, textes et chansons des Cromosaures de l’espace pour un résultat du plus bel effet. Certes, il y eut ici et là quelques petites hésitations inhérentes à une formule nouvelle et/ou de circonstance. Mais franchement de la broutille, de la roupie de chansonnette, au regard du beau moment passé.

Surprenante réussite que ce croisement de genres et de publics. Allier les chansons d’adultes au répertoire des plus jeunes. Ça montre s’il en est besoin qu’une bonne chanson touche quiconque veut prendre le temps de l’écouter. Ça montre que les catégorisations, finalement, c’est aussi un peu des conneries. Par exemple, moi j’en connais qui pensent faire des chansons pour les grands mais j’oserais même pas les faire écouter à ma gosse de trois ans. Tu vois le genre. N’insiste pas, je ne dirais pas de mal de Christophe Maé. De M Pokora non plus.

wladimir-anselme-12-07-2015-@david-desreumaux-7795La force, la très grande force de VVladimir Anselme repose sur la qualité de son écriture, sur sa puissance imaginative et sa propension à créer des univers singuliers, à générer des climats où le temps d’une chanson, on se sent comme absent du monde. On est dans le sien, dans les siens. Le sens résiste au fil de la narration, parfois nous échappe, mais le transport poétique vaut toute assertion mal affirmée. Ajoute à cela des mélodies fichtrement bien gaulées, sur lesquelles tu te sens comme sur un aéroplane ou sous LSD et t’auras compris que t’arrives à la fin du concert carrément zen. Limite, tu files acheter un aller simple pour Katmandou.

Tu vois, hexagonaute, on commence à salement se connaître toi et moi. Ça fait déjà un petit bail que je te raconte mes divagations en chanson, que je me livre à toi avec le plus de sincérité possible. J’essaie. Je sais, je suis timide. Je vais quand même te dire un secret que tu répéteras pas. Ok ? Des chanteurs et des chanteuses, j’en écoute plein, tu le sais bien toi puisque tu lis ces colonnes comme un junkie. Et j’en aime beaucoup. Des chanteurs et des chanteuses. Pas des junkies. Mais dobeuleyou-Wlad, c’est un cas à part. Je l’aime beaucoup avec un petit truc en plus. Figure-toi que fin des années 90 ou tout début 2000, c’est le premier artiste que j’ai chroniqué avec mes petits doigts. Ouais. Parce que je l’avais vu en première partie de Thiéfaine à Orly. C’était le Festival de Marne et j’avais kiffé comme on disait pas encore à l’époque. Et puis aussi, le concert où j’ai rencontré ma fiancée alors qu’elle avait même pas encore fait mes enfants, c’était un concert de Wladimir Anselme ! C’était le 12 mars 2002. C’était au Limonaire. Déjà oui. Tu vois, il est bon W et c’est pas d’hier ! Comme disait l’autre, « la routourne a tourné » et dans un seul sens. Le bon.


Joulik : les chenapans nous mettent en joie

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Joulik, je t’en ai déjà parlé, rapidement, comme un de mes concerts coups de cœur 2014. Et je reviens aujourd’hui avec un article plus complet. Joulik, s’il fallait mettre rapidement un qualificatif ce serait : groupe de musiques et chansons du monde, traditionnels et compositions originales (mais toute étiquette est réductrice). Ce trio est constitué d’une accordéoniste, une contrebassiste et un guitariste (mais on va y revenir car c’est là aussi réducteur).

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Rarement je fais une infidélité à la chanson francophone. Quand je viens te parler de groupes dont je ne comprends pas les paroles c’est que la beauté des voix, l’émotion ressentie et l’énergie transmise par le groupe sont fortes et  me touchent (c’est le cas des Bertitas et de La Mal Coiffée). Et Joulik c’est encore plus. La preuve ? J’ai décidé de leur consacrer tout un week-end. Le vendredi pour un concert dans un petit lieu associatif toulousain, le samedi soir pour un concert en plein air sur la grande scène du festival des Voix à Moissac, l’après midi pour un très agréable moment d’échange et d’interview dans un bar glacier (ah bon Michel tu penses que c’est nécessaire de préciser « glacier » ?). Et le dimanche, à la maison, pour trier les photos prises et se remémorer les deux concerts.

Photo Michel Gallas
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Joulik, dans deux contextes différents, a joué le même set d’une heure trente. Le premier soir, concert nocturne, débutant à 22h30, petite jauge, cadre intimiste et grande proximité avec l’auditoire. A La Candela, lieu associatif toulousain plutôt récent, la « salle de spectacle » c’est une pièce, plancher en bois, avec le bar d’un côté, des petites tables, des coussins disposés sur le sol, pas de scène, Joulik jouant devant le mur pour une petite cinquantaine de personnes. Et la chaleur montera vite. Nous sommes vite emportés par cette musique et ces voix vers un large voyage musical. Trois superbes musiciens, des chants magnifiés par la voix, un vrai travail sur le son et la polyphonie, des mélodies entraînantes ou/et attachantes, des changements de rythme, du talent, et de l’originalité. On ressent le plaisir de jouer ensemble. Allez je te présente un peu plus le groupe.

Photo Michel Gallas
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Melissa Zantman, va-nu-pieds sur scène, voix magnifique, claire et troublante, nous emmène en voyage. Quelle que soit la langue d’origine de la chanson on a l’impression que c’est la sienne, l’accent et la diction apparaissent naturels. Totalement habitée quand elle joue de son accordéon chromatique et quand elle chante. Il semble difficile aux deux autres membres du groupe d’être à son niveau. Et pourtant ils y arrivent. Robin Celse, chapeau et sourire aux lèvres, bien sûr très bon guitariste, nous éblouit à l’oud et avec son utilisation du bouzouki. Le petit plus, il fait sourire le public en accordant son bouzouki avec des sonorités irlandaises et chinoises puis en annonçant la fin du concert sans prononcer le mot. Gabrielle Gonin est la seule à jouer d’un unique instrument mais elle fait corps avec sa contrebasse, dont elle a choisi la couleur assortie à celle de ses cheveux. Elle quitte pourtant son instrument pour faire apprécier son chant sur deux morceaux, l’un en anglais et l’autre en français Des espoirs. Au-delà des grandes qualités intrinsèques de chacun, ce qui est la force du groupe Joulik c’est … le groupe. Le plaisir de jouer ensemble est évident, palpable. Chacun fait attention à l’autre. Je n’ai, je pense, jamais vu les membres d’un groupe se regarder autant, se sourire autant (les photos à deux de cet article ou de la galerie Joulik te le montrent). Et le résultat est là. La magie du mélange des voix et des chants polyphoniques, l’originalité et la créativité dans les arrangements, la beauté des sons. Et ce sentiment de liberté qui se dégage. Partis d’un répertoire, à base de chants traditionnels des pays de l’Est, dans lequel ils excellent, ils ne s’interdisent pas de s’en éloigner. En fait, ils ne s’interdisent rien ! Ils ont un titre créé en langage imaginaire, un chant d’amour « un peu beaucoup revisité » ramené d’un voyage en Inde, un traditionnel afroportoricain Sueno où le bouzouki est utilisé,  une reprise d’une chanteuse italienne où ils ont glissé un peu de … Satie, une Valse à 2 temps 3 mouvements où à chacun des deux concerts au moins un couple de danseurs s’est essayé et un titre … en français. En synthèse : talent, originalité, enthousiasme et liberté.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Pour le rappel du concert du vendredi «On ne va pas s’interdire le plaisir d’un morceau en acoustique.» Ils débranchent les instruments, se rapprochent encore un peu plus du public et font leur chanson en italien. Ils me diront le lendemain le plaisir à jouer en acoustique, à avoir un réel  contact avec le public vu la proximité induite par le lieu.  Et les spectateurs ont encore plus ressenti leur naturel et leur plaisir à jouer. A noter, après le concert une spectatrice, impressionnée par le jeu de Mélissa, lui demandera … des cours d’accordéon. Le lendemain, changement de cadre. Une grande scène et un grand soleil à 19h, plusieurs centaines de spectateurs sur des chaises. Et à nouveau un très beau concert. Les deux fois les réactions du public ont été similaires : une grande écoute dés les premières notes et chants, de longs applaudissements à la fin de chaque titre, une  grande et belle ovation à la fin du concert et même une ovation debout pour une majorité de gens le samedi à Moissac, avec un nombre significatif de disques vendus ensuite.

Photo Michel Gallas
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Et comme je t’ai parlé d’un article complet je vais t’évoquer l’échange – interview du samedi après midi. Je ne le fais pas à coup de questions réponses : trop formel et puis cet entretien a déjà nourri le texte qui précède. Ô surprise je les ai questionnés sur le nom du groupe (et oui je savais que tu me la poserais sinon) et leur débuts. «Joulik en russe signifie chenapan, petit voleur, va-nu-pieds» (quand je te disais que je me suis servi de l’interview pour le contenu précédent de l’article !) «Le mot Joulik a été choisi aussi pour sa sonorité. Et c’est également le nom d’une chanson emblématique de Bratsch qui est devenue le titre d’un de leurs albums et puis le nom de notre groupe.» Le groupe a démarré en 2009 par un duo, devenu trio puis quatuor en 2011. lls enregistrent leur premier E.P A doux pas …. Suite au départ de la chanteuse percussionniste en 2013, le groupe prend sa forme actuelle de trio et réalise un album Aux temps sorti l’été dernier. Cet entretien me confirme mes impressions des concerts : ce qui caractérise Joulik, en plus de sa musique, c’est la force de la notion de groupe et le sentiment de liberté. Sur le groupe : «Joulik c’est spécial parce qu’il n’y a pas de leader. Chacun a la même importance, prend une même place.» Puis, «Même quand l’un d’entre nous arrive avec une composition personnelle, et c’est le cas pour chacun, ou de textes, pour les filles, les arrangements sont faits en commun, le morceau fait son chemin, on ajoute ensemble la patte Joulik.» Quand on pose une question, on ne sait pas qui va répondre, l’un démarre, ils se complètent, s’expriment avec enthousiasme, s’enrichissent … comme sur scène.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Parlons du sentiment de liberté. Cette liberté qui leur fait élargir leur répertoire. Ils ont bien senti, notamment pour la présélection Les Inouis pour le Printemps de Bourges que le fait de ne pas se restreindre à la musique de l’Est, de ne pas « rentrer » dans une case pouvait constituer une limite à leur développement. Mais «de moins en moins on s’interdit d’aller où on a envie. On ne veut pas que quelqu’un nous oblige à rentrer dans une case. Sinon on arrête, on change de métier. Ce qui nous a réunis au départ ce n’est pas la musique de l’est, c’est le son que l’on trouve ensemble. Quelle que soit la musique ça reste nous dans l’interprétation, c’est la patte Joulik. On fait ce qu’on a envie, ensemble.» Cette liberté les a aussi amenés à choisir un quatrième membre, «comme un quatrième musicien,» leur ingénieur du son. Un choix assumé, rare pour un groupe autoproduit, qui entraîne une contrainte financière. Mais un choix en phase avec l’esprit du groupe et sa volonté de donner le plus bel écrin sonore aux morceaux, aux différents instruments et voix ; de préciser les ambiances musicales, absolument différentes à chaque morceau. Avoir un ingé son «C’est un plaisir, et c’est pour nous, maintenant vraiment indispensable.» Ils me parleront de la création qui les passionne «ce n’est pas mental, pas de recette, tout peut être mis à profit : l’instant, les erreurs, les envies. On ne se donne pas de limites.»

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

 En interview, ils montrent le même enthousiasme, le même plaisir à être ensemble, à vivre leur projet que quand ils sont sur scène. On a évoqué l’évolution du groupe depuis deux ans, depuis les premiers concerts que j’ai vus. Oui je sais, l’évolution d’un groupe que tu n’as pas vu auparavant ça ne t’intéresse pas. Sache juste que l’évolution se concrétise par plus d’instruments, un répertoire plus large, des petites mises en scène et un travail sur les lumières. C’était déjà beau et unique avant et maintenant c’est encore mieux ! On parlera aussi de leurs passages assez fréquents dans la région toulousaine. Ils sont venus la première fois en 2013 pour une semaine « tournée des bars. » «On faisait notre son et on remballait tout chaque soir, c’’était sport et rémunéré au chapeau.» Mais le passage à Osons au Bijou et la réaction enthousiaste du public les a fait revenir pour un concert complet. Et cela a enchaîné avec les apéros du Grand Rond en 2014. Et avec Moissac désormais. «On a cette chance, sans démarcher, de pouvoir faire deux à quatre concerts par mois. » Pour finir je pose une question sur leur goût en chanson française (fallait montrer que je bosse pour Hexagone !) : pour les filles « Camille »,  pour Robin « les groupes de la mouvance festive dans la région PACA »  et un peu à ma surprise j’entends « Brassens, Nougaro » de la part de Gabrielle et Melissa citera «Brel, Edith Piaf et Boby Lapointe. »

joulik-23-06-2015-@michel-gallas-13Voilà ils en ont fini avec moi et partent vers une radio locale qui leur demande, comme première question, l’origine du mot Joulik. Chroniqueur, mon collègue quand tu parleras avec les Joulik, évite cette question (ou relis cet article) à laquelle ils doivent toujours répondre. Par contre un conseil, en dehors de la musique, tu peux leur parler de cuisine et de glace. Et comme je leur ai promis, je diffuse une information précieuse : à la fin de l’entretien Gaby a pris une glace «caramel beurre salé chocolat en pot» et Robin «menthe chocolat en cornet» (ah Michel c’est pour cela que tu as écrit : bar glacier !) Pour résumer, il me semblerait logique que Joulik soit, petit à petit, vraiment reconnu par le « métier » et le « grand » public et qu’il remplisse de grandes salles tellement ce groupe respire le talent et apporte une nouvelle couleur très personnelle. Je les reverrais bien, dans quelques années, jouer en tête d’affiche du festival, dans le cloître de Moissac dans lequel résonnent encore les voix de Noa, Al Jarreau et I Muvrini. En attendant Hexagonaute mon ami, compte sur moi pour t’indiquer leurs prochains passages en région toulousaine (un deuxième Bijou semble prévu en 2016) ou parisienne. Et je compte sur toi pour aller les découvrir et les apprécier. D’ici là tu peux aller faire un tour sur le site Joulik. Pour te donner envie d’écouter l’album Aux temps, juste à la fin de l’article tu trouveras deux vidéos : Mama prise lors du concert de Moissac (et sur l’album enregistré en live au Bijou) et Beshena. Pour finir, si tu es en vacances dans la région PACA, ne rate pas un de leurs concerts de cet été .

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Joulik 26 juin à la Candela Toulouse – 27 juin au festival des voix à Moissac (82)


 

C’est ma séparation

Voilà j’ai choisi le thème de la séparation. Tadaaaaaaaaaaaam ! ça claque ! Ouais, bon, gros morceau quand même. A la réflexion, j’aurais mieux fait de me couper un bras, ou me casser une jambe. En même temps, généralement, on écrit avec le cœur voire avec les tripes, et tant que je ne les mets pas sur la table… Bref, je me disperse…

La séparation évoque toujours nécessairement l’éloignement de 2 parties quand bien même celles-ci feraient partie d’un même tout. Elle est synonyme de rupture, de cassure. Il y a souvent un avant et un après. Ok, j’ai déjà perdu tout le monde au bout de 4 lignes !

La séparation c’est la désunion, on pense généralement à celle de 2 êtres, à la rupture amoureuse. Et là, il m’a bien fallu 4 mois pour écouter un tiers des chansons évoquant le sujet. J’en ai tellement avalé que j’en pleure du sirop de glucose.

La séparation existe parce qu’il y a eu un jour rapprochement des sentiments, des esprits, des corps, (dans l’ordre que vous voulez, hein). Au début, chacun entre dans la relation avec sa personnalité et son passé – certains diront ses casseroles. Pour 2 pachydermes cherchant à se rejoindre, l’amour naît dans la dualité de la passion et de la quête de liberté.

Kent l’exprime très joliment dans Les éléphants :

Belles porcelaines aux tendres harmonies

Vases délicats de promesses sertis

Que deux éléphants cherchant à se rejoindre

Brisent en morceaux en tentant de s’étreindre

Ce sont nos amours ces vases en équilibre

Entre la passion et l’envie d’être libre

Nous les éléphants, maladroits empotés

Traversons des vies jonchées de pots cassés

Nos vases fragiles se fissurent à l’usure ou se brisent avec fracas. C’est la rupture. Les corps s’éloignent, une distance est prise pour mieux clore le chapitre et tourner la page.



Une chose est sûre : il y a autant de ruptures amoureuses qu’il y a de couples, pas de recette miracle, on fait tous comme on peut. Certaines ruptures sont frontales, elles font un boucan d’enfer (je supporte pas), d’autres se font en demi-teinte, à pas feutrés, en silence en silence, doucement la porte est refermée.

Parfois c’est du rouge à lèvres sur un miroir qui signifie la fin : « au revoir salaud », il n’y avait pas d’autres mots, ou encore, griffonnés sur un post-it, les petits coeurs du début ont muté en point final. Mais soyons modernes! A l’heure des nouvelles technologies, certains assument tellement la rupture que courageusement, ils expédient la fin par sms…. Nan ? Si….



Il y a aussi des habitués de la rupture qui remettent ou subissent ça tous les deux ou trois ans, les Pierre Richard de la séparation en quelque sorte, ils finissent par s’y habituer. Bien souvent, ça se passe dans un Grand Café.



Ce n’est pas parce qu’on se sépare que le reste suit toujours. On est parfois dans une boucle, le ressac d’une vague qui porte en lui une ritournelle. Si les liens sont difficiles à tisser, ils sont souvent encore plus durs à démêler, c’est humain. On s’est trouvés, on s‘est retrouvés, on s’est perdus de vue, ah ben tiens le voilà de l’autre côté de la rue… On est pris par la vague.



On peut aussi aimer une personne et ne pas être ensemble, réunis. Comme on peut être unis sans forcément s’aimer. Parfois (et par foi), il faut se tenir groupés et être en communion d’esprit ou de lutte avec un quasi étranger. On se retrouve à battre le pavé pour protester, signifier, s’indigner. Ça ne fait pas toujours gagner les batailles, mais ça donne un sens à notre indignation, notre volonté : « Ils marchaient ensemble sans se séparer l’union fait la force chez les ouvriers… Ils marchaient ensemble sans se séparer comme un cœur qui bat dans la société »

Ça donne aussi un sens à notre colère et à notre immense peine…



Littéralement, la séparation c’est un écart physique, deux espaces disjoints séparés parfois par une barrière, un mur, une frontière. La frontière à ne pas dépasser. La frontière qui attire ceux qui y voient au-delà un meilleur avenir, ceux qui fuient la guerre, la violence et la faim. Que laissent-ils derrière eux ? De quoi se séparent-ils ? Ils sont prêts à risquer leur vie, mais aussi à se déraciner, à perdre leur famille et leur pays pour mourir dans des rafiots de fortunes, abusés par des passeurs et noyés dans l’indifférence des nations. De quoi nous séparons-nous et quelle part d’humanité brisons-nous, nous, les spectateurs de ce monde-là ?

Et que dit celui qui prend le bateau à celui qui reste sur le rivage et qu’il ne reverra sans doute jamais ?



Il arrive que ce soit nos esprits qui vagabondent sur les flots… Des morceaux de nous-mêmes nous échappent et glissent lentement, sans qu’on s’en aperçoive, vers l’autre rive, l’obscur rivage où tapis dans un coin, se cachent l’oubli, la maladie et la folie. Ces morceaux de nous deviennent des étrangers dans leur propre maison, coupés de la surface, éloignés à tout jamais de nous, un glissement de terrain intérieur. Que voit celui qui, dans le doute, se regarde alors dans le miroir ?


Voilà, c’est ici qu’on se sépare. Point final. Point de rupture.

PS : t’as vu comme je suis balaise? tout un article sur la séparation et pas une chanson du grand Miossec !

Bensé aux Trois Baudets : je t’aime moi non plus

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Hexagonaute salut ! Mercredi soir je suis allé voir un truc, ça faisait une semaine que je devais y aller mais j’avais un peu reporté parce que vu la chaleur qu’il faisait j’avais peur de finir grillé façon tournedos sur le boulevard de Clichy. Oui celui-là même de boulevard où se trouvent Les Trois Baudets.

Depuis le 30 juin et jusqu’au 24 juillet prochain, la célèbre écurie présente sa création annuelle. Après Loane en 2013 qui avait inauguré l’exercice autour du spectacle Georges, puis après Garçons (Zaza Fournier, Cléa Vincent et Luciole) en 2014 dont tu peux relire ici le bien qu’on en a pensé, c’est cette année au tour de Bensé de relever le défi. Le principe, quel est-il te demandes-tu hexagonaute curieux et intéressé ? Laisse-moi te le dire. Les Trois Baudets, tu sais que c’est une vieille maison respectable que tint jadis un certain Jacques Canetti. Un vrai découvreur comme ça n’existe plus parce que les temps changent et pas toujours en bien. La mission qui revient à Bensé cette année est donc de faire un spectacle autour de chansons qui parlent de l’envers de l’amour, de la haine comme l’annonce l’affiche (rien que ça !) à partir du répertoire correspondant aux années durant lesquelles Canetti était le grand manitou des Trois Baudets. Entre 1947 et 1967. Pas mal le défi hein ?

Bense-08-07-2015-@david-desreumaux-7717L’amour, c’est le thème par excellence en chanson. Toutes les chansons ne sont-elles pas des chansons d’amour en fin de compte ? On chante pour faire partie du monde, pour partager des émotions, des sentiments. Alors, la haine, oui. Chanson de contre-amour, de rupture, défouloir, revencharde, de cocu, d’assassins et de suicidés, etc. La thématique valait grandement le détour et l’offre dans le répertoire est plutôt bien fournie.

Je lis sur tes lèvres que tu te demandes comment s’en est tiré Bensé. Et bien, je te réponds. Il s’en tire mieux que bien ! Moi, j’aime être bluffé, pris par surprise sur des spectacles. Là, c’est exactement ce qu’il se passe avec – non pas tant le choix des chansons – les arrangements proposés aux morceaux. C’est gonflé ! Que dis-je ? Gonflé dans le sens « couillu », « poilu », prends-le comme tu veux mais gonflé également dans le sens où ça ne manque pas de testostérone ! Ça envoie du lourd !

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Tout commence avec Vu de l’extérieur du père Gainsbarre. Oui, je sais, le titre ne colle pas avec les années 47 / 67. Et alors ? Gainsbourg oui ! On ne va pas faire les mauvais coucheurs quand les choses sont bien faites. Et puis, de toi à moi, ce morceau de Gainsbourg, c’est une perle. Le texte qui cause rupture, puisqu’il est question de montrer l’envers du décor en amour, est une merveille sulfureuse qui vient poser son « petit valseur » sur une mélodie qui tient du miracle. Avec sa petite montée au refrain, c’est du grand Serge : « Va te faire voir, va te faire voir ailleurs / Tes roploplos, tout beaux tout chaud / Et ton gros pétard. » Là-dessus, Bensé n’est pas tout seul. Il est accompagné et ça fait pas semblant comme je te disais. C’est très pop, voire rock. Guitare, basse et batterie et ça cogne dru !

Ok, tu te dis que Gainsbarre est rock et rien de surprenant. Soit, t’as pas tort mais quand il commence à défoncer sa mère avec Marinette de Brassens et qu’il enchaîne avec un A mourir pour mourir de Barbara avec des arrangements tout aussi modernes tenus par une guitare électrique très tendue, tu te dis que t’es pas au bout de tes surprises. Et t’as pas tort. C’est la grande force de ce spectacle que d’offrir un vent frais, qui pique les joues à ces chansons. Bensé montre que la chanson de répertoire peut et doit être appropriée par un artiste. Que cette chanson n’est pas là pour être gardée dans de la naphtaline et que lorsque l’inspiration et le talent sont de la partie, le résultat est au rendez-vous.

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Au milieu du set, auquel on pourra cependant reprocher sa brièveté (11 morceaux seulement), Bensé vient poser des morceaux plus calmes. Il se place alors derrière un clavier et l’ambiance devient très intimiste. Une pénombre pour des chansons d’amours contrariées. C’est le thème, je te rappelle. Viennent alors Régine, Anne Sylvestre (Faites-moi souffrir), Mouloudji et Boris Vian pour écrire le chapitre « maso » de la soirée, comme l’aura mentionné avec humour Bensé.

Voilà, je ne vais pas t’en dire davantage parce que ça dure jusqu’au 24 juillet et je ne voudrais pas déflorer complètement le spectacle. Je t’engage vivement à y faire un saut si tu es sur le secteur. Il n’est d’ailleurs pas exclu que j’y retourne moi-même. Peut-être juste pour la version de Mathilde de Brel qui est une tuerie. Revoir ce Bensé que je connaissais à peine et qui dans le rôle du passeur de répertoire écrit ces temps-ci une belle page. Spectacle à voir.


Mustang 100 pur-sang rock !

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Une chevauchée sauvage mais ô combien maitrisée pour le groupe MUSTANG, le 3 juillet dernier aux Folies Pigalle.

Photo Lofanax
Photo Lofanax

Stop ! On va arrêter là les jeux de mots équidés ; les Inrocks savent faire ça bien mieux que moi… Et il me parait plus pertinent d’introduire mon propos par une observation d’une rigueur toute scientifique. Récemment Demi Mondaine, Johnny Montreuil et Radio Elvis nous en avaient fait la brillante démonstration… OUI, mesdames et messieurs, ma théorie est désormais prouvée par l’exemple ! Le français peut sonner rock. Des esprits chafouins me rétorqueraient avec le fiel qui les caractérise – qu’ils aillent d’ailleurs le répandre dans l’espace commentaires, à la fin de cet article qui n’attend que cela – que moult expériences ont été tentées et réussies auparavant ; des ancêtres Bijou ou Téléphone aux références incontournables que sont La Mano, Noir Désir, Bashung, Parabellum et consorts. Je renvoie ces cuistres, ces jean-foutre, à la page Rock Français de Wikipédia. Celle-ci mentionne pour les années 2000 et 2010 – je cite pèle-mêle – Louise Attaque, la french touch, Daft Punk et même Skip the use (j’oublie volontairement Mylène Farmer, on touche là du doigt les limites du processus communautaire et collaboratif). OH !!! Il est où le rock, le vrai, avec du coeur autour et sans chichis électroniques ? Si ça, ce n’est pas une preuve qu’il était grand temps de renverser la vapeur ! Et m…. chasser le cheval, il revient au galop !

Photo Lofanax
Photo Lofanax

MUSTANG ? Imaginez un Dutronc devenu subitement enragé suite à un embargo sur les Partagas, qui aurait sombré dans un underground velvetien et croisé Elvis et Kraftwerk ; un peu dur à visualiser, je vous l’accorde et évidemment un rien subjectif… Bon en même temps, Jean Felzine, chanteur et guitariste du trio – même s’il demeure très convivial avec le public – se la joue un tantinet rockeur sombre héros. Malheureusement, ce soir là au Folies Pigalle, il allait les collectionner les motifs pour faire vraiment la gueule. Vous me trouvez un brin sévère ? Mais c’est lui qui a commencé en voulant nous la faire à l’envers avec son coup de foudre et en prétendant en plus avoir le sens des affaires. Et puis, dis-moi merde pendant que tu y es, Jeannot ! Sans doute calmé par ses deux comparses, Johan Gentile à la basse et Rémi Faure à la batterie, l’ami Jean se détend en nous parlant de Johanna, d’Anne-Sophie et autres princesses au petit pois. C’est bien connu que les filles aiment les oiseaux blessés comme lui… Enfin, détendu, détendu, c’est vite dit ; c’est qu’il la martyrise sec sa Gretsch et la façon dont il trépigne, traduit une nervosité certaine. On peut le comprendre ; sono très moyenne, un micro défaillant et le retour du batteur qui le lâche. Pas vraiment leur soirée aux Mustang, mais il en faut plus pour les déstabiliser et c’est sur Je vis des hauts, un hymne aux gamers joué à fond les manettes, qu’ils concluent leur concert. Je vais vous faire une ultime confidence, je n’avais pas véritablement adhéré à l’écoute de leur dernier album. Et pourtant, sur scène, ces titres ont pris une vraie ampleur et depuis Mustang fait partie de mon tiercé gagnant. Moralité, s’il en faut une, c’est que le rock’n roll ne se dévoile véritablement qu’en live, car il a su rester vivant depuis toutes ces décennies ! Rester vivant, rester vivant… Ah non, pas lui ! Putain, mais casse-toi Johnny !

Un grand merci à Lofanax pour ses superbes photos.

Avignon Off : un grand festival de … chansons !

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Du 4 au 25 juillet le festival d’Avignon Off présente plus de mille spectacles. Et qui dit festival d’Avignon dit théâtre. Moi je te dis qu’Avignon est un grand festival chanson et je vais te le prouver. Une affiche de plus de 30 artistes ou groupes et quelques spectacles en catégorie « théâtre musical. » Chaque spectacle est joué en moyenne 15 fois au moins. Donc plus de cinq cent concerts proposés. Quel festival dit plus ? Et vise un peu, ci dessous, les artistes présents.

Hexagonaute festivalier, tu viens d’arriver à Avignon. Tu t’es perdu dans le programme type catalogue Trois Suisses du festival Off avec ses 398 (!) pages et ses 1336 (!!) spectacles. Et depuis le 4 juillet tu as passé plus de temps à essayer de trouver un spectacle plutôt que d’aller en voir. Don’t panic. Hexagone t’offre ci-dessous une sélection chanson sous la forme d’un petite guide pratique qui va faciliter  ton choix. Comme d’habitude, ma sélection est subjective, assumée et éclectique. Et comme d’hab « je serai sur le terrain,» j’irai voir ce que je te conseille.


Mes incontournables (le festival sera raté si je ne peux voir un de ces artistes !)

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Romain Didier en piano solo, un de mes coups de cœur des concerts 2014. Voix chaude, belle musicalité, textes ciselés empreints de nostalgie, d’humour, d’ironie et d’humanité. La classe. Un de mes chanteurs références depuis trente ans que j’ai apprécié récemment, une fois de plus, en juin au festival Ta Parole (cf. la photo ci jointe). Benoit Paradis Trio, un autre de mes coups de cœur des concerts 2014. Un québécois un peu – beaucoup – « barré ». Un trio d’excellents musiciens. Lui, parfois au trombone, parfois à la guitare ou à la petite trompette ainsi qu’aux percussions, accompagné d’une pianiste et d’un contrebassiste. De l’humour, des petites chansons décalées, des histoires drôles et déprimantes sur fond de sonorités jazz. Un régal musical. Un nouvel album et donc un nouveau spectacle à découvrir. Eric Toulis dont je suis un fidèle depuis l’époque de son groupe Les Escrocs. Show-man sur scène, il fait beaucoup rire. De la franche rigolade à une belle humanité pour les textes, il possède aussi une large palette en tant que musicien. Et il émeut souvent dans ses chansons tendres. Amateur de duos en scène, après un contrebassiste pendant plusieurs années, un guitariste pour son dernier spectacle, désormais avec le pianiste Rémi Toulon, il présente à Avignon son nouveau spectacle Tout long, tout lisse. FrometLouis-Noël Bobey, découvert il y a deux ans à Avignon. Voilà ce qu’Hexagone disait de son concert en mars Chez ta mère à Toulouse « En solo, guitare, harmonica et banjo, il raconte chante et slame en déballant les cartons de sa vie. De ce bonhomme se dégage de l’humanité, du naturel, de la bienveillance. Ses slams sont superbes, avec des trouvailles textuelles, en jouant sur les sonorités et les mots. Un concert atypique, plutôt intimiste qui fait du bien.» Viens remplir le petit lieu où il joue pour la quatrième année. Frédéric Fromet, un habitué du festival, que j’ai apprécié deux années durant dans une toute petite salle. Un extrait de mes notes : « Une petite voix, un physique fluet et un jeu de guitare peut être un peu limité. Mais surtout des textes bien écrits, très souvent marrants et incisifs. Un répertoire de chansons courtes. Un sens aigu de l’observation, un esprit frondeur et tout le monde en prend pour son grade. Un ton direct, drôle et grinçant. Un très bon moment. »  Frédéric Fromet connait le succès ces derniers mois avec sa chanson hebdomadaire sur France Inter. Il a changé de salle (pour une jauge juste un peu supérieure), et à son accordéoniste il a ajouté un contrebassiste.

Romain Didier 19h00  Lucioles Dans ce piano tout noir  p233 (tu vois pour chaque artiste je te donne l’heure, le nom du lieu et même le numéro de page dans le programme. Avec un lien avec le site de l’artiste et des renseignements pratiques sur le lieu. Hexagone au service du public !)

Benoit Paradis Trio 21h  Arrache-cœur – sauf le 26 p49 (et là on te dit même le jour où ce n’est pas la peine que tu te pointes au théâtre !)

Eric Toulis 22h15 Atelier FlorentinTout long et tout lisse – jours impairs – p61

Louis-Noël Bobey 12h30 Maison de la Parole – sauf 25 et 26 – p240

Frédéric Fromet 20h45 Arto Chansons vaches – p56


Hexagone aime bien et te recommande (Nota : un clic sur le nom de l’artiste et tu peux lire un article précédent qui parle de son spectacle. Comme cela tu as plein d’info et moi je ne me fatigue pas trop)

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Elie Guillou dans son spectacle musical Rue Oberkamp. A noter qu’une citation d’Hexagone « Spectacle majeur qui fera date » se trouve dans le programme du festival. Oldelaf pour la première fois sur Avignon avec 2 spectacles Oldelaf en concert et Le projet Michel Montana. Zaza Fournier, dont j’avais adoré le premier album et le premier spectacle, sa voix et son personnage, vient présenter, en duo, son troisième album Le départ.

Elie Guillou 22h30 Arrache-cœur Rue Oberkampf – p49

Oldelaf 19h55 Rouge Gorge du 4 au 13 / Projet Montana du 14 au 26 sauf 20 p331

 Zaza Fournier 18h Arrache-cœur– sauf 12,19 et 24 p48


Théâtre de  l’Arrache cœur : le lieu chanson du festival

Arrache-coeur 01Pour la deuxième année l’Arrache cœur propose une programmation exclusivement chanson dans une de ses deux salles. Et il héberge l’opération Talents Adami. L’an passé j’avais vu et aimé cinq spectacles dans ce lieu. Ce devrait être aussi le cas ce mois de juillet. Voici ma sélection. Ben Mazué présente sur scène son nouvel album 33 ans, un spectacle que j’ai fortement apprécié au Printival en avril. « Un spectacle entre le concert et le stand-up : une belle réussite. Des chansons aux textes et musiques ciselés. Un joli groove. Les textes d’inter chanson, quasiment des  sketchs, attirent l’attention souvent dans un registre intimiste. »  Zaza Fournier : je viens de t’en parler. Et puis Orlando, groupe toulousain ovniesque un trio décapant de comédiens-chanteurs-auteurs-compositeurs-interprètes qui fait dans la chanson éclectique et décalée. Le groupe dit de lui « Orlando, c’est des filles, des garçons et toute la palette entre les deux. » Benoit Paradis Trio cité au dessus. Mais on peut aussi avoir envie d’aller voir, hors Talents Adami, d’autres artistes dans ce théâtre.

Jules nectar 2Par exemple Emmanuel Bemmer, chanteur lorrain, apprécié rapidement sur 20 minutes dans un Osons au Bijou. Il propose une Impossible anthologie de la chanson. Et Laurent Madiot, connu comme auteur et chanteur du Petit monde de Brassens puis comme membre des Fouteurs de joie, groupe dont j’ai adoré les deux spectacles vus ici à Avignon. Sans oublier Elie Guillou, déjà évoqué. Et puis, lors de la relâche de Ben Mazué, l’Adami propose un plateau avec deux groupes de la région toulousaine Strange Enquête, duo tchache contrebasse, et Jules Nectar aux mélodies qui vous trottent ensuite dans la tête, et aux textes pas si légers qu’ils en  ont l’air : si tu ne connais pas n’hésite pas.

Emmanuel Bemmer  12h  Impossible anthologie de la chanson  – sauf 8 et 26 p47

Laurent Madiot 13h30 3 Deviens ce que tu es – du 6 au 26 – p47

Ben Mazué 15h – 33 ans  – sauf 13, 14 et 15p47

Orlando 19h30  Chansons surnaturelles –p48

Strange EnquêteJules Nectar 15h – les 13,14 et 15


Bon anniversaire !

Chanson Plus Bifluorée fête 25 ans et des brouettes. L’an passé ils présentaient Le grand casting, spectacle un peu plus « facile », moins subtil que les précédents alors que l’album contient encore quelques belles réussites pas toutes reprises dans le spectacle. Mais par fidélité aux bons moments passés, un Best Off ne se refuse pas : « le meilleur des chansons, sketchs et parodies des 25 ans ». Le Cirque des mirages fête  ses  15 ans. J’ai découvert Yanovski, le chanteur du duo, l’an passé au festival et je n’ai encore jamais vu Le Cirque des Mirages. C’est l’occasion !

Chanson Plus Bifluorée 18h30 Atelier Florentin  25 ans et des brouettes p61

Cirque des mirages 19h45 Roi René  fête ses 15 ans  – sauf 10 et 17 p326


J’irai voir  – ces spectacles que je ne connais pas –

JoséfaMichel Arbatz. Artiste trop rare à mon goût, j’ai toujours apprécié ses spectacles quand j’ai eu l’occasion des les voir. Cette année il joue et chante « le testament » de Villon. J’y serai. Les grandes gueules. Quatuor vocal dont j’ai apprécié les précédents spectacles, toujours à Avignon, dont Boby Groove sur Boby Lapointe. 2 femmes, 2 hommes mais j’ai une tendresse particulière pour Elsa Gelly et son spectacle La femme à voix nue qui mériterait de nombreuses dates. Fred Radix dans Le siffleur. J’avais apprécié le chanteur il y a déjà quelques années. Je voudrai bien connaître Le siffleur, spectacle dont les échos sont très favorables. Le programme annonce « un spectacle musical qui casse les codes de la musique classique, entre maîtrise du sifflet, humour décalé et conférence burlesque ». Et pourquoi pas ? Joséfa, jeune artiste de Montpellier, lauréate de tremplins régionaux que je serais déjà aller découvrir si elle était toulousaine. Que dit le programme ? « Accompagnée par un trio swing, Josefa alterne chant, scat, ukulélé, trompette buccale, charleston et claquettes. »

Le siffleurMichel Arbatz  18h35  Ange – Villon la vie – p44

Les grandes gueules 11h Notre-Dame  Pour les mômes – p255

Fred Radix 11h30 3 Soleils  Le siffleur – du 6 au 26 – p18

Josefa 21h30  A l’Arrache  Chansons pétillantes p23


Les spectacles autour de … 

Une « tradition » du festival c’est de proposer des spectacles autour des grands : Brassens, Vian, Barbara. J’ai repéré sur Brassens 2 spectacles. D’abord Contrebrassens une femme chante Brassens en jouant de la contrebasse. Puis Un piano pour … Brassens : duo piano voix. Vu aussi Piaf Damia Fréhel – les chanteuses réalistes. Et aussi Il était un piano noir (même titre et même « exercice » que le spectacle Fèvre Suhubiette vu récemment) : un mélange chanson texte à partir du livre de mémoire de Barbara.


Et plus si affinités

En fouillant, pour toi, dans le programme j’ai déniché quelques curiosités. Francis Lalanne mais oui ! Et Smaïn qui se met à la chanson dans Délit de Fa Dièse sur des musiques de Michel Legrand. J’ai aussi repéré des artistes absolument inconnus : je vais les voir et le cas échéant je t’en parle. Et comme chaque année, des découvertes sont à faire par le bouche à oreille, par les artistes dans la rue qui présentent leur spectacle. Et puis, entre deux concerts de chanson, fais comme moi un petit tour au théâtre, au cirque ou à la comedia del arte mais ce coup ci je te laisse te débrouiller avec le programme. Je serai en Avignon et à ta dispo pour échanger avec toi à partir du 13 juillet.

Benjamin Biolay chante Trenet aux Folies Bergères

Photo Déborah Galopin
Photo Déborah Galopin

Benjamin Biolay était aux Folies Bergères pour deux dates consécutives, le 29 et 30 juin afin de nous faire découvrir ses reprises de Charles Trenet. Il était accompagné d’un orchestre où toute la famille des violons était présente, ainsi que du guitariste Nicolas Fiszman et du batteur Denis Benarrosh. L’artiste auteur, compositeur vient pour la première fois proposer un album de reprises. Surprenant au premier abord, mais pas tant que cela venant de la part de ce touche-à-tout. Quand certains reprennent Goldman ou Renaud, surfant sur les tendances actuelles en y apposant des voix jeunes et connues, Biolay, reprend un chanteur qui lui tient à cœur. Plusieurs générations nous séparent de Charles Trenet, autant dire que Benjamin est loin de suivre cette vague commerciale, à tel point qu’on craint le flop. Pourtant, cela ne l’a pas empêché de faire salle comble, probablement parce qu’il fait ce qu’il aime avant tout.

À travers les chansons de Charles Trenet, il n’y a pas de doute, on retrouve la patte de Benjamin Biolay. Sa voix gutturale et grave, apporte une dimension mélancolique dans une ambiance blues-jazz. Ces chansons sont intimistes et rappellent les pianos-bars. La reprise de Verlaine m’a particulièrement séduite. Dans un genre différent, elle n’est pas sans rappeler l’interprétation de Gainsbourg du poème de Baudelaire. Le grand café donne du peps, mais les autres titres se révèlent être plus monotones. Il y a quelque chose de surrané dans les paroles et une certaine langueur dans le rythme, que ce soit sur Que reste-t-il de nos amours ? ou En avril à Paris. Si cela peut plaire, cela m’a laissée relativement extérieur. Des termes comme « ma mie » appartiennent à un temps que je n’ai pas connu. C’est charmant, mais je suis loin d’être nostalgique de ces images en noir et blanc. De plus, se retrouver perché au deuxième balcon est antithétique avec l’ambiance intime de cet album. Il y a néanmoins une chose qui demeure intacte : son talent. Tantôt au chant derrière son piano ou à la trompette, il nous rappelle qu’il sait tout faire ou presque. Il n’est pas qu’un interprète, il est aussi le chef d’orchestre.

Photo Déborah Galopin
Photo Déborah Galopin

Outre les reprises de Charles Trenet, il alterne également avec des chansons de son propre répertoire, notamment de son premier album. Sur Négatif, il s’amuse à reprendre un passage de Feel Good Inc, exaltant pour les fans de Gorillaz. La reprise de Jardin d’hiver qu’il a lui même co-écrit avec Keren Ann pour Henri Salvador a fait frissonner la salle. L’instrumental beaucoup plus minimaliste, a mis davantage en valeur les chansons à texte de son auteur. Pour apporter encore un peu de couleur à ce concert, Benjamin a invité plusieurs chanteuses sur scène, dont Chiara Mastroiani, son ex-compagne avec qui il a co-produit Home. Ensemble, ils ont chanté La ballade du mois de Juin, qu’il considère comme son morceau préféré. Une sensibilité touchante s’en dégage. L’apothéose est atteinte avec La superbe et Ton héritage, où il est éblouissant. Quand il chante en duo avec Jeanne Cherhal tout de blanc vêtue, Brandt Rapsodie, cette histoire d’amour banalement belle et triste, l’émotion traverse la salle.

Mes ressentis auront été très fluctuants durant ces deux heures de concert. Dans son costume noir, bien que smart, nous avons le sentiment qu’il est en deuil. Est-ce en hommage à Charles Trenet ou parce qu’il a abandonné ses propres chansons au profit de celles d’un autre ? Manque d’inspiration ou au contraire envie de se retrouver ? Ce choix interroge. Il exhume et met en lumière, enterre probablement aussi. La main sur le cœur, l’émotion avec laquelle il chante n’aura échappé à personne. Ces reprises n’auront pas réussi à m’emporter, car là où il reste le meilleur c’est sur ses propres compositions. Biolay est un artiste original, mais perd un peu de sa superbe quand il chante L’âme des poètes plutôt que la sienne.

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