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jeudi, avril 15, 2021

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Guillaume Lloret raconte Agend’Arts, une salle de quartier pour les artistes lyonnais

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Il y a à Lyon deux salles de spectacles où il est possible d’écouter 2 ou 3 fois par semaine de la belle chanson française. J’ai déjà parlé ici d’A Thou Bout d’Chant qu’une nouvelle équipe est en train de prendre en main. La seconde salle est Agend’Arts, dont on va parler longuement avec Guillaume Lloret qui en est le responsable. Cet entretien est l’occasion de découvrir l’histoire de cette salle que rien ne prédestinait à devenir un rendez-vous de qualité pour les amateurs de chanson. Salle devenue le centre d’un réseau de quartier, en l’occurrence la Croix-Rousse, où la densité d’artistes est particulièrement élevée.

Guillaume Lloret
Guillaume Lloret

Hexagone : Guillaume, tu as un nom Catalan ?
Guillaume : Oui tout à fait, mais je suis né à Lyon. Je suis d’ici. Gamin j’ai vécu à Villeurbanne puis mes parents sont venus s’installer à la Croix-Rousse.

Hexagone : Qu’as tu fait avant de t’occuper d’Agend’Arts ?
Guillaume : J’ai fait de la musique comme mon père, Bernard, qui est lui aussi musicien, plutôt guitare / blues. Moi j’ai fait du piano, de la basse et de la guitare. C’est mon père qui a créé l’association Agend’Arts en 1996 avec René Lathuraz, le patron du bar Cassoulet, Whisky, Ping-Pong, un bar de la Croix-Rousse aujourd’hui fermé. J’ai commencé à m’en occuper au début des années 2000 quand le groupe avec lequel je jouais s’est arrêté. J’ai commencé à mettre mon nez dans l’association et à organiser quelques soirées. Notre local était alors à côté du bar de René Lathuraz et mon père y avait son bureau où il s’occupait de cachets et d’aministration pour des artistes. Beaucoup d’artistes passaient alors dans ce bar qui fermait à 3 heures du matin. On y organisait des expositions de peintures et il y avait un petit espace pour les artistes qui voulaient présenter un nouveau spectacle.
Quand j’ai mis mon nez là dedans, j’ai commencé à organiser des choses un peu plus régulières et à répondre aux sollicitations des artistes. Jusqu’en 2005, on a donc développé une programmation plus régulière. Mais en 2005, le bail arrivant à terme, on a dû quitter notre local. René Lathuraz qui présidait l’association nous a hébergés et on a pu continuer à organiser un événement tous les dimanches dans son bar jusqu’à l’automne 2008. A l’automne 2008, on a partagé un local avec une personne qui donnait des cours d’anglais pendant la semaine. On y débarquait le vendredi en fin d’après-midi. On l’aménageait pour le week-end et on rangeait tout le dimanche soir. On y est resté 2 ans et demi.

Suissa et Balmino - Photo Emmanuelle Chat
Suissa et Balmino – Photo Emmanuelle Chat

Hexagone : Et quand êtes-vous arrivés dans votre local actuel ?
Guillaume : On ne cherchait pas vraiment quelque chose quand notre local actuel a été mis en location. Il était occupé jusque là par la Cocotte Minute qui faisait aussi de la musique. On a donc décidé de prendre ce local en 2011 et de partager le loyer de 1000 euros avec d’autres utilisateurs. Au dessous de notre salle il y a une cave qui est sous-louée à un cours de batterie. On accueille aussi un atelier chanson animé par Hélène Piris. Le chanteur Suissa utilise aussi la cave. Jean Blanchard y a aussi un atelier de cornemuse. On vient donc de finir notre 4ème saison dans ce local.

Hexagone : Comment a évolué la programmation d’Agend’Arts ?
Guillaume : On a programmé de plus en plus de chansons, d’abord pour ne pas gêner le voisinage. J’aimais bien organiser des concerts de jazz mais ça ne réunissait pas assez de monde car il y a des lieux vraiment pour ça. On fait un peu de musiques du monde de temps en temps. Et puis on s’est orienté surtout vers le texte puisqu’il y a aussi du théâtre et des lectures. Le purement instrumental est donc l’exception. Il faut qu’il y ait de l’écriture, que ce soit en chanson ou au théâtre. Les soirées de reprises sont très rares sauf quand il s’agit de spectacles comme la soirée Renaud de Frédéric Bobin et François Gaillard. La chanson s’est donc beaucoup développée.

Hexagone : Ça s’est passé comment cette priorité à la chanson ?
Guillaume : Au début on a été sollicités par des artistes comme Hervé Lapalud qui est un des premiers à être venu chanter à Agend’arts. Un soir il avait invité François Gaillard. François faisait parti du groupe « Copains comme chansons » avec Evelyne Gallet, Frédérique Bobin et Matthieu Côte. Tous ces jeunes avaient dans les 25 ans à l’époque. De fil en aiguille, toute cette génération est venue à Agend’arts.

Denis Rivet, Fred Bobin et Mickaël Cointepas- Photo Emmanuelle Chat
Denis Rivet, Fred Bobin et Mickaël Cointepas- Photo Emmanuelle Chat

Hexagone : Au départ, la chanson n’a donc pas été un choix délibéré  ?
Guillaume : Au début d’Agend’arts la chanson ne m’intéressait pas plus que ça. J’étais dans le jazz et je ne connaissais donc rien à la chanson. La vocation de la salle a été d’abord de dépanner les gens qui avaient besoin d’un local pour présenter un spectacle. Dans la salle il y avait alors plutôt une vingtaine de spectateurs alors qu’aujourd’hui il y en a une quarantaine. Mais ça a provoqué des rencontres, notamment avec le monde de la chanson. Les artistes sont venus d’eux-même car je n’avais pas le temps moi-même d’aller voir des spectacles ailleurs. Quand je les ai rencontrés c’est qu’ils avaient été invités à Agend’Arts par un autre artiste. C’est une sorte de cooptation qui a fonctionné. On a jamais prévu de première partie et, quand il y en a eu, c’est qu’un artiste en invitait un autre à venir avec lui, ce qu’on n’a jamais refusé.

Hexagone : Agend’Arts est aussi au cœur de la Croix-Rousse.
Guillaume : Nous sommes dans un quartier un peu particulier. Dans un rayon de 300 mètres à vol d’oiseau on a comme voisins Balmino, Jeanne Garaud, Suissa, Evelyne Gallet, André Bonhomme, Hélène Grange, Lily Lucas, Hélène Piris et Claudine Lebègue. François Gaillard et Frédéric Bobin ne sont pas loin du tout eux aussi.
On a toujours été nous-mêmes dans le quartier. On est très lié à la Croix-Rousse. Les bénévoles viennent aussi du quartier. On croise les artistes facilement et la programmation peut se faire au coin de la rue. Au total, les trois quarts de la programmation sont issus du quartier. Tous ces artistes sont très proches de l’association. Ils ont des projets en commun. On a un peu moins de contacts avec la génération plus ancienne comme Remo Gary ou Michèle Bernard qui n’est pas encore venue chanter ici. Elle passe souvent ici écouter ce qui se passe et on espère monter un projet avec elle bientôt. Cet espace convient donc bien aux artistes croix-roussiens. Ils ne vont pas y faire fortune puisqu’on partage les recettes en deux, mais ils n’ont pas de déplacement à payer.

André Bonhomme - Photo Emmanuelle Chat
André Bonhomme – Photo Emmanuelle Chat

Hexagone : Comment est organisé Agend’Arts ?
Guillaume : Jusqu’à l’année dernière on ne fonctionnait qu’avec des bénévoles et il nous restait des dettes à rembourser (15 000 euros de frais d’agence et de travaux d’installation). Je ne suis salarié que depuis cette année. Grâce aux aides à l’emploi on est trois à travailler ici à 2/3 de temps. Il y a une personne pour l’administratif, Fanny Montet et une autre pour la communication, Priscilla Horviller.
Le soutien de la ville est encore dérisoire (entre 5 et 6 0000 euros depuis 2014) et on espère rentrer l’année prochaine dans le dispositif « Scène Découvertes », si ce dispositif est reconduit. On pourrait dans ce cas améliorer le local et payer les frais de déplacement des artistes, ce qu’on ne peut pas faire aujourd’hui sauf exception…. par exemple pour Nicolas Jules il y a 2 ans avec qui on a fait 3 soirées. Les rares fois où ça se produit, c’est quand on est sûr qu’il y aura du monde. Ca a été aussi le cas avec Gabriel Yacoub qui a beaucoup de copains à Lyon datant des années « trad, » comme Jean Blanchard qu’on connaît bien ici. Pour moi ce milieu « trad », ce sont aussi des souvenirs d’enfance et je voyais Jean Blanchard, La Bamboche ou Evelyne Girardon à table avec mes parents. Ce sont comme des oncles et des tantes pour moi. Et on continue donc à faire du « trad » ici de temps en temps. En revanche Delphine Coutant qui venait de Nantes, on n’a pas pu lui payer son voyage….. heureusement qu’elle est aussi « paludière.»

Nico accompagné par Greg Gensse - Photo Emmanuelle Chat
Nico accompagné par Greg Gensse – Photo Emmanuelle Chat

Hexagone : Comment s’annonce la saison prochaine ?
Guillaume : La programmation est bouclée jusqu’au printemps. Pour la plupart, ce sont des gens que je connais ou qui arrivent à Agend’arts par cooptation . Sinon c’est très difficile de trouver une place dans la programmation. On a vraiment beaucoup d’artistes dans le public et je ne peux pas les programmer tous. Je pars du principe que je ne retiens personne que je n’ai pas rencontré physiquement. La chanson représente les 2/3 de la programmation. En septembre, on va fêter avec Evelyne Gallet les 10 ans de son premier album et pendant 2 soirées elle va reprendre les chansons de cet album de 2005. On va enchaîner avec 2 soirées pour fêter les 75 ans de Patrick Font qui sera entouré de jeunes chanteurs comme Evelyne Gallet et Nicolas Bacchus qui chanteront ses chansons. Il y aura mi-octobre une lecture musicale, « Les quatre sans cou » un hommage à Desnos des Têtes Raides : Christian Olivier dira les textes et deux musiciens l’accompagneront dont Serge Begout qui habite à la Croix-Rousse. Chez les Têtes Raides, à l’origine, ils étaient plusieurs à vivre à la Croix-Rousse. Serge est le dernier à habiter dans le quartier et c’est lui qui m’a proposé ce spectacle.

Hexagone : Comment se présente le budget d’Agend’Arts ?
Guillaume : Les dépenses totales s’élèvent à peu près à 80 000 euros. En recettes on a 6 000 euros de subventions, entre 25 et 30 000 pour les emplois aidés. Les recettes se situent entre 40 et 50 000 euros qui intègrent les locations du local pour d’autres activités. Les entrées et le bar doivent avoisiner les 40 000 euros pour 190 spectacles dans l’année avec une trentaine de personnes pour chaque soirée chanson en moyenne. Avec ça on équilibre exactement notre budget. Mais on ne peut pas prendre de risques. Pour prendre des risques il nous faudrait des aides. Et ceux qui ont des aides ne prennent pas forcément des risques. Beaucoup de petits lieux aimeraient avoir 30 personnes par soirée comme nous. Sur ces 30 personnes on a un bon tiers ou la moitié de voisins, c’est à dire un public de proximité. On est donc vraiment très lié à notre quartier autant par notre public que par les artistes.

Du beau, du bon, du Bobin !

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Du beau, du bon, du Bobin !

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Chez les Bobin, il y a deux gars. Et si l’on va dresser ici le portrait de Frédéric, l’homme de scène, garde à l’esprit, Lecteur, que Philippe est toujours là, à côté, en éclaireur dans l’ombre de son frère. Parce que c’est une histoire pas banale que celle-ci. L’histoire de deux frangins, comme deux inséparables, qui ont grandi au Creusot sur les ruines à venir de l’industrie métallurgique et des trente glorieuses. « Le Creusot, c’est une ville dont on part » avoue Frédéric Bobin pour expliquer la tragique destinée de sa ville à laquelle il est attaché, malgré tout, et à laquelle il fera une déclaration amoureuse sur La vieille ouvrière.

Six ans séparent Philippe, l’aîné, de Frédéric. Frédéric déboule en 1978. Je te laisse faire le calcul pour Philippe. Dans la famille, maman a lâché l’affaire niveau professionnel et s’occupe à plein temps de ses deux rejetons. Papa ne fait pas du chocolat mais – comme la môme de Ferrat – travaille à l’usine. Il finira sa carrière dans le service de « l’assurance de la qualité, » comme le souligne Frédéric, mais si l’on n’est pas dans du Zola t’auras quand même capté que chez les Bobin on ne sort pas au casino tous les soirs.

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

A la maison, « les parents ne sont pas musiciens mais mélomanes » explique le benjamin de la famille. L’intégrale de Brassens tourne en boucle et Fred passe ses mercredis après-midi à se goinfrer de Jojo, paroles en mains pour toutes sucreries. Un peu plus tard, toujours par l’entremise paternelle, c’est Ferré, Brel, Barbara, Béart, Moustaki et Trénet qui viennent enrichir le vocabulaire chansonnier de Fredéric. Il y a pire école et quand d’aucuns prendraient la culture parentale en grippe, Philippe et Frédéric, non seulement s’en accommodent, mais apprécient et sont piqués à jamais par ce virus.

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Très vite, la complicité des deux frères débouche sur une première expérience artistique. Toute proportion gardée. Frédéric a tout juste 10 ans et avec Philippe ils inventent un jeu. Ils s’amusent à faire les chanteurs. Sans instruments ni rien du tout, ils font « des albums sur des bouts de cartons, avec des pochettes, des ordres de chansons et s’enregistrent sur un petit lecteur à cassettes Grundig » raconte-t-il. C’est lorsque Philippe acquiert un synthé Bontempi et que Frédéric s’en accapare que la fraternelle collaboration débute réellement. Dès cet instant, les rôles se définissent par eux-mêmes. L’auteur c’est Philippe. Le musicien, c’est Frédéric.

A l’âge de 14 ans, Frédéric prend ses premiers cours de musique. Solfège et guitare classique. Les premières expériences micro-scéniques se font à domicile, dans leur chambre, avec seules deux amies pour tout public. Puis, de vraies premières scènes – Frédéric a alors 20 ans – où c’est Philippe qui chante. Mais ce lead ne lui correspond pas, pas plus que le fait de monter sur scène et Frédéric se retrouve seul à porter cette oeuvre collective. On pourrait penser que cela l’effondre mais pas du tout. La complicité est bien trop forte entre les deux frangins pour que l’aventure cesse même si l’un des deux n’est pas sous les projecteurs. C’est plutôt l’inverse qui se produit. C’est le vrai commencement. « A partir de ce moment-là, je sais que je vais pouvoir colporter nos chansons parce que j’en ai très envie et parce que – au-delà du trac minimum syndical – je prends un plaisir immense à être sur scène » précise Frédéric.

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Outre le plaisir intense des planches, c’est dans le travail de création que le Frédéric Bobin devenu artiste trouve le plus de plaisir. Parce que ce travail est partagé avec son frère, dans cette osmose nécessaire et indispensable. Bien souvent sous l’impulsion de Philippe, prof de Lettres à Nevers, les textes arrivent en premier. Philippe est un auteur insatiable qui fournit une quantité de textes à rendre envieux un wagon de chanteurs. « Philippe, c’est comme une source qui me fournit des mots depuis des années et des années » raconte Fred. Dans le nombre, Fred fait son marché. Tente de retenir ceux qui ont une cohérence entre eux. Applique une sorte de ligne éditoriale. Choisit ceux qu’il se sent capable de porter. Parce que c’est ça aussi être interprète, c’est endosser une chanson, se glisser dans les habits d’un autre sans s’y sentir à l’étroit. Alors il trie, demande quelques retouches à Philippe, fait gicler des couplets, tronçonne, meule, polit jusqu’à la soie. « J’ai coutume de dire que c’est moi qui mets le point final aux textes de Philippe » conclut Fred.

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

C’est atteindre l’épure l’objectif de Frédéric Bobin. Du premier album, Les salades, paru en 2002, en passant par Les choses de l’esprit en 2004, Singapour en 2008 jusqu’au Premier homme en 2012, Frédéric Bobin n’a cessé d’avancer vers plus de simplicité pour davantage de corps dans ses chansons. En amoureux des mots, lui aussi diplômé de Lettres Modernes comme son frère. Et on ressent bien cette recherche, cette avancée au fil des albums. Que ce soit dans l’écriture mais également dans les lignes mélodiques.

Des premiers albums un peu jazzy, le vrai tournant arrive avec Singapour. Frédéric se trouve vraiment à ce moment, parvient à être lui. Pour la première fois, il se fait confiance notamment musicalement. Les textes sont plus dépouillés, oublient le calembour et le jeu de mots pour céder la place à un propos plus tendu, étiré. Avec le sens entre les lignes. Bobin vient à chanter la conscience de classe et les inégalités sociales comme dans une résurgence de sa culture populaire. Le single Singapour bien sûr, pièce maîtresse de l’album et qui cause d’entreprises délocalisées. Mais également Ce siècle avait deux ans, autre chanson emblématique de l’oeuvre qui parle de « choses intimes mais au milieu de la grande histoire » comme se plaît à le préciser Frédéric. Partir de l’un pour aller vers l’universel, vers le collectif, c’est ça Bobin. Par le biais de portraits au cordeau comme Joe de Georgie qui permettent « de parler de soi sans dire « je ». »

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

« Je viens du croisement de 2 traditions. D’un côté la chanson française traditionnelle héritée de mes parents, puis de l’autre côté le rock auquel mon cousin m’a initié. Ces deux pans de la musique m’ont bouleversé au point d’y puiser toujours mon inspiration » avance Frédéric Bobin pour présenter son univers musical. Lorsqu’il compose, Bobin donne la priorité au phrasé. On l’a dit, c’est un lettré. En musique aussi. Il a la lettre musicale. Il s’en dégage une impression d’élégance, de légèreté, de souffle. La chanson respire, le texte vient se poser sur des lignes mélodiques façonnées sur mesures. Le silence, c’est la respiration de la chanson. Le silence abrite le sens. Bobin est d’une génération qui a beaucoup écouté Renaud. Qui a beaucoup écouté Dylan. Il en a retenu le style du folk singer et ses thèmes de prédilection, mais il l’a redessiné à son image. Musicalement, Frédéric Bobin a créé son style. Assis sur un folk-blues-rock des meilleures influences, il égrène des riffs délicats mais puissants. Il y a vraiment un style et un son Bobin qui jaillissent de cette Gretsch qui sonne du feu de dieu !

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Après Singapour, vécu par l’intéressé comme un album porte-bonheur qui lui ouvre des belles portes, parait en 2012 Le premier homme. « La chanson c’est un shoot d’émotion, je n’imagine pas ça autrement » explique Frédéric Bobin et il faut bien reconnaître que cet album en est criblé de shots. Très belle réussite que ce disque qui creuse le sillon entamé vers l’épure, pose son regard sur les laissés-pour-compte ou autres loosers magnifiques comme avec Tatiana sur le périph.

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Actuellement en cours d’écriture, le prochain album de Frédéric Bobin ne devrait cependant sortir qu’en 2016. En effet, structure indépendante oblige, Fred ne peut pas s’offrir le luxe de s’arrêter de tourner pendant 6 mois pour finaliser un disque. Son quotidien, comme celui de beaucoup d’artistes de sa catégorie, c’est de continuer à tourner, de faire des dates. Souvent le week-end. Puis, les autres jours sont consacrés au travail des nouveaux morceaux. A la recherche d’autres dates aussi. En artisan-artiste réaliste. Dans le respect de son éducation populaire où le travail et sa rétribution signifient quelque chose.

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Frédéric Bobin habite Lyon. La célèbre cité romaine, Lugdunum, où il côtoie ses pairs, une scène de haut vol, habituée d’A Thou Bout d’Chant ou de la Salle des Rancy et qui compte quelques pointures qu’on aimerait bien voir entrer dans nos colonnes : Buridane, Reno Bistan, Evelyne Gallet, Rémo Gary, Stéphane Balmino, David Suissa, Jeanne Garraud. Pour ne citer qu’eux. Il arrive à Frédéric de collaborer sur des projets d’artistes amis. D’amis artistes. Un réseau. François Gaillard, Noah Lagoutte, Flo Zink, Rémo Gary encore. C’est pour lui une manière de vacance salutaire pour sa propre oeuvre. Une mise en sommeil pour un temps. Laisser reposer le projet pour se mettre au service des autres. Et Fred de se justifier : « J’ai besoin de sortir de mon univers, ça me nourrit. Et ça fait du bien à l’ego de ne pas être au centre, d’être simplement musicien, au service de quelqu’un. Ça développe une écoute, ça décentre. J’ai l’impression que lorsque je reviens à mon projet par la suite, je sais davantage ce que je veux, je vais à l’essentiel. »

Fred Bobin, pour conclure parce qu’il faut bien conclure, c’est cette élégance, cette classe, cette gentillesse inouïe qui le pousse spontanément vers son prochain. En lui offrant une écoute et une attention sans pareilles. Un garçon qui chante d’une voix aussi douce que le sont ses intentions. Dans la nuance, dans la légèreté. Un gars qui a grandi dans une ville où la vie n’est pas simple, où il a appris que ce que l’on possède un jour peut disparaître le lendemain. Un homme qui vit dans cette humilité, les pieds sur terre. Avec et par l’autre. Une simplicité rare et majestueuse.

Mick à Avignon – Session 3 : BUFFLE !

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Dans ma sélection pour Avignon je ne t’avais pas annoncé BUFFLE ! car je me suis fait avoir par le titre du spectacle (je n’avais pas vu que BUFFLE était composé d’artistes que je connaissais). J’ai apprécié Xavier Machault – plutôt chanteur – et Roberto Negro – plutôt pianiste – deux fois, quelques années auparavant au Bijou à Toulouse. La seconde fois, un troisième compère de Pierre Dodet faisait quelques apparitions. C’est désormais un trio. Il s’appelle BUFFLE ! Ce n’est pas de la chanson. Et c’est un grand moment de spectacle vivant. Pendant que les spectateurs attendent qu’on leur permette de rentrer pour assister au spectacle, celui-ci démarre : Machault arrive en slip blanc, torse nu, deux ailles sur le dos, avec une kyrielle de casseroles et une poêle, accrochées à une corde mise autour d’un de ses pieds. Il déclare faire partie de l’ADPE : les Anges Déchus ou en Passe de l’Être, il nous parle de la condition d’ange et nous dit désormais traîner, avec ses casseroles, la misère du monde. Et l’ange passe … et s’en va. Le ton est donné.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Ne me demande pas pourquoi le groupe ou le spectacle (ou les deux) se nomme BUFFLE. Ou demande le moi mais n’attends pas de réponse de ma part : Je sais pas. Sur l’affiche de BUFFLE on voit …  un zèbre . Et là je peux tenter une explication : ces trois-là, ce sont de sacrés zèbres ! Le public entre dans le lieu : La condition des soies. Et c’est parti. Ils nous font une entrée surprenante, déjantée, folle où intervient une livreuse de pizzas (on a dit que tu poses plus de question, ok ?). Et le reste est à l’avenant. Ils font une chanson sur l’Ecosse et Negro vient nous montrer, à l’aide d’une carte de l’Italie, les principaux lieux de l’Ecosse à découvrir. Ils enchaînent, en polyphonie, avec le chant de la gare de Bruxelles où leurs têtes et mains apparaissent dans les trous laissés à cet effet et où le pianiste s’amuse sur un piano jouet d’enfant (bon j’arrête de décrire t’as la photo juste à côté). Le chanteur presque crooner nous la fait belle voix et air sérieux, parfois les paroles le sont un peu moins : « Le mouchoir dans la poche. C’est un mouchoir de poche ». Le troisième venu est à la batterie, au clavier et par deux fois scande des textes plutôt engagés. Il arrive aussi en une sorte de survêtement vert pour faire … le peuplier d’Ecosse, un quart d’heure après la chanson concernée.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Une sorte de cabaret fou et savoureux. Avec une belle utilisation de l’espace de ce très ancien théâtre en rond et en pierre. Des chansons, des textes, des impromptus. Musicalement et vocalement ça tient la route. Puis on a droit au retour de l’ange à une fenêtre à quelques mètres au-dessus du sol toujours avec ses casseroles. Et bien sûr le trio déguisé en anges nous convie ensuite à une litanie de plats … avec boulettes ! (là j’ai mis la photo à la fin de l’article pour être sûr que tu lises jusqu’au bout). En rappel, une chanson de Tom Waits, a capella et à trois, Everywhere I go it rains on me. Et évidemment le chanteur reçoit le contenu d’un arrosoir. (dans mes articles pas encore la vidéo mais t’as vu comment les photos collent au commentaire !). Et en deuxième rappel, toujours à trois et a capella, le chant du club de rugby de Bayonne, La pena Bayona. Je le répète un spectacle décapant, inclassable. Un beau succès public. Et du bouche à oreille efficace car le spectacle a affiché complet plusieurs soirs de suite.

Le duo Machault chanteur auteur et Negro le pianiste compositeur, fonctionne ensemble depuis plus de 7 ans. Un album a vu le jour en 2010, Quand hurlent les hauts-parleurs. Rejoint par le comédien auteur Pierre Dodet depuis quelques années le trio a changé de nom en 2014 pour se faire appeler BUFFLE ! T’as compris que je te conseille, si tu as l’occasion, de voir ce spectacle. Ne cherche pas vraiment la cohérence. Mais c’est à voir. Allez je te mets le teaser en bas.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

BUFFLE ! 15 juillet Avignon Théâtre de la Condition des soies

Rappel : clic sur le nom de la compagnie tu arrives sur son site, clic sur le nom du lieu et hop tu es aussi sur le site du lieu. Clic sur une photo et hop elle s’agrandit.

Une femme mariée – Enfin septembre

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UNEFEMMEElle s’appelle Une femme mariée mais c’est pas son vrai nom. Dans la vraie vie, elle répond au patronyme de Constance Petrelli et c’est quand même un blase qui a de la gueule. Comme ses chansons qui n’en manquent pas non plus. De gueule.

Constance a monté son projet chanson « Une femme mariée » en 2005. Le nom en hommage au film de Godard. Il y a pire références ciné, tu l’avoueras. Du ciné, genre années 60 et en couleurs, c’est un peu le film qui se joue devant nos yeux à l’écoute des chansons de Constance. Après un premier EP, toujours en 2005, Constance Petrelli sort son premier album, Les mauvais garçons, en 2009. Onze titres qui montrent la voie empruntée par cette femme bien mariée avec une pop vive et efficace.

Tout dernièrement, un EP quatre titres a déboulé sur nos platines, Enfin septembre, en prélude à un nouvel opus qui devrait sortir mais j’ai pas la date à te communiquer. Ce que je peux te dire, animal Hexagonal, c’est que l’on trouvera Guillaume et Bertrand Charret du groupe Yules, guitariste et bassiste également, aux commandes du bazar. Les quatre titres dévoilés à cette heure sont d’une élégance et d’un raffinement qui rivalisent de près avec notre impatience à posséder l’objet final !

Constance Petrelli écrit bien, écrit juste, sur des thèmes déjà bien usités. L’amour, toujours l’amour avec un grand tas de tourments. Une femme mariée choisit des angles d’attaque qui la distinguent et confèrent un complément de plaisir aux morceaux. Ma Chevrolet qui ouvre cet EP en a sous le capot et ce n’est pas rien que d’entendre cette histoire de gros bras qui passe le volant de sa Chevy à sa nana pour lui faire comprendre qu’il en pince pour elle. « C’est là que j’ai compris que vraiment tu m’aimais » déclare l’élue. Ça pourrait paraître naïf, en aucun cas ça ne l’est.

Sur ses textes bien ficelés et en rien dénués de profondeur et d’humour, Constance – qui n’en manque pas – pose des musiques et mélodies rock très sixties qui plongent l’auditeur dans un climat identifié. Une espèce de « Retour vers le futur » qui en dit long sur ses intentions. Reste plus qu’à choisir entre la Chevy et la DeLorean.


Mick à Avignon – Session 2 : Les épis noirs

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Les épis noirs je les ai vus, pour la première fois, au siècle dernier, dans leur spectacle chanson Quand trois poules à la salle Nougaro à Toulouse.  Et ils viennent de fêter (le premier avril de cette année) leurs 25 ans d’existence. Ils présentent à Avignon, leur dernière création : Just Married Romance sauvage avec deux des trois comparses du début. Du théâtre musical. Pas vraiment un spectacle de chanson, en tout cas, pas uniquement. Mais on est au festival d’Avignon alors ok pour le théâtre musical d’autant plus quand il est de qualité.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Just Married Romance sauvage. Un homme et une femme. Une histoire déjà racontée moultes fois. L’idée de mariage, une première séparation « Je t’écris pour te dire entre nous tout est fini … Je pars avec ta meilleure amie Lola » La lâcheté de l’homme. La tentative de réconciliation. Une nouvelle séparation « Je t’écris pour te dire … Je pars avec ton meilleur ami Raphael». L’insistance à essayer de se faire croire que « tout va bien ». Le plaisir des bons moments. La lâcheté des adultes qui engueulent l’enfant quand ça ne va pas bien entre eux. Le rapport avec la mère. Une histoire souvent racontée. Mais c’est fait ici de manière efficace, avec une belle alternance de textes dits et d’une douzaine de chansons. Et un dernier morceau en forme de conclusion : « J’ai pas besoin de toi pour vivre.  J’ai pas besoin de vivre pour toi. Mais je veux vivre avec toi ». Dans les parties parlées, une belle opposition entre les deux comédiens. Des petits effets efficaces comme, par exemple, la même lettre lue par celui qui écrit et celle qui lit. Des chansons avec un accompagnement minimal mais lui aussi efficace : Pierre Lericq à la guitare, son acolyte au tambour ou au ukulélé. Ils s‘appellent sur scène par leur vrai prénom Pierre et Manon (Andersen). Qu’ils se répondent ou chantent ensemble, le spectateur est accroché. Le duo fonctionne.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Comme dans ses plus récents spectacles, Pierre Lericq l’auteur interroge l’amour et la liberté, la raison. Et on se pose, en passant, la question de la représentation théâtrale sous forme d’allers retours entre les rêves et le moment présent voire la représentation de Dieu. Beaucoup de jeu avec les mots « Au gré du vent qui me dit rige, me dit ssipe, me dit verge, me dit sous. »  Des mots qui font sens et qui incitent à la réflexion.  « Je me tire une balle dans le cœur je me rate tu me manques, » « je hurle à la mort à la morsure (ou mort sure ?) de l’amour, » « je voudrais me démolir, te lire des mots, des mots lyres, des mots simples comme vivre, des mots compliqués comme vivre … ensemble, des mots difficiles comme est-ce que je peux revenir vivre à la maison ? » « L’amour mesdames et messieurs ça commence toujours par de la confusion, ensuite l’effusion puis la fusion, la diffusion et enfin le moment de l’infusion. » Et parfois cela tourne au burlesque : une exagération  à partir d’un simple compte à rebours que la femme commence à 15 et qui se termine dans une colère homérique de l’homme. « C’est à cause de gens comme toi que le monde ne va pas bien » après avoir cité, de mauvaise foi, les comptes à rebours de la Nasa.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Les épis noirs c’est un style unique, à la fois divertissant et exigeant. C’était un plaisir de revoir ces artistes, cette énergie dans une formule réduite. Car ces dernières années j’avais retrouvé et apprécié Pierre Lericq dans des œuvres plus écrites et peut être plus ambitieuses comme Andromaque dite « fantaisie barock ! ». Et l’an passé Festin ou la véritable histoire de Dom Juan où Pierre Lericq partage la scène avec 15 personnes dont 12 femmes habillées en blanc. C’est un spectacle complet que je te recommande : avec des chansons, des chœurs et des percussions, avec de l’humour,  du théâtre et une réflexion sur l’amour, la mort, l’être humain. Si tu as l’occasion, ne rate pas une représentation des Epis noirs. Ce n’est pas uniquement de la chanson mais ce qui compte c’est la qualité, l’émotion et le plaisir ressentis par le spectateur.


Les épis noirs 15 juillet Avignon Théâtre du Rempart

Rappel : clic sur le nom de la compagnie tu arrives sur son site, clic sur le nom du lieu et hop tu es aussi sur le site du lieu. Clic sur une photo et hop elle s’agrandit.

Le Mad aux Francos – Episode 4 : ses deux amours rochelais ? Dimoné & Emilie Marsh !

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Oui, oui… Je sais, l’hommage – imposé et rendu par bon nombre d’artistes présents à ces Francofolies 2015 – c’était à la môme Piaf et non à Joséphine Baker. Mais il n’empêche, Dimoné et Emilie Marsh sont mes deux coups de coeurs Francos 2015 !

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Photo Antoine Cuadrado

J’aurais beau faire, ce n’est pas encore cette fois que je deviendrais kalife à la place du kalife hexagonal… Le bougre a commis une « chronique de concert » comme il se plait à dire, d’une telle maestria qu’il serait vain de tenter de l’affronter sur ce pré. Un exemple de sa supériorité numérique ? Lui ne confond pas une gibson avec une Duesenberg Starplayer… Je me contenterais de souligner que ce 13 juillet au Théâtre Verdière, DIMONE persista de façon géniale dans son cabotinage plein de verve et de vitalité. Son invocation d’Edith Piaf, à laquelle chaque artiste présent se devait de rendre hommage, lui ressemble ; iconoclaste et tendrement irrévérencieuse. Je ne le raterai pas lorsqu’il passera aux Trois Baudets !

En revanche, deux que j’ai regrettés vivement d’avoir ratés, ce sont Jo Weding et Jean Felzine, les chouchous de ma camarade Déborah, lors d’une rencontre sur le stand des Activités Sociales de l’énergie. Dommage, j’aurais aimé savoir si Jean avait bien pris mon live report du concert de Mustang, le groupe dont il est le leader, aux Folies Pigalle. Faut croire que oui, puisqu’il l’a partagé sur la page Facebook du groupe…

Emilie Marsh Francos 2015
Photo Antoine Cuadrado

Je m’étais donc promis de terminer ces Francos 2015 avec EMILIE MARSH et n’ai eu aucune difficulté à tenir cet engagement. Moi qui pensais que Béatrice la Demi Mondaine était quasiment la seule chanteuse rock in french digne de ce nom, je dois réviser cette position un rien arrêtée. Emilie Marsh a choisi comme figure tutélaire Patti Smith ; la rockeuse libre et libérée par excellence. Rien d’étonnant à cela ; Emilie m’apparaît comme une révoltée tranquille mais ultra-déterminée, sûr d’elle-même à l’image de son aisance sur scène et qui affirme être une « anti » refusant la domination sous toutes ses formes. Je n’aurais qu’une objection dans sa litanie d’anti, sensuelle est de trop… Et un seul vrai regret, n’avoir pu lui témoigner le plaisir pris lors de son set. Je lui dédie cette chronique et compte bien lui démontrer de visu à sa venue à la Blackroom Hexagonale le 19 septembre prochain, que je suis tout aussi, voir plus beaucoup sympathique que notre grand guide suprême desreumauesque !

Merci à nouveau à Antoine pour ses photos et Vanessa, sans qui même avec ma carte de presse de frimeur, je n’aurais pu accéder au concert de Dimoné !

Jeny June, « Créer, c’est la vie mais en plus beau »

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Jeny June était en concert au HideOut, une brasserie proche de la gare du nord. Un endroit qui leur semble presque destiné, quand on connait le titre de leur album. Jeny June ce n’est pas une personne, mais un duo composé d’Audrey Person, la chanteuse et Julien Varigault, le guitariste. C’était leur dernière date dans ce lieu après y avoir déjà joué cinq fois cette année. C’est avec enthousiasme qu’ils m’ont accueillie à leur table pour me raconter leur « belle échappée. »

Photo Déborah Galopin
Photo Déborah Galopin

Hexagone : Votre album La belle échappée est sorti l’année dernière, en 2014. Comment l’aventure a commencé ?
Audrey : Ça commencé à Rennes, en 2008. Quand on s’est rencontrés, on composait d’abord en guitare voix, avant de collaborer avec d’autres musiciens. On jouait principalement dans des bars. C’est après la sortie de notre premier EP en 2010 qu’on a fait pas mal de Tremplins dans de belles salles. Ensuite, on a vraiment eu envie de se professionnaliser et de porter le projet un peu plus loin. Nous avons décidé de nous recentrer sur nous deux et de prendre une année pour réaliser notre premier album.
Julien : L’écriture, la composition et les arrangements, on l’a fait tous les deux. Ça a pris environ un an et demi d’autoproduire les douze titres de La belle échappée. On a vraiment pris le temps pour le réaliser.
Audrey : C’était un peu compliqué car nous n’étions pas dans la même ville. Julien était sur Paris, moi sur Rennes. Nous avions des petits boulots à côté, donc dès qu’on se retrouvait on enregistrait. Même si cela n’a pas été évident de tout concilier, au final nous sommes contents car nous avons vraiment eu le résultat que nous voulions. C’était une chouette aventure.

Hexagone : Comment la collaboration s’est faite entre vous deux ?
Audrey : J’ai passé une annonce à la fac de musique quand j’étais à Rennes. Julien s’est proposé en tant que guitariste. On a été se prendre un verre et immédiatement il y a eu un bon feeling entre nous. Le même jour, une première chanson est née, L’autre univers. On l’a d’ailleurs longtemps jouée dans les bars.

Hexagone : Qu’est-ce qui vous a plu dans l’univers de l’un et de l’autre ?
Audrey : Au départ, il n’y avait pas d’univers, puisque ni lui, ni moi n’avions de groupe. Nous avions des goûts différents mais nous avions les mêmes envies. Quand on fait de la musique, il y a une espèce d’évidence, on se comprend. C’est aussi une histoire d’amitié.

Hexagone : Vous êtes indépendants, êtes-vous passés par un crowfunding ?
Audrey : Non, en revanche on a eu la bourse du CRIJ à Rennes.
Julien : On a tout autoproduit. On a été acheté un peu de matériel, mais c’est principalement grâce à nos connaissances et du système D que l’album a pu sortir. Aujourd’hui, avec les ordinateurs on peut faire de belles choses. Dans les années 70, il n’aurait pas été possible de faire ce que nous avons fait.

Photo Déborah Galopin
Photo Déborah Galopin

Hexagone : Pourquoi ce choix ?
Julien : On a postulé à MyMajorCompany en 2010, mais nous n’avons jamais eu de réponse. Ils commençaient à être saturés de projet après l’explosion que la découverte de Grégoire et Joyce Jonathan a provoquée. Après on ne s’est pas réellement posés la question non plus. Aujourd’hui, on aimerait bien passer par un financement participatif pour réaliser le clip de La belle échappée.

Hexagone : Avez-vous été entourés de personnes qui avaient déjà un pied dans le métier ?
Audrey : Oui, il y a eu principalement trois personnes qui nous ont aidés. Ludo, un ami prof de musique, nous a prêté sa maison en normandie. C’est un endroit magique au milieu de la campagne. Il y avait également un piano à queue. Ce lieu a beaucoup participé à la naissance de La belle échappée, car il n’y a rien d’autre à faire qu’à composer. Il est ressourçant et inspirant.
Julien : On a également notre ingénieur du son, Baba. Il a fait tous les mix de notre album. Quand il est là en concert, on est contents. Et Oliver, notre photographe, qui a su capter notre univers et le retransmettre. Aujourd’hui, on ne fait pas seulement de la musique mais aussi de l’image.

Hexagone : Concernant la création de vos morceaux, comment ça se passe ? Est-ce l’un de vous qui écrit et l’autre qui compose ? Ou vous faites les deux ensemble ?
Julien : J’écris la partie primaire musicale et Audrey pose des mélodies dessus avec des textes. Ensuite on assemble le tout, en y ajoutant un peu de couleurs grâce aux arrangements.
Audrey : Parfois le texte est déjà né et il se pose parfaitement à la mélodie que je viens de créer, ou alors j’écris un texte sur une composition de Julien et ça fonctionne. C’est vraiment magique. Il n’y a pas de règles. Cette partie-là est très intuitive.
Julien : Après, je tricote les accords et si ce n’est pas les accords, ce sera autre chose.
Audrey : Il est très perfectionniste, mais c’est avant tout un travail d’équipe.

Photo Déborah Galopin
Photo Déborah Galopin

Hexagone : Le rythme de vos chansons est plutôt joyeux alors que vos textes sont plus mélancoliques. Si on prend en exemple votre première chanson, Bye bye, le départ est lié à une rupture. Est-ce une façon de transformer un évènement négatif en positif ?
Audrey : Ce que j’aime le plus c’est quand derrière la joie, il y a de la mélancolie. Il faut qu’il y ait de la nuance, car la vie ce n’est pas tout blanc, ce n’est pas tout noir. Bye bye c’est vrai que ça parle d’une rupture. La fille est un peu en colère mais elle est déterminée aussi. C’est notre chanson la plus narrative de l’album.

Hexagone : L’album commence avec Bye bye et termine sur Légèreté. Est-ce qu’il ne s’agirait pas d’un voyage intérieur sur l’amour, ses attentes et ses deceptions ?
Audrey : L’amour est une source d’inspiration. Cela fait partie des expériences universelles de la vie, parmi les plus belles et les plus sombres. Il est vrai que c’est aussi un voyage intérieur. C’est un appel à la réflexion sur qui l’on est et sur la liberté. La belle échappée est un album de jeunesse donc il ne comporte pas encore énormément de désillusion. C’est un album qui dans le fond est toujours positif parce qu’on choisit de prendre le bon côté de la vie.

Hexagone : Plusieurs titres comportent des prénoms féminins, est-ce un album qui parlera davantage aux femmes ?
Audrey : Non, ça s’adresse à tout le monde. En fait, chaque prénom a sa propre référence. Oh Betty ! est inspiré du film 37°2 le matin. L’écriture de ce texte a été totalement spontanée, car je me suis identifiée à elle, à petite échelle car elle est vraiment folle dingue. J’ai compris d’une certaine façon ce qu’elle pouvait ressentir. Il y a une citation dans le film qui la résume assez bien : « Betty, je crois que le monde est trop petit pour toi ». C’est une éternelle insatisfaite. Elle n’arrive pas à se contenter de la vie telle qu’elle est. Emily à minuit, c’est par rapport à l’auteur Emily Brontë, qui a beaucoup marqué ma vie d’adolescente et d’adulte. Elle a vécu recluse et elle est capable de parler de tous les sentiments humains. Et Lolita en herbe, c’est par rapport au livre de Nabokov.

Hexagone : Une chanson est intitulée June Carter, est-ce en référence à la chanteuse ? Vous a-t-elle inspirée ?
Audrey : June Carter est une artiste que j’ai découverte dans le film Walk the line. Je l’imaginais passer devant un jukebox. Ce n’est pas un hommage particulier, car même s’il s’agit d’une figure importante aux Etats-Unis, je n’ai pas été biberonnée à June Carter. C’est plus un petit clin d’œil, notamment par rapport au nom de notre groupe.

Photo Déborah Galopin
Photo Déborah Galopin

Hexagone : D’où vient votre nom, Jeny June ?
Audrey : On cherchait un nom de groupe. June on trouve que ça sonne folk, notamment par June Carter. Nous voulions un deuxième prénom qui sonne bien avec le premier, pour former une entité. Quand les gens font l’erreur, nous les corrigeons, ce n’est pas Jeny and June mais Jeny June.

Hexagone : Est-ce que vos deux régions, la Bretagne et la Normandie vous ont inspiré ce désir d’évasion qu’on retrouve dans vos chansons ?
Audrey : J’habite à Langueux et c’est vrai que j’aime beaucoup la grève. Je suis également fascinée par les landes du nord de l’Angleterre. Ce sont des paysages désolés mais remplis de beauté. Quand je suis dans les embouteillages, ça fait du bien de se dire que des paysages déserts comme ceux-là, existent encore.
Julien : Moi, j’adore la pluie. Ce qui est agréable, ce sont les variations de temps, que ce ne soit pas toujours pareil. Le soleil c’est chiant.

Hexagone : Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans l’aventure musicale ?
Julien : Au début, je détestais le studio. J’y allais avec la boule au ventre et maintenant j’adore ça. Prendre le temps de la création et passer des heures sur les arrangements pour que ça sorte du lot. J’aime le côté éphémère et itinérant des concerts. Tu arrives à un endroit et tu poses ton univers. Le lendemain, il n’y aura plus rien, tu seras ailleurs.
Audrey : Ce qui est magique, c’est quand une musique prend vie. Il y a une citation de Georges Braque que j’aime bien « être artiste, c’est épuiser ses rêves à l’infini ». Créer, je trouve que c’est la vie mais en plus beau. Les concerts, c’est concret, on essaye de donner le meilleur à l’instant T, même quand les conditions ne sont pas faciles.

Hexagone : « La belle échappée » c’est quand vous rentrez en Bretagne / Normandie ou quand vous arrivez sur Paris ?
Audrey : Ni l’un, ni l’autre. « La belle échappée » c’est plutôt le fantasme du voyage, l’envie de partir. C’est ce qu’on ne connaît pas encore.

Hexagone : Quels sont vos projets à venir ?
Julien : On va sortir un nouvel EP pour 2016 qu’on va commencer à enregistrer cet été. Notre défi est qu’il ait un côté prononcé Seventies, tout en restant moderne. Sinon on aura une jolie scène à Egly le 14 novembre pour les Agla’scènes.

Mick à Avignon – Session 1 : Emanuel Bémer

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Et me voilà à Avignon, une année de plus. Il fait chaud (plus que l’an dernier !), le programme du off comporte un grand nombre de spectacles (plus que l’an dernier !), beaucoup de monde dans les rues (par rapport à l’an dernier ? je ne sais pas, je n’ai pas compté !). Je prends l’apéro à côté de théâtreux parisiens et j’entends « si tu veux te faire voir par le métier il faut venir à Avignon, tout Paris est là, tu vois tout le monde.» Je ne connais pas beaucoup de parisiens et encore moins de théâtreux parisiens et si j’en ai peut être croisés, je n’ai pas parlé à un seul (vu que je ne les connais pas !). Je vis à Toulouse et je vais voir quelques concerts chanson. Et bien c’est pareil, en deux jours, j’ai croisé le tout Toulouse de la chanson ou plus précisément le tout Bijou : l’ancien patron, le nouveau, le chargé de com, l’ingé son, un chanteur toulousain passé au Bijou, un artiste parisien passé au Bijou cette saison !

bemer-15-07-2015-@michel-gallas-1130613Mais pour une fois laissons Toulouse de côté, je suis à Avignon pour te parler des concerts du festival off. Aujourd’hui on commence par le premier qui m’a marqué : Emanuel Bémer, L’impossible anthologie de la Chanson française. Emanuel Bémer chanteur lorrain, j’avais  apprécié son humour, ses textes un peu décalé et sa personnalité rapidement sur 20 minutes dans un Osons au Bijou il y a un peu plus deux ans, en solo guitare chant. Mais la Lorraine c’est loin de Toulouse et je n’ai pas eu l’occasion depuis de le voir sur un concert complet. A la lecture de l’affiche je me suis dit encore un artiste – auteur compositeur interprète – qui n’arrive pas à complètement percer avec son propre répertoire et qui fait un spectacle de reprises. Et je me suis trompé. Oui c’est un spectacle de reprises mais c’est un spectacle réussi, original et personnel. D’abord le choix pour honorer la chanson française de chanter environ la moitié du temps en … pas français voire même en étranger. Et oui idée simple mais efficace : une sélection de chansons françaises qui ont dépassé nos frontières. Il est donc naturel de les chanter dans la version ayant eu du succès dans un pays. Joli prétexte à un voyage musical autour du monde.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Bémer commence et finit allongé sur le piano. Il démarre, en hongrois et en français, surprenant le public par une version de Sombre Dimanche chantée initialement par Damia. On aura droit bien sûr à de l’anglais, de l’allemand (sur Göttingen attendu et bienvenu) et de l’espagnol. Mais aussi du Néerlandais sur une chanson émouvante de Serge Reggiani mais pas la plus connue : Ma dernière volonté ; et ce jour des néerlandais ou des néerlandophones, présents dans la salle reprennent le refrain par cœur confirmant l’introduction de Bémer qui annonçait cette chanson comme un grand succès en Hollande. Certains moments de scène sont marquants. Par exemple, la surprenante et réussie version algéroise d’Hexagone : Je m’en fous que je recommande à tous.  Le Que je t’aime de Johnny Halliday en japonais pour lequel il se permet d’ajouter quelques mots japonais bien connus des français mais complètement hors contexte pour cette chanson. Mais il ne se contente pas des chansons françaises ayant fait le tour du monde.  Par souci de pédagogie (?) ou par originalité il nous interprète aussi des succès français qui sont en fait des adaptations de versions originales étrangères. Comme Amor de mis Amores version originale d’Amérique du Sud de La Foule succès de Piaf et O que sera du brésilien Chico Buarque en portugais version originale de Tu verras de Claude Nougaro.

bemer-15-07-2015-@michel-gallas-1130657Et quand il nous apprend que «Trobar» signifie «écrire des vers destinés à être chantés» : on se demande si ce verbe est directement dérivé de nos troubadours ?  Ce spectacle sous titré « La chanson française a-t-elle vocation à le rester ? » aurait aussi pu se nommer « La chanson française prend des cours de langue.» En tout cas Bémer fait apprécier sa voix et sa qualité d’interprète. Mais pas que … Les choix de mise en scène valorisent aussi cette Impossible Anthologie. Un superbe piano se révèle un personnage à part entière du spectacle. Et le plateau est complété par un globe, un globe-bar, gage de voyage, qui permet au chanteur d’aller chercher quelques objets comme par exemple une autre paire de chaussures pour faire des claquettes. Ce spectacle musical piano voix donne l’occasion au pianiste Nicolas Arnoult, l’accompagnateur en chapeau costume gilet, de donner la répartie au chanteur et de nous offrir quelques instants uniquement musicaux pour quelques standards dont La vie en Rose, C’est si bon, Les feuilles mortes. Mais toi l’hexagonaute aussi polyglotte comme moi, ne t’inquiète pas, le spectateur a droit aussi à ses moments uniquement en français.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Par exemple Emmenez moi d’Aznavour pendant lequel il rebondit sur certains mots pour enchaîner quelques secondes sur d’autres chansons souvent de la variété. Procédé connu mais exercice de style réussi et qui fait son effet. On a même droit à du Jennifer pendant … deux mots. Plus personnel A ma manière est un texte de Bémer à partir de la chanson de Claude François, Comme d’habitude. Et même à la fin du tour de chant Emanuel Bémer nous propose Ca c’est sûr qu’elle est belle la vie, chanson écrite et composée par … lui. Et la réussite de ce spectacle s’explique très certainement par cela : c’est un spectacle personnel de Bémer qui a mis sa sensibilité, sa personnalité et son humour. Humour très présent dans les transitions entre chansons en mêlant respect et moquerie. Ce spectacle est assez récent mais Emanuel Bémer chante depuis plus de dix ans et a déjà publié plusieurs albums. On peut souhaiter à cette Impossible Anthologie de voyager beaucoup et loin. Je sais, qu’entre autres, deux programmateurs Toulousains sont venus et ont apprécié. Et on peut espérer qu’une fois ce spectacle reconnu, Emanuel Bémer pourra à nouveau montrer ses propres créations. Bien entendu, tu peux compter sur moi, si ce spectacle passe par Toulouse ou Paris, pour te faire un signe hexagonal.


Emanuel Bémer 15 juillet Avignon Théâtre de l’Arrache-coeur

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Le Mad aux Francos – épisode 3 : Mélanges & Démons à La Rochelle

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Et de trois ! Pour te récompenser de ta constance, ô toi fidèle lecteur, ô toi attentionnée lectrice, Le Mad ne recule devant aucun sacrifice. Ce sont plus de 5 artistes dont il va t’reporter le live. Accroche-toi, ça va prouster à donf’ ; des JE égotistes à foison, de digressions superfétatoires en veux-tu en voilà… Mais que fait la police hexagonale, je vous le demande ?

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Photo Antoine Cuadrado

A l’heure de la messe, j’attendais benoîtement devant la Chapelle Fromentin – laquelle abrite un Centre Chorégraphique National des plus laïques – pour prier en compagnie des frères DIMONE et FELOCHE et qui vois-je me rejoindre dans les rangs ? Pierre Guénard et Manu Rambalo de Radio Elvis ! Je m’empressais de les accoster pour leur signifier que j’étais l’auteur des live report de leurs concerts au Pan Piper et au festival Ta Parole et que je pouvais même leur dédicacer le joli dessin qu’ils m’avaient inspiré (si ça, c’est pas de l’auto promo…). Ces deux jeunes artistes – malgré leurs faux airs de séminaristes dévoyés – ont vraiment fait preuve d’une extrême gentillesse et de beaucoup de tolérance à mon égard et qui plus est, ne m’ont nullement parlé d’un certain David tellemmmment sympathique ! Cette journée commençait sous les meilleurs auspices. L’abbé Dimoné et son bedot Jean-Christophe Sirven qui introduisait l’office, me confortèrent, dans un premier temps seulement, dans ce sentiment de béatitude. Passe encore que ce duo joue avec une virulence toute païenne, cette musique du diable qu’est le rock n’roll, que le sieur Sirven cumule clavier, percussion et un étrange instrument simulant la basse, alors il eusse du s’installer à l’orgue de ce pieux édifice, que le dénommé Dimoné saigne presque sur sa gibson et qu’il clame ses alléluia d’un manière fort peu catholique… Mais lorsque j’appris de mon voisin de missel que Dominique Terrieu avait en fait choisi un nom de scène signifiant Démon en catalan, j’en fis une vraie crise de foi et m’administrai une double dose de bouchon à oreille que je ne retirais qu’à l’arrivée de Féloche.

Féloche - Francos 2015
Photo Antoine Cuadrado

Féloche et l’Ensemble MG21 qui compose son Mandoline Orchestra, que voilà une belle oeuvre oeucuménique qui allait me permettre de me remettre de mes émotions générées par ce diable de Dimoné… On ne vantera jamais assez les bienfaits du collectif ; Féloche qui réinterprèta pour l’occasion ses compositions, était heureux comme un poisson dans l’eau parmi sa famille de coeur et de cordes. Comme Clarika & Daphné, il s’est fendu de reprises à thème… mandolinesque ! Je joue d’la mandoline chanté par Bourvil et Ferré et surtout un Bambino en duo avec sa complice la chanteuse Caroline Daparo. La tête posée sur son sein généreux tandis qu’elle lui caressait maternellement les cheveux, notre gratteur fou se fendit d’un coup d’oeil coquin et complice, il faut avouer qu’il y avait de quoi être aux anges !

Lorsque vint l’heure de prendre l’apéro… l’heure du thé, sorry ! Je pris donc une tasse d’earl gray – toujours au théâtre Verdière – avec ce dandy nonchalant et pince sans rire qu’est THOMAS FERSEN. J’avoue avoir été quelque peu déçu par sa prestation. Il m’a semblé manquer de conviction tout seul derrière son piano et ses histoires de chagrins d’amour rurales qu’il soliloque pourtant avec conviction, m’ont assez vite lassé. Sous prétexte de jouer en matinée, il n’a pas cesser de nous proposer d’aller nous coucher. Moi innocent spectateur et néanmoins connaisseur de son oeuvre, j’ai cru qu’il allait conclure son concert avec cet excellent titre éponyme issu de son premier album. Que nenni mon ami, car aucun rappel il ne nous donna et ce malgré une ovation enthousiaste du public. Un brin fesse-mathieu le gars Thomas tout de même…

Le soir venu, plutôt que Véronique Sanson sur la scène Jean-Louis Foulquier, je me décidais pour ROBI sur la scène du Village Francofou. J’avoue avoir hésité mais la curiosité l’a emportée. Je gardais un bon souvenir d’un duo avec Pierre Guénard de Radio Elvis au Pan Piper et Robi faisant partie des chouchous du padrone d’Hexagone, je jugeais plus prudent de choisir la sécurité. Mick, son homme de main toulousain avait beau être en mission à Avignon, je redoutais de recevoir à mon retour, la visite musclée de son nervi de photographe, Fredo-two-shouts. Je vais d’ailleurs faire très très attention à mes propos ; le dénommé Fredo en pince pour la belle Robi à ce qu’il paraît… Celle-ci peut sembler fragile de prime abord de part sa beauté diaphane, une impression qui ne persiste que le temps de quelques mesures. Sa fougue, sa sensualité contenue mais bien réelle, ses textes forts, m’ont séduit, même si les synthés sont un peu trop présents à mon goût dans ses compositions. Après avoir supporté – grâce aux binouzes du bar du village pro – la prestation du Juju Doré, je décidais de mettre fin à cette journée marathon en compagnie de THIEFAINE, Hubert-Félix de son prénom. N’étant pas un fan ultime et dans un état de fatigue avancé du à mon grand âge, je ne demeurais que le temps de quelques morceaux, attendant toute de même de savourer sa Lorelei pour lui fausser compagnie. L’homme mériterait assurément plus de considération de ma part et surtout d’être célébré en lieu et en place du vendeur de lunettes d’Optic 3000, comme notre véritable chanteur rock national.   

Merci à Antoine pour ses superbes photos de Féloche et Dimoné  !

Le Mad aux Francos – Episode 2 : Clarika, Daphné et Christine, toutes des reines !

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Eh toi ! Oui, toi l’hexagonophile invétéré(e) ! De deux choses l’une, soit tu es francos-maso compulsif ou alors, grave traumatisé par ces interminables sagas estivales que tu contemplais à la téloche, lorsque tu étais un gniard boutonneux. Si tu te reconnais dans la seconde option, ne compte pas trop sur Le Mad pour te la jouer sous le soleil…

Christine and the queens
Photo Thesupermat

D’autant que le Conducator au p’tit pied qui nous exploite à outrance, nous z’aut les pauv’soutiers d’Hexagone, n’avait même pas daigné m’offrir un bob de fonction ! Ah ça, j’étais bien mieux traité chez Ricard… En ce samedi 11 juillet, à l’heure fatidique de la sieste, Je n’eus d’autre choix que de me réfugier dans le havre climatisé qu’est le Théâtre Verdière. Et grâce à ALEXANDRE DELANO et son Delano Orchestra qui assurait la première partie de Clarika & Daphné, j’ai pu dormir en toute quiétude. Il y aurait beaucoup à écrire sur ce jeune homme, qui a fait cette année le chantier des Francos et auquel je ne veux point de mal. Je me contenterai donc de lui conseiller le redoublement… Manifestement, il a vraiment besoin d’être coaché quant à sa prestation scénique. CLARIKA & DAPHNE m’ont tiré de mon juste sommeil, les bougresses ! J’avoue que la thématique de cette collaboration entre ces deux pétulantes chanteuses – Ivresses – parlait de façon très significative à mon for intérieur. Un bouquet de reprises, exécutées de belle manière, seule ou en duo. De Reggiani La chanson de Paul en passant par L’absinthe de Barbara ou l’hommage à Piaf « imposé » par les Francos avec La foule… Elles se livreront à une version inénarrable de Tu t’laisses aller d’Aznavour en prenant pour cible de leur dégoût commun, leur pauvre contrebassiste qui resta de marbre. Lorsque Clarika commença à chanter, « eh, Manu rentre chez toi, y a des larmes plein ta bière« , je vous jure que j’ai presque ressenti la présence du Capo di tutti… Il parait que le parrain de la mafia hexagonale sent l’hommage à Renaud à plus de centaines de kilomètres.

Malgré le peu d’attrait que ses têtes d’affiches exerçaient sur moi, il n’était pas dit que je n’assisterai pas à un concert sur la scène Jean-Louis Foulquier, haut lieu des Francos. Il eut été couillon de ne pas profiter d’un pass VIP donnant le full access, y compris au bar, sorry, à l’espace pro… C’est donc légèrement sur mes gardes mais plein de bonne volonté que je me décidais à assister au concert de CHRISTINE AND THE QUEENS. Mon conseiller personnel m’avait chaudement recommandé celle qui fut la révélation musicale de l’an passé, me vantant ses qualités de meneuse de revue. Cette ironie peu subtile pourrait paraître déplacée si la Reine Christine, dont il faut bien convenir qu’elle est effectivement une bête de scène, ne la pratiquait elle aussi sans vergogne. Se remémorant qu’en 2014, elle passait à 16h sur une scène moins prestigieuse et qu’ici et maintenant, elle foulait « LA » scène des Francos, elle en sautilla de joie comme un cabri d’un bout à l’autre de celle-ci. Une espièglerie une peu bravache qui n’empêche nullement une complicité pleine d’émotion avec le public et une prise de position gonflée pour le droit à toutes les différences. Son show, avec notamment deux fabuleux danseurs avec lesquels elle fait jeu égal, est digne des américains ; elle peut se permettre sans problèmes ses clins d’oeil à Beyoncé ou à Michael Jackson. Heloïse Letissier, que ses fans appellent en toute simplicité Christine, c’est comme ces bonbons acidulés dont tu découvres en les croquant que leur intérieur se révèle être ultra-piquant…

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