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Dimoné & Kursed dynamitent La Boule Noire !

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28 mai. Pigalle. Attendus au tournant, Dimoné et ses Kursed. Trop hâte de découvrir en live son Amorce. Domi en mode dominant, faux biker et vrai rocker chansonnier. Verdict ? C’était nickel !

 

Dimoné - La Boule Noire © Frédéric Petit
Photo © Frédéric Petit

Dimoné distribue lui même les setlists sur le sol de la scène. Pas banal pour un leader de gang, mais finalement pas si surprenant. Il multipliera tout au long du set des gestes d’affection envers les membres des Kursed, les serrant chacun dans ses bras… Un parrain certes, et très attentionné. Hugo et Ari s’installent les premiers sur scène, en mode duel amical face-à-face six-cordes. Thomas s’empare de sa basse et Romain s’installe derrière sa batterie. Entre le cador, qui fond tel un faucon sur l’une de ses deux splendides Rickenbacker.

 

 

 

Coup de riff direct au corps, direction Le Nord. Pas besoin de grand chose pour l’amorcer le public. “Ça va bouboule ?”. La verve complice et moqueuse de Dimoné. Plus qu’une signature, un état d’esprit sans nul autre pareil. Hugo et sa belle veste en font les frais. Tous rigolent, habitués à être gentiment brocardés autant que mis en avant par leur aîné si peu assagi… Même si ce dernier prouve sur faudra bien s’y tenir, qu’il sait faire preuve de retenue, il ne va pas tarder à lâcher les chevaux et la bride aux rockers cursifs et abrasifs que sont les Kursed.

 

Dimoné 1 - La Boule Noire © Frédéric Petit
Photo © Frédéric Petit

Passés Au bord du monde et par Lyon, nous étions en pays de connaissance car tous deux sont extraits de l’album. En revanche, on ne reconnait pas la bifurcation de Tu t’attendais. “Ici on fait le flamand, pas le pied de grue”. Inconnu au bataillon des propos dimonesques… Profitant qu’il parte jouer les épileptiques sur son clavier, les Kursed balancent la sauce.

 

 

Dimoné 1 - La Boule Noire © Frédéric Petit
Photo © Frédéric Petit

Rien à redire côté gros son fou-fou, c’est nickel. Pas de danger qu’on prenne la fuite. “C’est agréable cette partie de billard avec vous !”. On lui retourne le compliment. Sympa de tanguer avec lui dans sa grande allée, de découvrir une version presque Noir Dez d’Un homme libre ou l’inédit et bien nommé Pas Connu. Et surtout – moment très attendu – de le voir partir en vrille. Et que je délire sur les tacos, met préféré de Ari, rebaptisé pour l’occasion le cobra des garrigues. Que je joue à me balancer accroché à la barre des projos. Vraiment, mais alors vraiment pas sage le Dominique ! Et tes Narcisses en rappel, oui, on t’avoue, ça nous a fait du bien… Tu reviens quand avec ton gang à Paname qu’on remette ça ?


 

Merci à Fred Petit pour les photos. Retrouvez-en d’autres sur son site et sur son compte Instagram !

Stéphanie Boulay – Ta fille

Stéphanie Boulay n’est autre que « la moitié blonde » du duo Les soeurs Boulay. Profitant d’un entre deux, Stéphanie se sépare quelque temps de sa soeur Mélanie afin de faire paraitre  Ce que je te donne ne disparaît pas, bel album de folk gracieuse et élégante. En voici un extrait.


Contrebrassens dans le Off d’Avignon

Elle fait partie de nos grands coups de coeur de ces dernières années et figure parmi les artistes que l’on suit de près. Alors, sachez que Pauline Dupuy, alias Contrebrassens, jouera en solo tous les jours à 20h05 au Théâtre Des Lila’s, du 05 au 24 juillet dans le cadre du festival Off d’Avignon. Relâche les mercredis 10 et 17.  Qu’on se donne le mot !


Boule – le clip d’ « AVION », en exclu sur Hexagone


Appareil Volant Imitant l’Oiseau Naturel, sortie nationale le 24/05/2019 (CHOLBIZ / L’Autre distribution)
www.appareil-volant.fr / www.sitedeboule.com
www.facebook.com/faceboule/
www.youtube.com/user/Bouletubeofficiel/

CLIP Tournage : Jean Marc PEYREFITTE & Delphine BIRARELLI Étalonnage : Gilles PIQUARD

Remerciements : La Mairie de Berck sur mer : Mme DHAILLE et M. MAZURE
L’aérodrome de Berck sur mer : M. LECLERCQ
Baptiste PETIT
Amandine ALLENDER et Mais oui ! Production

TITRE : Paroles et musique : Cedrik Boule
Réalisation et arrangements : Robin Leduc et Cyrus Hordé
Enregistrement et mixage : Robin Leduc au Spectral Studio – Paris.
Mastering : Philip Shaw Bova at Bova Lab
Cédrik Boule : guitare et voix
Jeanne Rochette : voix
Raphaël Léger : batterie
Jérôme Pichon : basse
Cyrus Hordé : piano, orgue, synthétiseurs
Robin Leduc : synthétiseurs, percussions
Production CHOLBIZ

Emilie Marsh

Il y a bien longtemps déjà, il y eut La rime orpheline (2011), album liminaire d’une Émilie Marsh qui filait ses premiers pas artistiques et discographiques dans une veine plutôt pop et légère. Puis vint la métamorphose. Sur scène d’abord, au sortir de l’an 2014, l’amorce d’un Goodbye comédie mettait le boxon dans la tranquillité d’hier et affirmait une soif d’accomplir ses choix de vie et ses choix musicaux. Ce nouvel album homonyme, ô combien attendu et espéré, est l’aboutissement de cette période de transition entamée en 2015.

Des choix de vie ? L’album s’ouvre crânement sur J’embrasse le premier soir, ode à la liberté, et notamment à la liberté sexuelle, à la liberté tout court, au carpe diem. La chose amoureuse est au demeurant largement débattue au long des dix plages de cet opus de grande beauté, depuis À ton oreille jusqu’à Où vas-tu la nuit ?. On y parle également – entre autres – de grand départ (Haut le cœur), d’un goût prononcé pour L’aventure, d’émancipation (Goodbye comédie)…

Des choix musicaux ? Armée de sa guitare, Émilie délivre des mélodies soignées et accrocheuses, portées par son timbre délicat et enveloppant. Paru sous le label FRACA !!! créé récemment par Émilie Marsh, Robi et Katel, l’album fait la part belle aux sonorités modernes, à l’esprit rock, mais conserve la voix placée très en avant pour appuyer une écriture précise et racée. C’est Katel qui assure (avec A.L.B.E.R.T.) la réalisation de ce disque dont nous pensons le plus grand bien.

David Desreumaux


Emilie Marsh
Emilie Marsh
fraca!!! / l’autre distribution  – 29/03/2019

Chronique parue dans le numéro 11 de la revue Hexagone.


Marjolaine Piémont – Frou-frou

Espiègle, elle l’est, abordant des thèmes souvent provoc’ sans même que son rimmel ne sourcille ! Imaginez : vous allumez votre radio et, sur des rythmes limite dance, vous entendez : « Bonne / Je suis bonne », puis : « À souffler du dioxyde de carbone ». Marjolaine Piémont, c’est ça : la bourgeoise échevelée qui se sert de la force de son adversaire – machiste – pour susciter l’indignation de ses pairs. « Je suis bonne », quelle expression laide ! Et pourtant ! Quelle fabuleuse chanson tirée de Sans le superflu, le tout récent premier album de l’artiste !

« Cherche chanteuse pour nouvel an. » Le 31 décembre 1999, Marjolaine Piémont, très jeune Alsacienne débarquée depuis peu à Paris pour intégrer une école de cinéma, décroche son premier contrat : elle anime la Saint-Sylvestre chez Maxim’s, un plan trouvé par hasard à l’ANPE où elle se rend après avoir abandonné un emploi d’assistante de production. Elle ne peut en effet se passer de l’artistique, et ce boulot fait de coups de fil et de fichiers Excel l’éloigne de l’écriture de scénarios et de la réalisation ; n’a-t-elle pas fait des années de danse classique et de chant lyrique, suivi un cursus théâtre jusqu’au bac, assisté à des centaines d’opéras et de pièces – notamment au Théâtre national de Strasbourg dirigé alors par Jean-Louis Martinelli ? Ses parents, tous deux professeurs de médecine et musiciens de cœur, ont toujours guidé leur fille sur le chemin de la création. Jusqu’à cette école de cinéma parisienne.

Cabaret et chansons réalistes
Depuis cette Saint-Sylvestre mémorable, Marjolaine gagne sa vie en tant que chanteuse. Interprète à ses débuts dans des cabarets parisiens – Aux Trois Mailletz, chez La Mère Catherine, à l’American Dream ou au Don Camillo –, elle chante tous les soirs de vingt heures à deux heures du matin, et dans toutes les langues  – y compris le wolof ou le polonais ! Alors que les titres de Céline Dion et Lara Fabian font florès dans ces hauts lieux du divertissement pour touristes friands de pittoresque, Marjolaine propose un répertoire de chansons réalistes : Lucienne Delyle, Berthe Sylva, et surtout Yvette Guilbert. Au sujet de cette dernière, elle explique : « Nombre de ses chansons me bouleversent. Elle défend des textes forts, parfois interdits par la censure. Et parvient à réunir le public populaire des caf’conc’ et la rive gauche intellectuelle. » Alors lorsque Marjolaine, puisant dans le répertoire de la Guilbert, chante Les fœtus, un poème de Maurice Mac-Nab (« On en voit de petits, de grands / De semblables, de différents / Au fond des bocaux transparents »), les tartines de foie gras et les flûtes de champagne restent en suspension dans un délicieux malaise.

Nombre des chansons d’Yvette Guilbert me bouleversent.

Elle a pris goût à ces plumes aux encres acides en écoutant Barbara reprendre notamment Fragson. Elle trempe volontiers la sienne dans le même encrier et donne à entendre un féminisme narquois, un peu à la manière d’une Blanche Gardin : « Mmmh qu’est-ce que c’est bon / D’être à califourchon / Là, ça y est, je sais / Pourquoi sur leurs manches à balai / Toutes les vraies sorcières / Aiment s’envoyer en l’air. » (À califourchon) Comme La Fontaine le fit avec Ésope, Marjolaine chante les héroïnes dont Anne Sylvestre est la mère ; dont ces fameuses sorcières. Même combat, styles différents. En scène, elle lance : « Je me suis rendu compte que dans mes chansons je parlais beaucoup des hommes, d’amour, et aussi un peu de cul ! » Une formule qui tranche, vous l’avouerez, avec les « Je chante des chansons d’amour tristes » qui fleurissent de concert en concert telles des boutures envahissantes. Marjolaine Piémont, c’est de la tenue, une liberté de ton et de l’espièglerie joueuse. Quelque part entre Arielle Dombasle et Lio.

D’interprète à auteur-interprète
Cette tenue en scène, elle la tient de ses années de comédie musicale. Car, intermittente depuis 1998, elle a connu les grands théâtres parisiens et les Zénith – jouant ainsi la muse de Don Quichotte au Théâtre des Champs-Elysées, puis partant en tournée avec Sol en cirque, où elle interprète le rôle de Mygale tenu par Zazie dans l’album, et avec Mozart l’opéra rock. Cette vie lui convient tout à fait : la troupe, la tournée, l’énergie. Elle décide pourtant dès 2008 de concevoir un tour de chant personnel, reprenant à l’occasion d’anciens textes laissés en jachère.

Lors d’une première partie de Zazie à Annecy en novembre 2016, Laurent Boissery, directeur du Théâtre Le Rabelais et du festival Attention les Feuilles !, la remarque puis la programme en octobre 2017. Cette rencontre lui ouvre les portes d’un monde qu’elle ne connaît pas vraiment : les circuits indépendants, les festivals militants, les amateurs éclairés, les bénévoles passionnés. Toute cette vie souterraine la séduit, et titille son côté combatif. On la croise dans tous les concerts et tous les festivals, tant elle est curieuse de ce monde-là, de cette famille qu’elle a trouvée, comme un refuge. Self-made woman, ce n’est pas qu’elle soit têtue, dit-elle, mais plutôt persévérante.

Marjolaine Piémont © David Desreumaux – Reproduction interdite

Et son écriture séduit. Elle sait être personnelle sans être nombriliste. On pourrait dire, reprenant les mots de Balzac en ouverture du Père Goriot, que chez elle « All is true » ! Néanmoins tout semble étrangement fou et flou. « C’est beau un homme à poils / C’est presque un animal. » Cette déclaration d’amour à celui qui partage sa vie est d’abord vue comme une farce, un manifeste anti-misandres (« Quand je chantais dans les cabarets, les strip-teaseurs se rasaient, c’était horrible ! »). Femme mais pas d’un homme, sur un ton de revendication, parle aussi – mais pas exclusivement – du droit d’exister par soi-même et non en tant que Madame Untel : « On m’a donné un nom à ma naissance, et je ne veux pas qu’à mon mariage on me donne un autre nom de famille. Je ne passe pas de tutelle en tutelle. »

Culottée
La pochette de Sans le superflu ne laisse pas de doute à ce sujet : dogue allemand, homme nu lascif, Marjolaine en patronne altière. Truffé de phrases à double entente, l’album supporte facilement la réécoute ; faussement naïfs, les textes ont un arrière-goût obsédant. Entre rôle de composition et témoignage, on peine d’abord à délimiter la lisière, puis on ne retient que la vérité : « Il y a des phrases ou des situations qui me parlent. Par exemple, j’ai beaucoup chanté en Ehpad, et j’ai imaginé cette phrase : « Je mâche la soupe avec ma molaire… » Concernant Je suis bonne, un jour, j’étais à un dîner, les hommes parlaient, et je n’ai pas réussi à en placer une. La sol do mi, je me suis rendu compte qu’un mec avait utilisé un texte que j’avais écrit, et j’ai vécu ça comme un viol. » Le résultat est à la fois amusant, violent, distrayant, divertissant, et cette confusion fait toute la force de cette jeune artiste : « J’essaie de distiller le message avec un décorum, un peu comme on le fait dans la bourgeoisie. »

Un décorum porté en partie par les musiques des compositeurs qui l’entourent – Vincent Baguian, Phil Baron, Aldebert – mais également par la réalisation d’Édith Fambuena et William Rousseau. Une chanson sur son gynéco ? Même pas peur. Sur le complexe de la grande sœur qui rêve d’homicide sur la plus petite ? Allez. Sous la gaudriole, la vérité : « J’aime bien avoir cette interaction avec les gens sur des terrains hyper intimes », explique l’intéressée. Car ce qui la motive avant tout, c’est la scène. Sans le superflu n’est qu’une carte de visite pour aller à la rencontre des gens. C’est pour cette raison qu’en juillet prochain elle participera au festival Off d’Avignon et sera présente à l’Arrache-Cœur grâce au dispositif Talents Adami.

Pince-sans-rire, délicate, apprêtée, silhouette droite de danseuse : Marjolaine Piémont n’a rien d’une rigolote. Et pourtant… Peut-être en est-il ainsi qu’elle le chante : « Si je joue la comédie / C’est par peur de ce que je suis. » (Sans le superflu) Un peu comme on pourrait le dire de Frou-frou, créée en 1897 par Juliette Méaly, les chansons de Marjolaine, leurs convictions et leurs provocations doivent être entendues avec la finesse d’esprit et la grande sensibilité qui les accompagnent. Elles ne seraient pas audibles autrement.

Flavie Girbal



 

Portrait paru dans le numéro 11 de la revue Hexagone.


Dominique Babilotte – La promesse d’un baiser

Dominique Babilotte est un artiste rare du point de vue discographique ; premier 45-tours en 1981, un 33-tours en 1985, des sorties CD espacées en 2002, 2011, 2014 et, tout récemment, La promesse d’un baiser.

L’album est en tout point soigné, présenté dans un écrin splendide ; beau papier cartonné arborant une très belle illustration, Le baiser de Jean-Yves Le Bon. On y constate le goût de la belle ouvrage dans les moindres détails, une œuvre d’artisan qui a pensé l’album jusque dans les plus minces interstices.

Auteur et compositeur des onze morceaux – hormis 11 novembre 9h32 (paroles de Manuel Bonneau) et On l’aura voulu (musique de Louis Soler) – Babilotte chante en philosophe qui s’ignore, avec la sagesse comme seul guide de son engagement citoyen. On l’aura voulu énumère les aberrations d’une société déréglée qui veut tout et son contraire, et s’automutile sans s’en rendre compte : « On l’aura voulu une vie si pratique, on l’aura voulu l’océan de plastique. » Engagement et prise de conscience, questionnement sur ce monde quand les cinq sens dysfonctionnent, c’est le propos de Que murmurent les chevaux ?, qui mise autant sur l’espoir que sur le pouvoir des chansons, notamment celles d’Anne Sylvestre. Car La promesse d’un baiser est aussi un album d’hommages, à l’enfance (Je te salue l’enfance), à l’amour (L’eau de vie), à Barbosa le gardien de but brésilien honni après le but encaissé en finale du Mondial 1950. Dominique Babilotte chante l’humaine condition, jamais en donneur de leçon mais avec empathie, comme un hymne à la saine mélancolie.

David Desreumaux


Dominique Babilotte
La promesse d’un baiser
autoproduction  – 13/10/2018

Chronique parue dans le numéro 11 de la revue Hexagone.


Mehdi Krüger, Arabstrait

Mehdi Krüger, artiste lyonnais, a fait paraître en 2015 un premier EP, Saint-Germain d’après. La sortie de l’opus suivant – le quatre-titres L’écume des nuits – est imminente. Personnage multiculturel refusant les dogmes, Mehdi Krüger se définit comme un « Arabstrait ». La formule est percutante, signifiante, et éclaire d’emblée sur le sens créatif et littéraire de cet artiste qui affirme : « Je suis trop devenu un chien errant pour faire de la musique de niche. » Rencontre avec un chanteur à la pensée bien aiguisée, aux confluents de la chanson, du slam et du hip-hop.

 
Dans quel environnement musical as-tu grandi ?
J’ai passé mon enfance au huitième étage d’une tour de Babel aux cloisons très fines. J’ai donc grandi entre le raï, la pop vietnamienne, l’italo-disco, le zouk, la variété turque… La chanson française n’était qu’une voix parmi d’autres dans cette polyphonie mondiale.

Par la suite, quel est l’univers musical que tu t’es construit ? Quels étaient les artistes, groupes, que tu écoutais ?
« Une montre cassée a quand même raison deux fois par jour. » Adolescent à l’identité instable, j’ai toujours été attiré par les artistes marginaux, les cascadeurs existentiels capables de ne se fier qu’à leur boussole interne. Ceux qui n’appartiennent vraiment à aucune chapelle. Peu importent les genres : Melody Nelson, Wu-Tang Forever et Juxtapose de Tricky ont éclaboussé mon adolescence de leur élégance sauvage, de leur originalité évidente. Ils m’ont insufflé ce grand principe : pourquoi vouloir être différent alors qu’on est tous déjà uniques ?

Tes textes affichent un lien direct avec la société et montrent un sens aigu de l’observation. Comment abordes-tu l’écriture d’une chanson ? Comment vient, naît une chanson chez toi ?
J’ai une écriture instagram-maticale. J’intercepte sur des carnets, bouts de papier, factures, des fragments de réel comme autant de pièces d’un puzzle à inventer. Je crois qu’il faut ensuite se laisser porter. Si le texte définitif ressemble à l’idée de départ, c’est que l’on n’a pas été assez ouvert aux possibilités qui germaient en lui. Une chanson d’amour doit avoir la liberté de devenir une chanson de rupture, lorsqu’on se rend compte qu’on a écrit inconsciemment à l’imparfait.

Que représente la chanson pour toi ? A quelles fins l’utilises-tu ?
J’ai le sentiment qu’à travers la chanson subsiste un des derniers liens entre poésie et culture populaire. Elle est aussi l’un des rares courants artistiques à transcender les générations et les classes sociales. J’y puise le réconfort de savoir qu’en ces temps de dissensions et de divisions nous pouvons tous avoir en commun ce socle culturel, créatif, vital.

Mehdi Krüger © David Desreumaux – Reproduction interdite

Depuis quand chantes-tu ? Raconte-moi comment tu en es venu à faire de la chanson et à professionnaliser cette démarche.
Si je devais donner un conseil à un artiste qui veut en faire son métier, je lui dirais de s’amuser comme les enfants : en jouant pour de vrai. Ose ce que tu n’as jamais osé, et tu obtiendras ce que tu n’as jamais obtenu. N’oublie pas non plus que les faiseurs de règles ne respectent vraiment que ceux qui les enfreignent. C‘est en suivant ces préceptes et en défendant l’idée d’une poésie pour tous, et par tous, que mon parcours de vie m’a conduit à vivre de mes chansons.

Qu’est-ce qui, de la musique ou du texte, a le plus d’importance pour toi ?
Le texte me semble primordial, mais aussi la voix. C’est l’instrument le plus intime. En nos voix sont contenues nos vies, brisées, feutrées… La voix colore le texte : chantée, scandée ou murmurée, elle y insuffle la vie. Au commencement fut le verbe, non pas le texte.

Parle-moi un peu de ton parcours discographique à ce jour.
Sous d’autres noms, d’autres formes, j’ai publié des textes et sorti des disques, mais le seul qui m’anime à chaque fois reste le prochain.

Ton premier EP, paru en 2015, s’appelle Saint-Germain d’après. Quel est le sens de ce titre ?
Les grands artistes de cet âge d’or sont autant de statues de marbre qui parfois bouchent l’horizon. Pourtant, à l’ombre de leurs piédestaux, poussent des fleurs inattendues dont on ne prend pas assez soin.
Avec une pointe d’humour et de provocation, ce titre signifie que la meilleure manière de maintenir vivante une tradition est de la laisser évoluer, plutôt que de la sanctuariser.

De par ses thématiques et ses ambiances musicales, Saint-Germain d’après a quelque chose de très urbain. C’est voulu ?
Je suis un enfant de l’urbain. Même les lignes de ma main ressemblent à un plan de métro ! La ville est imprévisible, bouillonnante, elle favorise les rencontres inattendues. Je voulais que l’auditeur ait la sensation de ce carrefour entre la modernité électronique, et l’intemporel de la chanson à texte. La chaleur organique des guitares, le velouté du quatuor à cordes contrastent avec la profondeur des basses synthétiques. Le phrasé et les textes deviennent en quelque sorte une passerelle entre les deux univers.

 

La langue est mon seul pays. « Langue houleuse et langoureuse / onctueuse ou langue tueuse. »

 

L’EP à venir sera-t-il dans la même veine que le premier ?
Chaque album, quelle que soit sa taille, doit être un monde en miniature. Je m’efforce de vivre chacun comme une aventure : comment surprendre un auditoire sans se surprendre soi-même ? Uniquement écrit et enregistré en guitare-voix, en contre-pied du précédent, L’écume des nuits sera l’histoire d’une vie jetée dans la tempête par une rencontre, puis sauvée des vagues par une autre rencontre.

Peux-tu me citer une personne que tu juges très importante dans ton parcours artistique ?
Immédiatement, je ne peux que citer Ostax, mon compositeur attitré et guitariste sur scène. Il est instinctif quand je suis cérébral, sa musique circule dans tout son corps quand la mienne passe par la tête. Il m’a fait comprendre que la vraie poésie doit se danser, être aussi charnelle qu’intellectuelle.

Quelle est la partie que tu préfères dans ton activité artistique ? La scène, le studio, la création… ? Pourquoi ?
Assez violemment, la première fois que j’ai foulé une scène, j’ai eu l’impression d’être un animal découvrant le goût du sang, une sensation très physique. Je prépare chaque concert comme un boxeur, car rien n’égale l’instant de l’entrée en scène, entre exaltation et sérénité d’avoir trouvé sa place dans ce monde.

On sent le goût des mots et du verbe chez toi, le plaisir du jeu sur les mots, les sons, le sens. Quel rapport entretiens-tu avec la littérature en général ?
La langue est mon seul pays. « Langue houleuse et langoureuse / onctueuse ou langue tueuse. » Les mots sont un bac à sable truffé de mines. Leur sens est contenu dans leur son : il suffit de prononcer « haine » et « amour » pour s’en apercevoir, là est la richesse de la littérature orale. Et comme beaucoup de monde, il me semble, je préfère entendre un « je t’aime » que le lire.

Mehdi Krüger & Ostax © David Desreumaux – Reproduction interdite

Ton œuvre se situe quelque part entre chanson traditionnelle, slam et hip-hop. Tu te définis comment ? Tes origines germano-algériennes sont-elles à l’origine de ce brassage artistique ?
Instinctivement, j’ai toujours fui les puristes, les défenseurs de dogmes. Je ne peux me revendiquer d’aucune souche, pourtant je les revendique toutes. Je suis un Arabstrait vivant entre deux portes d’embarquement, et je suis fier qu’il en soit de même avec mon écriture. Je suis trop devenu un chien errant pour faire de la musique de niche.

On sent chez toi (et on constate) un goût pour la photo, l’image. Les photos et visuels sont très beaux, recherchés. L’esthétique d’un projet est globale pour toi et ne s’arrête pas à la chanson ?
Beaucoup d’artistes se plaignent que la modernité a délaissé la chanson, mais la chanson n’a-t-elle pas quelque peu délaissé la modernité ? Or, l’une des grandes avancées créatives de notre époque est l’extension du champ artistique. Si mon stylo écrit tant sur un calepin que sur une tablette graphique, pourquoi m’en priver ?

Peux-tu me dire quelques mots sur le fait que tes chansons soient en totale gratuité sur ton site, accompagnées de ce texte : « Pour une gratuité équitable » ?
A chaque fois que je donne un album, j’achète ma liberté, artistique et humaine. Je m’affranchis des entraves économiques, pour dialoguer directement avec le public.
Dans cette même démarche d’indépendance farouche, je souhaite investir dans mon propre matériel de studio, en faire un laboratoire nomade. Mon rêve serait d’enregistrer un disque dans un squat d’artistes à Beyrouth, le suivant dans un appartement bourgeois de Lyon…

Sur ton site, on trouve également cette citation : « Écrire. Écrire et croire. Imaginer qu’un texte peut changer le monde tout en sachant que ça ne sera pas le cas. Mais si on n’en ressent pas l’intime conviction, juste l’espace d’une seconde, autant reposer tout de suite son stylo et ne pas gaspiller de papier inutilement. » Peux-tu expliquer ton rapport à l’écriture ?
Je crois en la poésie de combat, manifeste romantique ou couplet de rap, elle est l’arme des faibles, fragile et insaisissable à la fois : qui peut fusiller une chanson ? Bombarder un poème ?
A mon sens, le cynisme n’est qu’une forme sophistiquée de naïveté. Finalement, ne croire en rien n’est pas très différent de croire en tout.



 

Entretien paru dans le numéro 03 de la revue Hexagone (Printemps 2017).


Clio, un album, un Café

Après un premier album homonyme paru en 2016, Clio s’apprête à faire son retour avec un nouvel opus bien plus électro que son prédécesseur. Les premiers titres que nous avons entendus, loin de nous rebuter, n’ont fait que confirmer tout le bien que l’on pense de la chanteuse. Le dosage est habile, l’instrumentation reste sobre et délicate et confère aux chansons une élégance dans l’air du temps qui n’altère en rien la qualité des textes de l’auteure.

Ce nouvel album, Déjà Venise, sera disponible dès le 30 août 2019 et sera accompagné d’un concert au Café de la Danse, le 22 octobre 2019.


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