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Barthélémy, « chanteur de race inférieure » ?

Le garçon est un iconoclaste. Ce n’est pas pour nous déplaire. Pas grand chose à vendre, pas un marchand de bons sentiments surtout. C’est pas le perdreau de l’année non plus, alors les rêves de carrière sur fond de boiseries dorées dans les palaces, si jamais ça l’a effleuré un jour (ce qui n’est pas sûr du tout), c’est oublié depuis longtemps. Seule la dure réalité du milieu est persistante. Lui, le gars dont je te cause, c’est Barthélémy. Un « Chanteur de race inférieure » comme il dit avant d’ajouter « C’est dans mes gènes qu’il n’y a pas beaucoup d’spectateurs. » Iconoclaste, je t’avais prévenu.

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Depuis septembre et jusqu’à fin décembre, Barthélémy chante tous les lundis à La Petite Loge, à Paris. Une des plus petites salles parisiennes. Pas plus de 20 places. C’est du côté de Saint-Georges, Pigalle, dans ce coin-là. Je ne peux que t’inciter à aller découvrir cet oiseau rare, difficile à cerner mais qui ne manque pas d’humour. « Je préfère jouer souvent devant très peu de spectateurs qu’une seule fois devant très peu de spectateurs » répond-il quand on l’interroge sur le choix de la formule hebdomadaire de ses concerts.

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Sur scène, il s’amuse à se dire « chanteur de droite », entonne une manière de gloire à Napoléon. Puis, il poursuit avec un Volontaire pour la révolution qui pourrait bien être repris en tête des cortèges de manifs bien bien rouges. Grand écart diras-tu ? Non, je ne crois pas. Le garçon est composite comme un humain normal mais tel l’artiste refusant d’être étiqueté, il brouille les pistes. Il aime provoquer. C’est aussi cela le rôle de l’artiste non ? Quand pour le situer quelque peu sur l’échiquier de la chanson tu lui demandes ce qu’il écoute, voilà ce qu’il répond : « J’écoute Gilbert Bécaud, Georges Brassens, Renaud, Michel Sardou, Serge Lama, Johnny Hallyday, Didier Barbelivien, Robert Lamoureux, Joe Dassin, Maurice Chevalier, Renaud Detressan, Elvis Presley, Chuck Berry, Bob Dylan, Johnny Cash, Johnn Hiatt, Bruce Springsteen, Bob Seger, Rodney Crowell, Toto Cutugno, Luciano Pavarotti. » Rien que ça… Fais le tri. Puis, plus tard, il ajoute : « Sinon, comme chanteur actuel j’aime beaucoup Jean Dubois. » A la question, si tu devais faire une reprise sur scène, ne crois pas que sa réponse t’aidera davantage à dégrossir sa personnalité : « Si je faisais une reprise, ce serait soit La Danza de Rossini, soit Marinella de Tino Rossi. Je pourrais faire aussi I need your love tonight d’Elvis Presley. Et Don Juan de Brassens » informe-t-il.

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Qu’importe tout cela, ce que l’on retient, c’est que le garçon sait faire des chansons, de jolies par dessus le marché. L’écriture est souvent subtile même pour dire les choses frontalement. Si la question sociale et politique est ancrée au cœur du propos de l’oeuvre de Barthélémy avec des chansons comme Volontaire pour la révolution ou Les sectes démodées, la poésie tendre et nostalgique n’est pas laissée-pour-compte sur un morceau comme Montreuil-sous-Bois, par exemple. L’humour et la fantaisie ne sont de même pas renvoyés sur le banc des indésirables. Nombre de titres abordent des sujets sensibles par le biais du décalage humoristique : Incinéré au feu de bois, Le déménagement de Vincent, La poire en deux, etc. Le tout toujours servi avec le sourire, un drôle d’accent, des rouflaquettes aussi impressionnantes que son ceinturon Elvis. Chanteur de race inférieure ? En tout cas, aux influences ostensibles supérieures !


Le tome de novembre à La Menuiserie

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Voilà, comme aurait pu dire Agnès Capri, octobre c’est fini. Mais elle l’a pas dit. N’empêche que c’est quand même l’heure de t’annoncer la programmation de novembre chez les poteaux de Pantin à La Menuiserie. Je te laisse regarder tout ça ci-dessous, tu verras que c’est encore très très bien tout ça. Lisa Portelli, Balthaze, Céline Caussimon, on aime beaucoup aussi. Et j’attire ton attention sur la venue de Scott Taylor, bien trop rare sur nos scènes ! Inventif, curieux, l’univers de notre Taylor est riche.


Vendredi 06/11/2015 & samedi 07/11/2015

Lisa Portelli (chanson pop)
lisa-portelli3Sur scène, le mot ici prend tout son sens : Lisa s’éclate. Capable parfois de survoler la foule, elle vit pleinement ses chansons, sans comédie, avec pudeur et les rend élastiques, provoque et sourit sans jamais être vulgaire. Deux guitares, une batterie, elle va droit à l’essentiel. Si son album sonne pop, sur scène elle est résolument Rock, le tout restant de la chanson…
Lisa Portelli : chant, guitare

Simon Dalmais
Dalmais-surprisenforêt520PXUne brassée de chansons lumineuses, presque féériques, qui en côtoient d’autres plus en contre-jour, voire carrément assombries, les nouvelles chansons de Simon Dalmais sontcomme un pont entre deux rives. Un pont suspendu, majestueux, à l’image de ceux des chansons de Harry Nilsson ou des Beach Boys qui l’ont tant inspiré. Et parce que la pop, depuis toujours, repose en équilibre entre l’euphorie et la mélancolie, Simon Dalmais assume aujourd’hui encore plus clairement cette douce instabilité.
Simon Dalmais : chant, piano


Vendredi 13/11/2015 & Samedi 14/11/2015

Scott Taylor et invités (chanson et accordéon)
Scott-Taylor-07-11-14-CMusicien unique et doucement fou développe un univers sans concession et magique depuis bientôt 30 ans. Musique innovante, populaire, exigeante, minimaliste, voire « musique traditionnelle du futur » pour la Formule Magique.
Scott Taylor : chant, accordéon


Vendredi 20/11/2015

Céline Caussimon (chanson)
Celine_Caussimon_Attendue©LAttendue
Où court-elle cette femme en noir et blanc ? Quelle est l’urgence ? Dans le partage de mots grinçants ou drôles, toujours poétiques, dans cette vie qui nous aime …Ce qui est sûr, c’est que vous risquez de vous sentir moins seul(e). Cette rencontre était « Attendue », et vous ne le saviez pas ! Violoncelle, accordéon, piano. Et puis le glockenspiel, le Rhodes, la boîte à musique. Une musique de chambre ? Oui mais d’une chambre complètement barrée….
Céline Caussimon : chant – Etienne Champollion : pianiste


Samedi 21/11/2015

Balthaze (chanson)
large_balthaze-a-exterieur-Sur un alliage folk/rock et des textes à mi-chemin entre critiques satyriques ou romantiques, Balthaze porte sa voix au nom d’une ébouriffante rencontre entre le verbe de Georges Brassens et les mélopées de Neil Young.
Jérôme Balthaze : chant, guitares – Jean Louis Cianci : contrebasse – Benjamin Kurpisz : saxophone baryton


Vendredi 27/11/2015
Ottilie [B] (chanson d’ici et d’ailleurs)
Ottilie-B-Photo-presse-_RFemme aux origines multiples (Kabylie, Mongolie, Italie …) OTTiLiE [B] joue avec les codes et les références pour mieux les détourner avec une grande liberté. Sa musique singulière réunit poétique et musicalité des mots soulignée par un live électro et des chants du monde (chant diphonique,soufi).  Dans sa façon d’empoigner ses instruments de tordre les notes et les mots, elle travaille comme de la glaise la matière sonore et humaine. Sans oublier que la musique est une vibration, un mouvement d’air et qu’il peut être pur et violent tout à la fois…respirez profondément et joignez-vous à l’expérience pour faire vibrer vos cordes sensibles !


Samedi 28/11/2015
Au Fond, La Chose (théâtre musical)
aufond« Nous vous invitons à un voyage sensuel où le désir sera le maître mot. De la chose, il sera question, nécessairement. Le désir, celui du corps, et si nous l’avions perdu ? Nous vous donnerons les clefs de sa reconquête. Leurs armes ? Le violoncelle et la poésie. Un cocktail détonnant pour vos sens. Ouvrez grand vos oreilles : il se pourrait que Boris Vian croise Ligeti, et que Verlaine rencontre Brassens, ou l’inverse. Au fond, la chose, ne faut-il pas parfois en parler pour mieux l’apprécier ? »
Lola Malique : violoncelle, chant –  Cécile Martin : jeu


Au Limonaire, la prog’ de novembre !

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A deux pas des grands boulevards, dans une petite impasse, se trouve une niche à chansons. Tu ne l’ignores pas toi l’Hexagonaute francilien puisque ta curiosité en la matière te conduit aux quatre coins de la capitale pour dénicher le bon spot. Tu l’ignores d’autant moins car ce Limonaire dont je te parle n’a plus rien à prouver quant à la qualité de sa programmation. Tous les mois, la fine fleur de la ritournelle déboule et défile sur les planches de cette petite scène. Programmation de qualité je te disais mais également programmation variée. C’est agréable. Tu peux venir entendre des registres aussi différents qu’élégants, de la chanson de tradition au rock le plus novateur. Ce mois-ci, pour te causer deux secondes de mon petit nombril, je te raconte mes préférés. Ok ? Ok. D’abord, souviens-toi que tous les lundis, il y a la Goguette des z’énervés. Tu viens avec ton texte à toi, écrit sur la musique d’un autre. Clémence Monnier t’accompagne au piano, et pendant 5 minutes t’as le droit de te prendre pour Johnny ! Par exemple. Tu peux choisir une autre star si tu veux. Ce mois-ci, t’as du rab’ de goguettes le 25 novembre. Ouais, il y a Patrice Mercier qui fera que les siennes à lui mais toujours avec Clémence au piano. Si t’as jamais vu, je te recommande vraiment.

Dans les autres trucs que j’aime beaucoup, il y a Clément Bertrand les 6 et 7. Antoine Sahler le 4. Tony Melvil et Samuel Cajal les 13 et 14. Pis aussi, les redoutables Radio Elvis qui détiennent dans leurs bagages une chanson-rock où la modernité le dispute à la joliesse des morceaux. Les 20 et 21 novembre, c’est le retour Mégaphone Tour. Cette année, sur la route, tu retrouveras – entre autres –  Hildebrandt, Bertrand Louis, Jesers. Là, ils seront au Limo. Pour toi. Le 27, si t’es dans les parages, tu peux aller savourer une de nos chouchoutes, La Demoiselle Inconnue. Bon, je crois que t’as de quoi remplir ton agenda déjà.


Novembre 2015
Dimanche 1er :  LE PETIT BAL
avec  LE GRAND ORCHESTRE DU LIMONAIRE
Dès 15h


Lundi 2 : LA GOGUETTE DES Z’ÉNERVÉS

Mardi 3 :  LES MARDIS CONFERENCÉS
Z’HU par EMMA LA CLOWN & Catherine DOLTO
Conférence anti-fin du monde

Mercredi 4 : Antoine SAHLER
Fête la sortie de son nouveau CD !!!!

Jeudi 5 : ORTIE

Vendredi 6 & Samedi 7 : Clément BERTRAND

Dimanche 8 :  CARTE BLANCHE à Patrick INGUENEAU


Lundi 9 : LA GOGUETTE DES Z’ÉNERVÉS

Mardi 10 :  LES MARDIS CONFERENCÉS
Modeste Proposition par Jonathan HECKEL
pour empêcher les enfants pauvres d’être à la charge de leurs parents, de leur pays et les rendre utile au public ……….

Mercredi 11 :  CO- PLATEAU
avec Lucrèce SASSELLA & Nicolas REGGIANI
Lucrèce Sassella présente son nouveau spectacle Solo, et , Nicolas Reggiani, accompagné au piano par Joseph Robinne , nous offrent Parfums deFemmes

Jeudi 12 : Claudine LEBÈGUE  dans Un camion dans la nuit

Vendredi 13 & Samedi 14 : Tony MELVIL & Samuel CAJAL

Dimanche 15 : CINÉMA MUET & PIANO PARLANT


Lundi 16 : LA GOGUETTE DES Z’ÉNERVÉS

Mardi 17 :  LES MARDIS CONFERENCÉS
Le Mystère du Journalisme Jaune par Philippe MERLANT
conférence gesticulée sur les médias……

Mercredi 18 : RADIO ELVIS

Jeudi 19 :  LES TUMULTUEUSES
par le LE QUARTET BUCCAL

Vendredi 20 & Samedi 21 : LE MÉGAPHONE TOUR
avec Hildebrandt, Bertrand Louis, Jesers

Dimanche 22 :  KAMAIE 2
spectacle chanson de Pierre MARGOT
avec Jennifer Quillet au piano , et, Serge Duchesne au cor


Lundi 23 : LA GOGUETTE DES Z’ÉNERVÉS

Mardi 24 :  LES MARDIS CONFERENCÉS
Tri -Plateau avec Babette LARGO – Katherine PONEUVE – BILLIE ROQUE
Ce n’est pas parce qu’il pleut, qu’il faut s’abstenir d’arroser les plantes ………….

Mercredi 25 :  UN AIR CONNU
par  Patrice MERCIER  et Clémence MONNIER au piano

Jeudi 26 :  LES FEMMES AUX YEUX OUVERTS SONT DANGEREUSES
par le LE QUARTET BUCCAL

Vendredi 27 : LA DEMOISELLE INCONNUE

Samedi 28 : SOIRÉE POUSS’ CHANSONS
présentée par le Centre de la Chanson

Dimanche 29 : LA VILLAGEOISE  Fête la sortie de son CD


Lundi 30 : LA GOGUETTE DES Z’ÉNERVÉS


Au Limonaire
18, cité Bergère
75009 Paris

Réservations : 01 45 23 33 33

 

Francesca Solleville, « ça n’est pas une compétition la chanson »

Francesca Solleville est venue chanter récemment dans le Beaujolais, chez Paul et Yves Bonnet au Comme chez soi. Paule est musicienne, Yves est viticulteur. Ils ont associé leurs compétences et aménagé dans leur ferme une salle où l’ont peut venir assister à des spectacles et déguster l’excellent vin d’appellation Terra Vitis, la plus écolo des appellations viticoles. Ils programment beaucoup de chanson, et de la chanson de qualité. Francesca Solleville était là en octobre. En novembre, pour le Beaujolais nouveau, c’est Thomas Pitiot qui sera sur scène pour une soirée qui sera probablement complète le jour où ces lignes seront publiées. J’ai donc profité de cette belle occasion pour assister au tour de chant de Francesca et pour la rencontrer pour Hexagone. J’écoutais déjà les albums de Francesca dans les années 60 au temps des cabarets parisiens et c’est donc très intimidé que j’ai engagé la conversation avec elle, le tutoiement de rigueur à Hexagone étant pour l’occasion impossible à pratiquer…. exceptionnellement.

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Hexagone : C’est le hasard qui vous a conduite à chanter des chansons ?
Francesca Solleville : Oui c’est le hasard. J’étais destinée au classique. J’avais eu des bourses pour aller travailler à Salzbourg, à Venise. J’ai rencontré Léo Ferré un soir où Aragon présentait son livre, La Semaine Sainte, à la Mutualité. C’était plein de cégétistes et de communistes. On était transporté. J’avais une copine qui connaissait un musicien qui s’appelait Philippe-Gérard. C’est le premier à avoir mis en musique Aragon. Il n’avait pas trouvé de chanteuse pour les chanter. Une copine a proposé mon nom et ils m’ont fait chanter Un homme passe sous la fenêtre et chante et puis La rose du premier de l’an. J’ai fait un triomphe à la Mutualité avec ces deux chansons. Léo Ferré qui chantait pour la première fois ses dix chansons d’Aragon était là aussi. Quand je les ai entendues, quand j’ai vu ce public, je me suis dit « c’est ça que je veux faire ». Je ne veux plus aller chez les princesses et les marquises. Le public du classique est magnifique et j’en fais partie moi-même, mais quand on fait découvrir des choses à des gens qui n’ont jamais connu la musique, c’est autre chose encore. J’ai donc demandé à Léo Ferré s’il pouvait me confier ses chansons. Il m’a répondu « tu viens chez moi demain matin à 10 heures ». J’y étais le lendemain à 10 heures, accueillie par deux énormes chiens. Ces chansons n’avaient pas encore été éditées et publiées. Comme on n’avait pas de photocopieuse à l’époque, on est allé à la maison de la presse à côté de chez lui et il me les a photocopiées. J’ai toujours les photocopies de ces chansons écrites à la main par Léo lui-même. Avec cette richesse là, je suis allée à La Colombe où j’ai fait une audition. J’ai été prise tout de suite. Après, tout s’est enchaîné et j’ai rencontré tous ceux qui m’ont écrit des chansons.

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Hexagone : Pourquoi n’y a-t-il plus aujourd’hui de grands interprètes comme il y en avait dans les années 60 et 70 ?
Francesca Solleville : A l’époque, il y avait en effet Monique Morelli, Marc Ogeret et Christine Sèvres qui était la meilleure des interprètes. Et Cora Vaucaire aussi bien sûr, qui était si charmante. La première tournée que j’ai faite, c’est avec elle en 1961. On a fait toute la Bretagne où on a donné 20 spectacles. Aujourd’hui les mots ont disparu et en particulier des radios. Pour les enregistrements aujourd’hui ce sont les ambiances musicales qui comptent. Ce ne sont plus les mots. Pour ceux qui m’écrivent des chansons, les mots comptent. Maintenant on met beaucoup plus la musique en avant. J’aime beaucoup le slam car au moins on comprend ce qu’ils disent. Je reçois toujours plein de textes qui sont dans la lignée d’autrefois parce que les auteurs comme Yvan Dautin, Jean-Michel Piton ou Bernard Joyet me connaissent. Mais j’ai aussi plein de jeunes qui m’écrivent des chansons. Pierre Lebelâge par exemple m’avait écrit C’est pas demain la vieille… mais je lui ai dit « tu la chanteras mieux que moi. » Catherine Ribeiro chante La mémoire et la mer… Je n’ai jamais chanté ça à cause de son interprétation magnifique. Il y a comme ça des chansons que je n’ai jamais chantées car j’étais tellement impressionnée par les interprétations d’autres chanteuses. Ça me rend heureuse de les écouter et puis ça n’est pas une compétition la chanson.

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Hexagone : Le métier est devenu plus difficile aujourd’hui ?
Francesca Solleville : Nous n’avons plus aujourd’hui assez d’argent pour chanter avec plusieurs musiciens. On chante aux entrées ou très souvent au chapeau. Aujourd’hui on ne peut plus faire un disque sans un bon producteur. On ne peut plus faire de tournées sans un agent qui soit très efficace. Nous, on a disparu de la culture puisque dans les Maisons de la Culture on n’est plus programmés. Il y avait 3 ou 4 dates par mois pour un spectacle de chanson. Il n’y a plus que le théâtre, la musique classique et les marionnettes. La chanson c’est une fois par an avec un bon chanteur. Ça n’aide pas du tout les jeunes qui démarrent. On passe de plus en plus rarement à la radio et si je suis programmée une fois à France Inter, je reçois aussitôt 20 coups de téléphone d’amis qui me disent « on t’a entendue à la radio ».

Hexagone : L’engagement syndical a beaucoup compté pour vous ?
Francesca Solleville : On s’est battu pour avoir des feuilles de paye à une époque où on n’avait même pas la sécurité sociale. On était jeune et en bonne santé et on s’est battu avec Marc Ogeret et Claude Vinci avec qui on a formé un syndicat, le SFA (Syndicat français des artistes interprètes CGT). On s’est associé aux comédiens car, depuis Jean Vilar et Gérard Philippe, ils avaient déjà leur syndicat. Avec Claude Vinci et Marc Ogeret, on a fait des grèves et j’ai même été piquet de grève le même jour qu’une émission de Jacques Chancel où j’étais programmée. Il est venu me voir pour me dire « Vous ne pouvez pas faire grève, vous passez dans l’émission »… J’étais avec Gilles Vigneault. Ca devait être en 1973 ou 1974… c’était aussi l’époque de la lutte des Lip… On était vraiment très engagé. Chancel ne m’a plus jamais programmée mais je suis contente d’avoir été honnête.

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Hexagone : Avec Ferrat et Antraigues, c’est une longue histoire ?
Francesca Solleville : On est allé chanter à Antraigues en 1964, à l’occasion d’une tournée avec Jean Ferrat. Le maire d’Antraigues qui était venu nous voir chanter à Valence nous a tous invités car nous avions deux jours avant de repartir pour Marseille. On s’est retrouvé dans ce petit village qui nous a accueilli chaleureusement et Jean s’y est installé en 1967. J’étais un peu la petite sœur de Jean et j’ai acheté une « ruine » que j’ai mis ensuite dix ans à retaper et en faire une magnifique maison. Comme elle est à 3 kilomètres du village, nous l’avons revendue avec mon mari il y a 7 ans à Jacques Tardi, le dessinateur et la chanteuse Dominique Grange sa compagne. Dominique était maoïste en 68 et on s’engueulait régulièrement pendant les manifs car moi j’étais communiste. Nous avons acheté une nouvelle maison dans le village près du cimetière d’où on voit les gens venir sur la tombe de Jean Ferrat.

Hexagone : Comment s’est passée la rencontre avec Allain Leprest ?
Francesca Solleville : Je savais qu’il y avait un gars qui s’appelait Allain Leprest qui chantait à Bourges et qui avait un succès extraordinaire. Il est venu à Antraigues mais je ne le connaissais pas encore. Un jour il a traversé la place et il est venu vers moi. Il était si beau. Il me dit « je t’écris 2 chansons » et moi je lui dis « non, tu m’en écris 12 ». On est parti le surlendemain chez Gérard Pierron et ils m’ont fait 12 chansons en 4 jours. Je gardais les enfants de Gérard, je faisais à manger, mal, et on buvait un peu. J’ai été invitée à les chanter à Toulouse et ils m’ont fait à nouveau 12 chansons pour le spectacle qui a donné lieu à un autre album. C’était un homme magnifique. Plus tard, 4 jours avant sa mort à Antraigues, il m’a donné 4 textes et m’a demandé de lui promettre de les chanter, ce que j’ai fait. Il parlait souvent du suicide et dans beaucoup de ses chansons il y a la corde. Il était écorché vif comme ces grands poètes… Rimbaud, Gérard de Nerval…

Hexagone : Vous continuez, vous, à chanter souvent ?
Francesca Solleville : Oui mais à mon âge je vois mourir tous les chanteurs de ma génération et de « mon groupe ». On ne reste que quelques uns avec Anne Sylvestre, Marc Ogeret…..

La B.A.C. – Episode 01 – Le financement participatif

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La B.A.C. – Episode 01 – Le financement participatif
avec Gauvain Sers

Au départ, je voulais faire des interviews filmées. Un truc normal quoi. Après, n’allant pas mieux au fil des jours, j’ai commencé à me dire que ce serait bien de décaler un peu la façon de faire. Et puis ce sacré Mad m’a rappelé la série, « Descente de police » avec Ardisson, il y a un paquet d’années. On a commencé à délirer un peu sur le projet et on a convenu qu’un truc bien barré dans ce milieu un peu poussiéreux de la chanson, ça ferait pas de mal. Enfin, on croit. Du coup, moi, j’me suis dit qu’il nous manquait un «collègue» dans l’équipe. Un gars qui saurait bien jouer la comédie en plus de Mad. Parce que moi, c’est pas mon truc. Tout de suite, sur la seconde, j’ai pensé à Patrice Mercier ! Je lui ai demandé et il était OK et moi aux anges.
Il fallait faire un essai, un premier épisode, un pilote sans avion. Il fallait aussi un artiste pour jouer le jeu. Un cobaye. J’ai demandé à Gauvain Sers s’il voulait bien essuyer les plâtres et il a dit oui tout de suite. Le pauvre ne savait pas où il mettait le pieds…
Bref, à toi de voir maintenant.
Un grand merci à cette fine équipe sans faille, Patrice, Mad, Gauvain, Clotilde et Flavie.
C’est un premier épisode avec ses imperfections qu’on tachera d’améliorer. Si des candidats à l’interrogatoire se manifestent…
En attendant, on espère que tu prendras autant de plaisir à regarder ce bidule qu’on en a pris à le faire. Et si ça te plaît, fais-le savoir et partage sauvagement.
La B.A.C., premier épisode, c’est par ici :


Gérard Morel, président du Centre de la Chanson

Gérard Morel, bien connu en tant qu’artiste est aussi le président du Centre de la Chanson. Il était récemment de passage à Lyon pour deux spectacles à A Thou Bout d’Chant. J’en ai profité pour le rencontrer et l’interroger sur le tremplin Vive la reprise qu’organise le Centre de la Chanson. Les sélections pour la finale se sont déroulées à Lyon, Toulouse et Paris. Les qualifiés sont donc Anissa et Sarah Mikovski pour Lyon ; Gauvain Sers, Danny Buckton Trio, Zoé Malouvet et Geneviève Morissette pour Paris, Guilam et Au creux de l’A pour Toulouse. La finale aura lieu à Paris le 2 novembre.

Photo Chantal Bou-Hanna
Photo Chantal Bou-Hanna

Hexagone : Peux-tu nous présenter le Centre de la Chanson dont tu es président ?
Gérard Morel : Le Centre de la Chanson a été créé il y a 25 ans par Didier Desmas qui en était le premier directeur avec autour de lui tout un groupe de personnes. La vocation du Centre était d’essayer d’aider les jeunes chanteurs dans leurs premiers pas dans le métier. Le projet était moins de leur apprendre à chanter – il y a des écoles pour ça – que de les aider dans l’organisation de leur travail, la rencontre avec la profession. Ça reste aujourd’hui la mission essentielle du Centre, mais c’est aussi un centre de ressources, et un lieu d’accueil et de conseil en direction de tous ceux qui s’intéressent à la chanson. Notre bureau est situé dans le 4ème arrondissement de Paris, où nous disposons également d’un petit studio de répétition accessible dans des conditions très favorables. C’est pour les aider qu’on organise aussi un certain nombre de manifestations, dont Vive la reprise, et des scènes ouvertes pour découvrir de jeunes chanteurs. Ces scènes ouvertes permettent un premier repérage. On peut ensuite proposer aux meilleurs des choses plus ambitieuses.

Hexagone : Comment est financé le Centre ?
Gérard Morel : Le Centre a quelques ressources propres grâce à l’édition d’un carnet d’adresse très complet. C’est un bel objet qui a aussi maintenant une version électronique. Mais pour l’essentiel le Centre fonctionne avec des aides publiques qui viennent de la mairie de Paris, du Ministère de la Culture, mais aussi grâce au soutien de l’ADAMI et de la SACEM. Le Centre dispose de 3 salariés dont Roxane Joseph, la directrice, et deux employés.

Gérard MorelHexagone : Comment es-tu devenu président ?
Gérard Morel : Le Centre a le statut d’une association. Il y a donc toujours un président aux côtés du directeur. Le plus souvent le président à été un chanteur, sauf le premier d’entre eux qui était Roger Gicquel (1). Anne Sylvestre lui a succédé, puis Gilbert Laffaille, Jacques Yvart et puis moi. Ca fait maintenant 8 ans que je le suis et je commence à insister pour qu’on me trouve un successeur pour la bonne santé de la vie associative. Avec le départ à la retraite de Didier Desmas s’est ouvert un nouveau chapitre dans l’histoire du Centre. Le Centre s’est adapté au nouveau projet que portait Roxane avec sa personnalité. Je suis resté pour faciliter cette transition sans trop de ruptures. J’ai accompagné cette transition mais j’ai l’impression que le moment est venu d’un renouvellement à la tête de l’association.

Hexagone : Quel est le projet de Vive la Reprise ?
Gérard Morel : L’objectif est de donner l’occasion à des jeunes chanteurs de se confronter à un public de professionnels qui viennent assister à la finale. Mais il y avait aussi l’idée de mettre l’accent sur l’interprétation, ce qui est la particularité de ce tremplin. L’interprétation de l’œuvre des autres mais aussi celle de ses propres œuvres. Chaque année, il y a un parrain du tremplin. Les candidats interprètent une de leurs propres chansons, une chanson du répertoire et une chanson du parrain de l’année. Depuis quelques années, nous veillons à choisir un parrain qui puisse être présent à la finale de telle façon que les jeunes interprètes puissent le rencontrer. La première marraine à être présente à la finale fut Anne Sylvestre (qui est une vice-présidente très active de notre association) en 2010. Depuis, les parrains ont toujours été là : Graeme Allwright l’année suivante, puis Clarika, Yves Jamait, Michèle Bernard et cette année ce sont les Ogres de Barback.

Photo Fr. Garcia
Photo Fr. Garcia

Hexagone : Mais ce ne sont finalement que des auteurs-compositeurs-interprètes qui participent à ce tremplin ?
Gérard Morel : Nous n’en faisons pas une obligation. Les candidats doivent choisir une chanson de création de leur répertoire mais rien ne leur impose de l’avoir écrite et composée eux-mêmes. Cette chanson de leur répertoire, c’est une chanson qu’ils sont les seuls ou presque à chanter. Mais, de fait, le métier est surtout composé aujourd’hui d’auteurs-compositeurs-interprètes.

Hexagone : Pourquoi n’y a-t-il plus aujourd’hui de grands interprètes comme il y a eu en d’autres temps Cora Vaucaire, Gilbert Bécaud, Juliette Greco, Serge Reggiani et, toujours présente, Francesca Solleville ? Le seul tremplin réservé aux interprètes est organisé par Le Mans Cité Chanson.
Gérard Morel : Le problème est compliqué et tient à la façon dont le métier est organisé. Aujourd’hui les interprètes vont faire un spectacle Boby Lapointe, Léo Ferré ou Jean Ferrat. Alors que pour Francesca, des auteurs ont écrit des chansons qui lui étaient réservées. Aujourd’hui la plupart des gens qui écrivent des chansons ont envie de les chanter. Et ils n’ont pas toujours raison. Mais le problème vient aussi des directeurs de salles qui s’intéressent moins aux interprètes qui ne sont pas auteurs. Il y a un état d’esprit général dans le métier qui est à l’origine de cette situation et qui est également partagé par le public. Tout le monde est un peu fautif dans l’histoire.


La finale de Vive la Reprise a lieu le lundi 2 novembre à 19h au Centre Fleury Goutte d’Or Barbara, 1 rue de Fleury, 75018 Paris.
Réservation, c’est ici

Photo de Une : Chantal Bou-Hanna


1. Roger Gicquel était un présentateur du journal télévisé très connu et resté célèbre pour avoir commencé le journal de TF par la formule « La France a peur » le jour de l’arrestation d’un suspect dans le cadre d’une affaire criminelle très médiatisée.

Volin : « Quand tu écris, tu recherches un absolu en dehors du concret »

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Volin est monté sur la scène du Trianon le 19 septembre pour faire découvrir au public Parisien leur musique indé-rock guidée par le verbe. La verve de Canon ne nous a pas laissés de marbre. Hexagone était curieux d’en savoir plus. Deux des membres du groupe Montpelliérain sont revenus séjourner sur Paris au début de ce mois, pour, entre autre, voir jouer 3 Minutes sur Mer au Limonaire. Un groupe sur lequel nous ne manquerons pas de nous pencher. C’est à cette occasion que nous avons rencontré le bassiste Romain Delorme et le batteur, Maxime Rouayroux, autour d’un verre. Colin Vincent, la voix du groupe, était absent, mais que le lecteur Hexagonaute se rassure, les deux musiciens ont assuré. Comme sur scène : ils ont été bons !

Photo Déborah Galopin
Photo Déborah Galopin

Hexagone : Avant d’entrer dans le vif du sujet, racontez-nous comment s’est passée la formation du groupe.
Maxime : Avant que Volin naisse, Colin et moi jouions dans un autre groupe, Labyrinthe, qui était davantage axé sur du rock anglais, tandis qu’avec Romain on s’est connus dans le milieu du jazz. C’est par mon biais que Colin et Romain se sont rencontrés. Après l’arrêt de Labyrinthe, il y a eu un laps de temps d’un an durant lequel Colin a beaucoup réfléchi autour de ce nouveau projet. Le choix de la langue a fait partie de ses questionnements. À la naissance de Volin, nous étions quatre : il y avait un violoncelliste et un contrebassiste. Nous étions plus portés vers l’acoustique, mais progressivement avons dérivé vers un son électro-rock. Nous nous sommes rendus compte que nous avancions tous les trois vers une même direction, ce qui était moins le cas de notre contrebassiste qui nous a quittés.

Hexagone : La partie textuelle est-elle uniquement le domaine de Colin ?
Romain : Oui, principalement. Colin travaille beaucoup ses textes en amont. C’est après les avoir éprouvés et testés qu’il nous les propose. Il chante un texte et peut revenir un mois plus tard avec des modifications. Ce qu’il fait nous plait beaucoup, c’est donc rare que nous ayons des choses à redire.

Hexagone : Sur votre premier EP, Cœurs et corps laisse une large place à l’instrumental et trouve sa continuité dans le morceau suivant Le départ. Envisagez-vous votre groupe comme une alliance entre poésie et musique ?
Romain : Il est vrai que nous sommes un groupe qui accorde beaucoup d’importance à l’instrumental. Nous sommes tous trois passionnés par cela, si bien qu’on passe beaucoup de temps à peaufiner notre musique. On aime aller vers des formes qui ne sont pas forcément classiques. Dans ce morceau, se ressentent nos influences jazz.
Maxime : La poésie c’est quelque chose qui doit être rythmé, qui doit bien sonner. Colin teste beaucoup sa manière d’écrire dans ce que les mots vont apporter comme sonorité musicale. Il écrit des textes mais avant tout pour faire du rock.

Hexagone : Deux titres sont liés au sommeil : Le réveil, Et l’on rêve. Votre univers est-il principalement lié à l’onirisme ?
Romain : Volin est marqué par une forte présence onirique. Les textes peuvent être larges mais aussi utiliser des métaphores et jouer sur les sensations. On peut les envisager comme s’ils avaient été rêvés. Canon est beaucoup plus empreint d’onirisme que le titre Et l’on rêve.
Maxime : Colin est un grand rêveur. Quand tu écris de la musique ou de la poésie, tu es à la recherche d’un absolu qui soit en dehors du concret.

Hexagone : Certains morceaux ont-ils été plus instinctifs que d’autres dans leur conception ?
Romain : Certaines choses peuvent aller vite, mais on peut aussi ne pas être content d’une version et recommencer. Il n’y a pas un morceau qui ne nous ait pas donné du fil à retordre. Certains morceaux du prochain album ont vu le jour entre nous, mais il n’est pas certain que ce soit le dernier jet.
Maxime : Nous revenons beaucoup sur nos compositions. On se remet constamment en question, c’est de cette façon que nous avançons : petit à petit. Ça peut avoir l’air laborieux, mais les morceaux qui nous viennent instinctivement sont rares.

Photo Déborah Galopin
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Hexagone : Vous avez fait une reprise personnelle de Madame Rêve de Bashung. Pourquoi cette chanson en particulier ?
Maxime : Les Inrocks nous ont demandé du contenu inédit par rapport au concours dont nous faisions partie. Début 2012, nous avons mis en place un spectacle d’une heure exclusivement autour de Bashung. Parmi ce répertoire de reprises, nous en avons enregistré trois en studio dont Madame rêve que nous avons choisie pour l’occasion.

Hexagone : Que pensez-vous de l’album de reprise Tels Alain Bashung sorti en 2011 ?
Maxime : L’album est sorti à peu près au même moment où nous avons fait notre spectacle de reprises. Nous ne l’avons pas écouté, mais nous n’aurions pas été contre une collaboration sur ce projet.

Hexagone : Y-a-t-il d’autres chanteurs dont vous aimeriez faire une reprise ?
Romain : Cela nous a semblé assez naturel de faire ce spectacle de reprises, mais nous ne le referions pas forcément. D’abord, parce que cela demande un investissement : nous y avons consacré trois mois de travail. Nous ne sommes plus vraiment dans cette dynamique là. Nous souhaitons davantage développer notre univers.

Hexagone : Comment s’est passé le concours des Inrocks lab ? Qu’est-ce que cela vous a apporté ?
Maxime : Ça s’est très bien passé ! On a été heureux d’aller en finale. Ce qu’on retient surtout, c’est la visibilité que ce concours nous a apporté. Il nous a permis de toucher le public parisien alors que nous ne sommes pas d’ici et une sphère professionnelle que nous n’aurions pas forcément touchée. Pour nous, c’est du pain béni ! On a pris plaisir à jouer dans des salles comme le Trianon et la Gaîté Lyrique. Même si c’est vrai que c’est beaucoup de stress pour un format court.

Hegaxone : Comment avez-vous vécu le concert de la finale et comment avez-vous perçu les groupes concurrents ?
Romain : Il y a une ambiance particulière puisqu’il y avait de grands écrans avec l’évolution des votes. C’est amusant, car on a l’impression de faire partie d’un jeu télévisé, mais le moment qu’on retient surtout c’est celui où on était sur scène. La soirée s’est bien passée. La salle était chaleureuse.
Maxime : Nous n’avons pas ressenti une atmosphère de concurrence. C’est plutôt une occasion de rencontrer d’autres groupes car nous sommes tous contents d’être arrivés si loin dans ce concours.

Photo Déborah Galopin
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Hexagone : On sent que quelque chose de fort se passe quand vous êtes sur scène. Enregistrez-vous avec la même énergie ou c’est différent ?
Romain : Le premier EP a été enregistré avec le frère de Colin, Florien, notre ingé-son, dans différents endroits. Pour le prochain album, on souhaite s’orienter vers la configuration de la scène. Avant, on enregistrait séparément, mais on s’est rendu compte que ça enlevait quelque chose. Jouer ensemble nous permet de garder cette énergie, c’est pourquoi nous recherchons ce rendu live sur nos albums.

Hexagone : Où en est votre premier album Volcan qui a été financé par KissKissBankBank, le 6 juillet 2015 ?
Romain : On est encore en train d’enregistrer des morceaux. Le mix est bien avancé mais il manque encore quelques petites choses. Il devrait être prêt au début du printemps 2016.

Hexagone : Que retenez-vous de ce financement participatif et de cette plateforme ? En êtes-vous satisfaits ?
Romain : On est contents de pouvoir sortir l’album grâce à KissKissBankBank. Comme nous sommes indépendants, cela va nous permettre de réaliser le pressage, le graphisme, mais aussi un clip.
Maxime : C’est majoritairement le public que nous avions déjà qui nous a soutenus, mais le fait d’être parrainé par les Inrocks Lab nous a apporté un peu de monde.

Hexagone : Vous êtes indépendants mais vous faites tout comme des pros. Qu’est-ce qui pourrait éventuellement vous manquer ?
Romain : Nous aimerions trouver d’autres partenaires. Pour l’instant, on a le soutien de la SMAC (scène musicale actuelle) de Nimes. Ils ont une pépinière d’artistes d’une dizaine d’artistes qu’ils suivent à durée indéterminée. Ils nous accompagnent sur le développement du groupe.
Maxime : On essaye de toucher un peu à toutes les sphères du métier. Nous démarchons des salles pour les concerts, des magazines pour la promotion et des financements… Pour le moment, nous faisons tout cela nous-mêmes, ce qui représente une charge de travail assez conséquente. Nous aimerions trouver un tourneur pour être soulagé sur la recherche des dates, car ce qui nous motive vraiment, c’est la scène.

Hexagone : Quels sont vos projets à venir ? Des dates prochaines de concert ?
Maxime : On joue le 27 octobre à l’International et le 25 novembre au Réservoir. De fin octobre à décembre nous avons une douzaine de dates en France, comme Metz, Genève, Grenoble, Perpignan, Montpellier… Une belle petite tournée en perspective ! Nous sommes en train de préparer la prochaine tournée à l’occasion de la sortie du disque qui aura lieu au printemps.
Romain : Dans le cadre des Inrocks Lab, nous allons faire la première partie de Feu ! Chatterton, gagnant de la précédente saison et avec qui nous avions déjà joué il y a un an. On tend de plus en plus vers la scène pour se former et pour faire découvrir notre musique. On fait de la musique pour l’amener aux oreilles des gens et le meilleur vecteur pour cela, ce sont les concerts.


It’s not so alright Mama…

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Combien de fois faudra-t-il lui répéter au Mad que la langue honnie de l’oppresseur culturel anglo-saxon est proscrite au sein de ce webzine de résistance ??!!! Dans son immense mansuétude, El Commandante Desreumos lui a accordé la publication de cette chronique du Mama Festival, mais uniquement pour vous narrer les sets d’ALEX NEVSKY et de PAIN NOIR.

© Photo Frédéric Petit
© Photo Frédéric Petit

Il est de mon devoir de militant hexagonal assermenté de commencer par faire mon autocritique ; de toute la prog’ de ce 14 octobre, premier jour du Mama Festival, c’est le ricain Nathaniel Rateliff qui m’avait tapé dans les esgourdes… Et c’est dans l’attente de son set que je me décidai à aller écouter Alex Nevsky, ci-devant « artiste pop-rock canadien » aux Trois Baudets. Lorsque je pénétrai dans cette antre dédié à la chanson française, je n’étais pas suffisamment sur mes gardes et me retrouvai sans crier gare devant le sicaire préféré d’El Commandante, Fredo-two-shouts. Je tournai vivement des talons mais fut rattrapé par le colback par sa poigne de fer… Il me traîna devant une ravissante jeune femme, aux cheveux courts délicieusement bouclés, qui m’adressa un lumineux sourire quelque peu embarrassé.

– Vas-y le Mad, dis-y à Aless que c’est moi le seul, l’unique bras droit de Dave !!

Je tentai vainement d’acquiescer, la gorge prise dans un étau. Aless s’en contenta et s’adressant à mon tourmenteur :

– C’est donc vrai… Mais c’est que tu marques un point là…

Fredo se rengorgea et desserra légèrement son étreinte. Je me tâtai de glisser à ALESS que je le soupçonnais d’avoir fait le même coup à Robi mais décidai de jouer la prudence en fermant mon clapet.

– Alors suppôt de l’impérialisme yankee, tu viens voir Alex Nevsky ! T’es encore complètement aux fraises ; c’est un francophone le cheum, pas un foutu ricanophile…

Sans attendre ma réponse, dont il n’avait cure, il embraya.

– Bon, c’est pas tout ça mais j’suis en mission pour Dave ce soir, je file à La Boule noire pour Radio Elvis. Faut que j’sois bien placé pour les shooter. Ciao bella !

Et il me laissa tomber comme un vulgaire sac de linge sale devant la belle Aless. Celle-ci les yeux dans le vague, ne prêta même pas attention à son départ, pas plus qu’à ma chute d’ailleurs. Je ne doutai pas un seul instant qu’elle songeait au grand chef de la tribu hexagonale, pour lequel elle devait assurément se pâmer… Mais qu’est-ce qu’il peut bien leur faire à toutes !!! Avec un tel pouvoir phéromonique, c’est pas demain la veille que je vais réussir mon coup d’éclat contre lui à Hexagone. C’est donc l’ego en berne que je pénétrai dans la salle et avouons-le tout net, grâce aux balades pop d’ALEX NEVSKY, que je parvins à retrouver un semblant de sérénité. Des balades pas si calmes d’ailleurs, plutôt pêchu sur scène l’cousin d’Amérique… Flanqué de part et d’autre par un duo guitare/basse fort efficace et par un batteur qui se dissimulait à la vue mais non à l’oreille, le bel Alex, feutre noir sur chevelure bouclée, déclare avec fougue son amour à Himalaya, nous invitant à nous colorier… C’est frais, ça cartonne au Québec, il y a de grandes chances que cela fasse de même dans l’hexagone (private joke, flagornerie éhontée… rayez la mention inutile).

Je ne me risquerais pas à une exclusion du parti hexagonal et ne vous ferai donc pas de retour du set de Nathaniel Rateliff, auquel je filai fissa ensuite. Sachez seulement qu’à l’issue, j’hésitai un moment avant de rejoindre la Boule noire pour y écouter Last Train, car Radio Elvis y passait juste avant. Je n’avais nulle envie de me retrouver une nouvelle fois face à Fredo le terrible. En me faufilant au sein de la file longeant la petite soeur de la Cigale, je croisais Pierre Guenard et Colin Russel (ndlr : membres de Radio Elvis) qui en sortaient. Je pouvais y aller ; le shooter fou devait déjà être dans une des salles squattées par le Mama. L’embargo demeure, je ne puis écrire un mot sur ces jeunes fougueux rockers mais c’est tant mieux pour vous, beaucoup trop bruyants pour vous les franchouilles… Et ce n’est pas Sven de Parabellum, expert en la matière et grand habitué des lieux, qui me contredira.

Pain NoirPAIN NOIR, vu à la suite au petit théâtre de l’Atalante, est le nouveau projet du clermontois François-Xavier Croisier. Je me sens en osmose avec ce barbu d’instit’ qui a déclaré il y a peu, avoir abandonné l’anglais de son précédent projet, St. Augustine, et ses textes de fait « pas très élaborés » au profit de notre belle langue. Un choix qui lui permet, je cite, « d’approfondir un peu les paroles pour qu’elles soient beaucoup plus imagées. » Un peu comme votre serviteur depuis son entrée par la p’tite porte au sein de votre webzine favori en quelque sorte… Mon premier Hex-files était consacré à La Maison Tellier et ceux-ci m’ont permis de découvrir le folk à la française (à doses homéopathiques néanmoins, faudrait voir à ne pas trop s’assoupir…). Le Sieur Croisier partage d’ailleurs avec les gars de chez Maupassant une écriture iconographique, traversée par des odes à la nature et une tendance certaine à disserter avec une ironie bon enfant entre chaque morceau. A contrario de la pléthorique fratrie Tellier, il a choisi de se produire seul, s’accompagnant à la guitare et s’aidant d’un looper qu’il utilise avec une salutaire parcimonie… Dans ce théâtre de poche qu’est l’Atalante, c’est un excellent choix de format pour apprécier une personnalité, une voix et des textes qui se sont allés s’enraciner direct dans le bloc tampon musique de mon disque dur interne. Son Requin baleine y tourne en boucle, nul doute que je vais me procurer dare-dare son album sorti ces jours-ci et je vous invite à faire de même… Je n’en avais décidément pas eu assez de la proximité moite de La Boule Noire puisque j’y retournais pour les belges de ROSCOE. Là aussi, silence radio mes agneaux, c’est en grand breton…

Nicolas Jules, Une Blackroom pour moi tout seul : Première !

Il est des projets que tu mûris longtemps, savamment. Tu prends le temps, tu les observes sous toutes leurs coutures, tu les savoures, les pèses, les soupèses. Tu t’interroges à l’infini et tu doutes. Ne manque-t-il pas d’un peu de ça, n’ai-je pas trop exagéré là-dessus ? Et au bout du bout, tu trouves ta formule, proche ou éloignée de ce que tu avais imaginé primitivement. Et puis, il y a des concepts, des projets qui s’imposent d’eux-mêmes. Ils s’improvisent, s’invitent dans ton carnaval d’idées. Comme ça. Sans y être priés. Ça déboule, ça frappe à ta porte et ça s’installe dans ton fauteuil. Ouais, c’est ça qui s’est passé pour Une Blackroom pour moi tout seul.

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Une Blackroom pour moi tout seul donc. C’est le nom de la formule que l’on a inaugurée samedi 17 octobre dernier. A la Blackroom, t’avais compris je crois. Quand je dis « on », je devrais plutôt dire « Nicolas Jules » parce que c’est lui qui venait tirer le premier coup de canon. Je te raconte la jeune aise de l’histoire.

Quand j’ai pensé cette date, ce concert, au départ c’était une formule en co-plateau que j’envisageais. Une soirée du type Deuxième Génération bien que je souhaitais que cette date s’en démarque quelque peu. J’ai donc contacté les 2 artistes pressentis pour cette soirée, dont Nicolas Jules. Nicolas pouvait faire cette date et a dit « ok mec ! » En revanche, ça n’était pas possible pour le second artiste. J’ai réfléchi deux secondes dans ma tête. Quel artiste pouvait bien coplater avec Nicolas Jules ? Oh ! Ça du monde et du beau monde dans la chanson, c’est pas ce qui manque ! C’est d’ailleurs toujours un crève-cœur d’avoir à faire un choix tant l’on voudrait en voir passer dans cette Blackroom ! Qui donc m’interrogeai-je ? Lui ? Pourquoi pas ! Elle ? Bonne idée ! Et finalement, non.

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Finalement, je conclus tout seul après une délibération de pari pas gagné d’avance que Nicolas chanterait tout seul ! Je lui demandai son avis quand même et il répondit par la formule suivante un peu longue : « comme tu veux ! » Je l’écoutai donc. Je venais d’inventer, sans le vouloir, « Une Blackroom pour moi tout seul » ! Eh Hexagonaute, t’avoueras quand même que c’est pas con de recevoir, comme ça, en alternance avec les plateaux Deuxième Génération, un(e) artiste seul ou en groupe pour un set plus long. Avec pour seule contrainte imposée, puisque c’est un peu notre fil rouge, la reprise libre d’une chanson de Renaud.

Tu as bien lu. La Blackroom va donc proposer chaque mois un concert. Les deux formules en alternance. Tiens, d’ailleurs, la prochaine Blackroom pour moi tout seul aura lieu le 18 décembre prochain ! Ce sera Virage à Droite. Tu peux déjà réserver ! (resa.hexagone@gmail.com)

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Et Nicolas alors, tu te dis, tu t’impatientes. Oui, oui, j’en dis deux mots. Rapidement. Quand Nicolas est arrivé à La Blackroom dans l’après-midi du samedi, j’avais déjà bien préparé la salle. Si bien, qu’on a eu le temps de discuter un peu, de faire une petite série de photos également. Avec Nicolas, ce qui est bien quand tu fais des photos, c’est que t’as toujours l’impression d’être super balaise tellement il est nickel sur tous les clichés. Et puis, on a même profité pour faire une petite interview au sujet de sa participation à Passage à l’Acte pour la saison 2016. Il s’agit d’un atelier d’écriture un peu particulier puisque les personnes qui travaillent l’écriture sont des jeunes de 10 à 16 ans, en difficulté sociale ou en situation de handicap. J’aurai l’occasion de t’en reparler prochainement.

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Du coup après, on a fait un peu les balances, Nicolas a posé sa Gibson sur son stand et il ne restait plus qu’à attendre le public. Oh ! On n’a pas eu le temps de s’impatienter ! Les gens sont arrivés rapidement et très vite l’ambiance bon enfant qui préside désormais à chaque avant-concert à la Blackroom a pris ses droits. Puis, au chausse-pied on a fait rentrer tout le monde dans la salle. Ensuite, ensuite… Ensuite, ce sont 2 heures de régal avec cet oiseau incroyable qui commençait fort en déclarant « jouer pour la première fois dans cette cave. » De bavardages en chansons, de loufoqueries en rock poétique, de digressions hilarantes en choses de l’âme rognées à l’os. Nicolas Jules est un unique. Drôle et bavard (sans jamais être saoulant) dans les entre-chansons. Profond, poétique et très épuré dans les textes. L’humour et le rire comme un plaid à tourments. Incasable, inclassable, Nicolas Jules s’est retrouvé presque parachuté dans la famille de la chanson. Lui dont le cœur bat bien davantage pour le rock. Un rock élégant et maîtrisé qui transpire comme un lointain écho aux riffs de Marc Ribot. Un Marc Ribot que Nicolas Jules considère comme le plus grand guitariste de monde et dont il ne tarissait pas d’éloges après le concert. Parce que oui, après le concert, ce n’était pas terminé. Quand t’es dans le disert…


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