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Des concerts en janvier à Toulouse et alentours

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Une sélection riche en ce début d’année, avec le passage à Toulouse des tournées de Clarika, Jeanne Cherhal et Zazie, le retour de Jehan et Suarez au Bijou, des polyphonies et chants du monde, du Prévert avec Yolande Moreau et Christian Olivier, le début du festival Détours de Chant et des artistes locaux.


Au Bijou

Du mercredi 8 au vendredi 10 : JeHaN & Lionel Suarez. Le chanteur et l’accordéoniste, reviennent à la fois avec le spectacle Divin Dimey et Pacifiste inconnu le jeudi autour du répertoire d’Allain Leprest. Complicité et talent.

jeudi 16 et vendredi 17 : Les Bertitas. Polyphonies du monde par un sextet féminin toulousain.  

Et aussi gratuit le mardi : le 14 Osons les auditions publiques, le 21 Les bijoutières : de l’expérimentation chansonnière.


A Toulouse

mercredi 8 au samedi 11 : Lemauff – Suhubiette – Yvron à la Cave Poésie. Ma chambre voyage : un spectacle original créé en 2018 au Bijou, avec deux voix et un clavier pour des textes et musiques qui s’en vont chercher du côté de la poésie insolite, de l’absurde et du fantasque.

du mercredi 8 au jeudi 10 : le trio Tsatsali, au Fil à Plomb, dans leur nouveau spectacle Vénus tourne à l’envers. 3 femmes, polyphonies vocales, chants éclectiques et jeu de scène.

samedi 11 : Simcha au Comptoir du Rex. Duo mixte guitare-piano.

mardi 14 : Clarika (+ June Milo) à la Salle Nougaro. Clarika présente son huitième album A la lisière.

du mardi 14 au jeudi 16  : Zazie au Casino Théâtre Barriere

du mardi 14 au samedi 18  au Théâtre du Grand Rond : Monsieur Tristan (guitare, clavier, loop, sampling, chant et conneries) dans un nouveau spectacle

vendredi 17 : Joulik au Chapeau Rouge. Trio voguant entre chants traditionnels revisités et compositions originales.

jeudi 23 : Wally à l’Espace Saint Cyprien avec son spectacle Destructuré

vendredi 24 : Miss Véro à La Grange. L’ex du trio Boudu les cop’s joue en trio. Et aussi le samedi 25 à la Halle de Villenouvelle (31)

mardi 28 : Chansons à la cheminée à la Cave Poésie avec Simon Chouf et ses invités


L’évènement

Du mardi 28 au vendredi 31 : le festival Détours de chant (il continue jusqu’au 8 février).


En Haute-Garonne

Du vendredi 17 au dimanche 19 : Yolande Moreau et Christian Olivier – Odyssud à Blagnac. Prévert en mots et en musique.

vendredi 17 : Sylvain Cazalbou, en trio – La grande famille à Pinsaguel

samedi 18 : Jeanne Cherhal à l’Aria à Cornebarieu. L’an 40 avec deux pianos et trois musiciens.

samedi 25 : Victoria Lud avec son spectacle La belle échappée à la Halle de Villenouvelle


Photo ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur


Le focus de Daniel Zanzara : Nuit d’éclipse à Paris Story, le 25 janvier

2020 promet de belles soirées, tant les artistes, les salles de spectacles alternatives multiplient les belles initiatives pour créer, malgré les difficultés financières,  les conditions de moments uniques chargés d’émotions .

« Nuit d’éclipse » est la rencontre d’un passionné de cinéma, Jean Claude Crouau, d’un directeur de théâtre, Ramzi Akashah et de passionnés de musique tels que Delphine Ancelot, Daniella Colletta et moi-même.

C’est un nouveau rendez vous mensuel, dans un quartier inhabituel pour la scène parisienne indépendante, face à l’Opéra, à deux pas des Grands Magasins, au théâtre Paris Story. Le concept consiste à mettre en valeur les artistes à travers leurs clips projetés sur grand écran. Tous sont présents, ainsi que les réalisateurs ! On aimerait pour cette deuxième édition – la première ayant eu lieu le 13 décembre dernier –  que les professionnels viennent découvrir quelques artistes de talent !

C’est en effet, l’un des challenges de cette soirée : provoquer les rencontres entre les uns et les autres, car tous les promoteurs de cet événement sont avant tout des passeurs.

Le programme :

Angèle Osinski
Sophie Oz
Anne Gouverneur
Robi
Lou
Camille Feist
Charlotte Savary
Sarah Amsellem
Vaslo
Paul Galiana
Ignatus
Kiefer
Andoni Iturrioz
Vérone
Jeremie Bossone (sous réserves)

A la première édition, quelques surprises étaient venues enchanter la soirée. Nul doute que le 25 janvier tiendra aussi ses promesses !

Mais, chut, Je n’en dis pas plus…

Alors Champagne et Bonne Année !

Daniel Zanzara


Photo ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Sélection de concerts en janvier à Paris & proche banlieue

06 /01
Lundis Chanson ! Cabaret artistique de la Vieille Grille

07/01
La Folle Histoire de Michel Montana au Bateau El Alamein (+ 08/01) avec Oldelaf et Alain Berthier

Concert « Ave Eva » au Théâtre de l’Ile Saint Louis Paul Rey (jusqu’au 02/02)

08/01
Concert Emma Damecour + Delphine Lucas et invités au Connétable

09/01
Seyes (Charlotte Savary) Showcase Release Party au Walrus

Les Goguettes en Trio  mais à Quatre au Forum Léo Ferré

10/01
Vernissage expo David Bowie Loving The Alien + Surprise à la Galerie Stardust (jusqu’au 29/02)

North Shadows Party à l’ International

Concert Tangoléon & Alejandro Guyot au Bateau El Alamein

11 /01
New Wave Party XI Unoauno/Les Lignes Droites + Dj oxblood à l’International

12 /01
Mélonomade à  Sofar Sound Paris

Ciné Concert Charlie Chaplin au Café de la Paix d’Auvers Sur Oise

Gio et Antoine Tomé fêtent la Galette au Salon D’Arsène

La Tribu d’Urbain au Club des Poètes

15/01
Gang de Femmes, Episode 4 à l’International

16/01
Pylos Jazz Club VII : Nuits Pérséphoniques à Vitry Sur Seine

Sarah Amsellem – Showcase à La Fabrique Balades Sonores

Soirée J’ai Rendez Vous Avec à la Dame de Canton

Patrice Mercier au Forum Léo Ferré

Elodie Milo aux Trois Baudets

17/01
Piotki au Connétable

Claude Lemesle au Forum Léo Ferré

18/01
Concert Virginie Capizzi et Paul Anquez – Jazz Songs au SunsetNuit de la Lecture – Lecture Musicale Arthur H & Nicolas Repac à la Médiathéque Musicale de Paris

20/01
Lundis Chanson ! Lise Martin et ses invités au Jazz Café

21/01
Escale poétique et chanson autour d’Elsa Triolet à la Sorbonne

Cat Loris invite ses Z’amis à la Dame de Canton

22/01
Au Fond De l’Hiver : Folk givrée à l’Espace B & Petit Bain

23/01
GÊNES 01 de Fausto Paravidinosuovant (scène contemporaine) au Trait d Union à Vitry Sur Seine (+24/01)

Sophie Le Cam et Abel Cheret au Forum Léo Ferré

24 /01
Ann’Clair à la Manufacture Chanson

25/01
Nuit d’Eclipse à Paris Story, épisode 2

The Unbelieverz + Crashbirds à l’Armony à Montreuil

Nicolas et Marjolaine au Bateau El Alamein

27/01
Bertrand Louis  « Baudelaire » à la Manufacture Chanson

29/01
La Chica à la Maroquinerie

30/01
Mira Cetii – Release Party aux Trois Baudets

31/01
Mood – Release Party + Guest à l’International

Vanina de Franco à la Manufacture Chanson

Sélection établie par Daniel Zanzara


Photo ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur


Rétrospective Barjac m’en chante 2019 – 6/6

BARJAC M’EN CHANTE

Jeudi 1er août 2019

Aron’C ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Au matin du 1er août, cette vingt-cinquième édition de Barjac m’en chante vit son dernier jour. Elle a déjà tenu toutes ses promesses et pourtant, nous ne sommes pas au bout de nos plaisirs. L’après-midi, Mélanie Arnal joue sa Fille allumette sous le chapiteau. Une forme de chanson traditionnelle plutôt bien faite mais laissant un goût de déjà-vu. Puis c’est le régional de l’étape Aron’C, duo formé d’Aron et de Tom, qui chevauche la scène. Nous leur avons trouvé une belle énergie, une grande générosité et un capital sympathie énorme. Ces deux compères ont rechargé nos batteries pour le reste de la journée. Pour tout bagage, une chanson mâtinée de pop et de rock, abordant divers sujets, sans hésiter à mettre les mains dans le cambouis. Comme cet Intermittent qui vaut au public la présence sur scène de Liz Van Deuq, Garance et Franck Halimi. Un moment très agréable.

Lili Cros & Thierry Cros ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Vient donc le dernier soir. Ils avaient été présents durant toute la semaine pour voir et soutenir les amis et les collègues. On croisait leurs sourires à tous les concerts. Eux, Lili Cros & Thierry Chazelle, avaient pour mission d’ouvrir cette soirée de clôture. Cela fait maintenant quelques centaines de dates qu’ils tournent avec ce spectacle, Peau neuve. Autant dire que celui-ci est bien rodé et que les deux artistes le déroulent comme papier à musique. Peut-on placer un spectacle que l’on a déjà vu et adoré parmi ses coups de cœur ? Probablement pas, mais toujours est-il que le plaisir reste intact devant tant de maîtrise et de subtilité de la part des deux protagonistes. Il est l’humour, elle est la voix, ils sont complémentaires et se connaissent par cœur. Thierry et Lili jouent à merveille des atouts de l’une et de l’autre, et ficellent une perle de spectacle où là encore la chanson le dispute aux arts visuels, usant parfois même de ressorts clownesques. On y croise un type qui se prend pour un chien (I’m a dog), un Client de l’Erotika ou encore Clint Eastwood. Mais au final, Tout va bien.

Les Fouteurs de joie ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Difficile de passer après ces deux-là. Qui plus est pour mettre un terme à l’épisode 2019 du festival. Alors qui mieux que Les Fouteurs de Joie pour relever le défi ? Là encore, nous les avions déjà vus sur scène et avons rapporté tout le bien que nous pensons de ce spectacle magistral intitulé Des étoiles et des idiots. Terminer dans l’allégresse, c’était le pari des organisateurs et celui-ci est gagné haut la main. Encore un spectacle où la chanson est servie par le théâtre et inversement, où la danse s’invite régulièrement (Tom Poisson spectaculaire dans ses sauts tourbillonnants), où les arts du cirque et du clown sont utilisés avec maestria : phénomène d’hybridation salutaire. Laurent Madiot joue du comique de répétition de façon absolument hilarante, faisant hurler de rire l’assistance. Fouteurs de joie, ils le sont. Cela pourrait suffire à notre bonheur, mais là où ces cinq garçons (Laurent Madiot, Tom Poisson, Nicolas Ducron, Alexandre Léauthaud et Christophe Dorémus) sont très forts, c’est qu’ils ne se limitent pas à la gaudriole. Le rire certes est le propre de l’homme, mais en user pour porter un regard aigu sur le monde relève d’un véritable talent. On parle ici de chômeurs qui triment, de réchauffement climatique, d’une société qui part en déliquescence sans personne pour appuyer sur le bouton stop. Alors l’humour, forcément, l’humour est là pour nous tenir amarré, pour continuer à danser sur ce volcan, et même pour accepter que les amours capotent à l’étal d’une baraque à frites… Bouleversant Nicolas Ducron. Comme chez Lili Cros et Thierry Chazelle, ce spectacle déjà joué à de nombreuses reprises est réglé comme du papier à musique. Carré, précis, porté par des artistes aussi bons comédiens que musiciens, un véritable régal pour une fin de festival des plus réussies.

L’édition 2020 du festival Barjac m’en chante se déroulera du 25 au 30 juillet 2020.

David Desreumaux


 

 

Reportage paru dans le numéro 13 de la revue Hexagone.


Photos ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur  


Les souffleurs de vers : Laurence Keel & Jonathan Mathis ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Rétrospective Barjac m’en chante 2019 – 5/6

BARJAC M’EN CHANTE

Mercredi 31 juillet 2019

Lise Martin & Valentin Vander ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Presque un cri… Ce mercredi à la salle Trintignant, Lise Martin et Valentin Vander avaient pris date pour donner au public ce spectacle concocté à partir des chansons de Vladimir Vissotsky. Une nouvelle fois on refusa du monde à l’entrée tant la demande était importante. Les chanceux présents dans la salle ont donc pu profiter du travail effectué par les artistes ; adapter, traduire les chansons de cet auteur russe qui était interdit d’antenne dans son pays, ses écrits n’ayant pas l’heur de correspondre à la ligne artistique du régime soviétique… Artiste éminemment politique donc, éminemment poétique aussi, personnage hors du commun, les chansons de Vissotsky ont connu le succès sous le manteau. C’est donc ici à une expérience salutaire que se sont livrés Lise Martin et Valentin Vander : donner à entendre en français dans le texte les chansons de Vissotsky. Travail d’adaptation réussi, le spectacle vaut déjà par cette restitution. On en sort cependant frustré d’un complément d’âme – et d’information – que l’on aurait aimé trouver. Les titres s’enchaînent – c’est le parti pris du spectacle – sans mise en perspective, ni mise en récit. Une théâtralisation de l’ensemble, espiègle, serait bienvenue et contribuerait à dynamiser, enrichir et mettre en valeur ce travail méritoire d’adaptation. Un document biographique distribué à la sortie ne vient pas donner chair à l’écorché Vissotsky, à son histoire tourmentée, son esprit impétueux. En fin d’après-midi Lizzie, seule en scène, armée de sa guitare folk et une maquette de caravelle pour tout décor, nous emmène en voyage pour nous faire découvrir notamment les plages de Navigante, album paru en 2015. Un beau moment dans lequel  vient s’immiscer le fado, porté par une voix incroyable.

Jean-Louis Bergère ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Puis Jean-Louis Bergère entre en scène. L’auteur-compositeur-interprète pratique une chanson qui n’est pas exactement le format attendu par nombre d’adeptes d’une écriture traditionnelle. Aussi sa prestation a-t-elle été largement commentée, ne laissant personne dans la demi-mesure. Tant mieux, serait-on tenté de dire. L’artiste qui arrive tant à rassembler qu’à diviser a déjà gagné la partie. Que lui reproche-t-on à Bergère ? D’être replié sur lui-même et d’oublier un peu le public. Cela n’est pas complètement faux et c’est inhérent à sa démarche. Quoi d’autre ? D’avoir livré un concert monotone, monocorde. Là, ça se discute. En résumé, nous pourrions dire simplement que les chansons de Bergère, objets musicaux compacts et globaux plutôt que chansons classiques, ne se laissent pas dompter aisément, ne s’apprivoisent pas comme un couplet-refrain. Et nous n’avons rien ici contre le couplet-refrain, la comparaison n’existe que pour signifier qu’avec Bergère il faut comme accepter un pacte, celui de se laisser embarquer sans chercher un retour sur investissement immédiat. Le plaisir – s’il doit venir – viendra du lâcher-prise, de l’abandon que l’on s’autorisera pour embarquer sur une musique planante, véhiculant des textes faussement hermétiques. Car Bergère manie la langue avec finesse, rigueur et exigence. Ce songwriter angevin peint le sensible, creuse l’âme avec délicatesse à la recherche du sentiment naissant. A-t-on jadis reproché à Nathalie Sarraute de travailler sur l’informulé, d’être à l’affût du trouble intérieur pour révéler l’indicible en chacun de nous ?

Frédéric Bobin ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Le programme du soir à l’espace Jean-Ferrat avait été remanié quelques semaines avant le festival. Michèle Bernard, accidentée en début d’année et toujours en convalescence fin juillet, ne pouvait venir chanter et ouvrir la soirée avec Monique Brun comme cela avait été programmé initialement. Ce sont donc Frédéric Bobin et Hélène Piris – la seconde accompagnant le premier au violoncelle et aux chœurs – qui ont fait leur entrée dans la cour du château. Dès les premiers instants, le public les acclame avec ferveur et on les sent heureux tous deux d’être là, à cette place, deux ans après avoir expérimenté le chapiteau. Sans surprise, Frédéric Bobin déroule son set habituel, celui qu’il joue depuis un peu plus d’an et la sortie de son très bel album, Les larmes d’or. De la chanson folk made in France que ne renieraient ni Bob, Bruce ou Leonard. Entre tendre nostalgie et ballades sociales lumineuses et généreuses, c’est toujours un beau moment que de retrouver Bobin sur scène.

Marion Rouxin ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Pour boucler la soirée, Jean-Claude Barens avait donc dû pourvoir au remplacement d’Un p’tit rêve très court, le spectacle de Michèle Bernard et Monique Brun. Et c’est à Marion Rouxin que revenait cette mission délicate, accompagnée au piano par son alter ego Edouard Leys. Soyons succinct et concis : ce spectacle nous a emballés autant que le Gaston moins le quart de Romain Lemire dont nous parlions plus haut. L’autre – c’est le nom du spectacle et de l’album paru en début d’année – est d’une inventivité incroyable. Un régal autant pour les oreilles que pour les yeux, un spectacle musical, de danse et un tour de chant tout à la fois. Un spectacle qui rend hommage à la chanson dans toute son étendue, capable de donner à entendre des morceaux les plus traditionnels jusqu’aux plus modernes, utilisation du vocodeur en prime. Edouard Leys aux pianos est épatant, Marion Rouxin à la voix, aux percussions, au piano aussi parfois est renversante de vitalité, de précision dans le chant et dans les mouvements. Derrière le rythme et les performances vocales, il y a un propos, fort et humaniste, qui repose sur l’altérité. Sur la relation que nous avons à l’autre, aux autres. Une leçon de vie, absolument, un des moments forts de Barjac 2019. En guise de final, Marion Rouxin, Édouard Leys, Frédéric Bobin et Hélène Piris se rejoignent sur scène pour interpréter Maintenant ou jamais, une chanson de Michèle Bernard. Belle idée, belle générosité.

A suivre…

David Desreumaux


 

 

Reportage paru dans le numéro 13 de la revue Hexagone.


Photos ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur    

Rétrospective Barjac m’en chante 2019 – 4/6

BARJAC M’EN CHANTE

Mardi 30 juillet 2019

Christian Camerlynck ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Christian Camerlynck nous donnait rendez-vous l’après-midi, en compagnie de Nathalie Fortin au piano, pour dire et chanter essentiellement Gilles Vigneault. Il en ressort un moment de douceur, une pause dans un monde qui n’en finit pas d’aller vite, trop vite, trop mal. Les mots de Vigneault sont ceux de la sagesse, de l’appel à la raison. Ce sont les mots, bien souvent avant-gardistes pour ne pas dire prophétiques, d’un écologiste avant l’heure. Un homme, natif de Natashquan, qui de longue date a mal à la Terre et aux hommes. Dans la bouche de Christian Camerlynck, autre humaniste chantant, Vigneault nous parvient comme un courant d’air frais et vivifiant. Et quelle belle idée de la part de Christian, partageux entre tous, d’inviter le temps d’une chanson chacun Michel Bühler (autre « vigneaultphile ») et Gilbert Laffaille.

 

 

David Sire & Cerf Badin ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Zoé Simpson et Pierre-Paul Danzin se partagent l’après-midi sous le chapiteau et nous nous retrouvons le soir, dans la cour du château pour deux spectacles de très haut vol, de très haute tenue. L’ouverture de la soirée revient à David Sire et Cerf Badin pour ce spectacle d’arts mêlés que nous avons adoré et vu déjà à plusieurs reprises (voir portrait de David Sire, Hexagone n°3 – Printemps 2017). Avec, c’est le nom du spectacle, conjugue chanson, bidulosophie, danse, cirque, transe et  philosophie. La philosophie dans le sens où elle demande à s’étonner de tout. Tout s’enchevêtre et se télescope dans ce spectacle qui tire l’humain vers le haut, invite à faire « avec » plutôt que sans, avec ce qu’on a ou ce qu’on est. Hymne à la générosité d’urgence, il se dégage une poésie folle de ces tableaux hauts en couleur d’où surgissent des pompes à vélo, des ballons, des personnages désarmants entre réel et imaginaire, un chanteur lunaire échevelé et un guitariste clown blanc des plus talentueux. Fatracadabrantesque et jubilatoire. Public debout.

 

 

Thomas Fersen ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Pour achever la soirée, Thomas Fersen arrive en chemise de nuit, bonnet de nuit sur le crâne et bougie à la main. Il lance alors un « Et si on allait se coucher ? », et paradoxalement entame son tour de chant. Un tour de chant fort théâtral et on ne s’en plaindra pas. Présente-t-on encore celui qui en vingt-cinq ans a construit une œuvre essentielle en matière de chanson ? Essentielle dans le sens où elle n’a pas sa pareille, cheminant entre littérature et poésie dans le sillon du plus parfait esprit français qui n’aurait déplu ni à La Fontaine ni à Rabelais. Mes amitiés à votre mère, le spectacle présenté à Barjac, ne nous apprend pas autre chose de ce surdoué qu’est Fersen. Alternant monologues en vers parlés et monologues chantés, seul en scène derrière un Steinway demi-queue, Fersen exécute nombre de ses standards ainsi que les nouveaux morceaux de l’album à paraître à la rentrée, C’est tout ce qu’il me reste, dans lequel la gauloiserie est présente à chaque instant. Avec toujours la forme et l’esprit fin qu’on lui connaît. Doté d’un métier remarquable et d’une justesse impressionnante dans la diction, sur scène Fersen fait mouche à chaque fois, qu’il soit dans un rôle de comédien, de poète ou de musicien. Chaque geste, chaque mot produit est juste, sans artifice. Indéniablement, Fersen est un des tout grands de la chanson.

A suivre…

David Desreumaux


 

 

Reportage paru dans le numéro 13 de la revue Hexagone.


Photos ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

 

 

Hildebrandt – Ballet masques

Le Rochelais Wilfried Hildebrandt n’a pas encore fait le tour de la question. À 43 ans, il sort un deuxième album, îLeL, après Les animals en 2016 (Grand Prix de l’Académie Charles-Cros). Ses chansons pop-rock, désespérément joyeuses, tendrement mélancoliques, interrogent cette dualité qui nous structure pour lui préférer les eaux troubles de l’entre-deux. Pour autant, Hildebrandt est un artiste serein, adepte de la lenteur et qui cultive avec délicatesse son « petit coin de féminité ». Rencontre à son bureau, dans sa « chambre à lui ».

 

Hildebrandt ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Hexagone : Quel est ton parcours ?

Wilfried Hildebrandt : Je suis autodidacte. J’ai monté un groupe avec des amis, Coup d’Marron, avec lequel j’ai fait pas mal de choses mais j’avais de petites frustrations, le sentiment de ne pas aller assez loin. Au bout de douze ans, j’ai eu envie d’entamer une histoire solo et mes amis ont accepté de me suivre. Il y a six ans, j’ai donc commencé à construire ce projet mais sans faire table rase du passé. J’ai commencé l’aventure Hildebrandt à l’envers, en enregistrant un album qui n’est pas sorti, puis j’ai effectué des démarches pour trouver les professionnels qui allaient m’accompagner. Assez rapidement j’ai trouvé un tourneur, Le Terrier productions et un label, At(h)ome, qui m’accompagnent respectivement depuis quatre et cinq ans. Mon album zéro s’est alors transformé pour devenir mon premier album, Les animals, sorti il y a trois ans. Cet album a vécu, j’ai donné beaucoup de concerts. Puis j’ai été bientôt prêt pour ce deuxième album que nous avons enregistré à l’automne dernier. Parallèlement à ce parcours en tant qu’auteur-compositeur, je suis musicien et compositeur pour le cirque, le théâtre et la danse. Je suis aussi professeur de chant, notamment au Chantier des Francos, et j’interviens dans différents cadres pour animer des ateliers d’écriture.

 

Et sur scène, comment ça se passe ?

J’ai actuellement deux formules scéniques. En duo, je joue avec Anne Gardey des Bois qui chante et joue de la batterie électronique tandis que je suis à la guitare et aux claviers, et nous utilisons tous les deux des machines. Et puis il existe une formule à quatre où je ne fais quasiment que chanter. Il y a toujours Anne à la batterie ; Pierre Rosset, un vieux compagnon de Coup d’Marron, qui joue de la guitare ; et la dernière arrivée, Émilie Marsh, qui joue de la guitare, de la basse et chante. Quand le groupe est au complet, nous sommes donc deux hommes et deux femmes.

 

C’était important d’avoir des musiciennes sur scène ?

Oui, pour plein de raisons. D’abord parce que mon album parle du mélange des genres, puisqu’il s’appelle îLeL, mais aussi parce que j’avais envie de travailler davantage avec des femmes. Cela faisait déjà un moment que c’était le cas dans ma vie de tous les jours et je découvrais que mes amitiés avec les femmes n’étaient pas les mêmes que celles avec les hommes. Et puis j’avais envie de chœurs féminins. J’avais envie de ce mélange-là dans le groupe, pour ce que j’allais renvoyer sur scène, compte tenu du propos de mes chansons. A l’origine, je voulais un groupe de filles mais j’avais aussi envie de continuer à travailler avec mon vieux pote. Finalement je trouve que le mélange est bon, nous sommes arrivés à une chouette énergie à quatre. Ce n’est que le début mais vivement la suite !

 

Hildebrandt ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

C’est effectivement rare de voir des femmes sur scène dans une posture d’accompagnatrices.

Surtout qu’en général les filles sont toujours reléguées aux chœurs, aux claviers ou aux instruments issus de la musique classique. Là, je voulais des rockeuses. Anne, qui est à la batterie, a une vraie énergie animale et Émilie a aussi quelque chose d’assez animal et de sensuel, très féminin et à la fois très masculin. C’était parfait. Il faut dire aussi que j’ai eu la chance que ces filles-là aient vite accroché à mes chansons.

 

Comment as-tu choisi le titre de l’album, îLeL, et pourquoi ce choix d’un titre à double sens ?

Le titre est d’abord venu du thème de l’insularité plutôt que du mélange des genres. Je voulais aborder l’écriture de l’album d’une nouvelle manière, m’isoler en pleine nature. J’ai eu la possibilité de partir en résidence d’écriture, d’abord en Lozère dans la forêt de Mercoire, grâce au festival Festiv’Allier. Là-bas, j’ai lu Voyage avec un âne dans les Cévennes de Stevenson, qui se situe exactement là où j’étais, et aussi L’île au trésor. C’est là que j’ai fait le rapprochement : m’isoler en forêt ou sur une île, c’est un peu la même chose. Deux autres résidences d’écriture et de composition ont suivi, à l’île d’Oléron puis à l’île d’Yeu. À ce moment-là je me suis dit que l’insularité, ce que ça symbolise, correspond à ce que je ressens lorsque je suis en création. J’ai senti qu’il y a dans l’insularité une dualité : c’est à la fois ouvert, une fenêtre sur le monde, il y a l’océan ou la mer tout autour, et en même temps c’est très fermé, un vrai repli sur soi. C’est l’évasion et en même temps la protection, c’est dangereux et c’est un refuge… Je trouvais que le thème de l’insularité, si on le creusait, était très intéressant. En cherchant à faire le lien avec mes chansons et le mélange des genres, le terme « îLeL » m’est venu assez rapidement : l’île, le lieu et les ailes, l’évasion, et puis il-elle, masculin féminin. Ça vient de loin !

 

L’œuvre de Stevenson t’a-t-elle apporté autre chose ?

Lorsque j’ai commencé à lire Voyage avec un âne dans les Cévennes, je réfléchissais au fait d’être seul dans la nature, de se sentir petit face à l’immensité. Stevenson parle beaucoup des nuits qu’il passe à la belle étoile, et explique comme il se sent tout petit en regardant la voûte céleste. Il parle aussi du rapport avec son âne. Avec Les animals, j’avais déjà eu cette réflexion sur l’animalité, le corps, ce qui est propre, sale… J’y ai trouvé des liens avec les idées qui me sont chères. Il défend aussi la lenteur. Pour ce qui est de L’île au trésor, c’est l’aventure au premier degré, l’aventure du môme et puis bien sûr les îles. Je suis de La Rochelle, j’ai grandi au bord de l’océan, ce sont des choses qui me parlent directement. J’ai toujours été séduit par l’aventure au fond du jardin, comment tu fais trois pas et déjà tu es dans l’évasion, l’ailleurs, l’exotique.

 

Il y a dans l’insularité une dualité : c’est à la fois ouvert, et très fermé »

 

Est-ce la première fois que tu éprouves le besoin de chercher l’inspiration ailleurs ?

Jusqu’ici, je n’avais pas éprouvé le besoin de partir pour savoir quoi raconter. Je travaille beaucoup chez moi auprès de mes enfants, de ma femme, je suis dans ma bulle. J’ai voulu m’éloigner pour écrire, j’avais envie de bousculer ça. Et je me suis rendu compte que je n’en avais pas besoin ! Être seul, mettre son téléphone de côté, ne pas être forcément chez soi, c’est bien mais ce n’est pas absolument nécessaire. En tout cas, je n’éprouve pas le besoin de sortir de mes habitudes pour savoir quoi raconter, parce que je parle d’idées qui me sont chères depuis des années. J’ai été heureux de ces expériences-là, mais j’aime penser qu’on peut vivre l’aventure en restant chez soi. Dans nos métiers artistiques, avec cette vision un peu romantique, on s’imagine toujours que l’inspiration est ailleurs. Alors que ce qui m’a fait voir les choses autrement, c’est plutôt le fait de ne voir personne et de ne jamais décrocher de mon travail.

 

Tu dis que tu évolues lentement mais ton album est ancré dans le présent, il parle de notre société.

Oui, c’est vrai. J’ai toujours eu ça en moi. Par exemple, la question du genre m’a toujours préoccupé. Je crois qu’inconsciemment, le fait que cela soit beaucoup plus abordé aujourd’hui m’a fait assumer davantage cette question-là. J’ai été influencé par ce que nous vivons, et heureusement ! C’est vrai qu’il y a des chansons qui parlent de notre société, de la peur ambiante, du pessimisme… J’essaie d’aborder ces sujets-là dans Docteur et Ce n’est pas qu’il fait froid. J’ai lu il y a quelque temps que nous sommes une des premières générations à moins croire en l’avenir. Nous nous enfermons là-dedans, ne voyons que le côté négatif de notre époque alors qu’il y a aussi des choses positives. On ne les pointe pas assez.

 

Hildebrandt ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Il ressort de cet album une certaine mélancolie mais aussi une énergie du désespoir, une façon de dire : « Ce n’est pas grave, on y va quand même… »

Oui, « ce n’est pas grave, on y va quand même », c’est exactement ce que je ressens dans les chansons plus rock. Si ça va dit exactement ça. Tant qu’on travaille, qu’on s’aime, on peut faire en sorte que cela aille mieux. C’est vrai que ça revient dans mes textes et dans ma manière d’aborder la musique. J’essaie de faire en sorte que tout soit lié. La plupart du temps j’écris mes textes à la fin. C’est le cas pour les chansons les plus rock. Pour mes chansons mélancoliques, en revanche, j’ai souvent d’abord écrit le texte. À vrai dire, j’ai un gros penchant mélancolique, c’est ce qui me vient le plus facilement. Alors parfois, je me bouscule pour composer des chansons plus pêchues et je découvre un nouvel amusement.

 

Sur la pochette, ton personnage a un côté clown triste. Qu’as-tu voulu raconter avec cette image ?

J’ai voulu montrer un homme qui essaie maladroitement d’assumer sa féminité. Ça ne montre pas le masculin et le féminin qui se mélangent, comme pourrait le laisser entendre îLeL. Il y a là du second degré parce que je fais la gueule. Le décalage est drôle et en même temps c’est premier degré : c’est vraiment moi qui me maquille, qui essaie de faire en sorte que ce soit beau.

 

Pourquoi seul un des deux yeux est-il maquillé ?

C’était une proposition de Yann Orhan, le photographe qui a réalisé toute la série de photos. Il y en avait d’autres qui étaient de l’ordre du travestissement. J’ai bien une chanson qui s’appelle Travesti mais ce n’est pas ce que je voulais évoquer, je ne voulais pas que ça fasse Madame Arthur même si c’est un univers qui me touche. Je voulais que ce soit un homme qui ait un petit coin de féminité et qui le montre.

 

Et pourquoi cette couleur rouge ?

Pour moi, la couleur qui pouvait être à la fois mélancolique et énergique, animale et sensuelle, qui pouvait porter cette réflexion sur le mélange des genres, c’était le rouge. C’est la couleur de la vie, c’est le sang, c’est le chaud. Comme une évidence.

 

Cette couleur convient à ta musique, très énergique, rentre-dedans. Il y a une certaine affirmation, ce côté rock « on y va ».

C’est exactement ça. On y va. Tu parlais des mélodies. Même dans ma manière de composer c’est toujours « on y va ». Je développe la mélodie du chant en la faisant jouer par un riff de guitare ou par la main droite du piano. Je suis têtu. Quand une mélodie me plaît, j’ai envie de l’assumer jusqu’au bout. Le rouge va dans ce sens. J’aime les choses entières, premier degré.

 

J’ai essayé de montrer un homme qui essaie maladroitement d’assumer sa féminité »

 

« Je n’aime pas les hommes / Je n’aime que les femmes et les chiens… Je n’aime pas le mâle / Pourtant j’aime bien l’être humain » À travers des chansons comme Garde tout bas, Je suis deux ou Travesti, cherches-tu à sortir de la masculinité virile qui nous a été inculquée ?

Oui. Je ne me suis jamais retrouvé parmi les autres garçons, même si j’ai toujours eu des potes. Je n’étais pas fan de foot, il y avait plein de choses dans lesquelles je ne me retrouvais pas. Dans Garde tout bas, je m’adresse à un de mes meilleurs amis qui a ça aussi. Il est plus ours que moi et il a aussi un regard et une douceur plus féminine que moi. J’ai toujours ressenti un décalage mais je ne crois pas que ça ait été une souffrance, même si parfois j’aurais voulu être un peu plus comme les autres.

 

Es-tu féministe ?

Je suis pour que les filles et les femmes aient le plus de liberté de choix et de possibilités de vies. En tout cas au moins autant que les hommes. Étant papa de deux filles, mes réflexions sur la question féminine sont plus fortes. Donc oui, je crois que je suis féministe.

 

La dernière chanson de l’album, Qui de nous, est dédiée à ta fille ?

Oui. Je parle du fait de dormir avec son enfant et de qui se sent le plus petit, qui se sent le plus grand.

 

Il y aussi une chanson qui évoque ta grand-mère, Émilienne. Les femmes de ta famille sont des sources d’inspiration ?

Oui. Je ne l’ai pas fait exprès. Il y a une chanson qui s’adresse directement à ma femme, Vingt, une autre à ma fille aînée, une autre encore à ma grand-mère… Il manque ma mère là-dedans… et peut-être aussi la voisine !

 

Ça vient aussi équilibrer cette thématique du genre, d’avoir des femmes virtuellement présentes à travers ces chansons ?

Oui, c’est vrai. Ce n’était pourtant pas du tout anticipé. Et puis je ne suis pas du genre à écrire régulièrement. Je n’écris que parce que j’ai besoin de chanter ou parce que j’ai envie de faire un cadeau à quelqu’un. Je suis plus musicien et chanteur qu’auteur. J’aime bien avoir ce recul, j’écris par plaisir. Je ne me mets pas la pression, ce n’est pas un besoin comme nombre d’auteurs. En réalité, je n’éprouve aucune frustration en tant qu’artiste. Mon plus grand plaisir, c’est de construire mon univers en étant à mon bureau. J’ai enregistré cet album dont je suis très heureux, tout le travail de création a été un vrai bonheur, de mes moments solitaires au tout début à ceux partagés avec le réalisateur, Dominique Ledudal. Et puis en marge de l’album, j’ai réalisé un film dans lequel j’aborde la relation que les artistes entretiennent avec les îles. Je suis content, c’est un bel objet artistique et poétique. J’ai des envies, je les concrétise et je suis très heureux de cela. Si ça peut être entendu et vu par nombre de gens c’est génial, mais le vivre d’abord, pour moi c’est un pied incroyable.

 

Hildebrandt ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Dominique Ledudal avait déjà réalisé Les animals, me semble-t-il…

Oui. Cette fois-ci nous n’avons travaillé que tous les deux, alors que la dernière fois nous étions quatre. Il a une expérience de dingue. Il a bossé avec des artistes très pop comme Cats on Trees, avec des gens comme Bashung ou Trenet. Je suis flatté de travailler avec lui. Au fil du temps, c’est devenu un ami proche.

 

Il y a une constance musicale entre tes deux albums. Est-ce dû à sa présence ?

Oui, surtout dans le sens où il m’encourage à faire ce que j’ai envie de faire. Il m’a décomplexé. D’où cette continuité entre mes deux albums. C’est aussi dû au fait que, comme il m’a influencé pour mon premier album, je crois que j’ai construit le deuxième comme lui aurait voulu l’entendre. Notre relation m’a nourri. C’est plus qu’un réalisateur maintenant, c’est un vrai compagnon de route artistique.

 

Selon ta biographie, Hildebrandt étant un nom à consonance germanique, tu es « né sur une fracture ». Est-ce la source de cette dualité qui t’est chère ?

J’ai toujours aimé les polarités, chez les gens et dans les œuvres artistiques. Bien souvent, on se rend compte que les chansons qui nous transportent le plus sont des chansons qui sont à la fois joyeuses et mélancoliques. Les grands hymnes, les chansons qui nous évoquent un bout d’enfance… Un de mes meilleurs exemples, c’est cette chanson espagnole, Porque te vas. C’est à la fois mélancolique et joyeux, c’est la chanson des vacances et de la nostalgie. Je trouve que les chansons les plus fortes ont toujours en elles cette dualité.

 

Quelles musiques t’ont construit en tant que musicien, et plus spécifiquement nourri pour cet album ?

J’ai appris la musique, adolescent, en écoutant les Beatles. Toute ma vie ça m’accompagnera. Ma musique ne ressemble pas à la leur, mais le fait que la mélodie m’intéresse avant tout vient de là. Je serai toujours plus un fan de pop anglo-saxonne et de folk qu’un fan de chanson, même si je suis un vrai fan de chanson également. Pour cet album en particulier, surtout pour les chansons blues et rock, j’ai beaucoup écouté le dernier album de The Kills – pour la simplicité du riff de guitare, la sensualité de cette chanteuse.

 

Hildebrandt ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

L’électro t’intéresse depuis longtemps ?

Cela fait quelques années maintenant. L’esthétique de certains sons, et non l’esthétique musicale, me permet d’approcher des espaces et un imaginaire que je n’arrive pas à approcher avec des instruments plus acoustiques. C’est aussi parce que j’aime vivre les choses seul dans ma petite bulle, avec l’outil informatique, que je peux m’en rapprocher.

 

Quels sont tes projets pour les prochains mois ?

L’album sortira mi-septembre, en même temps que le film dont je parlais. Le film s’appellera îLeL : une île en nous. C’est un court-métrage. Le 12 novembre, nous fêterons la sortie de l’album à Paris, à la Boule Noire. Je donnerai ensuite quelques concerts, d’abord en duo puis à quatre, surtout à partir de janvier, à La Rochelle et aussi dans le nord de la France.

 

Les chansons qui nous transportent le plus sont à la fois joyeuses et mélancoliques »

 

Peux-tu nous dire plus en détail en quoi consiste le film ?

Ce film est parti d’une réflexion sur les îles et la création artistique, ainsi que je le disais. Le thème m’intéressait et je me demandais ce que ça pouvait susciter chez les autres. J’ai eu envie de me rapprocher d’autres artistes. On pourra donc voir dans ce film François Morel, Dominique A, Antoine Sahler, Halo Maud, Lescop, François Atlas Mountain, Laura Cahen, Féloche et un artiste de La Rochelle pluridisciplinaire qui a fait partie de l’expédition du Phare du Bout du Monde. Ces neuf artistes expriment ce que représente pour eux une île en matière de création artistique. On voit aussi des paysages de bord de mer et on me voit dans de petits épisodes de fiction en quête d’une île à construire.

 

Il sera distribué ?

Pour l’instant non, mais nous sommes en train d’élaborer une tournée comprenant à la fois la projection, le concert et une petite conférence où je parlerai de l’insularité et de l’histoire du film.

 

Propos recueillis par Karine Daviet


Photos ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur  


Andoni Iturrioz – Le roi des ruines

D’origine basque, Andoni Iturrioz naît à Paris en 1976 et grandit entre cette ville, Barcelone et Londres. À 19 ans, il part faire le tour du monde en vagabond, d’Asie en Afrique, d’Océanie en Europe de l’Est. En 2001, après cinq années de pérégrinations, il se pose à Barcelone avec le désir de privilégier la chanson comme mode d’expression. C’est le début du trio Je Rigole. Puis viennent les premières scènes à son arrivée à Paris en 2007. En 2012, avec le disque Qui chante le matin est peut-être un oiseau, on découvre un art d’un autre genre, des chansons d’une autre dimension. Deux ans plus tard, avec L’insolitude, qui sort cette fois-ci sous son propre nom, Andoni poursuit dans une exaltation presque mystique son voyage initiatique.

Dans Le roi des ruines, nouvelle pièce à son édifice poétique et musical, l’amour du verbe submerge tout. Ni ancien ni moderne, Itturioz est d’abord un auteur, sous le masque d’un compositeur sauvage et indomptable, avec la complicité du groupe La Danse du Chien. Avec Smara, Andoni évoque la mémoire de Michel Vieuchange, jeune explorateur français des années trente mort à 26 ans, qui sera le premier Européen à visiter les ruines de la cité interdite de Smara, dans l’ouest saharien, et qui, pour ce faire, se déguise en femme berbère. Tandis que Bertrand Louis, fidèle compagnon de création, assure la direction musicale et quelques compositions, Lisa Portelli habille Dans la rocaille d’une mélodie, et le rappeur suisse Maeki Maii fait don de ses rythmiques.

Philippe Kapp


  • Andoni Iturrioz
  • Le roi des ruines
  • all styles editions – 2019
  • Chronique parue dans le numéro 13 de la revue Hexagone.

 

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