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Pause Guitare : Govrache au Grand Théâtre

L’an passé, lors de sa participation au prix Magyd Cherfi, Govrache décide, peu de temps avant sa prestation, de dire ses textes sans guitare, sans musique. Pari gagnant : il remporte et le prix du public et celui du jury ! Ce qui lui permet ce 3 juillet de jouer devant plus de huit cents personnes, en première partie de Marc Lavoine. Un public pas vraiment captif pour Govrache, inconnu de beaucoup dans cette salle mais après quarante-cinq minutes de prestation, une longue ovation debout, massive et spontanée, soulève le Grand Théâtre. Avec un répertoire issu pour l’essentiel de l’album Des murmures, sorti récemment, il sait se faire tendre par le biais de slams où l’humain, la vie et ses plaisirs sont au centre du propos (Mon Dieu à moi). Puis le sentiment amoureux est questionné, avec Après l’hiver, sensible évocation d’un nouvel amour après un long veuvage. Avec Govrache, la diction est aussi parfaite que la voix est voix claire, la plume ailée et trempée dans un vocabulaire du quotidien qui séduit et ravit par sa simplicité et sa spontanéité.

Doté d’une belle maîtrise de la scène, il déclenche avec naturel rire ou sourire quand il s’adresse au public. Avec Le Dormeur du râle, souvenir âpre d’une récitation au tableau pour Le dormeur du val de Rimbaud, « C’est un trou de verdure… C’est un trou de mémoire dont je me souviens encore… » Au rire succède l’émotion, avant de conclure par une adresse aux institutions : « Et si tu sais toucher mon âme, c’est parce que ce sera le bon moment, et pas parce que t’es au programme ». Il ne donne que deux textes de son album Des cris, à sortir à l’automne. Des cris où « Les mots bombent le torse face au mépris d’un monde qui nous scandalise tous » ! L’Homme trottoir, qui a « des trous au fond des proches », fournit l’analyse du « message sublhivernal » des gouvernants et médias qui utilisent le SDF pour faire peur au citoyen lambda. Puis Mal aux mains, qui interroge de façon salutaire quant au sort de l’ouvrier moderne : « Je suis un homme de douleur fabriquant des robots qui n’auront jamais mal aux mains.» Adrien Daoud (contrebasse) et Antoine Delprat (clavier), les deux musiciens complices de Govrache, offrent un écrin musical de premier rang, au service des textes dits et non chantés. Govrache termine son spectacle par Le bout de la table, allégorie du temps et de l’éternel recommencement. L’émotion est alors vive. A en juger par le monde qui s’agglutine au stand de merchandising à l’issue du concert, avançons que les spectateurs auront plus qu’apprécié leur soirée.



Au festival Off d’Avignon jusqu’au 28 juillet, relâche le 24.

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