HomeInterviewsDalele chante Sans fil

Dalele chante Sans fil

Dalele chante Sans fil

Pour ses deux spectacles thématiques – et deux albums – précédents, Dalele nous a d’abord emmené au Café quincaille puis nous a expliqué comment Réussir ses échecs amoureux. En novembre dernier, elle est venue proposer, en trio et pendant cinq jours, au théâtre du Grand Rond, ses nouvelles chansons Sans Fil. Dalele, avec sa voix et son phrasé spécifiques, chante Sans fil thématique, jouant souvent de son accordéon, accompagné par ses deux musiciens comparses : Rolland Martinez (contrebasse et clarinette) et Armand Boisard (guitare). Belle occasion pour susciter un entretien, en milieu de semaine, à la terrasse d’un café proche du théâtre (eh oui nous sommes en novembre mais à Toulouse donc c’est en terrasse !), lui faire évoquer ses concerts du Grand Rond et ses projets actuels : le nouveau spectacle et le nouvel album. En cours d’entretien, elle est rejointe, comme convenu, par les deux musiciens, et on s’aperçoit que la complicité ressentie lors du concert est réelle aussi en dehors de la scène.

_____________________________________________________________________________

Hexagone : Ce n’est pas la première fois que l’on te voit au théâtre du Grand Rond, tu confirmes ?  

© Georges Cier

Dalele :Oui, c’est la quatrième fois ! Tu vois qu’ils m’aiment bien, ils sont fidèles. Et moi aussi ! La première fois, je suis venu avec le conteur Philippe Sizaire, depuis un de mes paroliers. J’avais beaucoup aimé le lieu, l’équipe et l’ambiance. Deux ans après je leur ai proposé Café Quincaille et depuis je viens jouer chaque nouveau spectacle.

Hexagone : La fidélité cela semble important dans ton parcours ?
Dalele : Oui, dans le spectacle, mon histoire c’est de la fidélité. Un chemin de longue haleine mais avec des gens qui sont là tout le long du chemin, depuis le début. Rolland (Martinez) est présent depuis la première mouture de Café Quincaille et même pour ses prémices. Une chanson m’a été demandée par Corentin Coko pour un album collectif d’accordéonistes Chansons à bretelles. Écrite par Philippe Sizaire, je l’ai jouée avec Rolland. Philippe Yvron était des deux premiers spectacles. Armand (Boisard) nous a rejoint pour le second.

Hexagone : Interprète au départ, tu es devenue auteur ?
Dalele : L’écriture n’est pas arrivée directement. Sur Café Quincaille, j’essayais mais je n’arrivais pas à finir un texte. Je l’envoyais à Philippe Sizaire. Et on cosignait. Sur le spectacle suivant, j’ai écrit un peu plus mais pas facilement. Pour Sans fil, j’ai écrit les deux tiers. Mais là aussi, dans cette idée de fidélité, j’apprécie de faire appel aux gens que j’aime bien : Philippe Sizaire a écrit à nouveau deux textes, Michèle Mühlemann et Fabrice Guerin un chacun.

Hexagone : Contrairement aux deux précédents, cet album Sans fil n’est pas thématique. Pourquoi ?
Dalele : Je pense que la thématique permettait, de créer un petit monde derrière lequel je pouvais me cacher un peu, et de mettre en mouvement mon rôle de comédienne et d’interprète. Alors qu’en tant qu’auteur, les textes viennent quand ils te viennent, sans aucun lien entre eux. D’autre part, quand je vais voir un concert, je n’ai pas besoin de thématique pour apprécier, mais je ne me sentais peut-être pas à la hauteur pour faire un tour de chant. Peut-être ces deux spectacles étaient nécessaires pour que je puisse me dire : je vais enchaîner des chansons, et c’est tout, et passer de l’intime à du plus marrant. En tout cas, j’apprécie beaucoup.

Hexagone : Quelles sont, pour ce nouveau spectacle, les évolutions, au niveau musical d’abord ?
Dalele : Le fait de passer de quatre musiciens à trois, nous a mis dans le défi de chercher un son (maintenant qu’il n’y a plus de piano). Au niveau musical, avec Armand qui vient du swing manouche et Roland qui a fait beaucoup de musique de l’Est, on était dans l’optique de tout essayer et de jeter ce qui ne nous plairait pas. Nous avons beaucoup cherché, essayé, travaillé.

© Jacob Redman

Hexagone : A écouter le concert, on ressent la volonté de gaieté. Tu confirmes ?
Dalele : Je trouve que le monde n’est vraiment pas marrant. Donc même quand je chante des choses tristes, je trouve plus élégant d’y mettre un sourire. Et oui, j’ai cette volonté de gaieté dans le spectacle. J’ai écrit deux chansons plus tristes, présentes sur l’album, que pour l’instant on ne joue pas sur scène. L’une est sur la Mélancolie, l’autre sur mes grands-parents Au fil de l’encre. Elles ne sont pas forcément joyeuses mais pas fondamentalement tristes. Elles peuvent amener de l’émotion. Mon travail d’écriture, doit amener du décalé, pour que les gens tout de suite s’approprient le texte en ayant l’impression que j’évoque quelqu’un qu’ils connaissent.

Hexagone : Pour les deux précédents albums, l’enregistrement a eu lieu bien après le spectacle. L’album est grandement enregistré et va sortir en février 2019. Là aussi, une évolution ?
Dalele :  Le concours gagné à Vesoul nous a donné droit à une résidence. Donc on a commencé à bosser les chansons pour l’album et tout de suite on a pu les jouer. On a eu le bénéfice de pouvoir les présenter avant l’enregistrement. Armand s’est proposé pour la réalisation en studio. Quand on joue trop la chanson sur scène, à un moment elle se fige, et tu peux y perdre pour l’enregistrement. Là je pense qu’on a enregistré au bon moment.

Hexagone : L’album est enregistré avec vous trois comme pour la scène ou pas ?
Dalele :  On a invité plein de monde et surtout des cordes.

Armand : En fait : deux morceaux avec un quatuor à cordes : Isabelle Dedonder (Violon), Sabrina Mauchet (violon), Vincent Cazanave-Pin (alto), et Hannah Al-Kharusy (violoncelle, qui  joue aussi en solo sur Au fil de l’encre) ; un morceau avec Thomas Kretzschmar (violon) et aux percussions Yannick Berbie. On a essayé de conserver sur l’album, le plus possible, le son du trio. Les invités n’interviennent pas, en général, au début du morceau. On ne veut pas que les gens aient l’impression de deux versions très différentes – scène et album – mais qu’ils bénéficient d’une version augmentée. Car hors de la magie de la scène, mais confortablement installé chez toi, tu apprécies d’avoir des sucreries à déguster.

Dalele :  On a la chance d’avoir une date de sortie d’album à Pennautier dans l’Aude, mon département, où nous invitons tous ceux qui ont participé. Les chansons seront donc jouées au moins une fois, comme dans l’album. On a la chance aussi d’avoir comme production Music’Al Sol, là aussi une belle histoire de fidélité.

Hexagone : On sent entre vous trois, la notion de groupe ?
Armand : Oui, à l’exception des arrangements de cordes pour l’album, tous les arrangements du concert sont faits ensemble, en commun.

Dalele :  On a développé un travail vocal sur les chœurs. Rolland participe sur la chanson Je perds le fil. Oui, c’est un véritable travail collectif.

© Georges Cier

Hexagone : Dans le concert, entre autres, j’ai beaucoup aimé la chanson Séparons-nous ensemble et ton interprétation. Tu peux nous en dire un peu plus ?
Dalele : Michèle Mülhemann a écrit le texte. Rolland a fait la moitié de la musique et on a fini collectivement. Sur l’album, un quatuor à cordes est présent, et Armand a fait l’arrangement. Je suis contente du résultat.

Je pense que j’ai plus de facilité à interpréter quand ce n’est pas mon texte, peut-être le syndrome de l’interprète qui devient auteur. Quand tu l’as écrit, tu n’as pas la même histoire avec le texte. Peut-être aussi, quand on me donne un texte, je me dis qu’il faut que j’assure, que je sois à la hauteur et je me mets une couche de travail supplémentaire.

Rolland : Je pense que c’est lié aussi avec la distance que tu as avec le texte d’un autre.

Dalele : C’est vrai, que mes chansons sont plus intimes. Je me lâche plus avec les autres textes.

Hexagone : Dans tes concerts, tu glisses habituellement une ou deux reprises. Cette fois aussi ?
Dalele : Oui, nous reprenons Le gros chat du marché de Gilbert Lafaille. Cet artiste a connu l’âge d’or de la chanson, l’époque des belles productions puis la décroissance. Il a fait un album en 2013, il continue à chanter, il ne lâche rien. C’est un parcours de vie que j’apprécie. De plus cette chanson, elle est vraiment actuelle. Notre version un peu ska plait beaucoup aux jeunes. Et les gens sont plus que surpris quand on leur dit qu’elle est sortie en 1978. Je suis très fière de cette reprise.

Hexagone : Beaucoup de chanteurs accordéonistes, à un moment donné, ne jouent plus de leur instrument. Toi, tu continues ?

© Georges Cier

Dalele : J’ai plutôt commencé dans l’optique musique de l’est, influencée par Bratsch. Avec l’accordéon, on sort une madeleine de Proust. Pour aller jouer au Liban, au passage de la frontière, on m’arrête, on passe l’accordéon au scanner. La douanière me dit « si vous jouez de l’accordéon, faites-moi une démonstration ». Je lui joue un morceau de musette, et il se passe une chose de dingue, instantanément. On a provoqué une grande joie, leurs yeux brillaient, ils nous ont ensuite escortés ! J’aurais joué tout de suite, l’accordéon aurait évité le scanner ! J’ai porté cet instrument hyper lourd pendant des années, ce n’est pas pour ne plus l’utiliser maintenant ! D’autant plus que la plupart de mes compositions sont faites à l’accordéon. Et en trio, l’accordéon prend tout son sens.

Hexagone : Cette semaine, tu fais un joli retour sur Toulouse ?
Dalele : Oui, d’autant plus que j’ai une histoire avec cette ville, Toulouse. C’est ici que je me suis lancée dans la chanson grâce à Philippe Pagès (alors patron du Bijou), chez qui je suis venu répéter, qui m’a un peu chapeautée au tout début, et m’a mis en lien avec Philippe Yvron qui est devenu le pianiste des deux premiers spectacles.

Hexagone : Un mot sur ces six concerts de cette semaine ?  
Dalele : Dans le travail studio, tu peaufines, tu précises, tu découpes mais tu ne fais pas vraiment vivre les chansons. On les avait jouées mais elles ont beaucoup évolué avec le travail studio. Il était temps de revenir vers les gens et voir ce qui se passe sur scène, dans le moment. On peut tester les ordres et les présentations. Et donc on joue du mardi au samedi au Grand Rond et le jeudi midi trente pour la Pause Musicale. Eric Vanelle pour le Grand Rond et Joel Saurin pour la Pause musicale se sont organisés pour que l’on joue la même semaine. Cela m’a touchée, ils avaient vraiment envie que je vienne !


Entretien réalisé le 8 novembre 2018 pendant la semaine de concerts au théâtre du Grand-Rond du 6 au 10 décembre. Photos de scène prises lors de ces concerts, dont photo à la une : © Georges Cier

Quelques dates à venir : 22 février au Bijou à Toulouse (31) – 11 avril à l’Antirouille à Montpellier (34) – 31 Mai  « Artistes à suivre à Granes (11) – 30 Juin à l’Ephemere Guinguette à Lacroix Falgarde (31) – 11 Octobre au Chapeau Rouge à Toulouse (31)

Share With:

mick.hexagone@gmail.com

No Comments

Leave A Comment