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Yves Jamait au Bijou : une parenthèse bien remplie

Yves Jamait au Bijou : une parenthèse bien remplie

Yves Jamait, au Bijou à Toulouse c’est un événement ! Les trois concerts programmés les 21, 22 et 23 février affichent complets depuis plusieurs mois déjà. Jamait vient y donner une des premières représentations de sa Parenthèse Acoustique, entouré de Didier Grebot à la batterie et Samuel Garcia à l’accordéon et au clavier, et accompagné des deux aux chœurs.

© FRANCIS VERNHET.

Après l’annonce du concert par Pascal Chauvet, co-patron du Bijou avec sa femme Emma, le public applaudit, attendant l’arrivée des artistes par l’entrée venant des loges. Mais Yves Jamait et les deux musiciens arrivent à l’arrière de la salle avec leur veste, puis l’enlèvent sur scène en révélant chacun un tee-shirt noir avec la mention « Sécurité ». Dès l’introduction musicale du premier morceau, les spectateurs tapent dans leurs mains puis reprennent en cœur le premier refrain La fleur de l’âge (« Ne cherche pas à vouloir arrêter le temps »), en fait la première chanson du premier album. Le chanteur précise l’objectif de ce concert : une parenthèse scénique en attendant le prochain album à l’automne et le prochain spectacle. Une parenthèse qui propose de revisiter les six albums à raison de trois chansons par album, dans leur ordre chronologique. Un concert plus calme et plus posé qu’en formation complète : il chante souvent assis à la guitare, parfois assis sans guitare, et deux fois seulement, je crois, debout le micro en main. Mais la volonté de faire le spectacle reste avec l’entrée originale, les interventions pleines d’humour entre les titres qui déclenchent les rires du public, et le fil rouge du concert : les doigts levés des trois artistes indiquant le numéro de l’album qui va être évoqué.

© FRANCIS VERNHET

Une autre caractéristique de ce concert ? C’est sans casquette qu’Yves Jamait chante la plupart du temps. Les trois, complices, enchaînent les titres et, même si ce ne sont pas toujours les plus connus, les fidèles chantent les refrains. Jamait reprend quelques-uns de ses classiques aussi : Dimanche (Caresse-moi), Jean-Louis (« On parle on parle, mais il se fait tard ; c’est bientôt la fin du monde et j’ai plus rien à boire ») ; et nous offre une superbe version de Je passais par hasard. Il interprète deux chansons écrites par Georges Cagliari, il  explique le choix des morceaux retenus ou leur origine. En fin de concert, il reçoit une belle ovation et remercie les gens qui le suivent depuis longtemps. En rappel, il joue des extraits du prochain album : Dès l’aube, sur un sujet triste et pour finir Mon totem, plus léger et entraînant, a priori le titre du septième opus studio. Même si les fidèles représentaient la grande majorité du public certains le découvraient. Ceux-ci ont été marqués par l’émotion dégagée, la force de l’interprétation et la personnalité de la voix. A noter également ce soir-là au Bijou, la présence de Flow, venue dédicacer et vendre son livre-disque SauteMonde, superbe conte musical, dans lequel Yves Jamait chante un titre.


Deux jours après le concert, je retrouve Yves Jamait, en fin d’après-midi, autour d’une table dans la salle de bar du Bijou. Disponible, à l’écoute, il évoque avec plaisir le spectacle actuel, ainsi que son amour de la scène et de la chanson.

© FRANCIS VERNHET

Hexagone : Tu viens juste de finir une longue tournée de deux ans et tu repars pour cette Parenthèse acoustique. Pour quelle raison : l’amour de la scène ?
Yves Jamait : Oui, la scène c’est le leitmotiv, le but. Tout est fait pour elle. Je n’écris pas des textes, mais des prétextes pour arriver sur scène. J’ai juste envie d’y être, de faire le malin : ça doit faire plaisir à l’enfant que j’étais. Ce que j’ai dit pendant le concert est vrai : j’ai demandé à mon bookeur de nous trouver trois ou quatre dates par mois, pour être un peu sur scène parce que je n’ai pas envie de rien faire, même si on prépare l’album. J’ai 57 dates jusque en juin dont quinze en avril : j’adore ça ! Je suis devenu chanteur à quarante ans. J’en rêvais. Sans vraiment faire grand-chose pour. Et au moment où j’ai essayé, cela a fonctionné. Alors je ne me prive pas et je sais que je n’en ai pas beaucoup devant. Donc j’en bouffe, j’en profite un maximum. Les salles sont pleines, les spectateurs sont contents partout, j’ai un public qui me suit. J’ai cette chance inouïe : je gagne ma vie en chantant !

© FRANCIS VERNHET

Hexagone : Peux-tu nous en dire un peu plus sur cette « Parenthèse acoustique » ?
Yves Jamait : Oui, on voulait aller plus dans des petits lieux. Cela faisait longtemps que ceux-ci le demandaient et je n’en faisais qu’occasionnellement. Je voulais mener un concert plutôt sous une forme de rencontre. Et de le faire pour les gens qui me suivent depuis un moment, pour continuer à avoir ce lien là avec eux. Je trouve marrant de dire une anecdote sur une chanson, de préciser comment elle a été faite. Comme à chaque fois, je prévois quelques interventions d’humour, mais d’un soir à l’autre je peux ajouter un texte non prévu, et parfois des fous-rires naissent sur scène quand je trouve une « connerie ». Cela donne une spontanéité qui m’intéresse.
Vu la demande des salles – on a refusé beaucoup d’autres dates – et les retours du public, je sais déjà que je referai une tournée « Parenthèse ».

© FRANCIS VERNHET

Hexagone : Le principe du spectacle c’est trois chansons par album, et les albums dans l’ordre chronologique. Comment s’est fait le choix des titres ?
Yves Jamait : Le choix de faire trois titres par album déjà est une belle contrainte. Car si j’écoutais certains, je devrais faire tout le premier album. Donc il n’y a pas « Y en a qui » ni « Et je bois ». Ensuite, on ne joue pas la majorité des titres chantés dans la dernière tournée que l’on vient de faire sauf les « complètement incontournables ». Si je ne fais pas Dimanche, je pense que je vais me faire assassiner ! Un critère de choix concerne mes limites guitaristiques, un autre la volonté de rester acoustique. J’ai choisi aussi en prenant en compte l’équilibre du spectacle et la possibilité de raconter une histoire autour d’un titre ou de trouver un lien entre les chansons. Par exemple pour le troisième album, sur la première chanson En deux mots tout se passe bien dans le couple, la seconde c’est  Je passais par hasard et je finis par Le célibat : du pain béni pour pouvoir parler dessus !

© FRANCIS VERNHET.

Hexagone : Et puis parfois l’arrangement voire l’interprétation sont un peu différents comme par exemple sur Je passais par hasard ?
Yves Jamait : Oui celle-ci s’entend différemment. Cela est dû à l’arrangement de Samuel, et je suis moins dans une interprétation « Brelienne » très expressive. On est dans une autre énergie avec une guitare qui monte, un cœur qui bat.

Hexagone : Bon, ce spectacle comporte une grande erreur de construction : 3 chansons pour chaque album et seulement deux du prochain pour le rappel ?
Yves Jamait : C’est pour créer de la frustration ! En fait, comme on est en train de les écouter orchestrées, l’adaptation était plutôt difficile. J’ai choisi la première chanson pour la dramaturgie et la deuxième plus légère pour la fin. Peut-être qu’à mi-parcours, on en changera une.

© FRANCIS VERNHET.

Hexagone : Une autre belle performance : boire un litre de thé au miel pendant le concert ?
Yves Jamait : Oui, je suis persuadé que certains, voyant une bouteille de vin sur la table, doivent penser « Il ne va quand même pas se taper un litre de vin blanc devant nous ? »  J’attends en général les trois quarts du spectacle pour dévoiler le contenu. Pendant au moins treize ans, j’ai bu une à deux bières sur scène par concert. Depuis quelques temps, j’ai un peu allégé. Même si mon image est rarement associée à la verveine, en ce moment chaque jour, je bois environ deux litres de tisane ou de thé, et je cours au moins une heure.

Hexagone : Sur Facebook,  j’ai vu qu’un groupe « L’univers de Jamait » existait. On y trouve des fidèles qui viennent voir plusieurs dates sur une tournée ou/et qui proposent pour ton spectacle actuel un hébergement pour que d’autres viennent sur la ville du concert. Qu’en penses-tu ?
Yves Jamait : C’est impressionnant et émouvant. Je n’ai rien fait pour que ce groupe existe. Son nom vient du bar L’univers que j’ai chanté à mes débuts. Des « pèlerinages » se passent là-bas, notamment les soirs de zénith à Dijon et  les « fans »se rejoignent : Jean-Louis leur signe des autographes et leur fait à manger.

© FRANCIS VERNHET.

Hexagone : Comment se crée ce lien fort avec le public : par l’interprétation, par l’émotion générée ?
Yves Jamait : Je ne sais pas. Je me rends compte de la chance que j’ai, de toucher les gens, d’être en phase avec eux et qu’ils me suivent. Cela m’émeut. On me dit : ce sont tes textes, ton interprétation. D’autres que moi, comme par exemple mon pote Valérian Renault, ont un véritable talent, des beaux textes et une superbe interprétation ; et rencontrent moins d’impact.
Je sais que je suis entier dans mon implication. Je connais la chance que j’ai de faire ce métier. J’aime boire, j’aime « la déconne », mais je n’arriverais jamais bourré sur scène. Jusqu’à l’âge de quarante ans, j’ai fait des boulots de sous-fifre, et j’avais des salaires en conséquence. Donc quand je me payais un spectacle, si le mec était bourré sur scène moi j’avais perdu cinquante francs de l’époque. Je ne veux pas de ça ! Je respecte ce métier et le public. Et je suppose que cela se ressent.

Hexagone : Mercredi, à la fin du concert, une personne qui te découvrait a acheté les six albums et même Sautemonde, l’album de Flow où tu fais juste une participation. Impressionnant, non ? 
Yves Jamait : Oui, et le DVD aussi ! C’est émouvant.

Hexagone : On a évoqué l’amour de la scène. Quand on te voit dans les spectacles hommages à Leprest (avec Romain Didier et Jean Guidoni) ou à Tachan, vu la force de l’interprétation et de l’incarnation on ressent aussi un grand amour de la chanson.
Yves Jamait : Pour le coup, quand je chante Leprest, Guidoni ou Tachan, je suis bien servi ! La chanson c’est une respiration, depuis que je suis gamin. Elle me parle, c’est une évidence pour moi. La vie m’était moins évidente. A l’adolescence, j’ai beaucoup beaucoup écouté Maxime Leforestier, Bill Deraime et Casthelemis. Maxime particulièrement, il m’a fait ouvrir des dictionnaires, des livres, il m’a changé. Cela a été une grande émotion de l’approcher ensuite et un grand plaisir quand il a accepté mon invitation pour le concert à la salle Pleyel.

© FRANCIS VERNHET

Hexagone : Cette tournée, qui passe dans des lieux plus petits, te donne l’occasion de rester deux à trois soirs au même endroit, comme ici au Bijou. Pour l’artiste c’est intéressant ?
Yves Jamait : Oui, tu as un peu plus de temps. On peut visiter la ville, même si ces jours-ci, il fait froid : on pourrait se croire à Dijon ! Ici, j’ai pu me balader avec ma femme, revoir un pote d’enfance. Mais déjà, depuis que je cours, je vois désormais autre chose que les théâtres et les hôtels.

Hexagone : On finit par une question géographique : quand verra-t-on un « Bar à Jamait » du côté de Toulouse ?
Yves Jamait : A toutes les questions géographiques de ce type «Pourquoi vous ne passez pas par chez nous ? » ma réponse est simple : parce que l’on ne nous invite pas ! On répond à la demande. On a fait vingt-cinq « Bar à Jamait » environ en dix ans, dont un au Zénith de Dijon devant 4500 personnes pendant plus de quatre heures. Si quelqu’un veut en organiser un à Toulouse, ou ailleurs, on vient avec enthousiasme.


Yves Jamait, au Bijou à Toulouse les 21, 22 et 23 février. Compte-rendu du concert du 21 et de l’entretien du 23. Photos de Francis Vernhet.

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mick.hexagone@gmail.com

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