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Lucien la movaiz graine en quartet et en solo

Lucien la movaiz graine en quartet et en solo

Bientôt un an que sur Hexagone j’essaie de te donner envie d’aller voir les artistes qui m’ont procuré émotion, plaisir, choc et bon moment. Et principalement ceux que tu ne connais pas (encore !). Et j’ai eu l’occasion de te faire partager tous mes coups de cœurs. Il ne manquait plus que Lucien la Movaiz Graine (et dans un autre genre Marcel Dorcel et son orchestre de merde).

Photo Michel Gallas

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Alors un grand merci à la programmation de Chez ta mère. Pour le premier weekend de septembre deux concerts de Lucien : en quartet le samedi et en solo le dimanche. Et j’en ai profité pour échanger un peu avec l’artiste entre les deux prestations. Samedi, en quartet. Comment te décrire Lucien la Movaiz Graine en groupe ? Allez j’essaie. Des textes noirs avec une écriture précise, des thèmes de citoyen engagé, une belle musicalité, une voix personnelle et la volonté de faire de ce blues d’humain un spectacle musical qui n’ennuie pas. Donc un artiste original avec un univers particulier. Lucien s’installe sur un tabouret haut avec son accordéon. Il démarre avec une chanson forte et triste, Le pas (sous titré La complainte du galérien sur disque). Le pas au sens privation, pas de. « Pas d’amour dès tout petit, pas d’amour et tant pis, Dès le début tu stresses et l’avenir tristesse … Pas de logement, pas de travail, …, pas d’argent … Pas d’amour, pas d’chaleur, pas d’câlins, pas d’épaule. »  Le public pris à la gorge, n’applaudit pas à la fin. « Ah, c’est sûr c’est pas évident de commencer par cette chanson », dit il en enlevant son accordéon. Et un flot d’applaudissement jaillit, à la hauteur de l’émotion ressentie.

Photo Michel Gallas

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Il continue avec Heureusement qui pourrait être sous-titré la complainte de la galère du gars qui bosse. Une mélodie cool, qui part guitare percussions et évoque les dérivatifs nécessaires pour supporter le travail : « Donne-moi une cigarette, du café, du vin, un pétard, des cachetons ». Puis vient J’en veux plus commencée comme un blues et qui dresse un portrait de notre société de consommation. Avec une musique qui donne envie de bouger et de reprendre le refrain « J’en veux plus, plus que de raison j’en veux plus, plus de toute façon ». Après ces chansons fortes, Lucien passe derrière un paravent et revient en Yvette Gélénerr, robe noire, chaussure à talons. Yvette, la chanteuse qui roule les R et en met beaucoup dans sa chanson « Roots, ragga, reggae, ce que j’aime c’est rrrouler ». Lucien, avec ce personnage amène de la gaieté et de la diversion. Même si la seconde chanson d’Yvette, sous un petit air de java qui semble léger, évoque la manière (forte) dont un mari traite sa femme et un père sa fille.

Photo Michel Gallas

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Dark Lucien, nouveau personnage, remplace Yvette, en chapeau noir et long manteau de cuir sur la peau. Sur Chairac, portrait noir du système actuel, écrit bien quelques années avant, il fait chanter le refrain au public « Nous sommes, peuple d’en bas, de la chair à canon » ! Puis, comme son percussionniste lui réclame une chanson sur les choses simples de la vie, sur les oiseaux alors il enchaîne avec En terre qui démarre par « Qu’on m’enterre comme un vulgaire machin ». Les derniers morceaux seront plus légers ou/et moins noirs. Il introduit le titre suivant par « la prochaine chanson est une chanson qui s’appelle Une chanson ». Elle lui permet de faire chanter un doux « doudouddou » aux spectateurs. Puis Gagne pain un duo guitare tambourin, avec le percussionniste, un peu à la façon des joutes verbales des Fabulous troubadours. « Si tu chantes, enchantes la vie et que celle-ci te sourit, Quand le grand malheur te mord, chante, danse, vis encore. » Un set de dix chansons pour plus d’une heure vingt de concert. Un concert qui ne se réduit pas à l’enchaînement de chansons fortes car, au delà de la mise en scène, une belle part est consacrée à la musique du groupe et à différentes ambiances musicales.

Photo Michel Gallas

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Par rapport au dernier concert vu, je ressens une plus grande maîtrise des enchaînements, une notion de groupe un peu plus forte, un gain en cohérence. En bref avant c’était très bien et désormais c’est encore mieux ! Le lendemain après midi, autour d’une petite table devant le bar de Chez ta mère je retrouve Lucien, ou plutôt Julien Malherbe, pour le petit échange prévu. Je démarre par une question d’une originalité folle lui demandant pourquoi Lucien la movaiz graine ? Il me répond : « Superbe cette question car j’ai la réponse ! Lucien fait référence à mon grand-père maternel, que je n’ai jamais connu, le musicien de la famille, en quelque sorte une légende. Et la mauvaise graine, du côté paternel, c’est le dérivatif de mon nom Malherbe, mauvaise herbe, devenue la mauvaise graine.» Dans l’entretien et dans les concerts j’aurai pu noter l’importance de la famille pour Julien. A ma question sur son parcours, sur comment on se retrouve avec un accordéon, une guitare puis à chanter devant les gens, là aussi il a la réponse : « C’est la vie ! ». Réponse juste mais qui cloue sur place un interviewer !

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Il détaille bien sûr : « J’écoutais beaucoup de musique quand j’étais enfant, ma mère nous « baignait » de chanson. J’ai commencé à la guitare, adolescent, à 15 16 ans, et 10 ans après je me suis mis à l’accordéon. C’était mieux qu’une guitare pour chanter dans la rue, ça a plus de volume. Mes premières chansons je les écrivais comme des lettres à des inconnus, des coups de gueule. Je ne voulais pas faire ça (comme métier).  Je voulais travailler dans le social. Je voulais être un super héros. Et la musique a toujours été là.» Ses thèmes traités rejoignent la préoccupation du social, de la société. Il me précise : « C’est de l’observation, mon observation du quotidien, des gens autour de moi, de ce que j’ai vécu. Je balance une chanson à texte, comme une manière de communiquer, de discuter : je vois ça comme ça et vous, c’est comment de votre côté ? » Sur la cohabitation de textes noirs et forts avec une dimension plus joyeuse avec les personnages et déguisements d’Yvette et de Dark Lucien il m’apporte une confirmation. « Oui des textes plutôt pas marrants, chantés d’une certaine manière, ils pouvaient être plombants pour les auditeurs. Alors on les fait passer par la mise en scène, par les personnages. Ce qui m’intéresse c’est toucher sur des choses simples, la relation avec les gens. Je chante ce que je connais, ce que j’ai vécu ou entendu. Le but c’est de se faire du bien à soi, de faire plaisir à l’auditoire. Que les gens, à la fin du spectacle, soient émus et se sentent bien même s’ils ont entendu des textes pas forcément rigolos. »

Photo Michel Gallas

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Je l’interroge sur une nouvelle chanson Gagne pain qui clôt le concert : « C’est une volonté de terminer sur du plus léger avec un refrain positif …  car la vie est dure parfois. »  Puis j’aborde le concert en solo et j’apprends que j’ai assisté à la première il y a un an et demi. Il précise : « C’est autre chose de faire une représentation acoustique, intime, sans micro, sans rien. C’est un autre travail. Peut-être qu’on entend mieux les chansons. Le solo raconte mon histoire un peu romancée. Il reprend les chansons dans l’ordre chronologique de création, en les replaçant dans les moments de ma vie. Je lui demande d’où vient le goût des déguisements, s’il a appris la comédie ? « Non, je fais le clown. J’ai eu des moments où j’étais extraverti, dans mon passé. Et sur scène je peux le faire, sans paraître fou. Ici c’est permis.» Et quant à mon interrogation sur la réalité d’une étape punk évoquée dans le solo il me répond : « Oui c’est celle où j’étais extraverti. C’était du délire, un moment compliqué. Cela correspond à des chansons que j’ai faites, des moments de ma vie .» Il conclut l’échange sur les concerts par «L’idée c’est de garder les deux spectaclesDeux spectacles qui sont ensemble, sous le même nom d’artiste, mais vraiment différents. Et ce soir c’est la première fois où j’enchaîne les deux. »

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Je possède deux EP, acquis lors de précédents concerts, «sortis» en 2011, plutôt artisanaux, avec le nom de l’artiste au feutre sur le CD. Le gain d’un prix lors du tremplin In-dependances a permis à Julien d’ajouter la chanson Heureusement, de remastériser et rééditer le mini-album 6 titres, en trio, Blablabla…. Je suis intrigué par le choix de faire le prochain EP sur un personnage.  Il m’informe, souriant, en parlant de lui à la troisième personne : « Ce sera Yvette. On a récolté de l’argent pour elle par un financement participatif sur internet. On fignole pour sortir vers fin Novembre un cinq titres boosté, avec des surprises. Yvette, c’est notre mascotte. Au début elle avait une chanson dans le spectacle. Puis une seconde. On n’a encore aucun enregistrement d’elle. Alors je lui ai proposé, et elle accepté, ravie. » Quand je lui fais remarquer que même si, en concert, le personnage est le plus joyeux, sa seconde chanson, semble plus triste, il me confirme « eh oui, on est toujours rattrapé par la vie, par la réalité.» Et après cet EP ? « L’idée ensuite c’est  de faire un album. De poser certains titres. Dans mes profondes envies, c’est d’avoir de nouvelles compositions, un répertoire. »

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Comme d’habitude, je demande à l’artiste interviewé ce qu’il écoute en chanson francophone. Lucien me réplique : « Ces derniers mois j’ai écouté Pauline Croze, Bernard Lavilliers, Serge Gainsbourg, je découvrais Jonasz. Avant j’ai beaucoup écouté les classiques : Brassens, Brel. Et Nana Mouskouri (et il fredonne « Quand tu chantes, ça va. »). J’écoute beaucoup de musique du monde, des instrumentaux.» Et cela s’entend dans sa musique, dans la volonté de donner une couleur différente à chaque morceau.

Durant cet entretien j’ai découvert une personne attachante avec de l’humour, du naturel, de la réserve et de la gentillesse. A ma toute dernière question lui demandant ce qu’il a envie de dire pour finir il répond, une heure avant son concert solo : « J’espère que l’on va passer une bonne soirée ». Espoir concrétisé : avec le solo j’ai passé une superbe soirée, comme la veille, mais dans un contexte différent.

Photo Michel Gallas

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Le dimanche soir, beaucoup moins de monde que pour le quartet, la veille. Les absents ont eu tort (formule bateau mais ici bien adaptée), vraiment. Un solo en acoustique. Entre chanson et théâtre. Un spectacle absolument différent même si cinq chansons sont communes. On sentait dans la prestation en groupe que Lucien aime raconter des histoires et se déguiser. Et là, il vient raconter une histoire, sa propre histoire. Le côté théâtral est accentué par le décor : un abri tente constitué par deux étuis de guitare, un coffre, un guéridon avec verres d’eau et de vin et, comme la veille le paravent. Il démarre le concert en jouant le rôle du gamin et en nous présentant son doudou ; il le finit sur sa situation d’homme chanteur d’aujourd’hui, (avec son doudou toujours bien visible sur le paravent). Tour à tour on verra l’ado qui s’essaie à la guitare électrique et au rock en écrivant ses chansons sur un cahier, puis le jeune punk, et ensuite le jeune adulte qui essaie de travailler. On ressent la difficulté de vivre illustrée par une tentative de suicide. Il parle de lui bien sûr mais cela nous parle. Qui n’a pas eu un parcours difficile et sinueux pour, plus tard, trouver son chemin, sa voie (voix ?).

Photo Michel Gallas

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Son T-shirt noir avec l’inscription La vie est belle semble à la fois une marque d’ironie mais aussi d’espoir. Puis Yvette vient faire un nouveau passage. Il profite de l’absence de micro pour venir se promener dans le public, obtenir quelques baisemains, toucher quelques chevelures.

La fin du concert est plus gaie, porteuse d’espoir. Lucien nous revient avec le personnage du troubadour et semble avoir trouvé sa voie en tant que chanteur et artiste. Il nous livre La chanson comme un refuge, une bouée de sauvetage : « Une chanson comme compagnon, qui dans les mauvais moments, Te réconforte, te répond, juste en la fredonnant. Une chanson comme amie, qui te comprend te sourit, Sans te poser de question, elle t’aime qu’importe ta saison. Une chanson comme épaule, lors de ta plus belle gamelle, Elle t’accueille comme un matelas et tu tombes dans ces bras. » Puis il termine avec L’armée des airs, sur le rôle essentiel des saltimbanques : « Connais-tu l’armée des airs, plus belle armée de cette terre, Chanteurs, danseurs, musiciens, qui font pleurer leurs adversaires ? … Pour mettre fin à la bataille, ils arrosent les villes de bals, Pas une goutte de sang versée, juste des notes à la volée. »

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Et en rappel, note d’espoir, sur C’est aujourd’hui optimiste et volontariste « C’est aujourd’hui que je veux vivre et pas demain, Être libre, aventures, voir du chemin … Je veux rire, je veux chanter, je veux danser, A la recherche de l’équilibre, évoluer. Déguster cette vie comme un fruit précieux, Être libre, être fort, je suis un amoureux.» Un solo émouvant et prenant. Un spectacle avec personnages et déguisements, un accordéon et quatre guitares. Une histoire d’humain qui se cherche longtemps, dans la difficulté puis se trouve.

De l’émotion, de l’authenticité, une belle voix : un artiste original et talentueux avec deux spectacles différents et très réussis. A toi Hexagonaute de le découvrir en groupe ou en solo ou encore mieux dans ses deux formules. Bien sûr je te tiendrai au courant de ses dates de concerts (et je t’ai mis les toutes prochaines juste ci-dessous).


Lucien la movaiz graine le 05 septembre en quartet et le 06 septembre en solo  Chez Ta Mère (Toulouse, 31) .

Hé tu te rappelles : un clic sur le nom de l’artiste ou du lien et hop tu es sur le site, un clic sur la photo et elle s’agrandit !

Prochain concert : Hexagonaute parisien c’est pour toi le 9 Octobre en trio à La Bellevilloise (75, Paris).

Ensuite une petite tournée, en quartet, dans les pays de la Loire : 13 novembre à Auberge du Layon (49, Rablay-Sur-Layon), le 14 à l’Assoc’ Krizambert (44, Petit-Mars) et le 15 novembre Les Renc’Art Chapellois (44, La Chapelle-Saint-Sauveur)

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mick.hexagone@gmail.com

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