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Frédo chante Renaud. Hommage ou dessert ?

Frédo chante Renaud. Hommage ou dessert ?

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Salut Hexagonaute ! Tu vas te dire qu’on charrie un peu méchamment sur Hexagone et qu’on se recycle pas des masses, je présume. T’as raison mon pote, on t’a causé de Frédo chante Renaud il n’y a pas si longtemps que ça. Même que c’était à Cergy et tout ça. Tu crois que j’ai Alzheimer ou quoi ? Mais l’autre jour, à Cergy, c’était Aurélie qui s’y est collée. Là, c’est moi que j’y étais à TaParole pour voir le Frédo !

Ouais, je ne pouvais pas ne rien dire. En d’autres mots, je devais en parler. Même juste quelques lignes. Renaud ici, dans ces colonnes à chansons, tu sais ce que ça veut dire hein ? « Hexagone » comme nom, ça tombe pas du ciel si tu te rappelles ? Les soirées qu’on fait à la maison, elles s’appellent « Deuxième Génération » aussi, tu crois qu’on a pris deux mots au pif dans le dico toi ? Ben non, notre culture chanson revendiquée poing levé à la vie à la mort, elle vient de ce gavroche de la Porte d’O, bien Poulbot qu’il n’y paraît et qui a foutu la façon d’écrire des chansons en vrac il y a une quarantaine d’années. Avec sa grosse sulfateuse, il a dézingué la chanson à papa et il y a fait entrer sa gonzesse, sa gosse, sa mobylette dedans. Et plein de gens connus aussi, comme le ferait un reporter sans frontière qui se fixerait quand même celles de l’exigence et du style ! Alors, mon pote, quand il se passe un truc qui a de la gueule autour de son oeuvre à cézigue, Hexagone répond toujours présent.

Photo David Desreumaux

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Parce que  mon Hexagonaute, toi qui étais bien planqué dans ta tanière hier soir, tu n’as pas vu ce que Frédo, accompagné à l’accordéon par Alex Leitao, a fait du répertoire du gringalet. Tu sais que Renaud est tombé dans le domaine public depuis la fin de sa carrière et qu’il est de bon ton aujourd’hui de le reprendre, comme une pièce du patrimoine. Ca fait mal au cul de voir des décérébrées interpréter des chansons sans les comprendre mais c’est comme ça. On en a pris l’habitude. Aujourd’hui, tout le monde se revendique du chanteur énervant, se souvient avoir grandi avec ses chansons, c’est bizarre je dois avoir la mémoire qui flanche mais je ne me souviens pas d’une telle unanimité si mièvre et sirupeuse au début des années 80. Mais ça remonte et j’ai dû embellir la chose dans mon souvenir… N’empêche que quand un garçon comme Frédo, qui n’a plus rien à prouver artistiquement, se colle aux morceaux de l’idole de son enfance, il ne va pas croiser dans des eaux où tout le monde s’est baigné. Non, fichtre non ! Il ressort les morceaux phares, emblématiques pour toute une frange de sa génération, de ma génération.

Photo David Desreumaux

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Hier, c’est Société, tu m’auras pas, Banlieue rouge, La chanson du loubard, Rouge-gorge, Je suis une bande de jeunes, La jeune fille du métro, Etudiant poil aux dents, Buffalo Débile, J’ai raté télé-foot, Où c’est qu’j’ai mis mon flingue, etc. que Frédo a chantés. Autant de titres que pas mal des artistes présents sur les tributes de La Bande à Renaud n’ont certainement jamais entendus. Frédo aime Renaud, ça se voit, ça se sent, il a grandi avec lui en somme. Il le connaît comme sa poche. Ca sonne juste, il ne récite pas son texte à la virgule, il l’interprète, il habite ses chansons qui l’ont habité lui quand il était petiot. Il se démarque des intonations et des scansions à la Renaud, il s’approprie ces perles d’énergie, d’humour, de tendresse et de colère que personne n’a plus chantées sur scène depuis plus de trente ans pour certaines. Il réveille une part d’un répertoire sublime et fondateur, délaissé par son créateur même, pour le transmettre ou le rappeler à un public chaud comme de la braise. Plus qu’un hommage, c’est un dessert qu’il a servi au public !

Je vais jeter un pavé dans la mare Hexagonaute. Mais il faut bien que quelqu’un le fasse et qu’on arrête de jouer à se bander les yeux. Renaud a jeté l’éponge. Il ne reviendra pas chanter. C’est surement mieux comme ça et ne crois pas que j’en sois ravi. Ce mec a participé à la construction identitaire d’un paquet de personnes, a apporté de l’émotion lourde à des millions et j’en fais partie. Ca n’a pas de prix. Mais ouais, je pense que son retour est non seulement un leurre mais une fausse bonne idée. Il ne reviendra pas parce qu’il n’en a pas envie et parce qu’il n’en aura pas les capacités vocales notamment. Je crois plutôt que l’heure est à la transmission et à la relève. Plutôt que de réclamer à longueur de temps un retour de la Chetron Sauvage, peut-être serait-il plus malin de commencer par regarder ce qui existe à part Renaud et en profiter… Frédo est un parfait exemple d’une continuité digne et indéfectible de l’oeuvre de Renaud. Dans ses reprises bien sûr mais également dans tout ce qu’il a fait et mis en oeuvre avec Les Ogres de Barback qui ont fêté cette année leur 20 ans d’existence.

Photo David Desreumaux

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Hier soir, Frédo a ajouté quelques unes des chansons des Ogres à son tour de chant. C’est rentré comme papa dans maman. La filiation est parfaite. Voilà un gars qui a tout compris de Renaud et qui ne se soucie pas de prendre part au défilé des médecins au chevet du Renard. Il a gardé tout le meilleur. La vitalité, la jeunesse, l’énergie et l’humour. Absolument jouissif, en rien larmoyant, à peine l’arme à l’oeil sur Où c’est qu’j’ai mis mon flingue !


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hexagone.lemag@gmail.com

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