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jeudi, avril 15, 2021

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Volo, avec Frédo sans son frère

Les frères Volovitch, comme tout le monde sont confinés. Pas ensemble donc Frédo et Olivier, déjouant en cela leur belle habitude de donner les interviews en groupe, toujours frangins comme cochons. Pour l’occasion de la parution de leur nouvel album, Avec son frère, c’est Frédo qui se frotte aux questions d’Antoine D’Audigier. Des chansons toujours en prise sur le monde et l’actualité, sans oublier la part du coeur et des sentiments. On les aime pour ça les Volo, et pas qu’un peu !

Il se passe comment, votre confinement ?

Je vais parler pour moi mais, avec mon frangin que j’ai tous les jours au téléphone, on n’est pas loin de vivre la même chose. On n’accuse pas le coup. Tout le spectacle vivant est à l’arrêt et on sait bien qu’il n’y a pas que chez nous : le tourisme, la restauration, l’hôtellerie ou l’aviation… On fait partie d’un pan de l’économie qui ne peut plus travailler. On est bien conscients que le problème est à prendre dans sa globalité, beaucoup plus grave que notre petit cas perso qui va devenir important de toute façon. Il y a énormément de structures qui avaient investi, qui avaient fait des productions et qui se retrouvent avec des trésoreries à zéro. Y’a plus rien qui rentre.

Volo
©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

C’est ironique de se retrouver sur le label At(h)ome en période de confinement…

La vache, t’es bon, toi. On n’en a même pas parlé avec le label ni le frangin. On sait bien qu’on est partis, à mon avis, pour un long moment. Je ne crois pas du tout à début mai (l’interview a eu lieu le 2 avril, ndlr), j’ai de gros questionnements sur comment on déconfine sérieusement sans tester. Et si on teste, ça va vraiment mettre du temps . Et les grosses questions d’après : essayer d’utiliser cette catastrophe sanitaire et cet écroulement économique pour redistribuer les cartes. On savait que le système dans lequel on était nous menait droit dans le mur. Faut trouver des courants qui se feront entendre pour défendre nos valeurs, refaire des sociétés autour de l’humain, d’une économie responsable de l’environnement. Ensuite, il va falloir ramener des chaînes de production qui sont pour l’instant basées à l’autre bout du monde sur un principe main d’œuvre moins chère. Sauf qu’à l’autre bout du monde, quand ça bosse plus, t’as plus rien.

J’ai un petit peu l’espoir de réussir à amener mes adversaires – en l’occurrence, les néo-libéraux, les conservateurs, les dominants qui ont bien profité du système d’avant – à les faire venir avec nous dans le sens où ils ne seront pas vexés à cause de sales gauchistes. Ils pourront dire : « C’est à cause du coronavirus qu’on change d’avis, pas à cause de vos théories sur le partage des richesses. » C’est quand même une crise sanitaire où tout le monde est touché. C’est pas parce que t’es millionnaire ou milliardaire que ton gamin ne va pas l’avoir.

En termes d’aperçu pour le changement climatique, l’idée c’est qu’on est quand même tous dans la même merde.

C’est moche. C’est violent. Il faut plusieurs jours à se pincer en se réveillant le matin avec les gamins en se disant : « C’est vraiment ça le monde dans lequel on bascule ? C’est vraiment un monde où on est chez nous ? Si on croise quelqu’un, on change de trottoir ? » On se dit que ce n’est pas pour toute notre vie, qu’on va s’en sortir. Après, les spécialistes en épidémiologie nous expliquent qu’un virus, ça mute, ça revient. J’ai envie de vivre au jour le jour, en solidarité, en écoute, en respect des consignes, on espère se faire entendre.

Quand tu dis se faire entendre, au-delà des chansons – comme par exemple Je me demande quand sur le dernier album – tu agis à côté ?

J’ai une vie militante qui n’est pas réduite à rien mais de là à le dire dans une interview… Je fais mon job, je suis syndiqué à la CGT spectacle, je fais mes manifs, je fais mes actions. J’ai des copains qui sont beaucoup plus investis dans les mouvements de réflexion que moi.

Quand je n’étais que jeune auditeur, je remettais peu en question les textes des artistes que j’écoutais, ce qui m’a fait naturellement pencher vers des valeurs de gauche, écolo, contre les pesticides et le nucléaire.Ce n’est que bien après que j’ai plongé dans ce qu’en disait la science et constaté des divergences. Comment tu abordes ce militantisme en tant qu’artiste ?

Le principe de base, c’est que je fais les chansons que j’ai envie d’écouter. J’ai pas envie d’écrire pour un public seulement pour le garder. J’ai besoin d’aller plus loin que du mielleux. J’ai envie d’interroger les causes et d’aller sur certains terrains. Je m’alimente grâce à des intellectuels, des romanciers, des hommes politiques, des chercheurs, des scientifiques… Des fois, quand j’apprends quelque chose que je trouve très important, si j’arrive à le mettre dans une chanson, je suis content. Le contre-exemple, dans Je me demande quand même, c’est mon petit couplet pour dire tout le soutien qu’on peut se permettre de donner à la Palestine, à Gaza contre la politique de Netanyahu.  Ça fait une petite strophe où personne ne va se dire : « De quoi il parle, Fredo ? », ça va pas plus loin que ça mais ça nous fait plaisir d’en reparler. Mais le petit couplet où on explique que, dans le calcul du PIB, nos élites avaient trouvé intéressant de rajouter le trafic de drogue pour ne pas dépasser les 3% de déficit, je trouve ça moins entendu. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de gens qui sont au courant de ça. S’ils le sont, c’est bien, ils feront : « Ah, c’est cool, Volo en parle » et s’ils ne le sont pas, j’espère qu’ils feront : « Mais de quoi ils parlent, Volo, pourquoi ils racontent ça ? Qu’est-ce que ça veut dire ? »

Volo (Olivier)
©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

On n’est pas toujours dans la finesse. Sur nos albums précédents on avait notre chanson sur les capitaines d’industrie qui détiennent 99% des médias en France. Et ça c’était suite à différents boulots de Pierre Carles, Les Nouveaux Chiens de Garde d’Halimi, de plein de gens qui bossent dessusNotre patron de label de l’époque – qui n’est plus le même, ce n’était pas At(h)ome – nous avait dit : « C’est un peu mégalo. » Premièrement, je lui ai dit : « Ben oui, j’ai 2″30 », puis je me suis défendu en disant : « C’est vérifié ce que je raconte. Tu peux chercher, tu verras que je me trompe pas. » Mais, oui, ce n’est pas un bouquin que j’écris, c’est un peu coup de poing. Il y a des choses, ça fait du bien de les dire telles quelles. Notre seule limite, c’est de ne pas tomber dans la facilité et puis d’essayer de faire avancer le débat ou la réflexion. Ne pas dire de conneries, aussi. Surtout ne pas dire de conneries.

Vous êtes un des rares groupes à employer les acronymes qu’on entend dans la vie quotidienne, les GAFA, le SMIC, le Medef… Il y a une volonté de dépeindre un réel précis, temporalisé ?

Oui. Pour la blague, je te dirai que j’ai mon fils aîné de 17 ans qui est en terminale ES, en éco – d’ailleurs, il n’a pas encore compris qu’il n’aurait pas de bac cette année. Je l’aidais sur une copie et je lui dis : « Ça va, tu vois ce que c’est, le SMIC ? » Il me fait : « Ben oui, c’est comme dans votre chanson avec tonton Olive. » Après, ce ne sont pas quatorze chansons sur quatorze qui vont faire référence à des termes d’un quotidien social, économique, administratif…

Souvent, on les reconnaît, il y a un rythme plus agressif, plus d’attaque. On reconnaît la chanson politique de l’album. Même si tout est politique.

C’est pas tout ça mais quand est-ce qu’on baise, c’est pas très politique…

En revanche, ça rentre dans une thématique, avec Histoire sympa, Depuis quand, Avant l’amour, il y a une sorte de romantisme adultérin. Est-ce que l’adultère romantique est un genre que Volo revendique ?

L’adultère romantique, oh la la… Faudrait que je sache ce que ça veut dire. Par contre, c’est vrai que ce ne sera pas la première et ce ne sera pas la dernière chanson qui parle de l’adultère parce que c’est chouette que ça existe. On a le droit, on n’est pas lapidé, on n’est pas assassiné pour ça. La vie de couple nous intéresse vachement, et une fois que tu traites la vie de couple, eh ben il y a des moments où dans la vie de couple, ça ne va pas bien et il y a des moments où on est content d’avoir quelqu’un d’autre. C’est un bon axe, je pourrais faire une chanson sur ces fois-là. On verra.

Mais à la base, ta question, c’est d’inscrire ça dans un temps présent. La réalité sociale ou les termes en tant que tels : oui, tant pis si ça ne veut plus rien dire. Il y a des chansons comme ça qu’on a chantées à des périodes et qui sont trop marquées et qu’on se voit plus chanter. La chanson sur la régulation des marchés financiers qu’on avait faite en 2009, Allez tous vous faire réguler, on nous l’a redemandée en 2015, 2016… Notre refrain faisait « Allez tous vous faire réguler, vous me faites rigoler quand je vous vois paniquer » en parlant des traders ou autres bourses mais, les années passant, on se disait avec le frangin qu’on n’avait plus trop envie de rigoler. Là, pour le coup, la crise était passée : deux millions d’Américains avaient perdu leur maison, le chômage était à 9%… Ça passait pour nous de le dire comme ça à l’époque mais il ne me font plus rigoler.

Il y a des chansons qui ne dépassent pas les 2/3 ans qui entourent sa création. Sauf Le Medef qui est encore là.

Volo (Frédo)
©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Et quand vous évoquez « une marche d’empereur », « les sanglots longs des violons » ou Joséphine de Bashung, des références qu’on comprend naturellement, il y a une volonté de définir un socle commun à tous, une façon de chercher des choses qui nous unissent ?

Sur ces chansons écrites par mon frère, je ne suis pas sûr que c’est ça qui l’ait motivé, je ne peux pas répondre à sa place. Mais d’une manière générale, oui, on n’a pas l’impression que ce qu’on vit – mon frère, moi ou les gens qui sont autour de nous – soit particulièrement original, fabuleux ou dingue à raconter dans une chanson. Ce qui nous plaît, c’est de raconter ce qu’on peut ressortir de tel ou tel événement et ce qui nous fait plaisir, c’est quand des gens nous disent : « Putain, j’ai l’impression que c’est ma vie » ou « Ça me fait penser à moi » ou « C’est comme ça que j’aurais voulu l’écrire ». On a les mêmes vies, on a ce petit passage sur Terre. Comment sublimer telle ou telle histoire, qui sont les histoires de tout le monde ? Les nôtres.

J’ai fait pleurer quelqu’un, il n’y a pas longtemps, en lui faisant écouter C’est pas grand c’qu’on vit. Et j’ai une confidence à te faire : il y a un moment où j’ai arrêté de vous écouter parce que justement ça commençait à ressembler beaucoup à ma vie. Et j’ai eu une espèce de peur de vivre la vie de n’importe qui, donc j’ai claqué la porte pour partir cinq ans autour du monde en stop. J’avais l’impression que la chanson française se mettait beaucoup à faire l’éloge de la normalité, du temps qui passe, des souvenirs. Comme si on devait se résigner à être simple, normal. Est-ce que vous êtes un médicament pour l’accepter, en voir la poésie ?

Super question. En tout cas, je te félicite parce qu’un tour du monde en stop, y’a pas grand monde qui l’a fait. C’est effectivement original, et pourquoi pas un bouquin, hein ? Quand on écrit une chanson, ce qu’on espère, c’est qu’on aura quelques complices. Dans l’album d’avant, je me suis marré, à 41 ans, d’écrire une chanson sur mon premier roulage de pelle à 14 ans, derrière les autos tamponneuses à la campagne. Ça m’est arrivé à 14 ans mais jamais j’aurais pu écrire une chanson. Il faut une trentaine d’années avec du recul pour se regarder jeune ado et avoir toute la hauteur de vue pour replacer ça dans un contexte, un décor, une sensibilité : la fille, les copains, la vie de ce moment-là. Les parents étaient parisiens quand ils étaient adolescents, le côté fête de campagne/roulage de pelle derrière l’église, ce décor-là, ça ne leur a pas parlé en tant que tel mais la façon dont la chanson était amenée, ça, ça leur allait. Puis il y a des copains qui ont vécu la même chose que moi – les appareils dentaires, les langues, les roulages de palots – ça ne les a pas touchés à en pleurer mais ça les a fait marrer, ils s’en sont rappelé grâce à la chanson.

Il y a tellement de détails, on sent tellement les personnages qu’on se demande : est-ce qu’on est face au travail de gens qui arrivent très bien à retranscrire des scènes du quotidien ou est-ce à ce point autobiographique ? On a l’impression d’être complètement avec vous dans vos étapes de vos vies.

En plus on écrit beaucoup avec le je. Et si ce n’est pas notre étape à nous – parce que ça ne peut pas être ça tout le temps, heureusement – ce sont des histoires qui nous sont très proches, générationnelles.

On voit fleurir le phénomène des concerts confinés. Vous, vous vous y êtes mis en alternance avec Olivier. Comment tu les vis ?

Moi, c’est la première fois que je le fais. J’aurais jamais eu cette idée-là avant qu’on rentre dans ce type de nouvelle vie. Avec une demande d’une partie de notre public qui est venu nous écrire en nous demandant : « Quand est-ce que vous faites ça ? ». La culture, c’est dans ces moments-là aussi, voire encore plus, que c’est important et qu’on peut réellement être dans la relation. On va voir, tant qu’il y aura un peu de monde, on va faire ça. Ça nous permet de dire : « C’est chouette, je ne sers pas à rien. »

Volo
©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Le confinement a eu quel effet sur votre nouvel album ? En termes de timing, ç’aurait difficilement pu être pire. À part pour votre chanson Je me demande quand qui parle de la prochaine crise financière et, ça y est.

Elle est déjà dépassée la chanson. En plus, vu le principe de cette chanson catalogue, j’ai dans mes notes des tentatives de strophes sur la pandémie. Et, au bout du compte, dans mon écriture, j’étais là : « Putain, ça va être trop glauque, mon sujet de merde avec le refrain… On va quand même alléger, j’ai qu’à mettre le Qatar et la coupe du monde, c’est plus drôle que la pandémie. » C’est un fou rire pour nous, parce qu’on se revoit en réunion en septembre dernier avec notre label et notre éditeur à pointer du doigt le 13 mars comme bonne journée pour sortir un album. Les questions qu’on se posait c’était : « Ce sera en plein dans les municipales, est-ce que dans les médias, ça marchera ou pas ? », puis on s’est dit : « On s’en fout, il y aura toujours des gens pour parler de culture pendant les élections. » Personne autour de la table n’a levé la main pour dire : « Et s’il y a une pandémie ? »

Là, j’espère qu’on va s’en souvenir si on se sort de cette histoire. Maintenant qu’on est dedans, je découvre que c’est complètement normal que ça arrive parce que ça arrive tout le temps. Pourquoi on était aussi mal préparés ? Et moi le premier, hein. Pourquoi je n’’ai jamais interrogé les hommes politiques : « OK, c’est sympa de parler de la lutte contre le chômage mais en cas de pandémie, tu as prévu quoi ? » Je me mets à la place des épidémiologistes qui, eux, chacun dans leur coin devaient se dire : « C’est bizarre qu’on soit aussi peu prêts. Ça va arriver, ça arrive, et ils parlent des JO, eux ? »

En novembre, je suis allé voir Les Wriggles, dont tu ne fais plus partie, en concert. Le titre de votre album, Avec son frère, a un double sens évident : votre chanson parle des migrants mais sur la pochette, on vous voit front contre front. Est-ce que c’est une façon aussi de dire : « Maintenant, ma place est là, avec Olivier. » ?

Ah, marrant. Pas du tout, quand on a arrêté les Wriggles, on n’était plus que trois, c’était en 2009. Les Wriggles n’existaient plus. J’avais déjà la chance de pouvoir faire Volo sur les quatre années qui ont précédé. Et après, je suis avec le frangin, et avec les Wriggles, pour moi c’était fini, enterré, au revoir. Une dizaine d’années plus tard, trois des anciens camarades nous rappellent : « Nous on voudrait le remonter, est-ce que vous en faites partie ? » Moi, la question ne s’est pas posée, c’était non. C’était un univers que j’avais laissé, j’avais fait ce que j’avais à y faire. Ils font bien ce qu’ils veulent, on en a discuté, j’ai un peu écrit pour eux, on s’est reparlé un peu. Je ne suis pas en réponse avec ce que les Wriggles ont reconstruit. Je continue ma vie avec le frangin. Une contrainte qu’on a avec le frangin pour trouver le titre d’un album c’est qu’il faut que ce soit le titre d’une chanson qui compose notre album. Pour le dernier album, c’était Chanson française. Pour nous, ça tombait bien, parce c’est ce qu’on fait, de la chanson française.

Propos recueillis par Antoine d’Audigier


Lili Cros & Thierry Chazelle, le concert confiné

Depuis le début du confinement, le 17 mars 2020, Lili Cros et Thierry Chazelle ont enregistré une chanson par jour. Retrouvez l’intégralité des morceaux en suivant ce lien.

 

Grille de mots croisés, spéciale chanson – par Jean-François Grandin

Notre confrère, ami et tout comme Hexagone récipiendaire du Prix Jacques-Douai, Jean-François Grandin, chef cuisto multi étoilé du Temps ne fait rien à l’affaire sur Marmite FM (88.4 FM), offre à nos lecteurs cette grille de mots croisés thématisée autour de la chanson.

Que vos cellules grises se mettent à l’oeuvre, n’hésitez pas à nous faire parvenir vos copies (hexagone.lemag@gmail.com), nous les ferons corriger par Jean-François !

Bon courage !


HORIZONTALEMENT

 

1.      Vedette du cyclisme breton chantée par le 21

3.   Le 20 préféra le décliner

7.   La Boîte des Lévi-Alvarès, où l’on trouvait Jacques Douai,  Jacques Bertin, Francesca Solleville et beaucoup d’autres

10. Le 27 a parlé à ses gens que, de toute façon, il côtoie  quotidiennement

11. Silly dans le civil

14. Marianne peut-être, ou alors les temps de Brel ou encore le prix (mais en francs !) de la vache de Jean Poiret

15. Et dire qu’il y aura 40 ans l’année prochaine qu’il a cassé sa pipe !

18. C’est finalement la Justice qu’il choisit chez le précédent

19. Son grand-père Campolonghi ne laissait jamais trop cuire ses nouilles. Enfin, d’après le 9

21. Fut d’abord dromadaire, en tout cas avant 1977 (2 mots)

23. Avait du nez en se lançant dans la chanson (2 mots)

27. Annonce chaque année, mais en 30, son Prix avec sa phrase (2 mots)

28. Comme les oncles chez Tonton

29. Pierre-Jean ? François ?

30. N’eut pourtant pas la pêche que dans son seul succès ! (2 mots)

31. Hollandais révélé en France par une chanson sur la Belgique (2 mots)

32. Sacré chez le précédent

37. C’est en 68 qu’a jailli sa Source

38. Chante avec des crayons

39. Tel le système de Laurent Voulzy

41. Urbain et Joyeux

42. C’est Fugain qui avait le plus gros

43. Duo Bourvil – Jacqueline Maillan

44. Chez sa mère, c’est tout petit.

46. Tel le trombone de Gainsbourg

47. Un téléfilm de 1967 qui fut tourné sous le soleil. Exactement.

49. Avaient, chez Le Forestier, les mêmes yeux mal ouverts dans les mêmes matins d’hiver

54. Comme le côté de l’Empire pour IAM

57. C’est celui de 68 que le 17 a chanté

58. Chantée par Jean-Michel Caradec, après Jacques Brel ou Serge Lama

62. Alors, Serge et Guy, la chanson : majeur ou mineur ?

65. Un pote à Montand et à Mouloudji

68. Pour rendre ton homme amoureux, à en croire le 8

71. Une pianiste qui accompagna le 30 (initiales)

72. N’rol ?

73. ACI quelque part entre mer et Thau

75. Mademoiselle Hortensia (initiales)

 

VERTICALEMENT

1.      Fut écrit par le 8 pour le 13.

2.      Le 15 n’en a chanté qu’une, le 20, toutes

4.      Reconnaissons que le 17 ne s’est jamais adressé à lui qu’assez grossièrement

5.      Sut attirer l’attention d’un large public sur les difficultés rencontrées par certaines gens de maison au service du clergé (2 mots)

6.      La Mimi se Saint-Julien (2 mots)

7.      A entendre son (vrai) nom, on eût pu craindre qu’elle bramât. Finalement, il n’en fut rien.

8.      « Quoi ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? » Lui aussi aurait pu chanter ça.

9.      Les deux ailes à son prénom l’ont-elles emporté rejoindre Gagarine ?

12. D’après ce qu’on en dit chez le 6, tendraient plutôt vers le vert au fond de la Durance.

13. Sonna les cloches avec 9 garçons

16. La météo y est assez exécrable chez le 7

17. A son Forum en 94 (2 mots)

20. Ne fut vraiment abbé qu’à ses débuts. Et encore !

22. Se comptaient par cent mille chez le 11

24. N’écrivit pas son seul succès avec la main droite

25. Pourtant, que la moustache est belle !

26. Et elle chante encore ? (2 mots)

33. Martiennes chez le 8

34. Voulait faire son nid à Montmertre

35. Un solo de batterie pouvait le conduire à la béatitude

36. Est tombée chez Adamo, Nougaro ou Laffaille

40. Trouvé dans le sable, dans une chanson de Reggiani

42. Il en est un dans lequel Alain Souchon se serait bien vu premier sabot. Voire dentelle première.

43. Etait, avec les siens, censé tisser le linceul du vieux monde

45. Pour le 17, aucun doute : ça l’est !

48. On y entendit du jazz chez Gainsbourg

50. Gallinacé poitevin pendulophile

51. C’est celle de Lyon que le 7 a chantée

52. Son cœur battant vient de s’arrêter

53. Comme le Circus de Luce

55. Fait comme le meunier de la chanson

56. Chez Gilbert Laffaille, les rues y sont vides et les maisons vieilles

59. Blanches chez Berthe

60. Le 17 en a chanté les fleurs

63. Ce co-fondateur du Cheval d’or chanta en duo avec Henri Serre

64. Ce soir, c’est lui qui faisait la fille en 2007

66. Ex de Jane Birkin

67. Blanc chez Lina Margy, gris chez Gilles Elbaz, Rouge chez Debronckart. Brassens, lui, ne s’est pas prononcé.

69. Fait moins souvent la parade en chansons

70. Souchon le conseille plutôt en l’air

74. Du bon son pour un tube des Stones

76. Comme un néon chez le 35 ou une fourmi chez Michel Jonasz.

 

 


Aragon, l’alter Hugo – Florent Marchet & Patrick Mille

Florent Marchet et Patrick Mille sont amis de longue date. Le premier œuvrant dans la chanson, le second dans le cinéma, leur collaboration s’amorce en 2016 avec Going to Brazil, un long métrage de Patrick, qui fait alors appel à Florent pour la bande originale. Puis ils seront à nouveau réunis à la Maison de la Poésie à Paris par l’entremise d’Olivier Chaudenson et Arnaud Cathrine. Après y avoir présenté en 2017 Relire Reverdy, Florent Marchet et Patrick Mille créent l’année suivante un second volet de ce qui pourrait devenir une série. Relire Aragon a déjà été donné à plusieurs reprises, notamment aux Bains-Douches à Lignières et à la Fête de l’Huma cette année (l’édition ne s’est pas encore déroulée à l’heure où nous imprimons ce numéro), et sera repris du 6 octobre au 4 novembre 2019 les dimanches et lundis au théâtre de la Gaîté-Montparnasse. Entretien avec deux passionnés de poésie, plus particulièrement celle de Louis Aragon.

 

Patrick Mille
©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Pourriez-vous nous raconter comment vous vous êtes rencontrés l’un et l’autre ?

Florent : C’est une vieille histoire puisque nous nous sommes rencontrés chez un ami commun, Frédéric Lo, qui travaillait avec Daniel Darc. À cette époque nous sortions beaucoup tous les trois, nous festoyions beaucoup et cela se terminait toujours tard, par des chansons.

Patrick : C’était il y a dix-huit ans. Nous étions célibataires, n’avions ni vie de famille, ni enfants, ce qui faisait de nous des gens enclins à sortir.

Florent : J’ai toujours su que Patrick était un passionné de chanson. Par la suite, chacun a fait sa vie et nous nous sommes retrouvés il y a sept ans.

Patrick : A l’époque, je sortais mon premier film, Mauvaise fille. Tu m’avais envoyé une jolie carte postale. Naturellement, je suis allé voir Florent en concert pour l’album Bambi galaxy et j’avais eu précédemment un grand choc scénique au moment de Gargilesse puis de Rio baril. De mon côté, je préparais mon deuxième film, Going to Brazil, et c’est à ce moment-là que j’ai eu l’idée de confier à Florent la bande originale du film. Nous avons donc commencé à travailler ensemble. Il se trouve que j’ai aussi fréquenté La Maison de la Poésie.

Florent : J’y donnais à l’époque beaucoup de lectures musicales consacrées à des auteurs qui avaient une actualité littéraire, et Patrick assistait à ces lectures. Il m’avait fait la réflexion que l’endroit s’appelait La Maison de la Poésie mais qu’il n’y avait pas de poésie…

Patrick : Olivier Chaudenson, son directeur, m’a mis au défi de proposer quelque chose. Nous avons commencé à réfléchir, et Arnaud Cathrine nous a suggéré Pierre Reverdy. À ce moment, la notion de « relire » a pris tout son sens. Cela nous donnait l’occasion de redécouvrir un poète un peu oublié. Ce premier spectacle ayant bien marché, il nous a été proposé d’en créer d’autres, comme une sorte de cycle. Comme j’adore Aragon, je l’ai proposé en second.

Florent : C’est certainement mon poète préféré. Je n’aurais pas forcément osé le mettre en musique parce que je reste très attaché aux versions existantes, notamment de Ferré. Ce n’est pas évident de prendre la suite…

 

Que ce soit du côté d’Aragon ou de Ferré, il y a des aficionados, on est attendu au tournant.

Florent : Pas tant que cela parce que notre mission est celle de relire.

Patrick : C’est-à-dire de faire découvrir d’une manière nouvelle une poésie très connue, celle d’Aragon. Un monument en littérature et en poésie, au même titre qu’Hugo. Mais pour Aragon il manque le théâtre. C’est souvent ce qu’il disait lorsqu’on le comparaît à Hugo. L’œuvre est énorme, et plus encore l’œuvre poétique parce qu’elle est populaire : je pense que Ferrat chante Aragon [NDLR : 1971] a été un des albums les plus vendus. C’est la même chose pour Ferré, chanter Aragon a fait son premier grand succès. Quant à Brassens, il est le premier à mettre en musique Aragon. Plutôt que d’avoir peur de passer après eux, je trouvais cela exaltant. Et j’avais toute confiance dans le travail de Florent. Nous nous sommes dit qu’il fallait reprendre certains tubes pour que les gens les écoutent différemment. C’était difficile y compris pour moi parce que j’ai été bercé par Ferrat. Son album et Les Marquises de Brel étaient les vinyles les plus usés à la maison. Le travail de Florent m’a fait redécouvrir Est-ce ainsi que les hommes vivent, Le vrai Zadjal d’en mourir ou Heureux celui qui meurt d’aimer.

Florent : Et nous avons découvert, chemin faisant, relisant l’œuvre d’Aragon, que des gens comme Ferré s’appropriaient aussi l’œuvre, la découpaient… Sans le respect qu’on pouvait imaginer.

 

C’est le cas pour Est-ce ainsi que les hommes vivent.

Patrick : C’est pour cela que nous-mêmes osons enlever telle ou telle strophe pour garder l’équilibre de telle chose chantée.

Florent : De la même manière que se comporte un chanteur avec un parolier, qui peut dire : « C’est très beau mais je trouve que ça alourdit la chanson. Je veux faire plus fort et plus court. » Ce qui est fréquent dans la pop.

Patrick : Les poètes, texte par lequel nous ouvrons le spectacle, a été chanté par Ferrat. Évidemment c’est totalement différent, car Ferrat a adapté le texte quand nous en faisons une lecture quasi intégrale. Aragon disait que sa poésie était faite pour être lue, pour être chantée. Pour vivre.

 

Pour goûter les mots, prendre la mesure de leur musicalité, il faut les dire à haute voix. » Florent Marchet

 

Florent : Ce qui lui a permis d’accéder à une notoriété populaire.

Patrick : Qui a dépassé sa notoriété d’écrivain et de poète de la résistance.

 

Pourriez-vous dire chacun ce que représente le fait de dire des poètes parallèlement aux autres activités que vous menez ? Auteur-compositeur-interprète pour Florent, comédien et réalisateur pour Patrick. Qu’est-ce que le spectacle littéraire vous apporte ?

Florent : La poésie se dit avant tout en même temps que cela se regarde. Pour goûter les mots, prendre la mesure de leur musicalité, il faut les dire à haute voix. Ce spectacle nous permet ce partage. Il m’arrive rarement de lire à haute voix un texte littéraire.

Patrick : C’est très juste. Pour moi, Racine est un des plus grands poètes français. Je dis poète et non écrivain ni dramaturge – ce mot est horrible. Racine est un poète car ses vers ne sont pas très intéressants à lire, mais les lire à haute voix, s’entendre les dire, les entendre, et tout d’un coup leur poésie, leur musique nous transpercent. Dire une poésie nous ouvre un monde.

Florent : Il y a, dans cette lecture, une dimension physique qui n’existe pas ailleurs. Nous ressentons physiquement les mots d’Aragon.

Patrick : C’est pour cela que j’essaie d’avoir le texte avec moi en scène. Et ne pas être uniquement dans le par cœur permet de se laisser porter par une émotion nouvelle même si, à certains moments, connaître un texte par cœur me permet d’accéder à quelque chose de plus physique. La relecture permet des variations, une redécouverte qui vient de la matière texte.

 

Florent Marchet
©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Parce qu’il y a aussi un jeu d’acteur. Nous avons parlé de l’origine de ce spectacle : Olivier Chaudenson, Arnaud Cathrine, la Maison de la Poésie, scène littéraire et musicale. L’hybridation entre musique, littérature et théâtre vous touche ?

Patrick : J’ai une grande fascination pour les chanteurs et musiciens. Pour moi, ils sont presque sacrés. Et dans ce spectacle, je ressens une émotion plus forte que celle que je ressens lorsque je joue au théâtre. Un certain rapport avec les mots, la musique. Florent est avec moi, nous transmettons ces textes que nous disons, qui nous transpercent. Et on les redécouvre avec les gens, et il y a de la musique… Et c’est quand même un spectacle.

Florent : Je trouve que la poésie, contrairement à la littérature, n’est pas immédiatement dans une démarche intellectuelle. Il m’arrive, lorsque je dois mettre en musique des textes, de ne pas vouloir forcément en extraire le sens.

 

Il s’agit de se laisser porter par l’émotion ?

Florent : Exactement. Et la poésie est faite pour être relue à diverses reprises. Il est beaucoup plus rare de relire un roman, même si cela arrive. C’est aussi pour cette raison que ce partage nous intéresse. On peut réécouter une chanson indéfiniment si on le désire.

Patrick : Je suis fier lorsque les gens à la fin du spectacle viennent nous demander où on peut trouver les textes. Et si des jeunes gens sortent en disant qu’ils veulent lire Aragon, c’est merveilleux.

 

C’est important justement cet aspect de transmission, cette dimension patrimoniale ? Qu’est-ce que Aragon et sa poésie racontent aux jeunes gens d’aujourd’hui ?

Florent : La poésie d’Aragon a une dimension intemporelle, ce qui n’est pas le cas de tous les poètes. J’ai l’impression qu’Aragon a toujours un coup d’avance dans ses réponses, un petit peu comme Gainsbourg. Ce n’est pas quelqu’un qui, au départ, trace juste un sillon en sachant ce qu’il veut écrire, sans chercher à imiter un style. Il a traversé différents courants, différentes époques. Il y a de fait quelque chose d’intemporel dans le regard qu’il porte sur le monde, dans son engagement. Nous avons aussi besoin de l’esprit de résistance qu’il véhicule. L’époque n’est plus la même mais il y a un engagement qui est tout autant nécessaire.

Patrick : Et puis de toute façon, il est un miroir et l’histoire se répète… Aragon est pour moi l’écrivain français le plus important du XXe siècle parce qu’il a tout connu et tout dit. Il ne s’appelle pas Louis Aragon en vérité, c’est un orphelin reconnaissant ses parents. Il n’a jamais prononcé le mot maman jusqu’à ses 19 ans ­– il pensait que sa mère était sa sœur ! Quand un homme vit cela, plus la guerre en tant que brancardier… Un autre grand écrivain français était aussi docteur, mais il n’avait pas les mêmes idées pendant la guerre. Aragon, lui, se retrouve enfoui par des obus, se croit mort, le raconte, revient, crée avec Tzara le dadaïsme. Mis au ban, ils inventent, avec Breton, le surréalisme. Ce n’est quand même pas rien que de nommer un mouvement le surréalisme ! Finalement, cet orphelin à la recherche d’une famille la trouvera dans le communisme. C’est un parcours édifiant.

 

Le communisme était peut-être son erreur ?

Patrick : Il a reconnu, à la fin de sa vie, que n’avoir pas pris en compte les crimes du stalinisme était une erreur. Sa fidélité au communisme est finalement la seule à laquelle il n’ait pas fait défaut, puisque Aragon a connu une autre vie après la mort d’Elsa.

Florent : Comme il en avait eu une en parallèle également du vivant d’Elsa.

 

Aragon est pour moi l’écrivain français le plus important du XXe siècle parce qu’il a tout connu et tout dit. » Patrick Mille

 

Patrick : Cet homme couvre le siècle, historiquement. C’est intéressant d’entendre sa voix. Il disait qu’il n’y a poésie que chronologique, de circonstance, et nous essayons d’en rendre compte. Qui vient assister au spectacle traverse le dadaïsme, la Première Guerre mondiale, le camp de Dachau, la libération de la France. Il traverse une histoire d’amour exceptionnelle, peut-être les plus beaux mots d’amour qu’ait eus un homme envers une femme. Il n’y a pas plus belle poésie d’amour que les poèmes d’Aragon pour Elsa.

Florent : Il y a là tellement de vie et de vérité de ce qu’est l’amour… C’est parce qu’il a approché la mort. Il a été blessé dans sa chair, il a vu pendant la guerre des images qui l’ont traumatisé. Après cela, on a souvent une rage de vivre énorme.

Patrick : La résistance peut aussi inspirer les jeunes. Ils sont touchés également par la problématique de l’amour, parce que Aragon démontre que l’amour n’est pas nunuche ! Il parle de jalousie, des autres hommes, du fantôme des autres…

Florent : Et de sa tentative de suicide par amour pour Nancy Cunard également…

Patrick : Poème à crier dans les ruines, « Tous deux crachons… » L’amour est rock et est aussi une résistance. Au départ, nous ne voulions pas retenir de poèmes communistes, puis nous sommes allés chez nos amis de la Maison Aragon et ils ont trouvé cela dommage que nous éludions cette partie de sa vie, nous qui avions à souhait de raconter tout l’homme. Je leur ai donné raison et nous avons ajouté un poème qui est à mon sens un miroir de ce que nous avons vécu les mois passés avec les Gilets jaunes : Réponse aux Jacobins, extrait d’Hourra l’Oural.

 

Aragon est souvent vu comme l’auteur rouge dont on se méfie. » Florent Marchet

 

Florent : Je crois que si, au départ, nous avons essayé d’éluder cet engagement communiste, c’est parce que nous ragions de nous dire que sa réputation, peut-être même sa postérité, avait été entachée par son engagement. Et que de ce fait, il n’avait pas la place qu’il méritait au panthéon des écrivains et des poètes. C’est le Victor Hugo du XXe siècle.

Patrick : Nous l’appelons « l’alter Hugo ». (Rires.) Aragon aurait dû avoir des obsèques nationales, tout le monde le voulait. Même les gens de droite l’ont réclamé à l’époque : François Nourrissier, Le Figaro, Jean d’Ormesson ! Le Parti communiste évidemment. Une seule personne a refusé, il était président de la République et s’appelait François Mitterrand. Allez comprendre pourquoi… Je pense que c’était dû à une grande jalousie envers l’écrivain qu’il était, et surtout il n’était pas très à l’aise avec ce qui s’était passé en 39-45… Je lancerai un appel lors de la promotion de ce spectacle en interpelant le président Macron, lui suggérant qu’il serait peut-être judicieux de reposer la question. Les dépouilles d’Elsa et Aragon sont très bien dans le jardin du Moulin de Villeneuve à Saint-Arnoult-en-Yvelines, mais peut-être mériteraient-t-il d’entrer au Panthéon ? Ils sont tous deux de grands résistants, et pas des résistants de la dernière minute.

 

Y a-t-il dans ce spectacle comme une volonté de réhabiliter Aragon ?

Florent : Oui. Il m’est arrivé souvent de parler d’Aragon autour de moi, y compris dans ma région. Il est souvent vu comme l’auteur rouge dont on se méfie, aussi parce qu’il était chanté par des gens associés au Parti communiste : Ferrat, Lavilliers, Francesca Solleville, Marc Ogeret.

 

Patrick Mille & Florent Marchet
©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Comment avez-vous envisagé la construction du spectacle ? Il fallait trouver un équilibre entre les engagements politique, communiste, esthétique, dadaïste et surréaliste d’Aragon.

Florent : Patrick a lu dans l’ordre les deux volumes de l’intégrale de ses poésies dans La Pléiade et nous nous sommes rendu compte qu’il s’agissait là d’un vrai journal de bord. D’où le parti pris de suivre la chronologie.

Patrick : « Si vous voulez me comprendre, lisez-moi. » Sa vie est intrinsèquement dans son œuvre, à travers ce fameux « mentir-vrai ». Cela nous fait passer par le dadaïsme, puis on fait un pas de côté chez Les poètes : Aragon n’est Aragon que parce qu’il y a eu Rimbaud, Marlowe, Verlaine… Il a une grande connaissance de ces poètes. C’est une panthéonisation : « Entrez dans mon antre et mon Louvre. Voici ma plaie et le Saint-Chrême. Voici mon chant que je découvre » (Absent de Paris). C’est ce que cela signifie. Tous ces poètes qu’il met en scène, qu’il explique, sont fondamentaux.

Florent : Aragon arrive dans les années cinquante, alors que la poésie n’a jamais autant été à la mode…

Patrick : Seghers alors a l’intelligence de faire paraître Poètes d’aujourd’hui.

Florent : Il n’était pas marginal à l’époque d’acheter et de lire de la poésie.

Patrick : C’est également une des raisons pour lesquelles nous montons ces spectacles : ici Aragon, d’autres poètes par la suite. Alors que la poésie est tombée en désuétude, et nous pensons que c’est dommage. Nous avons à cœur de faire entendre des poètes, d’autant que le peuple français a la chance de disposer des plus grands poètes dans le texte original : Baudelaire, Rimbaud, Verlaine… Que demander de plus ?

Florent : La poésie traduite est un non-sens.

Patrick : La poésie shakespearienne ne s’entend que dans le texte original, et Dante en italien. Après, on peut être sensible à l’action, mais ce n’est qu’une partie du génie.

Florent : On entre en poésie par la musicalité des mots, et comme le soulignait Bashung, on y reste pour le sens. Mais la porte d’entrée est le son.

 

Parlons du son justement. Dans ce spectacle figurent quelques poèmes mis en musique par Ferré ou Ferrat. Pour L’affiche rouge, vous avez conservé la musique. Pour les autres, Florent en a composé une nouvelle. Pour quelle raison ?

Florent : L’affiche rouge, comme Yesterday, est une de mes chansons préférées. Je l’écoute régulièrement et je n’ai pas réussi à l’user, ni à m’en lasser. A l’origine, nous avions envie de modifier toutes les musiques, mais pour L’affiche rouge, je n’ai pas souhaité le faire. Nous avons tout de même essayé d’amener une version différente, moins solennelle, plus intime que l’interprétation de Ferré, afin d’en proposer une relecture.

 

Le peuple français a la chance de disposer des plus grands poètes dans le texte original. » Patrick Mille

 

Florent, lorsque tu composes, travaillez-vous ensemble ?

Florent : Oui, c’est essentiel. C’est sa voix, sa sanction et son interprétation qui me guident. Composer de mon côté n’aurait pas de sens. On peut comparer cela aux musiques de film. J’ai composé ma première musique de film avant le tournage, mais j’ai dû recommencer le travail parce que lorsque j’ai visionné les images, elles différaient du décor mental qui m’avait inspiré en première instance.

 

Patrick, anticipes-tu ton interprétation ?

Patrick : Je fais souvent confiance à ma première lecture, d’instinct. Soit je me dirige vers une lecture plutôt intimiste, soit, au contraire, je vais être inspiré par une énergie plus rock.

Florent : Les interprétations se jouent également lors des répétitions, comme nous avons procédé pour le dernier texte. La scansion initiale débouche sur une rythmique.

Patrick : Et le morceau se construit dans le dialogue entre Florent et moi.

 

Nous l’avons dit, vous avez construit le spectacle de façon chronologique si bien qu’on traverse les différentes périodes d’Aragon. Selon vous, où Aragon est-il le plus touchant ?

Patrick : Lorsqu’il est le plus intime, le plus dénudé possible. Dans son amour pour Elsa, et ses jalousies. Lorsqu’il enlève le masque, c’est troublant. Lorsque je relis les textes d’Elsa, quand il dit qu’il pourrait tuer pour elle, je suis traversé d’émotions par cette vérité simple d’un amour absolu.

Florent : Et c’est ce qui est beau car c’est quelqu’un qui est beaucoup dans le contrôle, or ses poèmes désespérés, malheureux, font montre d’une sorte de lâcher-prise que j’apprécie. Il n’aurait fallu, au moment de son amour avec Nancy Cunard, c’est osé et poignant. Cette question est compliquée, car L’affiche rouge me touche énormément également.

 

Pensez-vous qu’Aragon est le poète le plus proche de l’écriture chanson ?

Patrick : Je pense que oui, la preuve en est : c’est le poète le plus chanté.

Florent : Il a une rigueur telle dans la versification que c’est assez simple de le mettre en musique. Les rimes sont complexes et riches, si bien que parfois on en oublie l’effet de rime. C’est un savoir-faire extraordinaire. Dans Les poètes, les rimes arrivent naturellement sans donner à montrer l’artifice.

Patrick : Et comme dans les grandes chansons, ses images sont immédiates et claires. La métaphore est parfaite.

 

Florent Marchet & Patrick Mille
©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

 

Le spectacle est-il évolutif ? Vous évoquiez un texte nouveau tout à l’heure…

Florent : Tant que Patrick continuera à lire des biographies d’Aragon, il sera forcément évolutif. (Rires.) C’est le plaisir de se replonger dans l’œuvre.

 

A partir du 6 octobre, vous jouez à la Gaîté-Montparnasse. Ce spectacle est-il destiné à tourner ?

Patrick : Pour l’instant nous n’avons donné que quelques représentations : aux Bains-Douches, à La Maison de la Poésie, La Maison Aragon, bientôt à La Fête de L’Huma. Et nous espérons que la maison de production, Le Mur du Songe, grâce à ces dates parisiennes, nous permettra de le jouer ailleurs.

 

Avez-vous l’intention de fixer ce spectacle sur un support ?

Florent : Nous nous sommes longuement posé la question et avons convenu que, s’il devait être fixé, il faudrait qu’il soit filmé. Le livre-disque était une possibilité, mais l’image accompagnant l’interprétation est capitale je pense. L’engagement physique de Patrick est important sur scène. J’aime beaucoup cette phrase de Jacques Serizier qui disait : « Sur scène, la musique est plus visuelle qu’auditive. » C’est très juste.

Patrick : Une captation pour une diffusion à la télévision, ce serait l’idéal.

 

Le fait de déclamer de la poésie, quelle relation cela crée-t-il avec le public ? C’est intime, la poésie.

Patrick : Je vis cette déclamation comme un poème rock. Cela va bien avec la vie d’Aragon finalement. Ses révoltes contre la police, l’autorité, c’est virulent. Booba et Kaaris réunis sont faibles à côté.

Florent : Aragon renvoie une image assez austère, aussi imagine-t-on mal cet aspect-là de lui. Pourtant l’engagement physique de Patrick dans les textes est très fidèle à Aragon.

Propos recueillis par David Desreumaux


Entretien paru dans le numéro 13 de la revue Hexagone, dans la rubrique « Sur les pas de… »


photos : David Desreumaux – Utilisation & reproduction interdites



Steve Normandin – Le Québec de Steve Normandin

Le septième album de ce Québécois désormais installé en France, reconnu comme musicien et interprète du patrimoine de la chanson francophone, nous fait apprécier ici ses mots et sa musique. Dans Le Québec de Steve Normandin, il dit son amour des Pianos, évoque son enfance avec lucidité et nostalgie (Y a pas de quoi être heureux), décrit une très locale et enjouée Roulotte à patates, et raconte l’irrésistible et incroyable aventure de L’arbre généalogique des Normandin. Riche de thèmes éclectiques, cet album à l’écriture précise – textes et musique – jongle entre émotion (Les croix blanches, Les petites funérailles), amour (Ma tête sur ton épaule) et humour (Chanteur écolo, où il dresse son bilan carbone en version française puis québécoise). Bras levé, avec originalité, liste les différentes utilisations d’un geste somme toute banal, pour finir en salutaire regard humaniste et rassembleur. Normandin apparaît surtout comme un amoureux de la vie avec le réjouissant Apprendre le bonheur (« seconde après seconde ») emprunté à la poétesse Joanne Morency, seul titre dont il n’a pas écrit le texte. L’artiste ne se soucie guère des contraintes pour passer en radio (plus de la moitié des quinze titres avoisinent ou dépassent les cinq minutes). Essentiellement en piano-voix – parfois accordéon-voix, un instrumental mêlant piano et accordéon –, cette œuvre d’authentique artisan propose une chanson de facture classique et s’écoute avec grand plaisir. De l’humain dans nos oreilles.

Michel Gallas


  • Steve Normandin
  • Le Québec de Steve Normandin
  • compagnie vieux gramophone – 2019
  • Chronique parue dans le numéro 13 de la revue Hexagone.

 

Thomas Fersen – C’est tout ce qu’il me reste

Depuis Le bal des oiseaux en 1993, Thomas Fersen ne se lasse pas de nous inviter dans son bestiaire anticonformiste à chacune de ses nouvelles parutions. Il ne se lasse pas et ne nous lasse pas, et cet album à paraître le 25 septembre ne déroge pas à la règle. Thomas Fersen est un de nos plus grands stylistes en chanson française. C’est tout ce qu’il me reste témoigne de sa patte inimitable dans l’art de mettre en mots autant de pièces farcesques que farfelues. La plupart des chansons de cet album figurent dans le spectacle avec lequel il tourne actuellement, Mes amitiés à votre mère, où alternent monologues rimés et chansons, le tout participant d’une histoire en forme de fil rouge. Là où Fersen réussit un réel tour de force, c’est qu’il parvient à conserver ce fil rouge dans l’album, narrant les aventures rocambolesques de son personnage – un chaud lapin, tel qu’illustré sur la pochette au pied de la lettre par le talentueux Laurent Seroussi. De là, l’imaginaire affûté de l’auteur nous brinquebale de lubie en fantaisie, tantôt disant sa soi-disant préférence pour Les vieilles, tantôt refusant tout net d’ôter son slip (C’est tout ce qu’il me reste) ou feignant d’être un crac en maths (Mes parents sont pas là), tantôt se souvenant qu’enfant sa mère craignait qu’il ne tombât en eaux troubles (La mare, formidable nouvelle de dix minutes trente).

Avec le fidèle Pierre Sangra aux guitares, banjo, saz, sitar et mandoline, Thomas Fersen assure aussi ici les arrangements et la réalisation de l’album, l’un des plus réussis depuis Pièce montée des grands jours.

David Desreumaux


  • Thomas Fersen
  • C’est tout ce qu’il me reste
  • éditions bucéphale – 2019
  • Chronique parue dans le numéro 13 de la revue Hexagone.

 

Hildebrandt – îLeL

Il y eut en 2016 Les animals, premier album solo. En 2019, revoilà Hildebrandt avec îLeL. Sans parler d’album-concept ni pour l’un ni pour l’autre, on soulignera cependant que le Rochelais imprime systématiquement à ses albums un fil rouge qu’il décline dans différents paradigmes. Après la recherche d’humanité et la rencontre de sa propre part animale dans le premier opus, Hildebrandt poursuit avec îLeL sur le terrain métaphysique, en quête cette fois du contrepoint féminin. Ne serions-nous nés que pour faire le mâle ? Auteur de l’introspection, Hildebrandt met au jour sa part de féminité tout en réussissant à faire œuvre universelle de ses questionnements intimes. Peut-être parce qu’il déborde son sujet, parce que son je en vaut la chandelle, nous sentons-nous concernés lorsqu’il entonne au refrain : « Je suis un / Je suis deux / Toi et moi d’une seule voix / Je suis plein / Je suis peu / Reine et roi dedans moi. » (Je suis deux)

Chansons pop aux accents électro lorgnant parfois vers le post-punk (Garde tout bas), les douze titres sont mis en orbite par une voix remarquable, par une façon de chanter libre et libérée, décomplexée et qui trouble, émeut dans ses hommages aux doubles féminins. C’est ici une autre façon de se dévoiler, en déclarant son amour à la grand-mère disparue (Émilienne), à l’être aimé (sublime Vingt) ou à sa fille (Qui de nous). Si « Les mots c’est rien que d’la bidoche », ceux d’Hildebrandt méritent un label qualité.

David Desreumaux


  • Hildebrandt
  • îLeL
  • at(h)ome / sony – 2019
  • Chronique parue dans le numéro 13 de la revue Hexagone.

 

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