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Retour sur le Festival Comme ça nous chante !

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Avant que l’année chanson ne démarre vraiment, voici un retour sur le festival Comme ça nous chante ! Car ce festival, que je t’avais annoncé et conseillé, a ensoleillé décembre et nous a … enchantés. Petit rappel sur dekoikoncause : quatre jours de concert, du 10 au 13 décembre, dans deux petits lieux : Chez ta Mère à Toulouse et le Café Plum, à Lautrec (81). Ce festival a été une complète réussite. Une réussite d’audience : c’est important. Les quatre soirées ont eu lieu devant une belle assistance, deux soirées toulousaines affichant complet, la première même plusieurs jours avant le concert. Une réussite artistique et c’est important ! Une programmation excellente, éclectique et créative sur le papier et qui a donné lieu, en fait, à … des superbes concerts. Je vais te parler des soirées toulousaines.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Une première soirée avec deux « grouples » : deux duos sur scène et couples en dehors : Jur et Sages comme des sauvages. Jur, mon coup de cœur du festival : formation atypique et étonnante, appréciée plusieurs fois en groupe (à quatre) et qui m’a encore plus ravi et marqué en formation duo. Une entrée en scène insolite qui donne le ton : Jur Domingo, la chanteuse,  porte un carton, en sort un flacon en plastique de savon douche vide, l’approche du micro, le presse et en fait sortir un son, l’enregistre au looper et fait cela avec d’autres flacons. Le bruit musical obtenu est original et agréable à l’oreille et Jur très concentrée nous regarde. Jur Domingo, la chanteuse, est un vrai personnage avec une énergie exceptionnelle. Silhouette longiligne avec, cette fois, un ventre « ballonné » (elle est enceinte de six mois), dans une longue robe serrée et fendue qu’elle relève de temps en temps. Un agréable accent catalan pour une voix chaude et rauque qui peut monter et partir vers le lyrique. Elle joue quelquefois d’une grosse caisse ou d’un petit tambour. Très concentrée, voire habitée, quand elle chante, un grand sourire lumineux quand elle parle. Sur scène, elle reste très spontanée, par exemple : elle se fera couper sur scène un élastique pour que son vêtement lui serre moins, elle dit à son partenaire « tu as fait une connerie » quand il renverse sa bouteille d’eau, et s’interroge « j’ai cassé le micro ? ».

Photo : René Pagès
Photo : René Pagès

Bien accompagnée par Julien Vittecocq, son comparse, au piano, à l’accordéon à la guitare et à la grosse caisse. Oui, en résumé, il assure la partie musicale et assume les compositions du groupe mais pas que. Il chante aussi parfois et il lui arrive de sauter en jouant de la grosse caisse. Jur, un univers très particulier, des textes curieux et décalés. Par exemple dans Follow me  « ton membre deviendra un escargot » ou bien cet homme fou qui marchait nu : « il avait peur de vous, madame, de vous … » « Il était fou Il était là là là là là … Il était las d’être fou. ») De cet univers, de cette ambiance on ressent surtout de l’émotion. On part ailleurs, loin de nos repères de spectateur, suspendu à ce qui se passe sur scène et on y est bien. Chants en catalan ou en français et une fois en anglais. Un set construit comme un spectacle plus qu’un concert de chansons (l’entrée déjà évoquée,  le moment où Jur Dominguo fait du play-back sur ses rires – fous ou fou rire – enregistrés, pas deux titres sans un changement d’instrument ou d’emplacement, l’habituelle fin avec le musicien partant après avoir entassé tous les instruments et les chaises sur elle, la dernière chanson du rappel débranchée au milieu du public). Si, comme moi, tu aimes les spectacles originaux et personnels, qui ne ressemblent à aucun autre, je  te conseille vivement Jur en concert.

Sages comme des sauvages. Le deuxième grouple de la soirée. Le deuxième voyage. Une sonorité originale, un beau mélange des voix, un univers atypique, un beau mélange des langues (français bien sûr mais souvent créole réunionnais – maloya – et parfois anglais). Eva, jupe bleue et bas, joue du defi, un tambour Grec posé sur ses genoux et grand tambourin. Lui, en veste brillante et chapeau, joue du cavaquihno, bouzouki et violon utilisé sans archet. Les deux avec le dessus du visage peint en rouge.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Les textes écrits en français sont moins légers que les autres. J’ai apprécié l’humour tranquille, le sourire complice et la voix d’Ismaël ; la voix et le sourire d’Eva. Ce concert donne envie d’écouter le disque. Mais j’ai trouvé le set un peu statique, (notamment après Jur) peut être pas seulement parce qu’ils jouent assis. J’ai donc apprécié le dernier rappel, seul moment debout tous les deux, où sans instrument ils donnent le rythme seulement avec les pieds puis les mains.

Une deuxième soirée solo : Nicolas Jules et Buridane. Buridane, chansons intimes, jeu à la Batlik sur une guitare qui semble bien grande, une jolie voix, un grand sourire entre les chansons, en synthèse, une belle découverte pour beaucoup. Des textes confidences sur ses peurs et doutes, ses convictions et ses sensations. Je ressens de la maladresse et une sorte de timidité entre les chansons ce qui peut aussi avoir un certain charme. Il me semble qu’elle doit encore gagner en maîtrise de la scène. Mais content de l’avoir revue, je me suis jeté le lendemain sur l’écoute répétée de son disque, impatient d’entendre à nouveau les inédites faites la veille.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Nicolas Jules, toujours étonnant en solo, guitare et impro, powête rock et baratin rigolo. Son personnage est rôdé y compris la gestuelle, les courbettes à la fin de chaque morceau. Il se présente en chanteur blasé qui a joué dans de plus grandes scènes que ce petit lieu ringard de province. Personnage rôdé mais numéro toujours inattendu car il improvise, se sert du moment, de l’assemblée ; tout devient prétexte à plaisanterie réussie et rend le concert à chaque fois différent. Ce soir là, il prit à partie plusieurs fois un spectateur qu’il connait, venant très proche jouer de la guitare électrique et chanter un texte personnalisé et inventé sur l’instant. Et je pense que « Georges le photographe » du premier rang se souviendra longtemps de ce concert. Cette dextérité de « clown » de Nicolas Jules ne nous fait pas oublier sa dextérité à la guitare électrique, tout comme sa dextérité pour les textes. Des textes intenses, d’une poésie originale et souvent noire sur l’amour et ses sentiments. Il nous livrera, en rappel, une superbe interprétation d’une reprise de Brassens Les moutons de Panurge. Je ne me lasse pas de voir Nicolas Jules en concert.

Une petite pause sur les comptes-rendus de concert pour aborder une caractéristique constatée de ce festival à Toulouse. Les spectateurs qui sont venus pour un artiste (Sages comme des sauvages, Dimoné ou Bernard Joyet), et avec qui j’ai échangé, ont apprécié le lieu Chez ta mère, qu’ils ne connaissaient pas. Pour la convivialité et l’ambiance, peut être aussi pour les planches repas concoctées par le nouveau serveur Antoine. Et désormais, ils vont faire attention au programme.

Les habitués du lieu ont découverts des artistes qu’ils ne connaissaient pas comme Buridane et Sages comme des sauvages. Et tout le monde y est gagnant. De plus, pour les très habitués comme moi, c’est un grand plaisir de voir ce lieu, que j’apprécie, plein « à craquer », bruyant et vivant, les chaises enlevées, avec un grand nombre de personnes debout… même si on met un peu plus de temps pour se frayer un passage et obtenir sa bière.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

3ème soirée Dimoné : La soirée rock. Une surprise à la découverte de l’affiche. Je n’aurais pas rêvé de voir Dimoné, désormais habitué de plus grandes salles, Chez ta mère ou au Café Plum. La seule place assise trouvée était au premier rang sous les baffles et… j’en ai pris plein les yeux et plein les oreilles. Une prestation électrique et électrisante. Dimoné : une grande énergie, une belle personnalité, un jeu de guitare et une forte présence sur scène avec des déplacements et un jeu de guitare spécifiques. Assis juste devant son complice Jean-Christophe Sirven, j’ai pu apprécier cet homme orchestre et choriste. Claviers en mains à droite et à gauche, percussions et pédales actionnées à pieds nus. Un beau duo de musiciens. Une ambiance sonore en phase avec les textes : déchirement, amour et poésie. Un concert qui a paru court.

Vu l’affluence, l’expo photo a du coup connu une belle réussite avec des « oh regarde celle-là elle est superbe » « hé t’as pas vu celle-là !» . Et puis, le quiz personnel pour identifier les artistes, je te confirme que, si la photo de Yoanna est une de mes préférées, a priori l’artiste (pourtant excellente) n’est pas connue par tous (on l’a confondue avec Clhoé Lacan voire Zaza Fournier !) Les artistes programmés eux ont été plus vite reconnus.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

4ème soirée. Bernard Joyet : La soirée chanson classique. Il démarre fort et traite de sa vision sur la société actuelle avec la seconde chanson  L’heure du leurre et le texte de sa première chanson : «Quand la misère va la bourse en fait autant, Quand l’hirondelle est morte on achète un printemps »  « Le sondage aux moutons, la parole aux roquets, et le vote aux  pigeons et la presse aux laquais »  Quand un grand écran plat verse au tout à l’égo sa bave de plasma au niveau caniveau.» Un engagement certain. Il devient plus doux et chante l’amour, avec un sens certain de la poésie, dans Vingt ans et Maudit printemps. Une grande maîtrise de la scène, du métier, mais surtout quel talent d’interprète, de comédien et de diseur ! Quelques chansons de scène comme l’inénarrable La bible. Certaines anciennes comme l’incontournable, pour moi, On sera jamais vieux « On sera intrépides espiègles perfides irrévérencieux On sera professeur en incertitude en inhabitude en droit à l’erreur » et La paresse qu’il annonce comme un rap lent. Une anecdote, j’ai découvert Joyet, pour la première fois, dans son duo Joyet et RollMops, à Toulouse à l’Eclusane, et il chantait déjà On sera jamais vieux et La paresse. Il continue avec des titres au superbe équilibre trouvé entre écriture, sens, rtyhme et mélodie comme Ado « T’étais curieux comme un badaud ado Tu rêvais d’Eldorado ado, Mais tout seul paumé rapido Tu as dérivé sur ton radeau  C’est une chansons triste un fado ado C’est le blues du desperado ado La vie c’est un foutu cadeau Dans un drôle de paquet crado ». Il varie avec des chansons plus légères aussi, avec du jeu avec les mots comme « le silence s’honore » « Un Caravage qui passe » et souvent pour des maux qui font sens. Tendresse et nostalgie complètent le programme notamment avec le texte Maria qui a rendu mes yeux humides.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

De superbes chansons, oui. Un concert rôdé et très bien construit, oui. Mais aussi une belle entente et complicité avec la Nathalie Miravette superbe au piano, aux compositions, aux réparties et au chant partagé sur deux titres. On leur a dit à chacun, pour  Bernard que ses textes contenait trop de mots et pour Nathalie que ses musiques contenait trop de notes mais  « si mes mots t’enchantent et si tes notes me parlent » cela donne, entre autres, le magnifique duo La note et le mot. Une complicité concrétisée aussi lors des moments liés aux impondérables du spectacle vivant (une chaise qui manque, une lumière sur le piano qui défaille). Des belles mélodies donc sur des rythmes variés. Et pour revenir à Joyet : de l’humour et de l’auto dérision  comme par exemple « C’est bientôt Noël, si vous voulez faire un cadeau dont vous serez sûr qu’il ne sera pas en double … achetez mes disques ». Une vingtaine de chansons pour un set d’une heure quarante. Bon, t’as compris que c’est mon deuxième grand coup de cœur de ce festival. Une programmation excellente et éclectique te disais-je quelques dizaines de lignes plus haut.

Une autre des particularités de ce festival : c’est un festival sur deux lieux. Une belle idée à développer. Chaque artiste a deux concerts, l’un à Toulouse et l’autre à Lautrec et optimise ses déplacements. Cet article te cause exclusivement rien que des concerts de Chez ta mère (et pour cause : le don d’ubiquité m’a quitté). Mais j’ai parlé aux artistes «ayant fait» Lautrec la veille : ils ont tous trouvé l’endroit magique, le lieu convivial, l’accueil délicieux. En plus des concerts et animation annoncées, la radio Rdautan diffusait chaque jour une émission enregistrée en live au Café Plum et animée par René Pagés. De plus, une à deux chroniques étaient publiées chaque jour par Claude Fèvre sur son blog.

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Photo Michel Gallas

La fin de ce festival ? Nous l’avons fêtée avec un after mémorable. Bien après la fin du concert, et malheureusement en très petit comité, le programmateur du lieu avec une des plus fidèles habituées (plus connue ici comme Micheline1) ont chanté Cucul mais pas que sur la scène accompagnés au piano par … Bernard Joyet et avec Miravette en chef de chœur. Preuve d’un repas arrosé ? Je ne pense pas. En tout cas, lors de celui-ci, Ronan, chanteur local, a surpris Bernard Joyet en lui chantant un titre superbement écrit et en lui avouant ensuite qu’il s’agissait d’un texte de Charles Baudelaire. Et puis, beaucoup plus tard, et de manière tout à fait privée, une boisson nommée Chez ta rhum, bien arrangée (merci Micheline1 !), a continué à émouvoir les rares et privilégiés derniers présents.

J’avais écrit un festival début décembre c’est un pari osé et intéressant. Et bien, c’est un pari … réussi. Comme je connais un peu Olivier (Mr Chez ta mère) je sais qu’il a déjà des nouvelles idées pour la prochaine édition. Pour ma part, je ne fais qu’une seule proposition : garder le principe d’une programmation sur deux sites mais avec un début et une fin décalés d’un jour de manière à ce que les toulousains (dont le gars moi-même) viennent passer un jour au Café Plum et vice versa. Longue vie à ce festival.


Festival Comme ça nous chante du 10 au 13 Décembre au Café Plum à Lautrec (81) et Chez ta mère à Toulouse (31)

Hexagone, un rêve de papier en 2016

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Bon ben voilà Hexagonaute, 2015 tire à sa fin et franchement, vu l’année de merde qu’on a vécue entre le 7 janvier et le 13 novembre, on ne va pas trop la regretter celle-ci. Sans parler de la montée vers la descente aux enfers avec le Front National qui s’installe dans notre, dans mon quotidien alors que je ne lui ai rien demandé. Mais absolument rien sinon de se casser de mon paysage dans la mesure où j’ai le cortex trop écolo pour me le faire polluer par une bande de trous de balles haineux et écho-irresponsables.

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La Blackroom

Cela-dit, si l’année a été globalement bien merdique sur le plan politique et social, du côté de notre petit nombril hexagonien, l’année a été plutôt super bonne. On dira que ça a aidé à faire passer les pilules à répétition. Je vais pas te faire un éloge de nozigues, ce serait super mal venu quand même, mais je vais juste te rafraichir la cervelle sur quelques petits moments qui ont compté dans notre petite vie à nous qu’on a. Mais promis, je t’embête pas longtemps.

En même temps, je n’ai pas des tonnes de choses à dire. Allez, le phénomène le plus marquant, celui qui a le plus compté et boosté notre activité dans le milieu chansonnier, celui qui a fait frémir un tout petit peu la rimosphère (Niveau 3 sur l’échelle de Richepin), c’est l’ouverture de La Blackroom en avril. A l’instar d’un Céline, elle aurait pu proclamer, « je suis né en avril, c’est moi le printemps ! » mais elle est vachement plus modeste que ça quand même cette petite salle.  Je ne te refais pas l’histoire, tu trouveras plein de choses à lire dans la rubrique ici. Je rappelle juste qu’elle est arrivée pour souffler la première bougie d’Hexagone.

Le deuxième truc qui a compté – à mes petits yeux – c’est la création de la série, La B.A.C. Au départ, c’était la simple envie de faire des interviews filmées, dans La Blackroom. Mais quelque chose de simple, tu vois. Et puis, entre temps, on a discuté avec l’incorrigible Mad et on est partis en vrille sévèrement. L’idée de faire un truc décalé, déconnant s’est finalement imposée parce que l’on s’est dit qu’on pouvait très bien faire des choses très sérieuses en donnant l’impression de ne pas l’être. Et que c’était bien plus drôle de ne pas s’y prendre au sérieux plutôt que l’être trop. Du coup, j’ai commencé à gamberger un peu. C’était pas simple à mettre en place ce truc loufoque. Déjà, il fallait réussir à convaincre des artistes à se laisser mettre la tête dans la cuvette des chiottes. C’était pas gagné mais Gauvain Sers était d’accord. Ensuite, il fallait savoir jouer la comédie un minimum… Et là… Mad, lui, il savait… Moi, pas du tout, c’est une catastrophe. Il fallait donc offrir à Mad un vrai partenaire de qualité. Créer un duo de choc. J’ai pensé tout de suite à Patrice Mercier qui lui est quand même super balaise. Mais trop trop super balaise. Je lui ai proposé tout timide et comme en plus d’être super fort en goguettes et en jeu d’acteur il est hyper très sympa, et ben il a dit oui. Et du coup, il en écrit une grosse partie même ! Ca a commencé comme ça. Et Flavie a apporté son oeil de Scorsese 64, ses talents de montages et d’écriture. Prochain numéro en février / mars.

LA BAC-22-10-2015@david-desreumaux-32Pour dernière petite satisfaction, avant de passer au menu 2016, j’évoquerai de basses considérations de chiffres, ceux de la fréquentation du site. Oui, je sais c’est moche d’en tomber là, si bas, mais quand même. Sans avoir l’oeil collé en permanence sur les stats du site, les observer de temps en temps permet de nous situer un peu. Et je vais te dire une bonne grosse banalité. Tu vois, quand j’ai lancé Hexagone le 14 avril 2014 tatatssin, et bien, à part moi, il n’y avait aucune visite ! Il y en avait zéro. Aujourd’hui, la progression est constante, sans être exponentielle, et atteindra les 70 000 visites rien que sur décembre 2015. Dans mes rêves les plus dingues, j’aurais fourgué mon âme au diable pour même pas le dixième…

Bon, allez, regardons devant maintenant ! 2016. C’est à deux pas maintenant. Partant du bon vieil adage qui dit que « qui n’avance pas recule, » comment veux-tu qu’on reste passifs ? Donc, on a des envies, des souhaits, des rêves… D’abord. Pour te remettre en phase avec Hexagone, les fêtes t’ayant probablement quelque peu embrumé les neurones, je vais juste te rappeler les 3 axes sur lesquels se positionne ton webzine que tu kiffes ta mère. D’un point de vue général, Hexagone se présente comme une plateforme d’aide aux artistes indépendants. 3 axes, 3 supports.

  • Le Webzine : c’est là où tu es actuellement. C’est un média, un magazine. Les artistes ont besoin de faire parler d’eux, toi t’as envie de lire des choses sur eux et de voir des belles photos. Artistes et lecteurs du monde entier, ne cherche plus, on t’a compris. On est là pour toi. « I’ll be there for you » (Message envoyé par Jennifer Anniston sur mon 06)
  • La Blackroom : C’est une salle de concerts. Tu connais du coup parce que t’es déjà venu ou bien parce que t’aimerais grave venir. C’est normal. Un concert par mois, en alternance co-plateau et plateau solo. Artistes émergents et artistes plus avancés dans leur projet.
  • Les prestations diverses au service des artistes : Photos, vidéos, pochettes d’album, affiches, clips, etc. Bah oui, parce qu’un artiste a besoin de soigner son image (et beaucoup trop le négligent…), on propose ces petits services à des prix massacrés comme une reprise de Barbara par Bruel.
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Balthaze en Session à La Blackroom – Photo DD

Tout ça, on va poursuivre en 2016. Avec quelques petites nouveautés. Courant janvier, tu pourras découvrir le premier épisode des Sessions. Le principe, quel est-il ? Un artiste vient à La Blackroom. Il chante 2 chansons en live et il répond à une petite interview. Le tout est filmé. Et ce même tout se retrouve en ligne quelques semaines plus tard. Le premier à s’être prêté à l’exercice, c’est Balthaze. Tout est déjà en boîte. C’est en montage à l’heure qu’il est.

Mais il faut que je te dise notre rêve le plus barge, le plus audacieux, celui qu’on voudrait s’offrir, qu’on voudrait t’offrir pour le second anniversaire d’Hexagone. On n’est pas aux Marquises où gémir comme rêver n’est pas de mise pour le grand Jacques (Tu nous manques Jacques tiens, je te le dis parce que je le pense). Ici, on peut encore rêver. A l’inaccessible étoile. Alors, on va pas s’en priver !

Pour 2016, Hexagone voudrait réussir à sortir une revue trimestrielle sur papier. Ouais, t’as bien lu. On est tarés. Une vraie revue très chouette avec plein de photos jolites sur tes artistes favoris ! Tu pourras les scotcher dans ta piaule si tu veux ! Faire une revue où le contenant serait aussi attractif et qualitatif que le contenu. Un objet que tu voudrais garder dans ta bibliothèque, se démarquant ainsi d’un magazine traditionnel qui, une fois lu, finit par être utilisé pour éplucher les légumes. Les artistes que tu y verrais, tu les connais, ils ne seront pas franchement différents de ceux qui habillent les pages du site. Il y en aurait davantage, représentatifs des différents courants de la chanson.

FLYER GENERAL - 12-09-2015Pour faire cette revue, forcément, c’est compliqué. Il faut du monde un peu, de la bonne volonté pas mal et du fric beaucoup. Pour le monde et la bonne volonté, on a déjà ce qu’il faut pour démarrer même si toutes les bonnes âmes seront accueillies avec plaisir. Après examen détaillé du CV quand même. Mais pour la thune, nerf de la guerre et de toutes les guerres, là c’est bien plus hard. Du coup, qu’est-ce qu’on va faire ? Tu te demandes ? T’as raison, à ta place, je demanderais aussi. Alors, ce qu’on va faire donc, c’est un numéro zéro comme on dit. Un numéro en quasiment tous les points identique à celui qu’on voudrait sortir. Sauf qu’il sera en fichier PDF. Et avec ça, on va partir en campagne et on va frapper aux portes des potentiels lecteurs (oui, je parle de toi là) pour savoir si tu veux t’abonner certes, mais surtout frapper aux portes d’éventuels annonceurs. Car évidemment, cette revue ne pourrait exister sans pub ni annonceurs.

Tu l’auras compris parce que t’es pas con, le sort de ce nouveau trimestriel papier qui traite de la chanson est un peu entre tes mains et beaucoup entre les mains des pros : lieux, maisons de disques, producteurs, éditeurs, artistes, tourneurs, etc. Eux, nous achètent de la pub, de l’espace d’annonces sur le magazine. Ce fric nous permet de faire imprimer et distribuer la revue. En interne à Hexagone, on s’occupe de tout le reste. Ecrire, photographier, dessiner, mettre en page, tenir les comptes, gérer la logistique, la fabrication et la livraison. C’est déjà un boulot de dingue. Lecteur et toi professionnel, cette revue, qui manque cruellement au milieu de la chanson, est à portée de main. Son sort est entre tes mains. Soit tu nous suis et ça existe dans le courant de l’année, soit tu t’en fous et on aura fait un beau numéro zéro. Mais pour rien.

A ce stade, avant même de balancer le numéro zéro – en janvier j’espère – n’hésite pas à nous faire part de tes commentaires. Soit sur cette page, ci-dessous où c’est que c’est prévu pour ça. Soit par mail (hexagone.lemag@gmail.com) Tous les avis sont précieux, toutes les aides seront bienvenues et considérées. N’hésite pas non plus à partager cet article, à faire connaître nos intentions, à nous faire connaître. C’est déjà nous aider à avancer.

Juste pour finir, je te rappelle aussi qu’Hexagone est une association qui existe depuis septembre 2014. Si la revue voit le jour, ce sera sous le statut associatif. Aussi, on va prochainement, par le biais du site, mettre en place un système d’adhérents à l’asso et éventuellement d’abonnements. 2016 pourrait être une grosse grosse et belle année.

Amélie les Crayons, « j’aurais du mal à vivre loin de la mer »

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Je me souviens très bien du 14 décembre 2014. Bon, le 14 décembre c’est mon anniversaire, à la longue c’est bien enregistré. Et cet anniversaire là, je l’ai fêté avec ma compagne en allant au Transbordeur, une belle salle lyonnaise, pour le concert d’Amélie les Crayons. Invitée par Frédérique et Marc d’A Thou Bout d’Chant, elle achevait à Lyon, sa ville, une très longue tournée avec son dernier album, Jusqu’à la merUn an plus tard, j’ai fait la connaissance de Bruno Cariou le fondateur de Neômme, le label lyonnais d’Amélie, qui a également sous son aile Sarah Mikovski que j’ai rencontrée pour Hexagone il y a quelques semaines. Bruno m’ayant annoncé le passage d’Amélie, qui vit depuis 7 ans en Bretagne, je me suis dit que c’était l’occasion de parler avec elle de ses années lyonnaises, de la Bretagne et de son actualité musicale la plus récente. Avec une grande gentillesse elle a accepté ce rendez-vous, et nous avons longuement échangé dans un bar de la Montée de la Grande Côte, un axe emblématique de la Croix-Rousse lyonnaise qu’Amélie connaît très bien. Elle exprime joliment son amour de Lyon et de la Bretagne et raconte les expériences musicales qu’elle y vit avec simplicité. J’ai pris depuis rendez-vous avec Bruno Cariou, pour qu’il vienne présenter ici son label, à l’occasion d’un beau rendez-vous qu’il donne au public lyonnais en février prochain. En effet les 19 et 20 février, Amélie les Crayons et les artistes de Neômme seront sur la scène d’A Thou Bout d’Chant pour deux soirées programmées par la nouvelle équipe de la rue du Thou.

Photo Thomas Gasparetto
Photo Thomas Gasparetto

Hexagone : Quels sont tes rapports avec Lyon et la Bretagne ?
Amélie : Je suis arrivée à Lyon en 1999 en provenance de Vienne en Isère où je suis née. Je ne suis pas bretonne mais ma mère l’est. Ma grand-mère a fini ses jours en Bretagne, il y a quelques années et j’ai passé beaucoup de vacances là-bas, dans les Côtes d’Armor, en Centre Bretagne. Je suis venue faire mes études à Lyon après le lycée de Saint Romain en Gal. J’étais donc à l’Université Lyon 2 en Lettres et Arts du spectacle, option Théâtre. J’ai eu une maîtrise en Arts du Spectacle.

Hexagone : Tu es arrivée à la chanson par hasard.
Amélie : Oui, tout à fait par hasard. Ca s’est fait malgré moi. J’écrivais de petites chansons depuis l’école primaire dès que j’ai commencé à savoir écrire. J’inventais des paroles sur des musiques que je connaissais. Les chansons que j’avais écrites pour des copains m’ont un peu échappé. Je les ai faites écouter un jour à Bruno Cariou (ndlr : le fondateur du label Néômme), en 2001. Il m’a dit aussitôt « si tu veux les chanter, je veux bien te filer un coup de main.»

Hexagone : Que reste-t-il comme souvenirs marquants des 15 années que tu as passées à Lyon ?
Amélie : Je me sens vraiment appartenir à cette ville. Il y avait à l’instant une lumière merveilleuse qui éclairait la Confluence dans le lointain, quand je descendais la Montée de la Grande Côte, et c’était magnifique. C’est une ville où tout est beau partout, dans les recoins comme dans l’ensemble. Il y a quelque chose d’esthétique et de fort. Et j’y retrouve chaque fois tellement de gens que j’aime. Mon cœur est là, c’est ma ville. Aujourd’hui, j’habite à la campagne mais il n’y a qu’en ville où l’on peut être tous les soirs dans un lieu différent, rencontrer toutes sortes de gens, écouter de la musique dans un endroit incongru. Quand j’y étais, Lyon foisonnait pas mal et c’était utile tout simplement pour chanter. Au début des années 2000, c’était aussi l’émergence de ce qu’on a appelé la « nouvelle scène française.» J’ai donc commencé avec un piano au Café de l’Harmonie. Ce qu’il y avait d’original c’était d’être une femme auteur-compositeur-interprète. On était peu nombreuses à l’époque. Bien sûr, il y a eu Anne Sylvestre, ensuite Linda Lemay, Clarika et enfin cette génération du début des années 2000 avec Jeanne Cherhal, Emilie Loizeau, et puis Camille bien sûr.

AmelieLesCrayons2009_FrancisVernhetHexagone : Quels souvenirs gardes-tu des scènes lyonnaises ?
Amélie : Je me souviens bien sûr de ma première scène au Café de l’Harmonie qui ne doit plus exister aujourd’hui. J’étais toute seule au piano et j’ai été moi-même spectatrice de mon spectacle puisque je ne l’avais encore jamais joué devant un public. Là, j’ai vraiment pris conscience que c’était quelque chose que je savais et que j’aimais faire. Etre sur scène et chanter des chansons, c’était pour moi tout à fait naturel. Certes j’avais fait du théâtre mais ce spectacle était vraiment nouveau pour moi. Je n’étais pas du tout intimidée et c’était vraiment très impressionnant. Le premier grand concert devant 200 personnes s’est passé ensuite au café Le 203, à l’Ovale, rue Garet, pour fêter l’arrivée du premier EP. Les gens avaient souscrit pour cet album et on le distribuait ce soir-là. C’était vraiment le premier vrai concert. On était très peu connu, et 200 personnes, c’est beaucoup pour notre sixième concert. Pour la petite histoire, mon docteur était dans la salle, un docteur sur lequel j’avais écrit justement Mon docteur, et c’est à la fin du concert que je me suis aperçu qu’il était là avec sa femme qui était enceinte…. et l’enfant est né le lendemain. C’était un concert chargé d’émotions car mes parents aussi étaient là, ainsi que tous mes amis d’enfance. Plus tard, il y a eu le théâtre romain pour les Nuits de Fourvière en 2004 et le théâtre antique de Vienne en 2006, pour le Festival « Les Authentiks ». Le théâtre antique de Vienne, c’était chez moi, et quand j’étais petite, j’y avais chanté avec la chorale de l’école. Ce sont-là deux endroits vraiment extraordinaires dans un cadre chargé d’histoire. Le public y enveloppe la scène. C’est très fort. Il y a eu aussi A Thou Bout d’Chant. Je venais de changer de musiciens et c’était donc une nouvelle équipe avec qui j’ai découvert ce jour-là ce que je pouvais faire.

Hexagone : Tu avais chanté à l’époque une chanson avec Vincent Gaffet sur son premier album.
Amélie : Je suis très contente qu’il ait recommencé à chanter avec son nouveau projet -Vous-. Vincent est un auteur extraordinaire. On a eu l’occasion de faire ensemble un projet formidable. Nous sommes partis 3 semaines au Québec pour créer là-bas un spectacle avec des québécois qui sont venus ensuite créer un spectacle avec nous en France. Ca s’appelait le Grand Huit, et c’était merveilleux : nous étions 4 français et 4 québécois. La semaine dont je sors est chargée de rencontres comme celles-là. Car c’est tellement important de pouvoir rencontrer d’autres artistes et de pouvoir partager les choses du quotidien de notre métier car nous sommes très solitaires la plupart du temps.

Hexagone : Tu reviens du Train Théâtre de Portes-lès-Valence ?
Amélie : C’est un projet qui s’appelle « Chansons primeurs » dont l’idée vient d’Ignatus qui est lui-même auteur-compositeur-interprète. Il a créé il y a quelques années un spectacle qui s’appelle Sous la contrainte pour montrer qu’on peut écrire des chansons « sous la contrainte ». Il a proposé à plusieurs ACI de venir s’enfermer ensemble pendant trois jours et d’écrire des chansons qui seront présentées au public le 4ème jour. C’est une épreuve terrible de se trouver de cette façon devant des spectateurs. On a pourtant accepté de le faire une première fois à Nantes et ça a été une belle expérience qu’on vient de recommencer au Train-Théâtre avec Pauline Croze, Lili Cros et Thierry Chazelle, Buridane, Marie Normand (Cap au Nord), Hervé Peyrard (Chtriky), Pierre-Yves Serre (Horla). Ignatus était le maître de cérémonie et nous fixait les contraintes. Par exemple le premier jour il nous a demandé d’écrire un texte sur quelque chose qui nous énerve. On écrit nos textes, on se les lit. Il nous a proposé ensuite d’écrire des chansons sur des thèmes bien définis : un champ lexical de la montagne et de l’autre côté une sonorité qui se rapproche du mot montagne. Ensuite, on croise les deux listes de façon à produire des choses incongrues avec ces deux ensembles…. par exemple matinée avec rappel. Et c’est là qu’on se rend compte que la poésie naît souvent d’associations incongrues. En une heure on devait faire un texte avec tout ça et l’après-midi quelqu’un écrivait une musique sur ces paroles. On a tous une personnalité musicale différente et on a souvent du mal à en sortir. Et là, c’est génial d’avoir une autre manière d’aborder les mots, l’harmonie, la mélodie et la rythmique. Le concert final s’est hyper bien passé. On a répété un peu le 4ème jour mais on est extrêmement fragile. On a nos textes sur scène, on se plante, on recommence….C’est une présentation de travaux d’atelier inachevés et c’est très beau à voir nous ont dit les spectateurs. Ensuite certaines chansons peuvent se réinsérer dans le répertoire de chacun et je vais peut-être garder la chanson que j’ai écrite pour mon prochain album.

Hexagone : Pourquoi as-tu quitté Lyon pour aller t’installer en Bretagne?
Amélie : La Bretagne a toujours représenté pour moi les vacances. C’était un peu un fantasme de petite fille que d’aller vivre à l’endroit où l’on passe ses vacances. J’ai donc fait le pas, ce qui n’était pas évident pour moi. Je ne le regrette pas car je ressens un attachement fort à cette culture et à cette terre-là. Et j’ai fait la rencontre de la mer, et ça c’est assez incroyable comme relation, et, aujourd’hui, j’aurais du mal à vivre loin de la mer. Certes tous les gens avec qui je travaille sont à Lyon, en dehors de l’ingénieur du son qui est venu s’installer pas loin de chez moi. Mais aujourd’hui c’est simple de travailler à distance. Quand je viens à Lyon je fais 25 répètes, 15 réunions et voilà.

Photo Dupertuis
Photo Dupertuis

Hexagone : La musique bretonne compte pour toi ?
Amélie : Oui, vraiment. Les Filles des Forges de mon dernier album peuvent être dansées. Et je danse moi-même les danses bretonnes. Et la musique bretonne m’influence depuis toujours. Dans Mon ami, du dernier album, il y a aussi une influence irlandaise. Cela fait maintenant 7 ans que je suis en Bretagne et cet album, Jusqu’à la mer, parle de la mer et de ce pays qui est complètement magique. D’ailleurs tout est magique là-bas… irréel. Dès qu’il y a une petite brume, ou un petit vent, le paysage devient tout de suite surnaturel. Pour moi, c’est ça la Bretagne ! Et puis c’est pas du tout la même énergie avec la mer, le granit…. c’est beaucoup plus mouvementé. Ca peut être plus difficile à vivre parfois, mais en tout cas il se passe toujours quelque chose.

Hexagone : Tu as pu chanter en Bretagne ?
Amélie : J’ai chanté en Loire Atlantique mais je ne suis pas encore allée dans le bout du Finistère. Quand j’habitais dans les Côtes d’Armor, j’ai travaillé pendant 2 ans avec une salle, à Trégueux, à côté de Saint Brieuc, où j’étais artiste associée. On a fait plein de projets incroyables avec cette salle. J’ai fait de la musique en live pour un ciné-concert sur des films d’animation pour enfants. J’ai fabriqué avec Lili Cros un spectacle de théâtre et chansons. Et j’ai monté un trio de théâtre de rue avec 2 copines, Marion Rouxin et Johanna Rousset. C’était des commandes de cette salle de Trégueux. Et maintenant, je peux y retourner quand j’en ai besoin.

Hexagone : As-tu fait connaissance avec la nantaise Delphine Coutant ?
Amélie : Elle a participé avec moi à la première expérience de « Chansons primeurs » à Nantes. Elle est incroyable cette fille. Elle a deux métiers puisqu’elle est aussi paludière à Guérande où elle fabrique du sel. Et c’est elle qui a écrit la musique d’une des chansons que j’ai faites là-bas.

Hexagone : As-tu un projet de nouvel album ?
Amélie : Un nouvel album est prévu. Je suis en train de l’écrire tranquillement mais dans un an il y aura du nouveau…

Céline Caussimon, Nicolas Joseph et Virage à droite clôturent l’année à La Blackroom. Un bilan ?

Et voilà Hexagonaute. Les Soirées Deuxième Génération, c’est fini pour 2015. Céline Caussimon et Nicolas Joseph viennent de fermer le livret 2015. D’ailleurs, ça a aussi commencé en 2015, t’en souvient-il ? En avril, le 11 précisément. Ouais, c’est Garance qui a foulé les planches de la salle la première. En co-plateau avec Nicolas Bacchus.

Photo David Desreumaux
Céline Caussimon – Photo David Desreumaux

On arrive donc au bout d’une première année d’exercice comme on dirait dans une entreprise si on aimait dire des gros mots. On peut prendre 5 minutes pour faire un petit bilan. Qu’est-ce qui marche, qu’est-ce qui foirouille un peu, est-ce qu’on va poursuivre, si oui comment, tout ça tout ça. Et, tout ça.

Une année, six sessions pour Deuxième Génération. C’est la règle que j’avais fixée primitivement. C’est ce qu’on a fait. J’avais dit « un gars / une fille mais pas forcément » et c’est ce qu’on a fait aussi. Mieux qu’un politicard, dans ce sens, on a tenu parole. Remarque, pour le dire joliment avec les mots de Nicolas Jules, « je ne t’ai rien promis et j’ai tenu parole. » Même au-delà d’ailleurs parce que l’on a réussi à glisser des concerts supplémentaires sur la base d’un autre concept que l’on a très modestement appelé, « Une Blackroom pour moi tout seul, » en référence à qui tu sais. On y reviendra un peu plus loin.

Les Soirées Deuxième Génération donc. Qu’est-ce qui marche ? A dire vrai, je flippais ma race quand on a lancé l’idée de faire des concerts privés, à la maison, à Clichy. Faire déplacer le public est chose mal aisée, on le sait, le faire déplacer en banlieue (même pas rouge) relève du gros challenge. Pourtant, il y a le métro et tout comme si on était en milieu civilisé. Mais la barrière est psychologique, c’est comme ça. N’empêche qu’au rang des grandes satisfactions, je cite direct la fréquentation. La salle est certes petite mais c’est pas gagné de réunir à chaque fois 40 âmes pour écouter de la chanson de l’autre côté du périph’ ! Et c’est pourtant ce que l’on a réussi à faire. Grâce à toi lecteur-public ! Content aussi, on l’est, d’avoir réussi à créer un petit réseau de fidèles, fidèles qui tels de bons paroissiens viennent à quasiment tous les concerts. Mais sans Missel. Ça fait plaisir et chaud à mon petit cœur tout bleu, je ne les cite pas pour ne pas les gêner mais ils se reconnaîtront.

Photo David Desreumaux
Nicolas Joseph – Photo David Desreumaux

Un autre plaisir, plaisir que je regarde également comme une réussite, réside dans la pluralité du public. Public de fidèles dont je viens de parler, public d’artistes également, d’artistes fidèles qui plus est, de professionnels et public d’un jour qui vient pour voir telle ou tel artiste. C’est chouette de voir ce mélange. Tout ce petit monde tailler la discute avant et après le concert, ensemble, copains comme cochons. On est là, on échange au coin du bar, dans l’escalier, on boit un verre pendant que le chat réclame des croquettes ou que ma gamine demande à refringuer sa Barbie, on est tous là, présents autour d’une passion qui brise toute gêne et toute retenue de se sentir dans un lieu étranger. Cette passion, c’est la chanson.

Cette chanson que l’on dit mourante, morte, moribonde, chiante, dépassée, poussiéreuse, casse-couilles aussi des fois j’ai entendu, tout ça, on dit tout ça… Ce que l’on constate néanmoins, c’est que cette chanson qui nous plaît, nous anime et fait pousser des ailes à certains, au point de parfois traverser le périph’ un samedi soir à la Porte de Clichy, cette chanson est bien plus vivante, bien davantage une source de rencontre et de partage que l’est la chanson en carton-pâte faite pour embourber les oreilles peu curieuses qui vivent un coma culturel sur les ondes FM ou en suivant les émissions de « TV-pognon-réalité » sur nos chaines pour décérébrés. Pourtant, cette chanson « à l’ancienne » serait-on tenté de dire, dans le sens où elle est faite main, de la création à la distribution bien souvent puisque les maisons de disques ont décidé que le produit commercial insipide et formaté valait davantage que la découverte et l’accompagnement d’un artiste, cette chanson donc est plus que présente. Elle fourmille, elle grouille, elle regorge de talent, elle est protéiforme et bien souvent à 2 pas de chez soi. Oh certes, elle n’avance pas sous d’éphémères et hypothétiques rampes lumineuses, mais sereine, à bas bruit, elle vient augmenter nos petits plaisirs quotidiens par le biais d’oeuvres souvent aussi discrètes que formidables.

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Donc nous autres à Hexagone, on est plutôt du côté des artistes qui éclairent la chanson de leur talent plutôt que du côté de ceux qui voudraient être sous les projecteurs d’un succès d’un jour dopé à l’EPO. Ca tombe bien cela dit, il n’y a que 40 places maxi dans La Blackroom qui accueille les concerts privés que l’on organise tous les mois.

Je t’ai causé plus haut du concept « Une Blackroom pour moi tout seul ». En référence bien sûr à « Un Olympia pour moi tout seul, » album live de Renaud paru au début des années 80. Donc, comme son nom l’indique, le principe consiste à ne recevoir qu’un seul artiste. Ou un groupe. Le concept s’étant invité en cours d’année, il n’y a eu pour le moment que deux sessions sous cette forme : Nicolas Jules en octobre et Virage à droite (Nicolas Bacchus, Stef!, Manu Galure, Lucas Lemauff) tout récemment. Deux moments exceptionnels de l’avis général que je partage si tu veux savoir. Pourquoi un artiste tout seul te demandes-tu ? Je comprends. Je te raconte. La réponse est multiple. Tu sais qu’on fonctionne au chapeau à La Blackroom pour la rémunération des artistes. Non ? Ben maintenant tu le sais. Je me suis rendu compte que pour faire venir un artiste de province, voire de l’étranger, ça coûtait du fric. Bah oui, c’est couillon mais il faut prendre un train, un avion, une bagnole, etc. Ajoute à ça que l’artiste doit aussi pouvoir remplir un minimum sa cassette parce que ça lui permet de bouffer pour la semaine après. Donc, afin de faire face à ces contraintes géographiques, faire passer un artiste seul permet d’absorber les frais de déplacement et rémunérer un peu l’artiste. Sans que ce soit Byzance j’en conviens mais bon, on fait ce qu’on peut… Aussi, le mode « Une Blackroom pour moi tout seul » doit pouvoir permettre d’accueillir un artiste qui n’est plus franchement en émergence et dont la notoriété se paie un minimum. Aussi, faire jouer un groupe avec 3, 4 ou 5 membres devient un petit peu plus envisageable sous cette forme. Voilà, tu sais tout.

Photo David Desreumaux
Virage à droite – Photo David Desreumaux

Je disais en presqu’ouverture que je te parlerais aussi de ce qui n’a pas fonctionné sur ces sessions à La Blackroom. Franchement, pas grand chose n’a pas fonctionné. Au départ, on était un peu léger en aide à l’accueil, au bar avec les seules Flavie et Marion qui trimaient mais depuis plusieurs sessions, avec les renforts de Fred, Sabine et Marion-Ferfo-de-Toulouse, on est plus à l’aise à ce niveau. Comme on n’est pas des pros de la technique en matière de spectacle, on a un peu galèré en son et lumière sur les débuts mais ça commence à tourner correctement à présent. Flavie est passée Maître-Lighteuse niveau IV et moi je suis le type qu’a le son long à carreaux. La seule chose, je dirais, qui reste compliquée à maîtriser, et c’est le même souci un peu partout pour les lieux de spectacles, c’est l’après-concert avec sa « gestion » des relations de voisinage. Passée une certaine heure, on ne peut plus faire de bruit en extérieur, surtout dans une impasse privée, il va falloir apprendre à fumer en silence pour certains ou prendre des Nicorette…

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Voilà ce que je voulais te dire, plus ou moins, sur ces soirées à La Blackroom. Je te ferai un autre blabla un peu plus tard pour te parler plus généralement d’Hexagone, de nos intentions et tout le bazar, mais pour l’activité « Blackroom » c’était dans cette page que je devais t’en causer. Que puis-je ajouter ? Oui, c’est ça, je veux juste dire qu’on ne va pas changer grand chose en 2016 du coup. La Blackroom rouvre ses portes le 23 janvier avec Clio et Gauvain Sers, pour une Soirée Deuxième Génération qui affichait « complet » deux jours après l’ouverture des résas… T’es pas un peu fou Hexagonaute ? Eh ! T’as raison ! La suivante, ce sera le 13 février. Une Blackroom pour lui tout seul ! Mercier de La BAC posera sa veste de survêt’ bleue et redeviendra – le temps d’un concert de goguettes – le vrai Patrice Mercier, accompagné par Clémence Monnier au piano. Ca va être grandiose ! 2016, on t’aime déjà !

Du coup, je n’ai pas encore eu le temps de te raconter les concerts de Céline Caussimon, Nicolas Joseph et Virage à droite mais tu commences à avoir l’habitude.

Gérard Morel : le solo lui va si bien

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Gérard Morel & la guitare qui l’accompagne à la Cave Poésie. Récital acoustique en solo. Mon dernier concert de l’année. Un régal. Nous descendons à la cave de… la Cave Poésie. Gérard Morel, déjà sur scène, nous attend et nous accueille, assis sur son tabouret rouge.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Autour de lui, une jolie petite mise en place : une guitare bien sûr, une table basse avec bouteille et verre d’eau sur une nappe rouge, rouge comme le tabouret sur lequel il est assis, rouge comme ses chaussures et sa chemise, rouge comme le pupitre avec la liste des chansons. Une cave voutée magnifique, cet endroit intimiste et convivial est particulièrement adapté à un solo acoustique. Le partage peut commencer. Pas de micro. Plaisir des mots, hymne aux femmes, aux bons mets et au bon vin, à la vie en fait. Un concert dégustation. Morel ou le plaisir d’être sur scène, sourire complice et « bonne bouille,» de grandes qualités de comédien et ce soir-là un public réceptif mélange de connaisseurs et de nouveaux. Jeu de guitare et belles mélodies : les chansons parfois reviennent plus fortes qu’avec certaines orchestrations. Un répertoire particulièrement bien choisi. Un grand et beau moment.

Je peux être considéré comme un inconditionnel de Gérard Morel, car j’ai vu tous ses spectacles. J’ai apprécié les différentes déclinaisons, au fil des ans et des spectacles de Gérard Morel &  les garçons / le duette / toute la clique / la guitare / l’homme orchestre qui l’accompagne(nt). Sans parler d’un concert à trois avec Rocca et Wally créé pour le festival Aubercail. Le spectacle que j’ai préféré c’est peut-être… le solo, déjà vu à la Cave Poésie il y a presque trois ans.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Et j’ai la chance de l’apprécier à nouveau. Un concert rôdé, une grande maîtrise de la scène. Il fait participer le public, comme un partenaire, dès le premier titre. En début de concert, il a plutôt (et donc plus tôt) les chansons anciennes et que j’appelle chansons performance ou exercice de style. Performance d’écriture comme Le bon gars pas dégueu pour ses rimes en « a / e / i / o / u » avec laquelle il démarre le concert. Puis performance d’écriture et de souffle pour Charlotte (avec les rimes en ote) dont « Quand j’la bichote Elle me baisote Jamais elle mégote On se bécote On se dorlote Et on se tripote Elle est dévote Quand j’la langotte Là où elle frisotte Et moi je fayote Quand elle me suçote Mes petites griottes. » Pour La vache de greluche avec les rimes en « che » il nous dit « J’ai appris dans un stage Ecris tes chansons toi-même qu’il faut éviter d’abuser du son « che » très pénible à sonoriser. Mais moi … je ne suis pas sonorisé ! » Auteur libre qui fait des chansons de plus de six couplets souvent sans refrain avec des rimes et des mots que l’on trouve parfois en cherchant bien dans un dico mais plus rarement dans une chanson. Ceux qui me connaissent savent que je suis hyper sensible aux jeux de mots et aux jeux avec les mots : d’où quasi une jouissance de réécouter Olga « Ajaccio elle n’aime pas Mais Calvi si / Que j’aime Olga ça c’est sûr papa, Qu’Olga m’aime non ». Mais Morel ce n’est pas uniquement de la performance d’écriture c’est aussi des mélodies limpides, des mots qui font sens, une interprétation fluide : écoute un peu La java de Claire et Clément, peut-être ma préférée. Mais en fait dans ce concert florilège il chante… la quasi totalité de mes préférées.

A l’aise sur scène, entre les chansons, l’épicurien évoque, avec émotion, le cassoulet aux fèves mangé la veille au soir ; plaisante avec son public et lui parle comme avec un ami en associant texte appris et belle réactivité.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Au fil des disques et des années, l’amour des mots persiste mais se met au service de la tendresse. Comme sur ces deux pépites Il pleut des cordes originale description d’une grasse matinée et Le nu te va si bien une superbe chanson… d’amour. Il glissera trois titres inédits sur disque : la tendre Stances à sa gorge, la chanson de scène Le tango du lumbago et en rappel Chanson à la con où l’artisan chantiste évoque la fabrication d’une chanson. Derrière le bon vivant et les chansons d’humour et d’amour on pressent, en filigrane, le citoyen. Dans Brève rencontre (avec rimes en « al »), cela démarre joliment « frimousse en pétale / yeux bleu d’opale / regard boréal / la moue virginale / la dent cannibale » continue avec « moi c’est normal je tiens plus dans mon futal » pour finir avec « Elle avait le front national, moi c’est normal, j’ai vomi sur ses sandales.» En préambule d’Hymne à mon beau-frère, il nous parle des déplacements en tracteur en Afrique de celui-ci « pour une association qui a récolté de l’argent et mène des actions très concrètes pour essayer de contribuer à leur rendre ce qu’on leur pique depuis des siècles » Un humain libre.

J’avais sollicité quelques minutes d’interview. Et j’ai eu le plaisir de me retrouver à côté de lui, à partager un joli moment, en petit comité, dans un petit resto, pas loin de la Cave poésie, derrière Saint-Sernin (Saint-Sernin cela aurait pu être un joli nom de vin bien que « Saint-Pourçain c’est cent pour cent plus sain » comme dit dans le gouleyant Cantique en toque, dernier titre de son concert et repris en chœur par les spectateurs ).

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Collation toulousaine d’après concert : Foie gras, magret, Gaillac, fromage et rhum. Bien sûr, on a parlé de ses spectacles mais mon appareil enregistreur est resté au fond du sac et à aucun moment je n’ai pensé à aller le chercher. Il a évoqué son plaisir à jouer sans micro ou avec un micro cravate HF qui le laisse autonome, de ses plaisirs de comédien et de metteur en scène. Comme pour la mise en scène de Où vont les chevaux quand ils dorment ? le magnifique spectacle hommage à Leprest avec Didier, Guidoni et Jamait. Ou celle de Gare à Riffard, spectacle collectif en hommage à Roger Riffard, chanteur méconnu, qu’il évoque avant d’interpréter sa Java du solitaire, la seule reprise de son propre concert solo. Il m’a mis l’eau à la bouche pour son spectacle La guinguette des fines gueules où un vrai repas est servi pendant le spectacle. Il m’a aussi mis l’eau à la bouche pour un prochain spectacle sur Brassens qu’il va créer en 2016 (je me souviens du plaisir que j’ai eu à l’entendre interpréter La religieuse à Avignon et La Marche nuptiale, en Italien, à son précédent passage à la Cave Poésie). Il me dira quelques mots aussi sur la naissance et l’écriture de mes titres préférés mais t’avais qu’à venir avec nous : pour cette fois, je garde l’information pour moi. Je peux juste te dire, en guise de conclusion devinette qu’il connait très bien la grand-mère d’un chanteur toulousain dont je t’ai parlé plusieurs fois dans Hexagone (envoie-moi ta proposition en commentaire !) Et je résumerai le concert en m’adressant à cet amoureux des spectacles collectifs : « Gérard le solo te va si bien ! » et à toi Hexagonaute de tout l’hexagone va voir sur son site car des dates de ce solo (et d’autres spectacles) sont planifiées pour les quatre premiers mois de 2016. Ne rate pas Gérard Morel !


Gérard Morel le 23 décembre à la Cave Poésie (où il a chanté aussi les 22, 24 et 26 décembre) à Toulouse (31).

Gérard Morel est aussi président du Centre de la chanson (Hexagone t’en a parlé récemment).

Laura Cahen, les Trois Baudets envoûtés.

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Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Il y a quelques semaines, je t’ai parlé de Laura Cahen. Tu te souviens ? Elle devait jouer après Cléa Vincent et Minou à la Fléche d’Or. Le 13 novembre. Oui, c’est ça, tu l’as dans le mille ! La raison tu la connais… Tu peux aller relire le papier que j’ai écrit pour te rafraichir la mémoire. Le mercredi 16 Décembre, c’était la fameuse séance de rattrapage aux Trois Baudets.

C’était une soirée SACEM, comme il y en a de temps en temps pour nous faire découvrir de nouveaux groupes. Ce n’est pas une soirée comme les autres aux Trois Baudets puisque avant que les artistes n’entrent sur scène, nous avons droit à un petit discours. On nous  présente  leur travail et on nous met en appétit sur ce que nous allons voir et entendre.

ENCART TEXTEAprès le passage de Jules et son vilain Orchestra, la scène s’est vidée, mais temporairement. Une armada de guitares a fait son apparition avec quatre électriques et une basse. Plutôt impressionnant, pourtant, rien de violent dans la musique de Laura Cahen, tout au contraire. La seule violence qui existe chez Laura est la claque qu’elle nous donne. Pour l’entendre pour la première fois, il vaut mieux assis. Notre postérieur en reste cloué au fauteuil tant son organe vocal est puissant et complexe. L’écrivain Eric Reinhardt a d’ailleurs trouvé les mots justes pour le définir: « Il y a dans sa tessiture quelque chose de tout juste arrivé, de frais, de cru, mais avec dedans du très ancien, des échos d’opérette, des résurgences de transistor, de 78 tours, de gramophone ancestral. »

Sur scène, elle est accompagnée de trois musiciens: un guitariste, un bassiste et un batteur. Les instruments et sa voix donnent vie à ses mots. La musique commence presque toujours sur un moment de tranquillité pour progressivement nous emporter dans ses méandres. Il y a des couleurs, des sensations dans chaque note, un mouvement perpétuel comme le vent, loin d’être linéaire mais toujours fluide. Sur un titre comme Les cigognes, Laura Cahen semble appeler les émotions à elle, tout en les extériorisant. Elle parle en métaphores, évoque des éléments extérieurs pour parler de son intériorité. « Lumière dans les roseaux, je fais le point. A vol d’oiseaux je te rejoins. Je plie, je suis le roseau qui danse dans le vent. Tu es le vent. » chante-t-elle sur Les Roseaux.

Sur Loin, c’est seule qu’elle commence à jouer à la guitare. Sa voix, elle aussi part haut. Elle « fout le camp » avec poésie, on pourrait presque sentir la cadence de ce cheval qui la porte et participe à sa cavale. Quand elle s’est mise à parler, c’est presque avec surprise que nous avons découvert sa voix, discrète voire un peu timide. Elle a improvisé un poème sur les saisons, a aussi évoqué ce 13 novembre avec émotion. « La prochaine chanson, je l’ai écrite il y a quelques années. C’est une histoire d’amour mais qui aujourd’hui résonne étrangement. » Son titre, Etrangère, évoque Paris. La batterie se fait plus oppressante. En fond, des bruits désagréables nous donnent une drôle d’impression. On comprend l’écho avec ce vendredi noir. Le titre le plus aérien est probablement Froid, quand se joignent en chœur les voix de Laura et de ses musiciens. Elle alterne entre une voix de tête et de poitrine ainsi que des vocalises, créant des tonalités contrastées. « Les oiseaux sans manteau ni bonheur sont allés vers le nord, aussitôt, se noyer, se geler vers le nord. » Les images évoquent un monde particulier, entre rêverie, froid polaire, désolation fertile et une vibrante simplicité.

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Mon seul regret est qu’elle ait omis Mon loup de son set, sa chanson phare. Cependant, elle nous a dévoilé un univers différent avec son second EP O: plus grave mais également plus fouillé.

La meilleure façon de se convaincre du talent de Laura Cahen n’est pas d’écouter les discours de la SACEM ni même de lire cette chronique, mais d’aller la voir sur scène, pour qu’aucun autre son du quotidien ne vienne perturber votre écoute. Une immersion dans un univers musical intense.

Valentin Vander : trois soirées à Toulouse en novembre

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En octobre, le marathon de Galure dans les lieux toulousains en 6 concerts différents. En novembre, voici à nouveau une (mini) tournée intra toulousaine. Cette fois-ci, Valentin Vander, parisien, vient trois jours pour trois prestations différentes. Hé Michel tu vas te spécialiser dans le suivi des tournées… toulousaines ?

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Valentin Vander n’est pas un inconnu pour toi l’Hexagonaute fidèle. Tu as déjà pu lire un article pour sa pratique des goguettes dans Les goguettes en trio mais à quatre et un pour son concert de sortie de l’album de ses compositions aux Trois Baudets.

Etape 1. Osons les auditions publiques mensuelles du Bijou. Un temps contraint : 20 minutes d’intervention pour chacun des six artistes ou groupes. Valentin, en solo avec sa guitare choisit d’interpréter quatre de ses chansons et aucune goguette. Des titres plutôt calmes avec un dernier un peu plus rapide et à tendance plus souriante. Depuis quelques mois, un coup de cœur du public (uniquement honorifique) est attribué par vote. C’est Valentin Vander qui l’a obtenu ce mois-ci. Un bon début pour sa mini tournée. 

Etape 2. Soirée goguette Chez ta mère. Le lendemain. Ce lieu associatif organise, pour la deuxième saison, un mercredi par mois une soirée goguette. Elle est animée par un « chandelier » : Benoit, le chanteur d’un groupe local Sale Pierrot. La goguette tu connais ? On prend une chanson connue, on garde la musique et on change les paroles. Soit sur un thème choisi (ce mois-ci « toujours ») ou souvent sur des sujets d’actualité. Des gens non artistes peuvent venir chanter une goguette sur scène accompagné ici par un guitariste et un accordéoniste.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Ce n’était pas ma première goguette ici mais j’ai senti un moment particulier ce soir là. Peut-être (surement) en lien avec la proximité du 13 novembre. Mais pas uniquement car quelques goguettes, directement ou pas, évoquaient cet évènement. Non, plutôt à cause (ou grâce) au plaisir d’être ensemble, de chanter, de boire et de partager. La salle était pleine, la bonne humeur présente. En fin de soirée, tout le public reprend des goguettes écrites sur un carnet de goguettes : c’était comme une sorte de communion humaine, un bon moment de plaisir en commun, où l’on rit et où on se défoule en chantant en chœur. Oui une ambiance particulière, plus de personnes que d’habitude se sont lancées sur une ou deux goguettes, les applaudissements étaient plus chaleureux. Valentin est intervenu sur deux chansons accompagné au piano par Clémence Monnier. Une sur le don du sang des homosexuels avec  la musique de 95 fois sur cent de Brassens . L’autre titre, assez surprenant évoque d’abord une cueillette de cerises sans noyau puis les terroristes du 13 novembre qui avaient ces noyaux de cerise au lieu du cerveau. Humour, technique, intelligence et engagement citoyen : deux top goguettes. Clémence Monnier, en piano solo, nous en fait aussi deux superbes, démontrant l’habitude, la maîtrise et le talent des «goguetiers » venus de Paris. Sur la musique de Gotingen, elle traite de l’après 13 novembre sous l’angle BFM et Facebook avec « Le scoop, le choc sensationnel, sans oublier l’émotionnel ce sont de vrais professionnels à BFM à BFM » pour finir par « J’ai plus besoin de chaleur humaine que de BFM que de BFM » Voix, mélodie, textes : un régal ! Et un peu plus tard sur l’air de Avec le temps de Ferré elle nous fait Avec ce temps sur le réchauffement et l’absence d’hiver. Quand je disais que c’était une soirée qui fait « chaud au cœur ».

Etape 3. Concert Valentin Vander Chez ta mère. Il chante accompagné au piano par Clémence Monnier.

Photo Michel Gallas
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 Il démarre, comme le mardi au Bijou, par Les Bohémiens un superbe  texte de Gaston Couté. Et il continue par Si on savait qui contient le titre de son récent premier album L’audace ou la timidité. Puis il  enchaine sur une subtile « Tu es partie … trop tard » dont on s’aperçoit au fil des couplets qu’il ne s’adresse pas à son ex amie. A l’aise sur scène, avec un bon contact avec le public, une jolie voix et des mélodies agréables il nous délivre un tour de chant qu’un amateur de « chanson française » pourrait trouver classique. Mais, même s’il est centré sur des chansons parlant d’amour de différentes manières, son répertoire révèle différentes facettes. Des chansons de scène et quelques titres à tendance plus comique comme Le chat par exemple mais aussi plusieurs poèmes d’auteurs, qu’il a mis en musique, comme Hugo sur Le vent de la mer. Et il nous surprend par la profondeur et la subtilité sur Les nouveaux Dieux. Un joli accompagnement au piano lui permet souvent de laisser sa guitare et de nous montrer ses qualités d’interprète voire de comédien. Et puis, ce soir-là, un moment spécial, une des particularités du spectacle vivant que j’apprécie, le concert du jour ne ressemblant pas (toujours) à celui de la veille (ou du lendemain !)

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Valentin, peut être un peu inquiet par les informations comme quoi certains parisiens, pourtant peut être plus connus que lui, avaient parfois chanté devant un public clairsemé, et bien il a fait un pari la veille au soir. Il a parié qu’il finirait en caleçon si le nombre de spectateurs dépassait un certain seuil (pari peut être dû à la bière ou à la « chaleur » de la soirée goguette). Je ne pense pas que c’était lié mais effectivement les spectateurs étaient là, en nombre, et il… a dû tenir sa promesse (d’où les photos que tu ne devrais pas voir à chaque concert de Vander !). Ce pari a été un peu le fil rouge de la soirée, il en a joué pendant le temps du concert, a enlevé quelques boutons à sa chemise, et puis un peu plus au moment du rappel. Donc une soirée particulière mais surtout un bon concert.

Valentin Vander, après ces trois soirs toulousains, continuera sa tournée dans le  Sud Ouest en allant chanter à Anéres dans les Pyrénées, bourgade qui a la spécificité d’organiser en août le championnat du monde des goguettes, puis dans le Gers. Ce jeune artiste, qui m’impressionne dans les goguettes, a vraiment beaucoup d’activités. Les goguettes, son tour de chant qui concrétise l’album et aussi des spectacles pour enfants. Il était à Avignon cet été avec La Cigale et la Fourmi (et autres Fables de La Fontaine) des textes du fabuliste avec un format plutôt décalé. Et il a écrit un autre spectacle pour enfants, joué à Paris ces derniers mois. Peut-être lui faudra-t-il choisir sa voie /voix principale. En tout cas on le reverra avec plaisir dans quelques mois pour apprécier l’évolution.


Photo Michel Gallas

Photo Michel Gallas


Valentin Vander à Toulouse – le 17 novembre pour Osons au Bijou, le 18 novembre pour Ta mère, la goguette ! et le 19 novembre en concert Chez ta mère.


Rappel : un clic sur une photo elle s’agrandit, un clic sur un titre de chanson en gras et tu regardes la vidéo Hexagone de ce titre.

 

 

3 minutes sur mer au Limonaire par Mad et Fred

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Mad attacks

En tant que « serial concert man*, » je me suis fait un devoir de parcourir l’ensemble des scènes de mon territoire. J’avais bien identifié Au Limonaire comme un repaire de farouches défenseurs de la chanson cocardière, sans nul doute prompts à enduire de goudrons et de plumes tout mélomane anglophile avéré… Mais tel Rambo, qui ne peut s’empêcher de gaspiller chaque été la totalité de ses congés payés en voyages touristiques au Viet-Nam, je me sentais investi d’une mission. Saint Joe Strummer étant pour toujours et à jamais dans mon coeur, je ne doutais pas qu’il serait à mes côtés durant ce périple dans le no man’s land francophone. J’étais quand même loin de me douter de ce qui m’attendait ce soir là, pour cette carte blanche accordée à 3 Minutes sur mer.

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Photo Frédéric Petit

Perdu au fin fond d’une impasse du IXème, coincé entre des hôtels de luxe et la populeuse rue du Faubourg Montmartre, l’établissement susnommé avait de prime abord tout d’un banal estaminet. En approchant d’un pas assuré de ce bastion limonadier, je remarquai néanmoins qu’il se proclamait « bistro chantant » sur sa devanture. Ce n’est pas sans une certaine appréhension que je poussai la porte de l’établissement. Un grand escogriffe mal rasé se précipita à ma rencontre. Me rendant compte – un peu tard – que j’avais oublié mon camescope de poing, je reculai vivement. Vous me pardonnerez cet aparté en cet instant de tension palpable, mais si, par malheur pour vous, vous vous trouvez dans une situation semblablement critique, suivez mon conseil. Capturez à l’aide de votre appareil, l’image de l’idolâtre chansonnier et montrez lui immédiatement le résultat. Il tombera en pâmoison, totalement subjugué par son reflet numérique et ainsi vous pourrez franchir l’obstacle ! Je décidai donc de faire profil bas et grand seigneur, me rangeai pour laisser passer mon antagoniste. Celui-ci me fit signe avec un air agacé de rentrer, parce que lui voulait sortir. Je me fis donc pas prier deux fois et à peine à l’intérieur, me juchai précipitamment sur l’un des tabourets vacants du bar. Ce qui me prit une demi-seconde au vu de l’exiguïté du lieu. Je laissai mon regard errer dans la salle, lequel eut tôt fait de revenir au rapport et me délivrer le constat suivant. Le ventilateur au plafond, n’était ni vieux, ni énorme et ne brassait non pas un « air lourd d’odeur où on aurait pu palper la peur, » mais plutôt une chaleur de bon aloi dégagée par des convives, qui bien que serrés les uns contre les autres, semblaient profiter des plaisirs de la table. Chacun semblait se connaître, s’apostrophant volontiers de table en table. Quel était donc cet endroit pour lequel, pour une fois, le terme convivialité ne semblait pas galvaudé…

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Photo Frédéric Petit

Preuve vivante de cette atmosphère particulière, mon voisin de tabouret, manifestement pilier officiel du comptoir qui me recommanda d’entrée le p’tit côte du rhône. Je déclinai son conseil avisé autant qu’aviné, préférant la légèreté d’un rouge de Touraine. Je devais garder l’esprit clair, la mission avant tout ! Sans doute un rien vexé, il me délaissa et entreprit notre autre voisine, laquelle – vraisemblablement enseignante – était occupée à corriger des copies. Il lui fallut toute la patience légendaire propre à sa profession pour supporter ses remarques et ses questions, plutôt pertinentes au final… Tout cela pour vous faire comprendre que ma vigilance s’était relâchée la bougresse et que c’est avec horreur que je vis débouler vers moi tel un Attila des steppes ardéchoises, Fredo-two-shoots !! Comment avais-je pu oublier qu’il était un fan inconditionnel de 3 Minutes sur mer et qu’à ce titre il ne ratait aucune de leurs prestations ! Et je me trouvais en train de violer sans vergogne et à la hussarde, son territoire. Ça allait être ma fête une fois de plus… Je n’eus pas le temps de descendre de mon tabouret qu’il m’empoignait déjà par les deux épaules.

– Le Mad !! Sacrée raclure de british ! Viens là que j’te fasse un gros poutou !

Et joignant le geste à la parole, il m’étreignit avec la douceur d’un catcheur moldave, me fêlant probablement une côte au passage.

– J’te demanderais pas ce que tu fous là ! Tu sais que t’as de la chance, ici c’est terrain neutre. Comme la Suisse, sauf que ceux qui viennent ici, ils sont pleins aux as, de chansons qui les remplissent de bonheur ! On accepte même des amateurs de daube rosbeef comme toi, c’est dire !

Vous n’avez pas idée à quel point j’étais aux anges de constater l’effet bisounours du lieu sur ce dingo de photographeux…

– Allez, c’est pas que j’m’ennuie avec toi, mais faut qu’j’aille shooter au fait !

Je relâchais ma respiration en le voyant me tourner le dos, mais faillis faire une crise cardiaque lorsqu’il s’arrêta dans son élan et revint vers moi.

– Tu sais quoi, je viens d’penser un truc… T’aurais pas idée par hasard, de grosniquer avec tes gros mots habituels le concert  ?

Ma tête fut prise d’un mouvement horizontal et frénétique visant à lui assurer du contraire.

– Tant mieux… Parce que sur ce coup-ci, tu vois, en plus des photos, c’est moi qui m’y colle.


Fred riposte

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Photo Frédéric Petit

Manquerait plus que ça, qu’y m’pique mon taf, ce rosbeef ! (l’est pas anglais, le Mad, mais avoue qu’avec un pseudo pareil, hein…) Mon taf, dans mon troquet, sur mon groupe fétiche, et pis quoi encore, l’a vu la Vierge en string à la Toussaint, lui, ou bien ? Bref. « Bref. », ça coupe court à toute conversation, et ça fait baisser ma pression artérielle, rien que de le dire ! Et comme ça, je peux poursuivre, apaisé.

À 22 h pétante, donc, après avoir dégusté un de ces fameux petits plats mitonnés par Lolo et qui font la réputation de ce haut lieu de la chanson francophone, on annonce le début du concert (précédé du petit préalable nécessaire, quant à l’usage des téléphones portables, etc.) de… « 3 minutes sur scène » (ou « 3 minutes sur Seine »?) Acte manqué ou pas, ça n’aura pas échappé à personne. Même pas aux principaux intéressés, qui ne manqueront pas de faire remarquer qu’il fallait bien que ça arrive un jour, ce prenage-de-pied-dans-le-tapis au sujet de leur nom. Le programme de ce soir, les afficionados de 3’/m le connaissent bien, puisque c’est leur troisième, de Carte blanche, après les deux premiers numéros présentés début octobre. C’est initialement Camille Hardouin (ex La Demoiselle Inconnue) qui devait assurer le show ce soir, mais à cause d’un empêchement, 3’/m l’a remplacée, au pied levé si je puis m’exprimer ainsi.

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Photo Frédéric Petit

Le but de cette Carte blanche est de faire des reprises des chansons des artistes que le groupe aime particulièrement. Quelques chansons de leur cru (de leurs ancien et nouvel album à venir), aussi, mais surtout des reprises, à la sauce « 3 minutes sur mer ». Au menu donc, Louis-Jean Cormier (ex-leader du groupe Karkwa), Félix Leclerc, Pierre Lapointe/Richard Desjardins, Bernard Adamus… Du québécois, donc. Du vrai. Pas forcément avec la chemise à carreaux, la barbe de deux pieds de longs (se mélangent encore les pinceaux entre système métrique et british, ces québécois ! Foutus english !) et la hache négligemment posée sur l’épaule, prête à abattre le premier érable venu pour en soutirer la substantifique moëlle qu’est le sirop du même nom. Non, mais du québécois quand même. Mais pas que.

Parce qu’on aura droit, aussi, à du russe, avec Vladimir Vyssotski,  du brésilien, avec Rodrigo Amarante, du belge avec Dick Annegarn et Brel (si, si). Et… du français, avec « Voulchon » (mais si, mais si), voire Niagara (si je te le dis, c’est que c’est vrai !) Le point commun entre les chansons de ces artistes (et avec les propres chansons du groupe, d’ailleurs), c’est quand même le caractère franchement jovial, voire primesautier, pour ne pas dire badin, des textes. Et de leurs arrangements aussi. Donc une soirée festive et joyeuse en perspective. D’ailleurs, Guilhem prévient assez régulièrement, avant de commencer chaque concert, qu’un tube de Lexomil à portée de main peut être utile, au cas où. Mais ça serait sans compter sur la bonne humeur de la gang (c’est comme  ça qu’on dit, en bon québécois, et comme de québécois, il va en être question tout au long de la soirée, autant prendre les bonnes habitudes dès le début).

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Photo Frédéric Petit

À propos de gang, avant de rentrer dans le vif du sujet, présentons-les un peu. On a Samuel Cajal à la guitare/guitare (c’est-à-dire que quand il ne joue pas sur sa Gibson 335, il joue sur la Martin 000-15 de Guilhem), Guilhem Valayé, donc, le chanteur/guitariste (il fait, admirablement bien,  les deux en même temps, oui), Johan Guidou (maître ès-fûts, qui donne le tempo et qui fait accessoirement des bruits bizarres en tout genre avec la bouche ou avec n’importe lequel de ses 4 membres) et Matthieu Lesenechal (alors lui… il tâte de l’accordéon, du piano/Rhodes, de la guitare façon lap-steel, que sais-je encore…)

Aussitôt l’annonce du Limo terminée, la voilà donc, la gang, tout droit sortie de l’escalier qui mène aux bas-fonds de ce lieux (le bruit court que certains s’y étant aventurés sans y être invités ne sont jamais remontés…), Guilhem en tête, suivi par ses compères. Pas besoin de préciser « sous vos applaudissements » comme dans la p’tite lucarne, le public présent est déjà chaud bouillant, avide du spectacle qui l’attend. Comme à son habitude, Guilhem nous fait son petit speech d’introduction, et nous distille, ici et là, quelques petites anecdotes entre les titres. Anecdotes qui ne prêtent pas toujours à rire. Comme celle où Guilhem, tout juste revenu de Montréal au Québec, chante sur scène, avec son poto Louis-Jean Cormier,  une chanson de leur futur album, écrite par Sam, pendant que ce dernier joue sur scène, le même soir, au décalage horaire près, au Limonaire. Ce soir du 13 novembre 2015… Déjà que les gars étaient sur cette même scène, le 7 janvier dernier…

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Photo Frédéric Petit

D’ailleurs, autre anecdote, au sujet de leur futur album, L’endroit d’où l’on vient, Guilhem nous apprend qu’il est en passe d’être terminé. Cris de joie dans la salle ! Enfin… ça fait quelques mois, déjà, qu’il est sur le point d’être terminé, mais voilà, monsieur est perfectionniste, donc… Guilhem évoque aussi ce passage qui l’a amené dans la p’tite lucarne, justement, en début d’année, au détour d’une émission de télé-réalité. Mais il ne crache pas dans la soupe, loin de là. Ça lui a permis, entre autre, de redécouvrir une chanson d’un des fleurons de la scène française, qu’il a interprêtée, dans le cadre de cette émission, façon « 3 minutes sur mer.» Après avoir fait le buzz avec sa reprise de La nuit je mens, c’est en effet à Foule sentimentale qu’il s’était attaqué et qu’il nous réinterprète ce soir.

3 minutes sur mer enchaîne les titres, principalement des reprises, donc, mais aussi quelques chansons du prochain album (Ce n’est pas nous qui sommes mauvais, Catapulte, L’alouette en colère (qui est donc une reprise, et quelle reprise…) et du précédent (21 Hertz, À demain). Le clou du spectacle revient sans conteste à la prestation pour le moins étonnante et complètement barrée, de Bébé éléphant par Johan. Oui, Johan, le batteur caché habituellement derrière ses fûts et ses claviers est, cette fois-ci, sur le devant de la scène. Et pas qu’un peu ! Parmi les reprises « classiques » qui déboitent (c’est-à-dire sans que la Carte blanche soit le prétexte), on retrouve donc L’alouette en colère (Félix Leclerc), La fin du bal (Vladimir Vyssotski), Au bord du récif (Louis-Jean Cormier), Pendant que les champs brûlent (de Niagara, au sujet de laquelle Guilhem aime à raconter qu’il est toujours amoureux de Muriel Moreno, depuis son adolescence), les deux premières faisant partie de ces reprises qui te font carrément oublier les versions originales. Pour Au bord du récif, c’est moins tranché. Les deux versions sont juste magnifiques.

Et parmi les reprises « non classiques », Moi, Elsie. Du lourd. Très lourd. Faut dire aussi… Des paroles de Richard Desjardins sur une musique de Pierre Lapointe… c’est un peu le dessus de la crème de ce qui se fait de mieux au Québec. Le sujet ? Va faire un tour sur ton internet, et cherche les documentaires de Richard Desjardins. Tous méritent d’être vus (attention au coup de poing dans le bide par ici, la baffe dans la gueule par là), mais le sujet dont traite la chanson ici est très bien raconté dans Le peuple invisible. Quand Pierre Lapointe la chante, c’est déjà quelque chose, mais là, réarrangée par eux…

Guilhem s’est trompé sur un point. Ce n’est pas un tube d’antidépresseur qu’il faut. C’est un tube par chanson. Ou se taper après ça l’intégrale de La Compagnie Créole 10 fois de suite. Et encore…

L’indispensable « rappel » (le temps que les gars descendent et remontent l’escalier, quoi) clôturera la soirée, avec Acapulco (Bernard Adamus), reprise en cœur par le public, suivie de 21 Hertz, tout en claquement de doigts, a cappella. Un impondérable du répertoire de 3 minutes sur mer. C’est donc tout groggy / retourné / émotionné, comme à chacun de leur concert, que je quitte le Limonaire et les copains pour rentrer dans la nuit noire et glacée, vers d’autres aventures, non sans avoir au préalable versé mon obole au « chapeau » puisque c’est la tradition ici de rémunérer ainsi les artistes.


* Traduisons un brin pour toi hexagonien idolâtre, cela signifie amateur autodéclaré et invétéré de prestations scéniques et musicales et puis, si tu veux t’encanailler un brin, quitter tes contrées franchouillardes, va faire un tour sur le blog éponyme !

 

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