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jeudi, avril 15, 2021

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Dom Colmé, « La musique pour la musique »

Avec Dom Colmé, c’est une histoire de rencontres. Une amie me présente un ami, qui devient un ami et me parle d’un ami… Et voilà que je me retrouve quelques mois plus tard dans un café de Metz, pour le concert anniversaire de Dom. Au-delà de son talent, que j’avais déjà pu constater entre temps en allant écouter son travail, j’ai découvert un artiste d’une énergie rayonnante et d’une générosité rare. Il y a quelques jours, autour d’un café, il m’a parlé de ses projets, de la musique, mais aussi de sa vision sur le fonctionnement actuel du milieu musical. Une discussion passionnante avec un artiste passionné qui soulève bien des points et des questions importantes. 

Dom Colmé
Photo: MH Blanchet

Hexagone: Tu as sorti un EP Le Terrain d’ébène fin 2014. Peux-tu nous parler de cette chanson, et d’où tu en es dans ton projet musical ?
Dom Colmé: Le terrain d’ébène, quelque part c’est la naissance de ma personnalité en tant que chanteur-guitariste-compositeur. Avant j’ai fait des chansons qui n’étaient pas trop mal, mais je n’arrivais pas à aller plus vite que la chanson, pour la regarder du dessus et la maîtriser. J’avais tendance à courir après. Et les gens la recevaient avant même que j’aie eu le temps de la valider vraiment. À partir de là, c’est une fenêtre qui s’est ouverte pour moi. Les nouvelles chansons pour mon prochain disque sont des chansons qui existent par le fait que j’ai ouvert cette fenêtre. La fenêtre d’accepter ce que j’aime dans mes chansons, et d’accepter d’abord de le comprendre et de le travailler avant de le donner. Quand comme moi, tu es quelqu’un qui fait beaucoup de scène, tu as beaucoup de gens qui aiment ce que tu fais à travers la rencontre qu’ils ont eue avec toi ce jour-là, souvent dans des petits lieux. Donc ce sont des rencontres hyper émotionnelles. Après, ils ont du mal à retrouver sur les disques cette émotion « face à face ». Un disque, ça ne se comporte pas comme ça. Les live, c’est un peu comme du théâtre. Ton corps, ton sourire, ton regard, tes soucis, tout ça, ça transparaît et ça aide à faire oublier aux gens que la chanson est plus ou moins bonne. En live, c’est toi qui es plus ou moins bon. Sur le CD, si c’est mal écrit, le résultat n’est pas bien.

Hexagone: Est-ce qu’une de tes chansons à une place spéciale pour toi ?
Dom: Avant les nouvelles chansons que je suis en train de faire aujourd’hui qui sont à mon avis des chansons charnières et qui vont marquer un tournant majeur dans ma perception de la musique, je pense au Terrain d’ébène. Cette chanson a été une fenêtre pour moi. J’ai mis 6 mois à faire cette chanson. Il a fallu longtemps, parce qu’il a aussi fallu que j’accepte d’être le gars qui va chanter ça. Faire une chanson, ce n’est pas seulement faire une chanson. C’est aussi accepter de la porter. Je travaille avec des co-auteurs. Sur celle-ci j’ai travaillé avec Daniel Hesse. Mon monde musical a croisé cette chanson parce qu’on m’attend toujours sur de la funk, de la soul, de la musique groovy, avec des cuivres, le sourire jusqu’aux oreilles, le soleil, etc. Toutes ces choses-là me collent à la peau, mais il ne faut pas que ça m’enferme dans la création. Dans la création, je me laisse aller à des trucs, et j’accepte ce qui arrive. Et là je suis tombé sur une émotion qui vient de quand j’étais vraiment jeune. Les premiers groupes que j’ai faits, on faisait de la musique baba cool. Neil Young, Pink Floyd, de la musique planante. La musique qui m’a vraiment fait kiffer au départ, c’était vraiment ça. C’est marrant de retrouver ça aujourd’hui. Cette chanson, c’est la fenêtre sur mes tout débuts. Et j’ai réussi à faire une chanson aboutie, de l’émotion complètement non aboutie sur laquelle j’étais quand j’avais 14ans. Revivre ses amours de jeunesse et arriver à les aboutir, il n’y a qu’en art qu’on peut faire ça. En art, tu peux avoir 14 ans plus ta maturité.

Terrain d'ébène
Crédit: Jean François Mougenot

Hexagone: Tu travailles en binôme pour tous tes textes ?
Dom: Oui, j’ai longtemps été en binôme avec Gilles Victor, qui est un merveilleux auteur avec qui j’ai travaillé pendant une bonne dizaine d’années. On a fait pas mal de belles choses ensemble. Aujourd’hui, je m’ouvre à plusieurs auteurs différents. J’ai atteint une certaine maturité dans la création d’une chanson. Je travaille avec des fabricants de mots, d’expressions, des gens qui ont un univers. En ce moment je travaille avec une fille qui m’épate. On travaille en direct, comme en cuisine ouverte. Je viens avec 3 phrases, que j’ai repérées dans un des 11 textes qu’elle m’a envoyés. Les 3 phrases fonctionnent déjà, je les chante. J’arrive chez elle, j’ai déjà toute la sensibilité de ces 3 phrases. On construit la chanson ensemble. Elle cherche comment continuer de lui donner du sens en conservant la couleur sonore du texte. On progresse ensemble, et on finit la chanson au bout de 6 heures de travail côte à côte, moi avec la guitare qui était une machine à demander, à proposer, à reprendre, et elle pareil, avec son univers textuel. Je suis hyper content d’arriver à faire ça aujourd’hui. J’en suis là et je suis hyper ouvert à toute collaboration.

Hexagone: Quels sont tes projets pour les prochains mois ?
Dom: Cette année j’ai décidé de me tourner un petit peu vers les lieux de musique actuelle. Je n’ai jamais trop été attiré par l’institutionnalisation de la musique et des musiciens, mais quand comme moi, on a fait 15 ans de café-concert, club et guinguette, quand on a fait tout ce que j’ai fait, je pense qu’on peut se dire que changer un peu son fusil d’épaule ça ne va pas faire de mal. Je me suis mis en relation avec Le Gueulard +, qui est un lieu de la région, mais aussi avec L’autre Canal et La Souris Verte, pour essayer d’avoir un accompagnement. Là, j’ai été à La Souris Verte début avril, pour faire 4 jours de résidence avec le travail d’un nouveau set dans lequel nous avons intégré des inédits que l’on avait jamais joués. Et en plus, on avons récupéré tous les fichiers du concert du 7 avril pour proposer un live, qui sortira en support CD. J’ai aussi fait revenir des chansons qui étaient dans le premier album qu’on ne peut plus trouver aujourd’hui. Il y a des concerts et des festivals de prévus, on peut trouver toutes les dates sur mon site.

Hexagone: Dans quelle formule vas-tu jouer ?
Dom: Ça sera en solo, qui est une formule que je vais beaucoup développer. Ça va bientôt être la forme numéro un de ma prestation. Le solo a ça de bien qu’il rapproche l’artiste de sa création. Quand je suis en solo, je me retrouve avec mes chansons. Je n’ai pas mes copains, mais j’ai mes chansons. Quand tu as tes copains, tu partages avec eux autour des chansons, mais quand tu n’as personne avec qui les partager, tu fais tes chansons. Tu peux continuer de tailler et de peaufiner le diamant pour qu’il soit encore plus joli, plus limpide et plus lisible. Tu vois beaucoup plus les erreurs de tes chansons quand tu te retrouves tout seul avec ta guitare devant 500 personnes. Tu vois où les gens te quittent et où les gens accrochent. Ça te permet de savoir, à l’intérieur de la composition où tu trouves dans le rapport avec le public. 


Hexagone: Tu as deux albums en préparation, un live et un studio. Quand prévois-tu leurs sorties ?
Dom: Un live 7 titres devrait sortir pour la rentrée en septembre. L’album lui, plutôt pour le printemps 2017. Le live, ce n’est pas un objet de promotion, c’est plus un cadeau que j’ai envie de faire à la sortie des concerts et sur ma boutique, pour les gens qui m’apprécient et me suivent. J’ai envie de leur apporter quelque chose à mettre dans leur « machine à plaisir ». Je vais certainement mettre un ou deux inédits sur le live pour faire le lien, sans tout dévoiler. 

Dom Colmé
Photo: MH Blanchet

Hexagone: En plus d’être chanteur, guitariste et compositeur, tu es totalement indépendant pour la gestion et le développement de ton projet. Comment gères-tu tout ça ?
Dom: C’est une merveilleuse vie que celle de chanteur-guitariste-compositeur. C’est une vie qui ne cesse de se régénérer. Un peu comme dans les jeux vidéo, on te redonne de la vie. Des fois tu es à zéro, ça commence à clignoter, et puis tu trouves un petit coffre-fort. Et le coffre-fort, ça peut être aussi tout simplement un petit coffre-fort que tu avais à l’intérieur de toi-même que tu as réussi à ouvrir. Ce regard qu’on a sur soi-même et qui permet de faire des choses. Moi, je suis complètement indépendant. Je suis manager, je suis tourneur, je suis booker, je suis auteur, je suis compositeur, je suis interprète. Ce n’est pas un choix, c’est par défaut, comme pour beaucoup. À l’instar des petits artisans, je ne peux pas embaucher. Se rapprocher de tourneurs ou bookeurs professionnels, je le fais de temps en temps, mais c’est un peu le chat qui se mord la queue. Quand on se retrouve devant une boîte de booking qui pourrait éventuellement vous booker, il faut avoir un projet éditorial, donc, un label et une petite représentation médiatique. Donc il faut avoir une, deux, trois chansons, un projet disque, un projet disque signé dans un label, avec une communication sur cet album, sur cette chanson. Et tout ça, ça coûte beaucoup d’argent. C’est toute la souffrance des artistes indépendants qui, ou baissent les bras, restent dans leur chambre à attendre que le téléphone sonne, et il ne sonnera pas ,ou prennent en main leur vie, et en prenant leur vie en main, ils gèrent tout. On me dit que je suis un des seuls qui tourne encore avec des musiciens. On me demande comment je fais parce que tout le monde sait qu’il n’y a plus de sous pour faire ça, et je le sais aussi bien que tout le monde. Si je me séparais de mes trois musiciens et que j’utilisais ce supplément de finances pour engager quelqu’un, il s’occuperait uniquement de me booker, de me manager, de faire en sorte que mes affaires marchent, que mon travail évolue et que je puisse jouer le nombre de fois qu’il faut pour avoir mon statut d’intermittent, et aussi dans des lieux qui me font évoluer. Il faudrait que je fasse un duo avec quelqu’un qui ne fait que ça. Moi le musicien, et lui le manager. Quid du développement artistique… C’est quand même un peu dommage quand il faut virer tous ses musiciens pour se payer un manager. C’est pour ça que j’ai toujours fait le manager tout seul.

Hexagone: C’est un handicap artistique finalement ?
Dom: 
J’espère que ça va s’arrêter un jour, parce que je perds mon temps de création. Si j’avais le temps, je serai à 11-12 morceaux par an, et là je suis à 3-4 morceaux par an. Ce n’est pas pour rien. C’est uniquement parce que je fais quatre mois et demi de booking derrière mon ordi tous les ans pour survivre. C’est pour ça aussi qu’on entend parler de moi et que je suis toujours en vie professionnellement parlant. Vu mon niveau de travail aujourd’hui, je pourrais presque avoir envie d’engager un chanteur pour me remplacer (rires !!). Il y a les réseaux sociaux aussi. Il faudrait quelqu’un pour s’en occuper parce que c’est chronophage. Ça prend un temps de malade.J’essaie d’avoir la bienveillance, la politesse et le rapport humain le plus sincère et le plus précis avec chacun de ceux qui me contactent. Quand on m’écrit, je réponds. Toute personne sur les réseaux sociaux est une vraie personne, qu’on doit respecter en tant que telle.


Hexagone: Le milieu a changé ?
Dom: 
Je viens de l’alternatif, je chante depuis longtemps.Quand j’ai commencé, c’était à la Mano Negra. On y va, on chante, on rigole, on est 9, on est payé 1000 francs, mais c’est cool, avec un peu de chance on s’achètera des Marlboro. La vie, c’était ça. Qu’est ce qu’on a pu rigoler ! Je ne suis pas dans le « c’était mieux avant », ce n’est pas l’idée, mais c’était vraiment différent et c’est sûr que c’était beaucoup plus charnel et vivant. Vivant dans le sens du ruisseau qui trouve toujours un chemin quand il est bloqué pour passer. Cet esprit de la vie trouve toujours un petit chemin pour continuer à s’exprimer. Aujourd’hui, il y a des moments où tu te demandes si ce n’est pas bouché au niveau du chemin. On est sur des canaux qui sont tellement resserrés, des autoroutes de communication qui sont devenues en fait des gros câbles avec des milliers de fils. C’est compliqué quand tu es le petit fil, qui est à l’intérieur du fil, qui est lui-même à l’intérieur du câble, qui est dans la gaine… D’ailleurs, je suis peut-être le seul, mais je plains les jeunes qui font de la musique aujourd’hui. Je plains ceux qui font de la musique comme je l’ai fait, c’est-à-dire qui partent avec une guitare pour faire rougir les filles et s’éclater, danser, s’amuser. Je tourne minimum 50 dates par an et des jeunes, il n’y en a plus beaucoup sur la route. Il y a pas mal de jeunes qui font de la musique, mais pas sur la route, il n’y en a pas beaucoup parce qu’ils peuvent tout faire avec leur iPhone. Et comme ils peuvent tout faire avec leur iPhone, ils restent dans leur chambre. Peut-être que le niveau de création est important mais que dire de l’expérience,le voyage,la vie quoi ?… L’esprit du marin qui prend le bateau et qui s’en va, qui ramène des épices de l’autre bout du monde. Aujourd’hui tu passes de ta chambre à sortir ton album et à te prendre pour une star sur ta photo hyper réussie avant même d’avoir poussé les portes d’un lieu où on joue en vrai..

Dom Colmé
Photo: MH Blanchet

Hexagone: Comment vois-tu l’évolution de la musique?
Dom: L’évolution de la musique, c’est un peu comme l’évolution des grands commerces. On a tendance à remplacer des caissières par des machines, les gens qui déchargent les camions par des machines, et tout est comme ça. Les musiciens d’aujourd’hui, je n’arrive plus à localiser ce qu’ils transportent comme message. Aujourd’hui tout est devenu produit de consommation. C’est grave à dire, mais c’est vrai. Alors on peut consommer un artiste, on peut consommer un artiste en live, on peut consommer sur Deezer, etc… Ca aussi c’est quand même un monde. Si j’ai 10 000 écoutes de ma chanson sur You Tube, je vais toucher 5,68€. Je fais une chanson, je passe 6 mois à bosser pour la faire, je détruis ma vie pour la faire, après je reconstitue ma vie grâce à elle, mais ce n’est pas innocent. Dans la vie de tous les jours, c’est quand même parfois très déstabilisant. Au final, après tout ce travail, environ 3 ans de travail pour avoir 12 chansons, si tu fais 1 000 000 de vues, on va te filer 568€… Alors tu fais 10 000 vues et c’est déjà pas mal, c’est que tu vis, que tu as une existence, que tu es apprécié par des gens et que c’est réel.

Hexagone: j’imagine que c’est frustrant pour l’artiste ?
Dom: 
Je suis pas mal déçu par tout ça, et aussi du comportement de la plupart des gens. En même temps, tout ça, on l’a mérité. Nous autres, artistes,depuis des dizaines d’années, on s’est gavé, on s’est fait des salaires de nababs voire de princes saoudiens et ne parlons pas des maisons de disques de tous ces grands artistes qui ont baigné les années 80-90. Les grands et les moins grands d’ailleurs. Résultat des courses, ça n’a pas plu au peuple. Il n’a pas apprécié ce comportement-là. J’ai vu  l’électro et la techno, à la fin des années 80 et début 90 arriver comme une sanction au comportement ultra-capitaliste des artistes et de leur maison de disques La sanction, ça a été que ce mouvement a imposé qu’il ne devait plus y avoir personne à regarder .La star devenait tout a chacun,le danseur au milieu de la piste.. Ras le bol d’adorer un mec qui prend ton pognon, qui te met par terre, et qui se fait des marges de nabab sur ton dos. J’étais déjà là, et j’en avais marre de ça. Je pense que le mouvement techno c’est ça, c’est le mouvement où la star, c’est le public. Là-dessus ils ont eu raison, c’est un vrai coup de poing. Ce n’est pas le même que celui des punks, c’est une autre forme, c’est un coup de pied dans la fourmilière. Les punks, quand ils sont arrivés fin 75, c’était anti-hiérarchie, anti grandes stars. 10 ans après, c’étaient des méga stars avec des méga gros salaires qui se sont comportées exactement comme les autres. Plein pot dans l’industrie musicale, pas de redistribution, comportement médiéval. De toute manière, le métier de la musique n’est pas démocratique, c’est totalement médiéval. Il y a ceux qui sont en place depuis toujours, et qui ne laissent rentrer dans la place que leurs frères, sœurs, cousins, belle-sœur, etc. Et ne parlons pas de tous ces télé-crochets où on fait chanter des jeunes depuis 10 ans. On fait chanter des jeunes qui chantent bien à la télé, mais qu’est ce qu’ils chantent ? C’est ça la question. Ils chantent des chansons du répertoire du catalogue des chansons qui sont signées par des artistes et des éditeurs depuis 30-40 ans. Du coup, c’est encore une fois les mêmes à qui retournent tout ce qui est généré comme droits. Maintenant il y a le monde du numérique, du téléchargement, et du coup tout s’écroule. Les gens n’ont plus de respect pour tous ces artistes qui se sont fait de trop grosses marges en vendant leurs albums 30€ a des gens qui n’avaient pas assez de sous pour finir le mois et qui les adoraient. Aujourd’hui les mêmes vendent leurs albums 9,99€. On voudrait bien savoir comment ça se fait que les prix ont baissé de 2/3.

Dom Colmé Visuel train 1
Photo: Jean François Mougenot

Hexagone: Pour toi, quelle est la place de la musique dans la société d’aujourd’hui ?
Dom: La place de la musique aujourd’hui, c’est justement celle qu’elle a aujourd’hui entre toi et moi. C’est celle de l’extrême proximité. Pour moi c’est ça. Ça fait plus d’une dizaine d’années que j’estime que je suis comme les AMAP pour les fruits et légumes, comme les épiceries participatives, toutes ces belles choses qu’on voit en ce moment naître, où les gens se donnent la main, se serrent les coudes, se débrouillent entre eux et finalement mangent mieux, consomment mieux, se rencontrent et vivent mieux. Moi, je m’inscris tout à fait là-dedans. Pour moi, la musique aujourd’hui, c’est toi, c’est moi. Je suis chanteur, toi tu veux que je chante, alors je chante pour toi, et tes amis. Je n’aurais pas moins de respect pour une personne qui m’invitera à chanter dans son appartement que pour Cali qui va me faire jouer devant 2000 personnes. Pour moi il n’y a plus de différence. Pour moi tout le monde doit être respecté les yeux dans les yeux. Je pense que c’est aussi pour ça que je survis. Les gens peuvent se reconnaître en moi comme quelqu’un qui ne veut pas voir tout disparaître.

Hexagone: Le musicien, l’artiste serait-il le dindon de la farce ?

Dom: Non. Certes le pont-levis est baissé, et le château médiéval ne sera pas attaqué mais je conseille à tous les gens qui débutent et qui veulent faire de ce métier leur vie comme moi : en 1, un petit break, en 2, une petite sono, en 3, travailler un répertoire puis aller écumer tous les cafés de France et de Navarre. Et quand vous aurez fait ça, vous reviendrez avec une patine comme les beaux vieux cuirs, et là, il sera bien temps de vous présenter aux instances. Qui d’ailleurs généralement vous jetteront parce que vous avez déjà été trop utilisé. Je ne vois pas le mal partout, mais il y a quand même énormément d’ironie et de cynisme.. En plus, on donne à des gens qui ne connaissent presque rien de la musique des responsabilités de directeur artistique tout frais sorti des écoles de commerces . Pour eux, la musique elle commence avec les Cure (rires!!).C’a fait quand même un peu court si je peux me permettre. Au niveau de l’histoire de l’art, ça ne commence pas là… Quid du gospel, du jazz,du blues des musiques métisses et folkloriques… D’ailleurs pour moi, le niveau global de la musique qu’on nous sert, pas celle qui existe, celle qu’on nous sert, baisse. Avant on nous servait des trucs qui tuaient, avec des belles mélodies et des belles chansons. Au moins, on avait les Pink Floyd, on avait des œuvres majeures. Moi je cherche celles d’aujourd’hui. Je voudrais bien savoir celles qui vont rester dans 25, 30 ou 35 ans.

Hexagone: Qu’est ce qui te donne envie de continuer la musique malgré tout ça?
Dom: Ce qui est beau dans un métier, c’est la profondeur d’où il vient : quoi, comment, l’histoire de l’art. Moi ce qui m’intéresse, c’est l’art pour l’art, la qualité pour la qualité, la musique pour la musique. Je suis un musicien en devenir qui veut évoluer et évoluer. Ray Charles disait « Après tout ce temps-là, quand je pense tout ce qu’il me reste à faire… » Il avait 70 ans. Et, il était bien loin devant moi. Tu vois ce qu’il me reste à faire pour aller jusqu’à lui. Un musicien pour moi a un rôle social. Il ne suffit pas d’être le musicien du roi. Tous les musiciens ont un rôle social. Il y en a qui s’emparent de ce rôle et qui considèrent que c’est le but et le moyen. J’en fais partie. Mon but, c’est ce que je fais depuis 15 ans. Mon but est dans mon action. Pour moi, aller jouer demain dans un club à 600 bornes pour des nèfles avec 4 jolies filles, 3 garçons, un monsieur en mauvaise forme, et un patron de bar de mauvaise humeur, pour moi c’est le but ultime. Parce qu’il n’y a pas d’autres choses. Le monde se sépare en deux catégories, ceux qui le font et ceux qui ne le font pas. Si je vais chanter devant 30 personnes, et que je leur apporte le bien-être ne serait-ce que pendant 25 min, que je leur fais oublier les souffrances de leur vie pendant 15 minutes, que je les aide à traverser la rivière avec ma petite barque,alors je deviens un« passeur d’émotions » C’est ça mon rôle.

Dom Colmé
Photo: MH Blanchet

Hexagone: C’est le conseil que tu donnerais à la jeune génération ?
Dom: 
Si j’ai un conseil à donner aux jeunes artistes, c’est surtout qu’ils ne se laissent pas enfermer .Fuir les belles paroles de la « nomenclature » qui de toute manière ne lâchera pas le moindre centime ni la moindre miette à leur égard. Qu’ils prennent leur guitare et qu’ils aillent jouer partout, en France, en Europe, dans le monde. Si tu veux faire de la musique, sois un grand voyageur. Je ne sais pas si tu réussiras dans la musique, mais tu réussiras ta vie. Et il faut écrire des chansons, écrire des chansons et écrire des chansons. Même quand plus rien ne va, il faut retourner sur la planche et écrire des chansons. Parce que c’est ça qui, demain, te donnera la possibilité de survivre.Tu es le jardinier . À un moment donné tu dois protéger tes graines pour pouvoir espérer une récolte l’année d’après. Le travail à protéger ses graines est aussi important que celui d’arroser ses plants. Il faut anticiper, c’est important. On est toujours en décalé. Quand les gens découvrent mes chansons, moi je n’en peux plus. Je suis passé par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Je les ai aimées, adorées, haïes, plus supportées, jetées, réintégrées… Je pense que c’est pareil dans tous les milieux artistiques. Ce qui me donne envie de continuer la musique, c’est les gens. J’ai joué il y a deux semaines dans un tout petit village, dans un tout petit café hyper sympa.Il y avait 45 personnes. Je pense que c’est un des meilleurs concerts de ma vie, alors que j’étais là sur du carrelage avec derrière moi des pubs pour des apéritifs. J’ai emmené les gens du début à la fin, ils n’ont jamais décroché, ils étaient dans l’émotion complète. À la fin, on s’est tous serrés fort, comme si on était un petit village qui résistait. Ils ont commencé par se serrer fort entre eux, puis ils m’ont serré fort. C’est ça qui était beau. Je suis rentré à la maison, et j’ai eu un message « Je viens te voir à ton prochain concert, on va te suivre partout. On écoute ton disque Le Terrain d’ébène en boucle et cette chanson est devenue la chanson de notre couple. On te remercie pour tout ça. ». Qu’est ce que tu veux demander de mieux à la vie ? C’est des choses qui ne s’achètent pas. C’est ça la vraie richesse.

Hexagone: Qu’est ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?
Dom: Rien de plus que ce qui se passe aujourd’hui. Des belles rencontres, chanter, être apprécié, être demandé, continuer à chanter, être dans des rapports humains honnêtes et droits, de trouver ma place encore plus. On peut me souhaiter bon vent ! Comme un voilier qu’on a déjà mis à flot.

Hexagone: Peux-tu citer 1 ou 2 artistes que tu apprécies et que tu conseilles d’aller découvrir ?
Dom: Tout le monde connaît Jean-Roch Waro ! Mais au cas où il y en aurait encore qui ne le connaîtrait pas, pour moi c’est vraiment un artiste extrêmement brillant et au-delà de ça quelqu’un que j’aime beaucoup. C’est un très bel artiste et une très belle personne. J’aime aussi beaucoup Hoboken Division. C’est un groupe de Nancy, ils sont deux, une chanteuse Marie Rieffly et un guitariste Mathieu Cazanave, et ils font du blues. Mais ils ont apporté au blues quelque chose. Ils amènent un côté rude, avec des grosses machines par moments, avec une chanteuse qui a une voix merveilleuse et cristalline. Ils sont d’un très bon goût, et pour moi, ils apportent quelque chose au blues. 

Hexagone: Tu veux ajouter quelque chose ?
Dom: Du 5 au 7 mai, je serai à Vernet-les-Bains pour le Festival Pascale Fayet qui est organisé par Cali et son équipe, en hommage à une amie partie trop vite. C’est un bel événement auquel je suis très heureux de participer. Je présenterai mon travail le premier jour, gratuitement au milieu du village, puis je ferai la 1ère partie de Tcheky Karyo le samedi dans la grande salle du Casino.


Retrouvez toutes les dates de concerts de Dom sur www.dom-colme.com


Dimoné : nouveau clip en avant-première sur Hexagone, sortie vinyle de « Bien hommé mal femmé »

Le dernier album de Dimoné, Bien hommé mal femmé est sorti en octobre 2014. Tu t’en souviens probablement, on n’a pas tari d’éloges à son endroit et je vais même t’avouer un truc : c’est très probablement l’album toutes catégories confondues que j’ai le plus écouté en 2015 ! Une bombe ce disque !

Et voilà qu’à l’occasion du Disquaire Day, le 16 avril, c’est à dire demain, l’album paraît en vinyle. C’est une très très bonne nouvelle pour les collectionneurs – certes – mais surtout pour les amateurs de beaux sons, bien chauds, bien ronds. Et puis, ce n’est pas tout. Sache que pour l’achat du vinyle, tu auras une petite carte dedans avec un code qui te permettra de télécharger 3 remix. Quels morceaux ? Ok, je te le dis. Chutt chutt shut up remixé par Denis Cassan, Soiñons nos rêves remixé par Sorek et Maquille-moi remixé par Fiasco Bang Bang. Et c’est vraiment une réussite.

Comme deux bonnes nouvelles peuvent en apporter une troisième, Hexagone a le plaisir de te présenter ci-dessous, en avant-première, le tout nouveau clip de Dimoné. C’est Soiñons nos rêves et il est réalisé à nouveau par l’excellent Renaud Papillon Paravel.


Hé V’nez les Potes ! C’est le Festival Printival du 20 au 23 avril !

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Comme l’an passé, je viens te parler de ce festival que j’apprécie : ce sera ma sixième année consécutive de présence in-extenso, sur les quatre jours ! Et cette année, le Printival a choisi Hexagone parmi ses partenaires. Aussi j’ai eu le plaisir d’échanger avec Dany Lapointe, la directrice du festival et nous allons, ensemble te présenter la belle programmation et les principales caractéristiques de cette édition.

La programmation, détaillée sur le site du Printival, se décline par moments. Les Printi’ Soirées au Foyer des campagnes : trois soirées en co-plateau plus une carte blanche pour clôturer. Les Printi’Mises en bouche à 19h plutôt orientées jeunes artistes et découvertes bénéficient du bel écrin du théâtre de Pézenas.  Les Printi’Gratis à 12h offrent trois concerts gratuits, au coeur du centre historique sur la place Gambetta en face du… musée Boby Lapointe. Sans oublier les Printi’ Mômes et ses deux concerts jeune public.

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Photo : David Desreumaux

Honneur aux Printi’ Soirées. Des artistes singuliers, de grande qualité musicale, avec  des univers particuliers. Dany Lapointe nous parle de Mouss et Hakim : « Pour leur Carte blanche le samedi, ils ont eu envie, comme fil rouge, de proposer des chansons de Boby Lapointe. En tant que parrains cette année, ils sont vraiment très impliqués. Et pour la première fois il y aura une rencontre avec le public le jeudi à la médiathèque. » Ces soirées Carte blanche, conçues spécialement, avec une seule représentation ont souvent un charme particulier. Le mercredi c’est « un co-plateau entièrement féminin et inédit pour l’ouverture sur le festival : Carmen Maria Vega et Clarika», précise Dany.  Deux artistes à la forte personnalité, qui viennent présenter leur nouveau spectacle. Je me souviens de Carmen Maria Vega, magnifique découverte en 2008, d’un petit bout de femme, à la voix superbe, à l’interprétation gouailleuse et à la forte présence sur scène, à l’époque en trio plutôt swing. Je l’ai vu remporter ensuite les découvertes Alors Chante. Depuis elle n’a eu de cesse de changer de répertoire, voire de style, comme avec son second album, Du chaos naissent les étoiles, puis son spectacle Boris Vian et enfin avec la comédie musicale sur Mistinguett. Impatient donc de découvrir UltraVega, nouveau spectacle et album à venir. Impatient aussi de découvrir le nouveau spectacle de Clarika, peut être mon artiste préférée sur scène. Un grand coup de cœur à chaque spectacle, comme l’été passé au festival de Concèze pour une prestation type best-off de son répertoire (cf. photo ci-dessus) accompagnée par l’orchestre Découvrir qu’elle… découvrait.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Le jeudi, un triple plateau. Et trois univers. D’abord K ! dont Hexagone t’a beaucoup parlé récemment sur Paris et sur Toulouse. Karina Duhamel et son univers très personnel, auteur, chanteuse, bidouilleuse de sons et de mélodies. Puis le trio toulousain « ovniesque » Orlando très free, intriguant et décapant. Pour Jehan et Lionel Suarez, Dany Lapointe informe que « c’est une façon d’accueillir un magnifique interprète et un superbe accordéoniste et de pouvoir rendre un hommage à Allain Leprest que l’on aime beaucoup ici et qui était venu il y a quelques années au Printival. » Ce superbe spectacle  Leprest, Pacifiste inconnu reste pour moi un des deux grands concerts du récent Festival Détours de Chant. Vendredi, une soirée plus rock avec Radio Elvis et La Maison Tellier.  La directrice du festival précise que ce sont deux groupes qu’elle apprécie « particulièrement tant humainement qu’artistiquement et nous sommes ravis d’avoir pu les réunir. Radio Elvis, un groupe jeune qui monte, vraiment très chouette et qu’on croise régulièrement dans les festivals. La Maison Tellier, c’est une valeur sûre, déjà accueillie ici et je trouve que leur dernier album Avalanche est superbe. » 

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Ensuite Les Printi’Mises en bouche. Jeudi Imbert Imbert et vendredi Sages comme des Sauvages.  « Les deux spectacles au théâtre, je ne les imaginais pas ailleurs. Ils réclament une proximité et une écoute attentive », confie Dany Lapointe. Puis pour Imbert Imbert qui se produit en duo de contrebasse avec Stephen Harrison elle constate que les deux artistes « se sont vraiment trouvés : un beau duo. Physiquement et à la manière de jouer de la contrebasse vraiment différente. Stephen a cette espèce de folie qui entraîne Mathias en nous faisant sourire. Cela allège l’ambiance des textes, parfois durs, mais qui gardent leur puissance. » Pour le troisième concert « Au foyer des campagnes, le samedi c’est plutôt un groupe festif. Cette année, ce sera La Caboche un groupe de par chez nous, que l’on suit, qui mélange rock valse musette et festif », conclut-elle.

Le Printi’Gratis. Le jeudi Suissa artiste que je ne connais pas mais Dany Lapointe vient à ma rescousse : « C‘est un  groupe de Rhône-Alpes qui mélange chansons et musiques du monde. Des rythmes assez entraînants et je pense que cela va guincher sur la place Gambetta. La place est tellement belle, c’est sympa de pouvoir faire des concerts dans ce cadre. »

Photo Michel Gallas
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Le samedi Strange Enquête, tchache et contrebasse, souvent vu sur Toulouse. Et le vendredi Rue de la Muette, présenté dans le cadre du dispositif Passerelle que Dany t’explique : « Comme l’an passé, on a mis en place une passerelle avec les festivals Chantons sous les Pins et Pause Guitare. Je choisis un artiste, cette année Zob, première partie de Mouss et Hakim, qui est allé jouer en mars à Chantons sous les pins et qui participera en juillet au tremplin découverte de Pause Guitare. Chantons sous les toits envoie ici Rue de la muette, et Pause guitare K ! Ce dispositif me permet de soutenir un artiste de la région : il va jouer sur trois festivals, être vu par d’autres professionnels, et toucher un autre public. » Sur la programmation, elle dit son attachement à un ancrage de proximité et précise qu’elle tient « chaque année à avoir un tiers de la programmation qui vient du Languedoc Roussillon. Il se trouve que pour cette édition, la programmation contient a peu près 50% d’artistes de la nouvelle grande région en ajoutant Midi-Pyrénées. »

Quand je lui demande un fait marquant de cette édition, en dehors de la programmation, elle se réjouit : « C’est La remise des prix de l’académie Charles Cros.  On a aussi l’assemblée générale de la fédération des festivals qui va se tenir durant le Printival. Et les institutions continuent à nous soutenir pendant cette période délicate pour les festivals. Nous sommes très contents de cette belle reconnaissance professionnelle et institutionnelle. C’est tout un travail de plusieurs années qui est récompensé. »  

Photo Michel Gallas
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En dehors de la programmation, voici les Printi’ Fantaisies  : animation musicale, émission radio et journal du festival.  Je demande des nouvelles de la B.I.B.L.E  (Brigade d’Intervention Boby Lapointe Éphémère) d’Hervé Lapalud interviewé l’an passé. Dany confirme que « Lapalud et Mathis, sont toujours là, bien sûr. Ils refont les visites guidées musicales, les vendredi et samedi, une promenade atypique de la ville autour de sculptures inspirées de l’univers de Boby Lapointe et avec ses chansons. Cela plaît beaucoup. Et puis ils nous préparent d’autres surprises comme à leur habitude. » Je dois citer aussi Hé V’nez les Potes !, une émission radio quotidienne en direct, qui reçoit les acteurs de ce festival, avec chanson en « live » et entretien avec les artistes. Emission ouverte au public, à la terrasse d’un café, animée, entre autres, par René Pagès de Radio R’d’Autan, autre spectateur assidu des concerts toulousains du Bijou et de Chez ta mère. L’hélicon ! le journal satirique quotidien du Printival croque l’actualité du festival.

J’aime bien cette belle petite bourgade à l’accent du Sud, avec ses rues fraîches et ses artisans d’art,  avec son marché typique du samedi matin, d’autant plus qu’à partir du 20 avril c’est (presque) toujours sous le soleil. J’apprécie mes trois premiers concerts en plein air de l’année. Le Printival c’est une organisation à taille humaine et une superbe ambiance : alchimie réussie de convivialité, de proximité et d’amour de la chanson. Cela commence dès l’inauguration, dans un jardin public : quelques mots des officiels mais surtout l’habituel apéro, bien fourni, et une animation musicale. Des tarifs accessibles : le pass V.I.P (Very Important Printivalier) est à 61 euros pour les 15 artistes et groupes. En synthèse, 4 jours de plaisir. Toulousain, Montpelliérain, Biterrois, Parisien ou francophone en vacances dans le coin, allez viens faire un tour par Pézenas et son Printival !

L’an passé tu as eu droit à un article d’annonce, trois articles de reportages décrivant les concerts de chaque journée et une interview. Cette année, Hexagone va t’en donner plus. Il est même question de jeu et donc de cadeaux. Reste connecté. Et  vivement le 20 avril !


Le festival Printival Boby Lapointe à Pezenas (34) du 20 au 23 avril.

Christopher Murray, une chanson française aux sonorités anglo-saxonnes

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C’est Anne Sylvestre qui a fait de Christopher Murray le chanteur qu’il est devenu. Et il chante aujourd’hui les chansons d’Anne dans un spectacle qu’il a monté avec ses amis, mais il chante également ses propres chansons. Son 4ème album, D’un océan à l’autre, est sorti en 2012. Agend’Arts, la salle lyonnaise, lui a proposé 3 soirées en avril. Une belle occasion de faire connaître son répertoire et d’inviter de nombreux amis à partager la scène avec lui. Je l’ai rencontré récemment et nous avons longuement échangé sur son parcours musical et ses métiers d’enseignant et  d’auteur-compositeur-interprète.

Photo Niko Rodamel
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Hexagone : Quel a été ton parcours dans la musique ?
Christopher : Mon intérêt pour la chanson remonte à un fait très précis : j’avais 11 ans et ma marraine m’a emmené un jour avec sa bande de copains assister à un concert d’Anne Sylvestre. Dans la salle j’étais le seul gamin, mais je voyais bien que les adultes étaient intéressés et riaient. Je ne comprenais pas tout, loin de là, mais ça m’a plu, et à partir de ce moment-là, j’ai acheté des disques d’Anne Sylvestre, puis d’autres chanteurs de ce type de chansons. J’écoutais aussi beaucoup de musique anglo-saxonne car mon père est sujet de Sa Très Gracieuse Majesté. C’était surtout Dylan, Cohen, Graeme Allwright, etc. De la musique classique aussi. J’ai connu ensuite au lycée un prof de musique plutôt dynamique. Il a vu que je jouais du piano, que je passais déjà beaucoup de temps à composer et à explorer tout seul la musique, que je me débrouillais pour « repiquer ». Alors il m’a proposé d’accompagner son choeur de collégiens, ce qui m’a mis le pied à l’étrier et permis de démarrer un deuxième instrument, la guitare. Comme beaucoup d’ados j’avais un besoin viscéral d’apprendre, d’explorer, de faire de la musique avec les autres. Ensuite j’ai créé mon propre ensemble de lycéens, choeur et orchestre, que j’ai dirigé pendant 6 ans en réalisant tous les arrangements, toujours sur un répertoire de chansons francophones.

Hexagone : Tu n’es pas vraiment un autodidacte en musique ?
Christopher : Je ne suis pas seulement un autodidacte puisque j’ai fait des études de musicologie. J’ai fréquenté plusieurs conservatoires, mais pour moi il a toujours été nécessaire de « mettre les mains dans le cambouis », d’y injecter concrètement ce que j’avais appris. Ce qui fait qu’au conservatoire je n’ai jamais cherché à obtenir de médailles, mais j’y ai suivi des cours d’écriture, d’analyse, de chant, de piano-jazz, par pure curiosité. Puis je suis arrivé au CAPES et j’ai démarré une carrière de prof de musique, mais au bout de 4 ou 5 ans, le besoin de faire de la chanson est revenu me titiller. J’ai donc décidé de m’y mettre, j’ai commencé par écrire des musiques sur des textes de Jean Andersson, un ancien collaborateur de Luc Bérimont, et j’ai fréquenté des ateliers chansons, des stages d’écriture, des cours de théâtre.

Photo Niko Rodamel
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Hexagone : Tu ne t’es pas mis tout jeune à la chanson ?
Christopher : J’ai énormément joué et retranscrit de chansons, j’en ai écrit en amateur, dans des cadres pédagogiques ou pour du théâtre pendant des années. Mais le besoin de porter quelque chose de personnel devant un public n’est pas venu tout de suite. Dans un premier temps d’ailleurs, je ne voulais pas être chanteur, mais écrire des chansons pour les proposer à des interprètes. Très vite, devant le peu d’intérêt que mes démarches suscitaient, j’ai décidé de chanter moi-même. J’ai commencé à enregistrer des albums et à me produire en solo, au piano et à la guitare. Puis il y a eu les 7 années de collaboration avec Marion Grange au violoncelle et Bruno Teruel à l’accordéon. Et quelques beaux jalons : découverte du festival « On n’est pas des vedettes », l’invitation à représenter la France à la Francofête à Granby (Québec), le spectacle « Trio de passage » avec le duo Gil Chovet-Annie Gallay et Michèle Bernard, les collaborations multiples avec Evelyne Girardon et la Cie Beline.

Hexagone : Tu n’as jamais choisi entre la scène et le métier de prof ?
Christopher : Non, pas vraiment. Ça n’a d’ailleurs pas toujours été facile de tout conduire de front, mais j’adore mon métier d’enseignant-formateur-accompagnateur de projets. Evidemment, à un moment donné, les deux activités se sont affrontées et c’est devenu épuisant. En 2004, j’ai pu réduire mon temps d’enseignement, et depuis quelques années, je l’oriente davantage vers le domaine de la chanson. On me sollicite de plus en plus souvent pour ça d’ailleurs.

Photo Niko Rodamel
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Hexagone : Tu est intervenu au festival des Poly’Sons à Montbrison en février.
Christopher : Depuis 4 ans j’interviens à la Maîtrise de la Loire, un établissement-pilote financé par le Département de la Loire, dont le principe est d’offrir une formation gratuite au chant (choral et individuel), au théâtre, à la danse, au clavier. C’est un lieu de formation et un lieu-ressources très polyvalent. Les élèves peuvent y rester de la 6ème à la terminale, ils reçoivent cette formation très complète donc, mais en font aussi bénéficier des associations, interviennent dans le cadre de divers spectacles, dans tous les styles. C’est le deal : recevoir et redonner. Au-delà des apprentissages musicaux, le projet est aussi de montrer que la culture est une arme puissante pour fédérer des jeunes, leur donner plus d’ouverture, de plaisir, de profondeur et de dignité aussi.

J’anime pour les lycéens de la Maîtrise un atelier « chanson francophone ». C’est un cadre pour permettre d’abord aux élèves de travailler sur leurs projets pour l’accompagnement, l’interprétation, l’arrangement, l’écriture, la composition, le choix d’un répertoire… Les entrées sont polyvalentes et libres. Dans un deuxième temps, un parrain vient nous rejoindre. Après 4 journées de travail avec cet artiste, les élèves partagent avec lui un concert lors du festival Les Poly’Sons de Montbrison. Successivement Pierrick Vivares (qui est passé par la Maîtrise), la Demoiselle Inconnue – c’est à dire Camille Hardouin – ont joué le jeu de cette collaboration, ainsi qu’Anne Sylvestre pour des ateliers d’interprétation et d’écriture. Cette année, c’est avec Dimoné que les jeunes on monté un spectacle qui a eu lieu le 12 février, avec en première partie Sarah Mikowski, autre ex-Maîtrisienne devenue chanteuse. En résumé, pour reprendre l’expression d’Anne Sylvestre, « on se jette ensemble dans la piscine et on regarde si on sait nager». Et c’est vraiment ça : on part à l’aventure, chaque artiste débarque avec son répertoire et sa façon de le vivre avec un groupe, les Maîtrisiens apportent leurs savoir-faire et leurs envies, et on mêle tout ça. C’est « sur le fil », totalement éphémère.

Hexagone : Anne Sylvestre a joué un grand rôle dans ta vie de musicien.
Christopher : Oui, comme je l’ai dit, c’est mon premier déclic. Et puis il y a 4 ans, avec deux copains, Robert Bianchi et Claire Guerrieri, on a eu envie de se retrouver une fois par semaine pour chanter ensemble sans – pour une fois – l’objectif de monter un spectacle. J’ai proposé le répertoire d’Anne Sylvestre, qu’on a chanté comme ça ensemble tout un hiver, pour le pur plaisir. À la demande d’amis qui avaient eu vent de la chose, on a organisé une petite séance en catimini, dans une médiathèque, sans com ni rien… On a refusé ce jour là 30 ou 40 personnes pour une salle de 100 places. On a joué une deuxième fois pour ces personnes, devant une salle comble à nouveau. Ce soir-là il y avait un diffuseur… qui nous a programmés, on s’est pris au jeu. Ainsi sont nés « Les 3 Becs » et ce spectacle baptisé « La centième nuit », qui continue à tourner. Anne Sylvestre en avait vu des bribes ici ou là et a souhaité le voir en entier, chose faite au Forum Léo Ferré d’Ivry en février 2015. Elle nous a confié à la fin que ça l’avait beaucoup touchée, qu’elle avait vu défiler toute sa vie. Pour moi ça a été un moment rare.

Photo Niko Rodamel
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Hexagone : Ton dernier album, le 4 ème, représente un tournant par rapport à ce que tu faisais jusque-là ?
Christopher : Il y a toujours eu dans mon travail une cohabitation entre deux influences, l’une plutôt « classique », dans la veine d’une chanson très française dans la ligné de Brel, Brassens, Ferré ou Barbara. Mais il y a aussi l’influence anglo-saxonne avec la pop (Beatles entre autres), les folk-songs des années 60, le folk irlandais. C’est cette seconde influence qui domine dans ce dernier album. Je n’ai pas cherché à le faire en lien avec la scène, du coup c’est un album très patchwork, avec des gens avec qui j’avais envie de chanter, des amis, des amateurs, des professionnels. L’Hymne à la croissance par exemple, j’en ai finalisé l’harmonisation avec l’aide de Matthieu Burgard, un musicien qui connaît bien les règles d’écriture de chaque style. On a enregistré ensuite avec des chanteurs qui maitrisent ce genre de musique. Personnellement je n’ai pas de « tribu » musicale. J’écoute Gesualdo, les Beatles, Messiaen, Leonard Cohen, Mozart, Led Zeppelin…

Hexagone : Ca doit être difficile de porter cet album sur une scène ?
Christopher : Quand l’album a été fini, j’ai demandé au guitariste François Gonnet, ex-sonorisateur de mon trio, de venir m’accompagner sur scène. Après quelques essais « électro », il a fini par se recentrer sur la guitare acoustique avec quelques effets pour colorer l’ensemble. On a cherché à travailler sur la couleur, mais surtout à être, pour chaque chanson, dans la bonne énergie. Sur l’un des titres, il y avait 67 pistes quand on l’a enregistrée en studio ; sur scène, même avec 2 guitares, on s’est rendu compte que ça fonctionne bien si on est dans la justesse du propos musical.
C’est ce spectacle qui va être présenté les 22, 23 & 24 Avril à Lyon à Agend’Arts. Avec des invités : des amis Lyonnais d’abord puisqu’il y aura une soirée avec le chanteur Jean-Baptiste Veujoz et le guitariste Olivier Lataste, une seconde avec Tamara Dannreuther et Mikael Cointepas. Et pour la troisième soirée, j’ai invité les copains des 3 Becs, ainsi que Gil Chovet, artiste peu connu, très très fin, et capable, toujours dans la légèreté, d’aborder des thèmes d’une grande profondeur sous la forme de petites histoires rigolotes.

Hexagone : As-tu d’autres projets ?
Christopher : Un album est prévu pour le printemps 2017. J’y travaille en ce moment avec François Gonnet. Il a été dit du précédent qu’il était rock et baroque à la fois. Le prochain sera moins patchwork, il y aura je pense plus d’unité dans les thèmes et les musiques. Pour le moment, j’entends un mélange de guitares, contrebasse, percussions. Probablement des cordes. Ça peut changer… J’ai envie d’aller vers autre chose.


Christopher en concert à Lyon à Agend’Arts du 22 au 24 avril
Christopher Murray et François Gonnet invitent lors de ces trois soirées des artistes à s’arrimer au spectacle « D’un Océan à l’autre ».
Vendredi 22 Avril à 20h : soirée stéphanoise avec Les 3 becs et Gil Chovet.
Samedi 23 Avril à 20h : soirée « Good friends » avec Olivier Lataste et Jean-Baptiste Veujoz
Dimanche 24 Avril à 18h : soirée « On se lance » avec Tamara Dannreuther qui dévoilera des chansons de son cru et Mickael Cointepas pour partager quelques titres de son fabuleux « Tribute to William Blake ».
Tarifs : 10 / 5€
Renseignements – Réservations : ou 09 51 62 58 77

Louis-Noël Bobey, capital de l’enfance

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Je n’ai pas encore fini de te parler du festival Détours de Chant. Celui-ci avait invité le 5 février Louis-Noël Bobey pour les Coups de pousses. Conteur des temps modernes, en chansons ou slams aux belles trouvailles textuelles, Bobey brosse les portraits de gens ou d’endroits. De ce bonhomme, qui utilise parfois le patois bressan, se dégage de l’humanité et du naturel. Sourire aux lèvres, toujours à l’écoute du moment présent, je ne l’ai pas encore vu donné deux concerts semblables. Hexagone a déjà chroniqué son concert au festival d’Avignon l’été dernier, son passage Chez ta mère et sa venue aux auditions Chantons sous les toits en novembre dernier. J’ai donc profité de son nouveau passage toulousain pour évoquer avec lui son parcours. L’entretien a eu lieu dans un appartement, entre une bonne soupe et un verre de rhum arrangé (merci Micheline 1). Je ne peux pas te retranscrire les nombreux éclats de rire, les moments de réflexion, les moments sans parole à… déguster la soupe. Et c’est bien dommage ! Comme dans ses concerts, un beau moment d’échange et de naturel. 

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Hexagone : Comment se retrouve-t-on à chanter et à raconter des histoires devant des gens ? 
Louis Noël Bobey : A chaque réunion de famille dans le Jura, mariage ou enterrement, mes oncles et tantes chantaient, racontaient des histoires, faisaient des sketchs ; tout est de leur faute ! Tu me dis que mes concerts sont originaux mais d’une certaine manière, je réinvestis beaucoup ce capital de l’enfance. J’ai aussi eu la chance d’avoir un père qui me chantait Le loup, la biche et le chevalier et m’inventait des histoires rocambolesques de « petit bonhomme » avant de faire dodo. J’ai aussi été marqué bien plus tard par un concert de Julos Beaucarne, à Marseille. Sa façon de faire m’a interpellé : il chantait, il racontait, il «dansait » ; j’en ai sans doute gardé le caractère protéiforme et le goût d’une poésie gentiment surréaliste.

Hexagone : Et tu as chanté où la première fois ?
Louis Noël Bobey : C’était au Courant d’Air Café, génial petit lieu associatif marseillais où j’étais bénévole. Je chantais en m’accompagnant au piano, c’était vraiment pas terrible ! Quand ils voulaient fermer le bar, on me disait « Louis mets-toi au piano » plutôt que de dire aux clients « on va fermer » et les gens partaient d’eux-mêmes ! J’exagère à peine. Mais l’adversité cela peut motiver, ça a été le cas : « Ah, vous ne voulez pas m’écouter, vous allez voir ! »

Hexagone : On saute quelques années. L’été dernier à Avignon, tu chantais sans micro. Les auditions Chantons sous les toits, en Novembre c’était sans sono. Tu préfères cela ? 
Louis Noël Bobey : Je n’aime pas chanter dans un micro (je ne comprends pas qu’on utilise encore ce machin préhistorique qui sonne mal et nous mange la face). Pour Chantons sous les toits je vais aller faire cinq dates chez les gens avec des jauges de maxi 70 personnes, cela me va très bien. J’ai appris à projeter ma voix en chantant dans la rue, j’y trouve plus de plaisir et aussi plus de liberté de mouvements.

Hexagone : Il me semble que tu n’aimes pas la routine. Ce soir aux Coups de pousse tu devais être en solo, et tu as appelé ce matin un vibraphoniste pour t’accompagner. L’été dernier, tu as joué en trio à Genève alors que, habitant des villes différentes vous n’aviez pas répété avant. Tu aimes la prise de risque ? 
Louis Noël Bobey : Ce n’est pas une prise de risques. Au contraire, ce genre de situation me motive ! J’aime me garder une part d’inconnu dans les concerts. A Genève, avec Guillaume Viala (vibraphone) et Youssef Ghazzal (contrebasse), on a répété ensemble pour la première fois la veille : ils ont dû intégrer treize morceaux en une journée. Le concert avait lieu le lendemain au lever du soleil, sur le lac. Et tout s’est très bien passé. Ce soir, je vais faire, en fin de concert, des morceaux inédits sur scène, dont une chanson que je connais à peine.

Photo Michel Gallas
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Hexagone : Comment tu construis ton concert ?
Louis Noël Bobey : 
A la manière de ceux que j’aime entendre : j’aime qu’un concert nous balade dans des ambiances différentes et ménage des surprises, dans l’écriture et les musiques, à l’image de l’imprévu, du chaos de nos quotidiens. Je prends l’exemple d’une matinée, tout peut y être tellement chaotique : tu te réveilles d’un rêve hallucinant, puis moment calme tu prends le café avec ton amie, tu jettes un œil au journal, le temps de plonger dans le sordide, et d’en ressortir la tête en pensant à ton rendez-vous chez le dentiste, t’entends à la radio un air qui te rappelle ton premier amour, puis dans la rue tu croises une voisine qui te raconte sa soirée loto du quartier entre jambons de pays et paniers garnis ; tu traverses en ne faisant pas attention et tu  percutes une voiture… Largement de quoi alimenter tout un concert en émotions, en couleurs,  diverses et variées.

Hexagone :  J’ai l’impression qu’à chaque fois que je te vois en concert, et ce soir ce sera mon cinquième, tu as un instrument de plus …   
Louis Noël Bobey : Ca dépend des jours et du nombre de bras ! Pour ce soir, en plus de la guitare, j’ai amené la kalimba, le toy piano et le djembé ; d’autres fois ce sera le banjo, le clavier. J’aime les matières sonores, tous azimuts ! Puis j’ai très envie de rejouer avec d’autres, en groupe : on se régale à jouer avec Guillaume au vibraphone et Youssef à la contrebasse, ça élargit pas mal le spectre sonore !

Hexagone : Dans ton spectacle solo, tu as beaucoup de portraits de gens, d’endroits où tu as vécu. Mais il me semble que tes derniers textes sont plus poétiques, surréalistes ou inspirés de l’écriture automatique ?
Louis Noël Bobey : 
J’écris souvent d’un jet, ce qui me passe par la tête. L’écriture y surgit souvent plus imagée, plus riche, plus dense. Avec ce style d’écriture, tu peux faire des sorties de route, tu passes à travers champs, tu sautes le fossé ! Cela crée des sensations que tu n’aurais pas en suivant la ligne blanche du mode d’écriture que l’on t’a appris. C’est une aventure, et et j’y prends bien du plaisir ! D’ailleurs ce soir je vais dire deux textes écrits comme cela.

Hexagone : A part le solo et le trio, tu joues dans d’autres formations ? Tu es intéressé par d’autres sonorités ? 

Photo Michel Gallas
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Louis Noël Bobey : J’ai joué du cor d’harmonie, entre autres avec l’orchestre arménien Sassoun, du piano, et beaucoup de musique classique. Des musiques traditionnelles aussi, un peu par hasard : un jour j’ai rencontré sur le marché une charmante suédoise ; elle m’a dit qu’elle jouait de la musique traditionnelle. « Ca alors, j’ai toujours rêvé d’apprendre à jouer la musique suédoise, est-ce que… »  et ça a marché ! Elle m’a appris la polska et on est sortis ensemble. En ce moment je joue d’ailleurs dans un trio de musiques trad’, Les Patassons, et on anime régulièrement des bals-folk.

Hexagone : C’est assez éloigné de ce que tu fais en solo ? 
Louis Noël Bobey : Sûr, mais j’ai besoin de côtoyer des milieux différents : classique, folk, rappeurs, … Cela me rafraîchit les idées de passer d’un univers à un autre. Je bosse par exemple sur des textes pour ce répertoire de musiques trads’, et on a un projet d’enregistrement avec un ami dj techno.

Hexagone : Et l’avenir ? As-tu une envie d’album, une envie de concerts à trois ?
Louis Noël Bobey : Je viens de commencer à enregistrer près d’Avignon, une trentaine de titres et j’y joindrai peut-être un livret avec quelques textes non enregistrés. C’est une façon de rassembler des titres récents et plus anciens pour mieux tourner la page. Un ami m’a dit « Quand tu enregistres, cela te libère et t’emmènes vers autre chose, cela t’aide à créer différemment. » J’ai aussi envie de privilégier à l’avenir les concerts avec le groupe (Bobey & Co), histoire de partager les bières et aussi pour donner plus de place à la musique.

Hexagone : Et ensuite, que peut-il y avoir sur le verso de la page tournée? 
Louis Noël Bobey : Autre chose, comme faire un peu moins de concerts, et animer plus d’ateliers d’écriture et de chorale. C’est ce que je fais, en ce moment, avec des enfants dans le cadre de deux projets dont un projet d’orchestre à l’école.

Hexagone : Est-ce lié à une certaine lassitude ? 
Louis Noël Bobey : Je fatigue un peu de tout faire (chercher des dates, faire ma communication, tenir mon site). Tu passes beaucoup de temps au téléphone, sur internet, et toujours pour parler de toi. C’est un coup à se chopper de l’égocentrite aigüe ! Le gars qui soude sur un bateau, il n’y a pas de journaliste qui vient le voir et dire ensuite « Oh qu’il soude bien, revenez le voir souder demain. »  Se « mettre en scène », c’est un peu bizarre quand même ! Et puis la musique ça peut se vivre très simplement, sans coups de fil et sans agent, sans technicien lumière et sans billetterie. Tu prends ton instrument, tu descends jouer dans la rue ou sur le port, comme cela m’est arrivé à Marseille, pour les gens et pour les mouettes. Et tu n’as de compte à rendre à personne.

Hexagone : Ma question Hexagonale rituelle : quels sont tes goûts en chanson ?

Photo Michel Gallas
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Louis Noël Bobey : A l’adolescence, j’écoutais autant Olivier Messiaen que Vanessa Paradis dont j’étais tombé amoureux, et aussi des musiques de l’est et arméniennes sur les vinyles maternels. Et côté chanson, ce que mon père écoutait : Nougaro, Ferrat et Bill Deraime : ce sont des « madeleines » affectives mais je n’ai jamais accroché avec la scène « chanson française ». Au Québec, j’ai découvert des tas de trucs géniaux : de Richard Desjardins à Violett Pi, en passant par les Colocs. J’ai aussi un petit panthéon personnel où trônent Francis Bebey, H-F Thiéfaine (Tout corps vivant branché sur le secteur…), Ray Lema et Pascal Comelade. Le tout saupoudré de beaucoup de rap, des Last Poets et autres Nicki Giovanni aux jeunes UZBK d’Avignon : des instrus, du flow et des textes saisissants de virtuosité, de poésie et d’à propos !

Hexagone : Tu veux dire quelque chose pour finir ?
Louis Noël Bobey : “Oh fatche !” Voilà ce que je veux dire : Oh fatche ! (avé l’assent). Non, c’est un peu intimidant mais relax cette interview, et puis la soupe est bonne ! J’ai encore parlé de moi, même si là c’est pour évoquer mon trip de musicien, un peu comme une boulangère parlerait farine et pâte à choux.


Le soir de l’entretien, il a ouvert son concert par Cécile, ma fille en patois. Il nous a offert une fois de plus une prestation différente, étonnante. A deux avec un vibraphoniste, en essayant des nouveaux textes et chansons, en étant toujours décontracté. A un moment, il demande si une personne de sa famille est bien dans la salle. Vu la réponse positive, il lui propose de se rapprocher dans l’allée pour le filmer avec son téléphone « comme c’est une nouvelle chanson ». Bobey a reçu ce soir-là un accueil enthousiaste du public et des pros présents. Je souhaite que nous ayons bientôt l’occasion de le revoir en trio à Toulouse ou ailleurs.


Louis-Noël Bobey, entretien le 5 février, à l’occasion des Coups de pousses du festival Détours de Chant au Bijou à Toulouse.

Prochaines occasions de le voir : Bobey avec Camille Saglio pour la Tournée de Campagne en Bretagne du 18 avril au 1er mai. Il sera au festival d’Avignon Off en juillet.

Dionysos au Festival Chorus 2016

Dionysos
Photo Marie-Hélène Blanchet

Vendredi 1er avril, Dionysos a ouvert l’édition 2016 du Festival Chorus (installé sur le parvis de la Défense pour 10 jours).

Le concert a commencé par quelques morceaux du dernier album Vampire en pyjama. C’est ce disque qui m’a donné envie de redécouvrir Dionysos, que je ne connaissais jusque-là que de (trop) loin et de creuser davantage le sujet. Après m’être plongée dans la discographie et après avoir lu les livres de Mathias Malzieu (qui sont de véritables compléments des disques), j’ai été à la fois convaincue par la qualité et touchée par l’univers. J’avais donc hâte de voir Dionysos sur scène !

Photo Marie-Hélène Blanchet
Photo Marie-Hélène Blanchet

Le live donne une dimension encore plus forte aux titres, les arrangements sont dingues, l’énergie débordante de Mathias est impressionnante et la complicité que dégage le groupe (Mathias Malzieu / Elisabeth Maistre / Eric Serra-Tosio / Michaël Ponton / Stéphan Bertholio) est vraiment belle. Bien sûr, quelques titres de différents albums précédents font partie du set, pour le plus grand plaisir du public présent qui ne se fait pas prier pour reprendre les refrains ou faire les choeurs. L’artiste a pris à tour de rôle la peau de plusieurs de ses personnages, en passant de Jack avec son coeur-horloge au vampire de l’amour, en passant par le cascadeur et le Jedi. Il rayonne, il embarque tout le monde avec lui dans des moments de folies, puis l’instant d’après suspend le temps d’un simple regard.

L’alchimie avec les gens présents est forte, et Mathias en profitera pour s’offrir un bain de foule. Après un joli clin d’oeil à Bowie avec une reprise de Heroes, le concert se termine par Vampire en pyjama, en acoustique. Tout le groupe est assis en bord de scène, au plus près du public qui, debout depuis plusieurs titres déjà, se rassoit naturellement pour que chacun puisse profiter de ce moment intimiste. Les dernières notes résonnent, les artistes saluent. Derrière les yeux brillants de Mathias, je ne sais qui, du petit garçon ayant l’impression de vivre un rêve ou de l’homme réalisant sa victoire sur la vie, était là à cet instant… Mais cette émotion, si authentique, résume à elle-même tout le sens de Dionysos.

Un 6 avril au Festival El Alamein

Pour fêter ses 20 ans, le bateau El Alamein a choisi d’organiser un Festival de 7 jours avec 29 concerts ! Mercredi 6 avril, le rendez-vous était pris avec Nilem, 3 Minutes sur Mer, Ben Mazué, et Danny Buckton.

Nilem
Photo Marie-Hélène Blanchet

Nilem ouvre la soirée. Ne connaissant pas son travail, je découvre. Et quelle chouette découverte ! Dès les premières notes, ça sonne comme j’aime. Ce grain de voix rocailleux associé à de belles mélodies, nous embarque immédiatement en voyage dans son bien bel univers musical. Sur scène, Nilem est avec sa guitare et accompagné par Octavio Angarita au violoncelle. Une belle atmosphère plane, le duo fonctionne à la perfection. La voix se pose sur les cordes et les mots sont comme portés par la musique. L’interprétation adoucit ses textes, souvent mélancoliques, qui nous emmènent au fil des routes de la vie. Le set passe trop vite, c’est bon signe. Nilem conclut en annonçant que le montant de la cagnotte participative pour la création de son nouvel EP a été atteint, mais qu’il reste encore quelques jours pour participer. Comme c’est toujours sympa de recevoir les CD en avant-première, surtout quand c’est des projets de cette qualité-là, si vous avez envie de participer, il y a toutes les infos sur sa page Facebook.

Guilhem Valaye
Photo Marie-Hélène Blanchet

Deuxième à passer sur scène, 3 Minutes sur Mer fait basculer l’ambiance dans un autre univers. Les textes sont magnifiques, les arrangements live dégagent une très belle énergie, et l’interprétation de Guilhem touche toujours autant. Que vous dire de plus, vous savez déjà tout le bien que je pense de 3 Minutes sur Mer ! Le public qu’il soit debout ou assis, vibre au rythme des notes et est suspendu aux mots. Difficile de souligner un titre plus qu’un autre. Ils me touchent tous pour des raisons différentes. Mais il faut bien admettre que parmi les nouveaux titres, Catapulte est un véritable bijou et à quelque chose de spécial. « Lancez-moi à l’aide d’une catapulte, s’il faut… » Comme à chacun de leurs concerts, j’en ai pris plein les oreilles (ça sonne, mais ça sonne grave quoi), plein les yeux (oui, c’est beau un groupe qui rayonne), et plein le cœur (ces émotions qu’ils provoquent, c’est fou).

Ben Mazué
Photo Marie-Hélène Blanchet

Le suivant à prendre place devant le public, c’est Ben Mazué. Il raconte ses débuts ici, quand il a joué devant 10 personnes, et que Geneviève Tuduri l’a soutenu en lui proposant plusieurs dates. C’est donc avec une émotion spéciale qu’il commence son concert. Seul sur scène, il s’accompagne à la guitare. Il nous raconte des histoires, vu à travers les yeux de personnages de tous les âges. On voit presque le film se dérouler sous nos yeux tant on s’y croirait. On écoute, on sourit, on rit. Il a toujours le don pour glisser une petite note d’humour, au détour de ses textes qui pourtant sont loin d’être légers. Arrive la présentation de Vivant, ce titre écrit pour sa mère, et dont il a imaginé la réponse. Ça me fait toujours un truc à ce moment-là. Je ne sais pas si c’est l’angle avec lequel il a choisi d’aborder le sujet, l’habileté avec laquelle il a écrit ces mots, ou le fond qui nous parlent à tous. Mais encore une fois, je prends une claque sur ce titre. « Je t’écris depuis ma chambre, depuis le mois de septembre, depuis que les choses ont changé… » Pour finir, il invite Nilem (avec qui il a beaucoup travaillé) à la rejoindre pour faire quelques titres, pour le plus grand plaisir du public.

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Quatrième et dernier artiste de la soirée, Danny Buckton lance les hostilités avec humour en fredonnant des « lalala », en expliquant que le public n’écoute jamais la première chanson car il est trop occupé à regarder le chanteur. Le ton est donné, une nouvelle ambiance s’installe et ceux qui découvrent Danny et sa bande saisissent qu’on vient de passer dans une dimension parallèle. C’est encore un registre musical différent des artistes passés précédemment. Sur scène, ils sont trois. Danny s’accompagne à la guitare mais est il est également soutenu par deux excellents musiciens, Renan au saxo et au mélodica et Côme à la batterie et à la guitare additionnelle. De En ce temps-là à 23 ans, ses chansons racontent des histoires de vie avec tendresse et humour. Les accompagnements, entre modernité et classicisme, habillent habilement les textes, et les mettent en valeur. Malgré l’heure tardive le public profite avec plaisir de ce dernier concert embarqué par l’univers polymorphe et maîtrisé d’un Danny Buckton qui n’en finit pas de grimper et de s’installer dans coeurs d’amateurs de belles chansons.

Toulouse : sélection des concerts d’avril

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Pour avril, voici une belle sélection printanière. En termes de nouveauté sur Toulouse je retiens bien sûr le nouveau spectacle tout chaud de Nathalie Miravette et la venue de Lise Martin. Pour les autres et notamment les régionaux, tu n’auras pas de surprise. Je t’ai déjà parlé d’eux et de leur spectacle mais c’est une bonne occasion pour aller les voir ou revoir. On reprend les vielles habitudes : je te livre ma sélection par lieu et toi tu prends un agenda.

Rappel : pour te donner envie de voir ces concerts un clic sur le nom du groupe et tu te trouves sur le dernier article Hexagone publié ou sur son site, un clic sur le nom du lieu et tu obtiens son site pour les infos pratiques.


Au Bijou

Photo Michel Gallas
CAMU – Photo Michel Gallas

Au moins trois spectacles à ne pas rater en avril. Le mois a commencé fort avec B. comme Fontaine les 5 et 6 avril. L’événement du mois à mon goût. Tu peux jeter un œil (ou deux) sur l’interview d’Hervé Suhubiette qui nous parle de cette création. Quatre chanteurs musiciens (Eugénie Ursch, Ferdinand Doumerc, Lucas Lemauff et Hervé Suhubiette) revisitent les premières années chansons de Brigitte Fontaine pour un superbe spectacle musical à la créativité passionnante : solos, duos ou polyphonies, violoncelle, saxophones, claviers, percussions et … flûtes à bec. Puis les 19 et 20 avril, Nathalie Miravette vient nous présenter son tout nouveau spectacle avec Jennifer Quillet au piano sur une mise en scène de Juliette. Impatient, depuis le passage de Cucul mais pas que … au Bijou en 2014, de retrouver ses qualités d’interprète, sa présence sur scène et ses mimiques, son choix de chansons marrantes et émouvantes. Et Lucien la Movaiz Graine avec son spectacle solo, Heureusement, le vendredi 22 avril suite au Coup de cœur du public lors des auditions Osons en novembre dernier. Il nous raconte, avec guitares et accordéon, l’histoire et la vie d’un gars (celle de l’artiste ?), de l’enfance à aujourd’hui, avec ses difficultés et la joie des rencontres.  Nota : Hexagonaute de l’Hexagone, ce mois-ci Lucien vient te voir : Hexagonaute parisien, il est le 8 avril à la Menuiserie et le 13 au Centre de la chanson, Hexagonaute auvergnat il est par chez toi du 14 au 17 avril. J’irais voir aussi CAMU, un trio avec Corentin Grelier (Lauréat du prix d’écriture Claude Nougaro en 2015) à l’écriture et au chant et avec deux superbes musiciens Youssef Ghazzal à la contrebasse et Fabien Valle à l’accordéon. Et bien sûr le Osons mensuel le 26 avril.


Chez ta mère

Photo David Desreumaux
Photo David Desreumaux

Le vendredi 8 avril, Pierre Lebelâge déjà venu en solo pour son concert il y a un an et pour les auditions du Megaphone le mois dernier. Il sera en duo, en guitare violoncelle cette fois, pour nous présenter ses chansons à l’écriture soignée et aux agréables mélodies. A l’occasion de son concert aux trois Baudets en février Hexagone a publié une interview et une galerie de photos. Le vendredi suivant, le 15 avril, c’est la venue de Lise Martin, appréciée d’Hexagone qui vient de lui consacrer un dossier et l’a programmée à la Blackroom en novembre dernier. Voix vibrante et singulière, textes profonds et poétiques, Lise Martin sera sur scène avec un guitariste. Ensuite un co-plateau le 28 avril avec Eskelina et Leonid. Eskelina, déjà venue ici en fin 2014 lors du passage du Megaphone tour et depuis gagnante du prix Moustaki. J’ai découvert Leonid l’an passé à Barjac, et je me souviens d’un duo avec son cousin multi instrumentiste, d’un spectacle joliment ficelé, d’une manière de traiter des sujets plutôt lourds de façon légère. Et pour finir le mois le 30 avril (parce qu’après c’est plus avril), Bertrand Betsch dont je ne te parlerai pas car je n’ai pas encore eu l’occasion de le voir jusqu’à ce trente avril.


Les autres lieux à Toulouse

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Au Grand Rond, en apéro spectacle à 19h du 19 au 23 avril, Ronan en duo voix piano. De son concert au Bijou en Octobre j’ai écrit : « Une voix forte et chaude, des textes d’une certaine poésie réaliste et tu ne quittes plus Ronan des yeux et des oreilles. De plus, il a trouvé avec Gaspar Chefdeville, un jeune pianiste virtuose, son complément musical idéal et on sent un respect mutuel entre les deux « 

A la salle NougaroWally le 7 avril. Après son spectacle anniversaire vu au Bijou en fin d’année, il revient avec un de ses spectacles « classiques » J’ai arrêté les bretelles. Entre le stand-up et le récital, avec ses  chansons courtes dont il est le spécialiste,  avec ses répliques corrosives qui provoquent et font rire et réfléchir, avec ses intros expertes à la guitare.

A L’Espace Croix-Baragnon, le 14 avril  Marin. Un univers poétique particulier, Marin sur scène, en trio avec vibraphone et contrebasse. Il a invité Sages comme des sauvages, groupe original, vu en décembre Chez ta mère. Chant à deux, en français, créole, anglais ou en grec. Accompagnés par des instruments particuliers au cavaquinho (Brésil), au bouzouki et au defi (Grèce), à la guitare, au violon et au kayamb (Île de la Réunion).

A la Pause musicale, le jeudi 28 avril revoilà Hervé Suhubiette avec ses chansons et son piano.


Au Café Plum

Après deux mois on peut presque parler de tradition : désormais à ma sélection toulousaine j’ajoute des concerts chanson du Café Plum à Lautrec.  En plus ce mois ci, ils programment Barbara Weldens (photo en une de l’article) 10 avril à 18h. Je t’en ai parlé l’an passé pour son magnifique concert au Printival et pour sa victoire aux découvertes Pause Guitare. A ne rater sous aucun prétexte. Ovni multi-facette et précieux, Barbara Weldens une présence et une puissance extraordinaire sur scène. Une voix exceptionnelle qui lui permet d’aborder la chanson d’amour ou réaliste, le rock voire le lyrique. Lise Martin, profite de son passage dans la région pour chanter à Lautrec le 17 avril à 18h. Et Camu viendra chanter le 23 avril.

 

En avril, sur Paris

On te livre les concerts du mois d’avril, avec au programme toujours beaucoup de bonnes choses . Il y a même des soirs où t’as trois concerts d’un coup, rien que ça… Ce mois-ci, tu ne vas peut-être pas te déhancher comme tu l’as fait au mois de Mars, mais tu vas boire les paroles de bons songwriters comme les Feu ! Chatterton, Eddy de Pretto ou la ravissante Clio. Et il y a même des pas nouveaux que tu connais forcément comme Les innocents, Luke, Dominique A ! Pas mal, non ? On te promet des moments émouvants, de l’amour, des voyages, du drame aussi.
Bref, si ton antenne télé t’as lâché comme beaucoup de Français et que t’as pas envie de prendre un décodeur, va faire un tour dans les salles. Tu verras, c’est même mieux que ton salon !


 

Lundi 4 avril

Feu ! Chatterton au Trianon


Mercredi 6 avril

Les innocents aux Folies Bergères

Thomas Dutronc aux Casino de Paris

Radio Elvis à la maroquinerie


Jeudi 7 avril

Dominique A au Trianon

Mathilde Fernandez à la Gaïeté Lyrique


Lundi 11 avril

Madame de aux Trois Baudets


Vendredi 15 avril

Armelle Dumoulin à la Menuiserie


Mardi 26 avril

Clio aux Trois Baudets


Mercredi 27 avril

Eddy de Pretto et Sarah Maison au Pop-up du Label


Jeudi 28 avril

Luke à la cigale

H comme Suhubiette pour B. comme Fontaine

Avec Hexagone on avait laissé Hervé Suhubiette sur trois jours de carte blanche au Bijou en juin dernier. A cette occasion, je l’avais qualifié de généreux et de très créatif. Je l’ai retrouvé en novembre dernier, sur scène, pour la première d’une nouvelle création (encore !) B. comme Fontaine. Un superbe spectacle sur le répertoire et l’univers de Brigitte Fontaine joué par quatre musiciens chanteurs (Eugénie Ursch, Hervé Suhubiette, Lucas Lemauff et Ferdinand Doumerc). Chaque morceau est conçu et mis en espace de manière spécifique avec des instruments et un arrangement différents, chanté en solo ou duo accompagné par les autres ou ensemble à quatre ; on entend parfois la voix de Brigitte qui semble sortir d’un poste de radio installé sur scène. Quelques jours avant deux nouvelles représentations au Bijou, les 5 et 6 avril, c’était une bonne occasion d’échanger avec Hervé Suhubiette sur cette création et sur son actualité du moment.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Hexagone : D’où vient l’idée de faire un spectacle sur Brigitte Fontaine ? 
Hervé Suhubiette : Cela fait longtemps que j’en avais envie. Et puis un matin tu te réveilles et c’est le moment. Tu contactes des gens et on se lance. Après son retour dans les années 90, Brigitte Fontaine est devenue une sorte d’égérie, un personnage médiatique. Si tu t’arrêtes au personnage il peut paraître insupportable, comme Gainsbourg à un moment donné. Car les interventions de Fontaine, cette folie, cette sorte de provocation permanente peuvent faire fuir. Mais ce serait dommage car il y a une oeuvre, une oeuvre considérable. On passe souvent à côté des gens à cause des étiquettes qu’on leur colle. C’est rare en chanson quand, lorsque tu fais tomber la musique, le texte reste debout. Si tu lis la poésie de Brigitte Fontaine : c’est d’une force terrible ! Je ne pense pas que les gens la connaissent vraiment. Sans parler de « réhabilitation », j’avais envie de montrer cela.

Ce qui m’intéressait aussi concerne ses thèmes qui restent d’actualité. En ce moment on parle de loi du travail : on a repris les textes sur l’usine, le travail, sur l’abrutissement au travail. Cela nous parle aujourd’hui, vraiment. Elle livre un portrait de la société avec, dans la forme, de la poésie et une espèce de folie. Un second degré que je considère plus efficace que les chansons engagées plus frontales de cette époque. Elle traite les sujets avec une distance dans la forme, une vraie écriture qui me touche.

Hexagone : Le répertoire choisi semble concerner plutôt sa première période. Tu confirmes ?
Hervé Suhubiette : Oui, la quasi totalité du spectacle correspond aux chansons du début. Car cela me parlait plus. Quand j’étais plus jeune, j’écoutais un album Comme à la radio, un peu fondateur, qui est devenu un des piliers de ma discothèque. Elle l’a enregistré en 69, je crois, avec le Art Ensemble of Chicago. Tout d’un coup, c’était une façon de faire voler la chanson en éclats. Un titre ne contenait pas de refrain ni de couplet. On se mettait à avoir des textes parlés, des morceaux de huit minutes ou des interventions de quarante secondes. Tu as l’impression que c’est enregistré dans ta cuisine en tapant sur deux assiettes. Il en ressort un vent de liberté, une ouverture, une forte créativité. Fontaine est fondatrice de cette manière différente de concevoir la chanson, avec à l’époque Barouh et Higelin. Aujourd’hui des artistes comme Philippe Katerine, Camille viennent de cet esprit-là. Il existe vraiment un héritage. J’avais envie d’exploiter cette période-là.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

On reprend bien sûr Comme à la radio. Du disque précédent, fait en collaboration avec Jean Claude Vannier, Brigitte est … on chante notamment L’enfant que je t’avais fait et Dommage que tu sois mort. Les quatre à cinq disques suivants, élaborés avec Areski et des collaborations diverses, sont tous hors-normes et d’une audace vraiment incroyable. De l’album de son retour Le genre humain, produit par Daho, nous reprenons La femme à Barbe. Puis d’un album plus récent, L’amour c’est du pipeau, fait avec Mathieu Chedid.

Hexagone : Le concert semble construit comme un spectacle à quatre musiciens chanteurs.  C’est une volonté ?
Hervé Suhubiette : Ce n’est pas un secret mais j’aime le partage et la rencontre, me frotter à d’autres gens, bousculer ce que je fais pour créer. Je me suis dit : « Tiens ce serait intéressant d’avoir quatre personnes qui soient capables de chanter ». Et j’ai appelé Eugénie avec qui j’ai travaillé déjà sur du Brigitte Fontaine lors d’une soirée Détours de chant
. J’ai contacté Ferdinand Doumerc du groupe Pulcinella avec qui nous avions joué et enregistré Recréations Nougaro. Et Lucas Lemauff avec qui j’ai une complicité issue du travail commun notamment avec la chorale Voix Express. J’avais envie d’un spectacle très vocal, que chacun puisse prendre la parole. Et que l’on se débrouille avec nos possibilités musicales, en utilisant seulement nos instruments. Si on avait conçu les chansons musicalement à partir d’une base : clavier basse batterie, le résultat aurait été très différent. Même si on a eu peur, à un moment, que sans batteur cela manque d’énergie, finalement nous sommes contents d’avoir résisté à cette idée. C’était une contrainte créative d’être percutant avec nos moyens.  

Hexagone : Je te confirme qu’on ressent une belle énergie. On perçoit aussi le plaisir de concevoir et de partager ce concert à quatre.
Hervé Suhubiette : Oui, ce n’est pas Suhubiette accompagné par. Le spectacle est élaboré avec une volonté d’équilibre entre nous quatre. Chacun a des solos. On chante beaucoup à quatre : une part importante est donnée à la polyphonie, à l’écriture vocale commune. Le fait d’avoir un violoncelle (Eugénie), un sax (Frédéric), un accordéon, des percus et quatre voix, cela force à penser les morceaux différemment, cela amène un état d’esprit un peu original. Par exemple s’il y a trois voix, on peut avoir Eugénie au violoncelle et un accordéon. On se débrouille. Le partage se retrouve aussi dans la conception de chaque morceau. J’ai fait une sélection d’une centaine de chansons de Fontaine que j’ai présentée aux trois autres. On est parfois arrivé chacun avec des idées sur les arrangements, on a écouté des morceaux ensemble. Et puis on a construit dessus.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Hexagone : Peux tu me parler de vos choix de mise en scène ? Par exemple du parti pris de faire interpréter la chanson en duo Fontaine Higelin : L’enfant que je t’avais fait par une seule personne et par un homme.
Hervé Suhubiette : Sur celle là, on a vraiment « ramé ». On l’a cherché en duo, mais c’était déjà fait plusieurs fois, on l’a essayé avec deux hommes. Sur certaines chansons, si tu fais un copier coller, si tu n’amènes pas une lecture particulière, ce n’est pas intéressant. Et puis arrive une idée. La folie présente dans cette chanson on a voulu l’illustrer par un personnage qui se dédouble, qui se parle à lui-même dans une sorte de folie intérieure avec un changement de place et un changement de lumière. Un personnage bien senti par Lucas qui explore de plus en plus son côté comédien.

Hexagone : Comme choix de mise en scène, « Comme à la radio » semble traduit par la la voix de Brigitte Fontaine qui semble sortir d’un poste radio installé sur scène. Volontaire ?
Hervé Suhubiette : Oui, le concert commence dans le noir par trois minutes, avec la voix de Fontaine, qui donne l’esprit, le ton choisi pour le spectacle. Donc l’idée c’est « mettons une radio et faisons-la intervenir ». Une manière de dire « c’est son univers, c’est le notre et c’est notre lecture« . Des textes surréalistes, parfois grinçants, un humour qui tire vers le noir et des pointes de tendresse. C’est drôle mais pas caricatural ni dénué de sens. Et de temps en temps l’auteur reprend ses droits en intervenant. Je n’ai pris que la voix du début, des premiers disques, beaucoup plus claire que maintenant, avec un accent un peu bizarre. Et on finit ensemble devant le poste de radio en chantant « Brigitte, Brigitte« 

Hexagone : Autre exemple : L’amour c’est du pipeau chanté avec quatre … pipeaux. Là aussi, un parti pris ?
Hervé Suhubiette : 
Dans le spectacle, on a voulu installer des moments suspendus comme, par exemple, Le petit brin d’herbe, une chanson très lente et plutôt longue. On reprend aussi des textes durs comme Dommage que tu sois mort « Je t’aurai bien invité à prendre le thé mais dommage que tu sois mort ». C’est drôle mais grinçant. Alors on a besoin de moments plus comiques, pour lâcher un peu la pression (public et artistes). Sur L’amour c’est du pipeau, j’ai proposé de sortir une flûte à bec, Eugénie a dit « je peux en jouer aussi« , Lucas « moi aussi« . Et voilà : « on fait un quatuor de flûte à becs !« . Un truc un peu absurde, joué à fond, avec cet instrument désuet et décrié : cela déclenche les rires et met des gens de bonne humeur. Cela permet d’aborder ensuite des moments plus poétiques, plus suspendus, plus insolites.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

Hexagone : Après cette première, quel ressenti ? quel retour du public ?
Hervé Suhubiette :
Dès le début du concert, on a senti le public avec nous. Après le spectacle, on eu vraiment beaucoup de retours positifs du public et des « pros ». Ce qui nous a surpris c’est que les gens ont énormément ri. Ce n’était pas notre parti pris. Mais c’était une énergie entre la salle et nous ce soir-là. J’attends avec impatience les réactions au Bijou.

Hexagone : Pour le Bijou, quelques mois après la première, vous avez introduit des évolutions ?
Hervé Suhubiette :
Non, on a envie de le redonner tel quel. Nous avons joué le spectacle une seule fois et le ressenti des réactions du public n’est jamais deux fois le même. Au Bijou, rejouer deux soir de suite va nous permettre peut être de nous faire notre opinion. On va aussi constater si des gens viennent le voir et y portent un intérêt. Nous, on a envie que ce spectacle ait un avenir car nous avons eu un plaisir immense  à le construire à quatre et à le jouer. On a ressenti une sorte d’évidence, on s’est dit : « Ca peut le faire  !», à part bien sûr dans les quelques moments de doutes habituels pour une création.

Hexagone : Allez, on change de sujet. On passe de B. comme Fontaine à H. comme Suhubiette. En juin dernier, dans un article, j’évoquais ta générosité et ta créativité. Depuis, en moins d’un an, avec celui sur Fontaine, tu as joué, au moins, quatre spectacles différents. Et il parait que tu prépares un spectacle jeune public sur Jacques Higelin ?
Hervé Suhubiette :
Oui, j’ai fait un concert de reprises Chansons des autres 2, uniquement monté pour Chez ta mère quelque mois après le précédent, avec d’autres chansons. J’aime bien les reprises, j’aime bien expliquer ce choix en les présentant, et, par exemple, l’importance que la chanson a eu dans mon parcours.

Photo Michel Gallas
Photo Michel Gallas

J’ai joué récemment, à Lavaur, Suhubiette en quintet, basé essentiellement sur mon répertoire. Et puis tu as vu, en mars, La tête dans le sac, un conte musical pour enfants. Encore une autre expérience, d’autres couleurs. Cela fait huit ans que je travaille en collaboration avec l’orchestre de Pau, sur des contes musicaux. Sur ce dernier projet, j’ai bossé plus de sept mois pour l’histoire, pour le chœur d’enfants et l’orchestre. C’est super émouvant et fort de voir des gamins s’accaparer ce que tu as écrit et composé,  et de les voir le porter avec cette belle énergie.

Pour le spectacle jeune public Higelin Tête en l’air, je travaille dessus, en ce moment, pour une création certainement en Octobre. A quatorze ans, j’ai acheté ma première guitare pour jouer une chanson d’Higelin Paris New York Paris. Il fait partie des gens qui ont compté. Ses chansons dévoilent une part d’enfance qui m’intéresse. J’aime bien me nourrir de chaque expérience. Et tant que j’ai de la musique à composer, un projet à partager alors ça me va. Je ne sais pas avoir du temps sans élaborer un nouveau projet. C’est comme cela que B. comme Fontaine est né : j’avais deux mois devant moi avec un peu moins de choses à faire, alors je me suis dit allons-y.


Je souhaite longue vie à ce spectacle créatif et réussi qui nous donne envie de (re)écouter Brigitte Fontaine. Un spectacle musical original qui nous fait entrer dans un univers où on est surpris, ému, où l’on rit et d’où l’on sort plus riche intérieurement. Je te laisse découvrir le « teaser » ci dessous. Et moi, j’y retourne. MG


Hervé Suhubiette interwievé le 26 mars à l’occasion des représentations de B. comme Fontaine les 5 et 6 avril au Bijou à Toulouse.


Nota : Les photos illustrant cet article ont été prises le jour de la première à l’espace Croix Baragnon.                                          

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