Finale du Prix Georges-Moustaki 2020

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Andoni Iturrioz, Melba, Théophile, Suzane, Brune, Abel Chéret, Matéo Langlois, Francoeur, Matthias Vincenot & Thierry Cadet. © David Desreumaux

Finale du Prix Georges-Moustaki – Centre Malesherbes-Sorbonne – Paris – 20 février 2020

Dixième anniversaire pour le prix Georges-Moustaki, créé en 2010 par Matthias Vincenot et Thierry Cadet, et dont la première édition eut lieu en 2011. Pour l’occasion, les organisateurs n’ont pas particulièrement mis les petits plats dans les grands mais ont opté pour une soirée qui associe la finale de l’édition 2020 à une manière de cérémonie commémorative présentée par Thierry Cadet en personne. Après chaque candidat, profitant du changement de plateau, Thierry Cadet reçoit en entretien le finaliste qui vient d’en terminer, puis lance la diffusion d’un reportage d’archives vidéo réalisé par l’équipe de TéléSorbonne : dix ans de présidence, dix ans de parrainage, dix ans de prix du public, dix ans de prix du jury, dix ans de jurys et un « Que deviennent-ils ? » consacré à certains artistes passés par le prix Georges-Moustaki.

Matéo Langlois
© David Desreumaux

Pour ce cru 2020, la présidence du jury revenait à Marcel Amont, alors que Suzane – récemment promue « Victoire de la musique – Révélation scène » – en était la marraine : l’expérience et la jeunesse. En raison d’un accident de voiture sans gravité, Marcel Amont n’a pu être présent lors de la finale mais a adressé un message vidéo dans lequel il a dit ses regrets d’être ainsi empêché d’être là, puis il a évoqué l’amitié qui le liait à Georges Moustaki. Une déception pour tous de n’avoir pu applaudir l’interprète notamment du Chapeau de Mireille – chanson écrite par le plus grand de tous, Georges Brassens évidemment.

Chaque année, après les écoutes préliminaires de disques pour les sélections en décembre, puis celles pour les demi-finales en janvier, ce sont sept finalistes qui se retrouvent face au public et au jury sur la scène du grand amphithéâtre du Centre Malesherbes-Sorbonne. Alors qui pour succéder en 2020 à SiAu et Leïla Huissoud, lauréats respectivement l’an dernier du prix du jury et du prix du public ? Chaque finaliste interprète deux titres ; c’est peu et parfois insuffisant pour prendre la mesure d’une œuvre. Cela peut servir certains candidats, en desservir d’autres, mais la règle est la même pour tous.

Thierry Cadet & Francoeur
© David Desreumaux

C’est Brune qui ouvre le bal avec Rouge, accompagnée par deux guitaristes. Elle attrape une basse Höfner en fin de second morceau mais sa prestation est desservie par un mauvais réglage sonore. Mauvais réglage dont pâtira également Abel Chéret, venant en second. Celui-ci distille une pop-érotico-électro aussi agréable que surprenante pour qui a connu ses premiers EP, bien plus sages. Dans un genre désormais tourné vers l’air du temps, Abel trouve son public et a même pu bénéficier d’un passage dans la playlist de France Inter l’an dernier. Mais sa prestation ne suffira à convaincre ni le public ni le jury.

Francœur prend la suite d’Abel sur la scène et séduit bien du monde, tant au sein du jury que parmi le public, lequel lui décernera son prix. En solo, armée de sa seule harpe celtique, elle déroule ses chansons fines et délicates qu’elle vêt d’accompagnements cristallins. C’est sans esbroufe, direct, et l’émotion est palpable instantanément. On devine dès lors que Francœur ne jouera pas les seconds rôles dans le tableau final. Je reviens de loin, chante-t-elle. On espère surtout qu’elle ira loin.

Thierry Cadet & Matéo Langlois
© David Desreumaux

Andoni Iturrioz vient à son tour relever le défi. On le connaît bien, Andoni. Il œuvrait et se distinguait déjà précédemment sous le pseudonyme de Je rigole. Son dernier album, Le roi des ruines, est une réussite totale, tant musicale qu’en termes d’écriture. Mais comment une œuvre aussi dense et complexe peut-elle survivre et toucher un large public en deux morceaux seulement ? C’est difficile, et bien qu’étant fort bien épaulé à la guitare par Samuel Cajal et au clavier par Bertrand Louis, Andoni n’y parvient pas malgré une parfaite représentation de son art (La joie noire, Révolution).

Vient l’heure de Matéo Langlois. C’est peu dire que 2019 aura été l’année du Toulousain tant il a décroché de palmes, raflant grand nombre de concours auxquels il a participé : Pic d’Or, tremplin de L’Entrepôt au Haillan, prix Magyd-Cherfi. 2020 commence également pour lui de la plus belle des façons puisqu’il s’octroie le prix du jury. Sa prestation conquiert largement par son originalité et la pluralité de son expression. Matéo entre en scène sur une intro au saxophone, lançant des boucles tout en poursuivant son solo. Puis sa voix haut perchée entonne les premiers mots des Fôtes d’orthographe. Il croise les registres, mêle les genres, scatte par moments, offrant une chanson hybride mâtinée de jazz et d’électro qui n’aurait probablement pas déplu à Claude Nougaro. Le second titre met en avant sa capacité à (bien) chanter sans instrumentation, montrant à la fois originalité et maîtrise. Point d’orgue de sa courte représentation : une danse et quelques envols subtils. L’hybridation jusqu’au bout !

Dans un autre registre, Melba accompagnée de ses deux musiciens se présente dans une tenue d’un orange très vif qui fait sensation. Pétillante, aussi volubile que traqueuse, elle finit par attaquer le premier titre, Machine de guerre. Dans un rythme et une veine très musique actuelle, Melba ne manque pas d’énergie et l’ensemble est des plus plaisants. Elle poursuit avec Céleste – dont le clip a été révélé récemment – et se fait rapidement quelques aficionados parmi le public. Cela ne suffira pas pour conquérir le prix mais Melba décroche cependant quelques programmations méritées. On aura plaisir à la revoir dans un set plus long.

Francoeur
© David Desreumaux

Théophile est le dernier candidat à fouler les planches du Centre Malesherbes-Sorbonne. Son EP a récemment retenu notre attention. Seul en scène, avec sa Viking Hagstrom demi-caisse pour toute armure, il interprète Oiseau qu’il dédie à son frère ; puis, ajoutant une boucle pour le morceau suivant, Pars, une chanson ayant pour sujet la dépression. Sans toutefois démériter, Théophile ne convainc cependant ni le jury ni le public.

Année après année, le prix Georges-Moustaki s’impose comme un rendez-vous incontournable de la chanson indépendante. Il permet d’éclairer une scène émergente de qualité et de mettre en évidence la profusion et la diversité de la création musicale actuelle. En offrant aux artistes la possibilité de s’exprimer devant plusieurs centaines de personnes, ce ne sont pas deux gagnants qui tirent parti de chaque finale mais bien sept. A ce titre, un grand bravo à Matthias Vincenot et Thierry Cadet pour cette initiative. Un grand bravo également à Amélie Dumas qui coordonne l’ensemble de main de maître, et un grand bravo enfin à tous les bénévoles qui font qu’un tel événement puisse exister. À l’année prochaine, pour découvrir d’autres talents !

David Desreumaux

  • Les prix décernés
  • Prix du jury (1 000 €) : Matéo Langlois
  • Prix Catalyse (1 000 €) : Matéo Langlois
  • Prix du public (700 €) : Francœur

Article publié dans le numéro 15 de la revue (Printemps 2020)

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