Courir Les Rues : Manuel du faire semblant

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Cover_Courir les ruesLa vie est un leurre, une comédie. Courir Les Rues le sait, lui qui bat la campagne de la chanson depuis 2005. Courir les rues l’a compris et, fendant les flots* des convenances, propose un remède amical et délicat à notre grand cirque quotidien. Un Manuel du faire semblant, nouvel album à paraître le 1er septembre prochain.

On comprend vite, à l’écoute de ce disque tout en subtilité, que les chansons avec des gros biscottos, ce n’est pas le registre de Courir Les Rues. Sous la plume agile de Maxime Tailliez (Max et les faits railleurs ?), les morceaux ne cherchent pas à passer en force mais empruntent une voie buissonnière bien plus agréable et intelligente. Au rang de l’écriture, on est ici dans quelque chose de finement travaillé, dans des vers qui ont observé autant qu’ils observent et qui restituent des sentiments, des envies, des agacements, des engagements dans une forme épurée, légère. Une forme qui dit beaucoup plus en peu de mots que d’aucuns en 100.

« Pour ne pas mentir, je souris » annoncent-ils en ouverture de Je souris, premier single extrait de l’album. Sourire, entendez « se taire » pour refuser le dialogue, la conversation, pour s’excuser, pour s’absenter, être ailleurs. De sourire justement, il est énormément question sur cet album. L’humour, la fantaisie tiennent une place de haut rang. Comme politesse du désespoir, avec toujours une forme de détachement.

Détachement et faux-semblant donc. Faux détachement également car si la forme se veut légère, le fond est autrement plus profond. C’est ainsi que Courir les Rues pose un regard lucide, citoyen sur un monde qui se mord la queue et court à sa perte comme sur la très réussie Bétonnière, rappelant à tout un chacun que l’ « On a rempli la bétonnière / Pour réparer les bêtises d’hier / Du sable dans la bétonnière / Pour réparer les bêtises d’hier / Le reste du béton tout au fond de la mer/ Pour réparer les bêtises d’hier. »

Annoncé comme une forme de renaissance pour le groupe, ce Manuel du faire semblant tient donc toutes ses promesses. L’orientation pop prise par le groupe – sans renier toutefois les sonorités des débuts – fait mouche et accouche de 11 titres élégants et raffinés réalisés par Robin Leduc à qui on reconnaît un indéniable talent à la fois de réalisateur mais également d’auteur-compositeur-interprète.

Quelque part entre Souchon et Dorémus, sur des mélodies et des rythmes variés et solides, ce Manuel du faire semblant ne vient certes pas tout fracasser dans la chanson mais il raisonne. Comme un écho responsable.

* « Courir les rues, battre la campagne, fendre les flots » sont des vers de Raymond Queneau qui ont poussé Maxime Tailliez et les siens sur la route de la chanson.


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