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La Klôserie sans lilas

Mardi 10 juin 2014. Klô Pelgag, après un Café de la Danse en avril dernier, revient sur une scène parisienne. C’est au 104. On l’a rencontrée à cette occasion. A la Klô déchainée sur disque et sur scène laisse place une Chloé Pelletier-Gagnon très posée, presque timide. Posée mais déterminée, passionnée et passionnante quand elle explique sa démarche artistique. Son art déborde la musique sur les extérieurs et elle se pose en disciple de Dali et Lauzon plutôt que Desjardins et Rivard. Klô pratique l’art total, n’exclut rien sinon la tiédeur. L’art ne vaut que s’il est une mise en danger et s’il procure du sens, des formes et des émotions. Cette Klô-là est faite pour durer !

Hexagone : On te découvre en France alors que tu chantes depuis un moment au Québec et que tu as déjà raflé une montagne de prix. Peux-tu raconter en quelques mots le chemin qui t’a conduit à la chanson ?
Klô Pelgag : Quand j’étais petite j’ai pris des cours de piano classique, puis j’ai arrêté avant de reprendre à la fin de mon adolescence de façon plus autodidacte en écrivant des chansons. C’était plus un besoin à ce moment-là.

Hexagone : Quel besoin ?
Klô Pelgag : J’avais besoin de faire sortir des choses, notamment des choses qui se passaient dans ma vie à un moment où je n’étais pas très heureuse. Et à partir du moment où je me suis mise à écrire, des chansons ou des textes, ça m’a montré le monde autrement et aidé à mieux vivre.

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Hexagone : Tu vis en Gaspésie, une région retirée qui se trouve à 10 heures de Montréal. Est-ce que cet environnement est propice à ta création ? Cet environnement a-t-il influé sur ton désir de faire des chansons ?
Klô Pelgag : Je pense car lorsque tu es ado, c’est très inspirant de n’avoir rien d’autre à faire que de contempler la magnifique nature qui t’entoure. L’écriture s’impose pour échapper à l’ennui.

Hexagone : J’ai lu que tu avais fait du théâtre au départ ?
Klô Pelgag : Pas au départ en fait. C’est lorsque j’ai commencé mon cursus universitaire que je suis allée en Arts et Lettres Option Théâtre et que je me suis découvert un grand intérêt pour le théâtre. Les différents aspects du théâtre, la scénographie, l’écriture dramatique, le jeu, m’ont beaucoup nourrie.

Hexagone : Pourquoi en revenir à la chanson du coup ?
Klô Pelgag : Ça me tentait d’essayer, j’avais un appel fort en moi qui me signifiait que ce medium-là est particulièrement intéressant dans le sens où l’on peut réunir beaucoup de formes artistiques à l’intérieur.

Hexagone : C’est plus direct comme expression ?
Klô Pelgag : Oui, j’aime les humains et j’aime pouvoir communiquer avec eux et la forme de la chanson permet de le faire. Aussi, dans mon spectacle, je suis libre de faire ce que je veux et je n’ai pas de metteur en scène ni d’auteur à qui je dois obéir.

Hexagone : Qu’est-ce t’apporte la chanson que le théâtre ne t’a pas apporté ?
Klô Pelgag : Une liberté complète. C’est moi qui décide si le spectacle est bon ou mauvais. Je peux greffer ce que je veux à mon spectacle comme des tours de magie, etc. J’aime quand c’est un mix entre quelque chose de rôdé mais qui laisse une place aussi à l’improvisation. Et puis il y a la musique que j’adore associer aux mots, à la couleur des accords.

Hexagone : Musique et mots, l’un ne va pas sans l’autre chez toi ?
Klô Pelgag : Dans ce que je fais, oui, mais j’adore la musique instrumentale aussi. Et j’adore lire.

Hexagone : Pour toi, quel est le rôle d’une chanson ?
Klô Pelgag : De toucher les gens, de les distraire. C’est le reflet d’une façon de voir, de les amener ailleurs, de leur montrer un aspect d’eux-mêmes qu’ils ne connaissent pas.

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Hexagone : Il y a une marque de fabrique « Klô Pelgag » dans tes chansons. Aux thèmes souvent lourds  (la maladie, la drogue, etc.) tu associes des musiques plutôt joyeuses. Que cherches-tu à créer ?
Klô Pelgag : J’écris par instinct et je ne réfléchis pas à ce que je fais quand je le fais. Quand j’écris, c’est que j’ai des choses à faire sortir mais j’aime les transformer. Une musique triste avec un texte triste, ça n’apporterait certainement rien l’un à l’autre. Je n’essaie pas de faire une science de la chanson, c’est du ressenti avant tout. Il y a des sujets qui me touchent plus que d’autres, j’ai une certaine violence en moi…

Hexagone : Oui, d’où vient cette hyper présence de la violence dans les thèmes de tes chansons ?
Klô Pelgag : Je suis passionnée et la chanson me permet de canaliser cette violence.

Hexagone : On parle beaucoup de surréalisme à propos de tes textes. Qu’est-ce qui t’intéresse dans les mots ? Que cherches-tu à en faire ?
Klô Pelgag : Dans le fait d’écrire, j’essaie d’exprimer à la perfection un état, en faire une description suprême de quelque chose. C’est fou ce que l’on peut faire avec les mots. Le contact d’un mot avec un autre, ça peut devenir plus grand que la signification dans leur unité. Pour moi, c’est sublimer un état, une sensation.

Hexagone : On peut rapprocher ton mode de fonctionnement de celui du poète. Comme les Fleurs du Mal étaient les poèmes de Baudelaire, ton Alchimie des Monstres (ou du verbe ?) semble faire état de tes chansons. Comment fonctionnes-tu dans ton écriture ? Est-ce que tu t’astreins à t’asseoir à ta table tous les jours…
Klô Pelgag : Non non. On pourrait rappeler la comparaison entre Picasso et Dali. Picasso a travaillé tous les jours et a livré une production mirifique dont des choses extraordinaires ont sont sorties. Et puis Dali, lui, réfléchissait pendant des mois à ce qu’il allait faire, puis il le faisait en un souffle. Il savait ce qu’il voulait. C’est deux façons de travailler.

Hexagone : Du coup, tu serais plutôt Dali ?
Klô Pelgag : Oui, dans ma façon de travailler. Et je suis très critique envers moi-même. Quand j’écris, je veux avoir envie de pouvoir dire les phrases que j’ai écrites durant toute ma vie. Si j’écris sans en ressentir le besoin, je vais être déçue et frustrée.

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Hexagone : Tu as mis combien de temps à écrire l’album ?
Klô Pelgag : C’est un premier album, c’est particulier. Certaines datent de trois ans, certaines sont récentes et ont été enregistrées juste avant la sortie de l’album.

Hexagone : Qui t’a donné envie de faire de la chanson ?
Klô Pelgag : Beaucoup de choses m’ont influencée mais parmi les personnes qui m’auraient donné envie de faire de l’art – plutôt que de la chanson – je pense à un cinéaste comme Jean-Claude Lauzon avec son film Léolo, des peintres comme Botero, Magritte. Des poètes comme Claude Gauvreau qui m’a beaucoup touchée dans mon adolescence et qui m’a fait découvrir qu’on pouvait faire n’importe quoi et essayer des choses.

Hexagone : Ton approche est iconoclaste dans le monde de la chanson. Tu mélanges tous les arts et c’est plutôt inédit comme démarche en chanson. L’art pour toi, c’est vraiment une mise en danger ?
Klô Pelgag : Oui, bien sûr.

Hexagone : Du coup, tu ne vas certainement pas chercher à ronronner sur ta formule et le prochainement album sera probablement très différent ?
Klô Pelgag : C’est ça. Et puis si je fais quelque chose avec lequel je suis mal à l’aise, quel regard porterais-je sur moi dans 10 ans ? J’aimerais pouvoir toujours rester fière de ce que j’ai fait.

Hexagone : Qu’est-ce que tu écoutes en musique ?
Klô Pelgag : J’ai écouté beaucoup de rock progressif quand j’étais adolescente.

Hexagone : Comme qui ?
Klô Pelgag : Gentle Giant notamment avec l’album Interview. J’ai écouté beaucoup de chanson française aussi, j’ai écouté du reggae. J’ai écouté un peu de pop aussi, j’adore l’album de Metronomy, The Bay.

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Hexagone : Tu as davantage une culture pop / rock anglo-saxonne ?
Klô Pelgag : Non, j’adore les classiques français comme Gainsbourg et Histoire de Melody Nelson. J’aime Brassens, Brel et Bashung que je découvre en ce moment. J’aime le côté épique de son univers. Pas de compromis dans son œuvre, je m’en sens proche. J’aime les gens qui ne renient pas leurs idéaux et vont au bout de leur démarche artistique.

Hexagone : Comment décrirais-tu le tien d’univers ?
Klô Pelgag : Je ne sais pas. Je préfère que ce soit les autres qui le décrivent parce qu’il n’y a pas de vérité. Personne n’a raison. Aujourd’hui on va dire que je suis surréaliste et peut-être que dans deux ans on dira que je suis baroque. Je ne veux pas m’attribuer de qualificatif parce que je veux me laisser la chance d’évoluer et de changer même si certaines choses resteront toujours.

Hexagone : L’importance de la scène pour toi ? Ça se passe avant tout là ou bien est-ce juste un passage obligé auquel tu ne tiens pas forcément ?
Klô Pelgag : Ah ! J’adore la scène et je suis vraiment heureuse de pouvoir tourner autant. C’est violent la scène et j’essaie toujours d’être le plus honnête possible avec ce moment, avec le public. C’est un moment fragile et j’aime cette fragilité, j’aime qu’on laisse la possibilité au spectacle d’être bon, moyen excellent ou nul.

Hexagone : Pour le coup on retrouve si ce n’est le théâtre au moins le goût du jeu ?
Klô Pelgag : Oui, j’aime tester les gens. Sur scène, on est un peu un concentré de certains aspects de nous-mêmes.

Hexagone : On retrouve sur scène ton côté « barré » et c’est un compliment. La scène c’est le prolongement de ton travail artistique d’écriture et de composition ?
Klô Pelgag : Oui, bien sûr. J’ai toujours été un peu « à part », on m’a toujours regardée un peu comme une extra-terrestre mais j’assume et ça me plaît.

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hexagone.lemag@gmail.com

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