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Govrache : Le bleu de travail

Du célèbre héros du père Hugo qui ne dédaignait pas montrer son cul à la maréchaussée, David Hébert alias Govrache en conserve le sel dans sa vision contemporaine de notre société. Si le couvre-chef éponyme bien qu’anagrammé reste toujours vissé sur le crâne du protagonsite, en revanche, sache, lecteur, qu’on ne balance plus de pavés sur les barricades en 2014 à Paname mais qu’on sort de ses poches des chansons qui atteignent le mille en plein, qu’on s’indigne en soufflant sur le vers ciselé et cristallin pour qu’il vienne mourir harmonieusement au fond de nos pavillons ébahis.

C’est ici la démarche entreprise par Govrache donc, sur cet EP, Le bleu de travail, paru à l’automne dernier et qui comporte 5 titres. C’est peu, c’est bref tant la qualité d’écriture est au rendez-vous mais c’est en même temps suffisant pour goûter à tout l’éventail de Govrache. C’est suffisant pour constater que la patte de ce normand panamisé sait écrire dans moult registres.

L’EP s’ouvre sur ce Bleu de travail, devenu étendard relique maintenant qu’on oppresse « moderne » et qu’on nous presse comme une Orange chez France Telecom. Portrait social donc, presque anachronique disais-je qui résonne comme un Son bleu de Renaud mais en version plus optimiste. Avec une happy end comme on le dit mal en français. Portrait malin de Govrache où si le travail met une vie à tuer son homme, l’heure de la retraite sonne comme une petite mort. Une mort sociale ressuscitée dans la naissance d’un petit rejeton. Govrache cause d’ennui chronique, d’alcoolisme et – en filigrane – de lutte des classes avant de conclure sur une note optimiste pour faire la nique à l’hyper réalisme. La voix, le style, c’est du Jamait, du grand Jamait qui devient du grand Govrache. C’est sensible, c’est émouvant, c’est écrit au scalpel mais jamais sur le fil dérisoire. On pourrait résumer en disant que Govrache écrit Les Souffrances du Job.

Du portrait de retraité, on passe à celui du dépressif « qui n’est pas dépressif mais juste chiant » avant d’enchainer sur Merde Chui prof, savoureuse saynète douce-amère qui met en scène un prof, non pas « à Paris XVIème » mais « au collège Edgar Poe ». Et ça n’a pas l’air simple de lire Rimbaud et de faire kifer Baudelaire à des gosses qui ingurgitent du Christophe Maé. Très bon diseur, fort habile dans l’interprétation, sur ce titre, Govrache marche sur les platebandes de Jacques Brel, l’homme de scène, du chant-théâtre. Vise un peu.

Ne jonglant pas seulement avec l’octosyllabe chanté, Govrache conclut cet EP sur L’homme trottoir, un regard sur le SDF, un parlé chanté, spoken word ou talking blues, c’est comme tu veux. C’est le propos qui nous intéresse pas l’étiquette. Un manifeste que ce texte ! Dans une langue travaillée, renouvelée, ré-inventée avec pour le coup une œillade au père Lantoine. Loïc. On retrouve chez ce Govrache de L’homme trottoir l’habileté de son aîné pour détourner, contourner l’expression populaire pour en faire éclater un sens nouveau. La poésie comme arme d’indignation et de provocation. « Je suis l’homme trottoir, posé comme ça, comme une verrue sur ta vie sage »,  « je suis un rat des villes au ras des gens », « j’ai des escarres plein les remords et des hémorroïdes aux peut-être », etc.

Soutenu par des cordes typées manouche – guitare, contrebasse, violoncelle et violon – musicalement, ça swingue élégamment, ça vient de l’est, peut-être de cette Enfance hongroise, « sans être allé jusqu’en Hongrie », dont nous parle Govrache dans un registre qui devient soudain nostalgique et mélancolique. Il sait tout écrire et tout chanter je disais. On attend avec impatience la suite.

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