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Nevché : Rétroviseur

Quand en 2011, Nevchéhirlian a fait paraître Le soleil brille-t-il pour tout le monde, un album envoûtant de poèmes militants de Jacques Prévert mis en musique, on s’est dit que ce marseillais avait l’intention d’en découdre avec le microcosme de la chanson et d’y apporter son grain de sel tant l’affaire était concluante et venait mettre un coup de latte dans le ronron ambiant.

Nevché

Nevché

Quand a été annoncée la sortie de Rétroviseur, troisième et nouvel opus, on s’est dit aussi qu’on allait l’attendre au tournant ce marseillais même s’il n’avait pas une chaîne en or qui brille et que forcément il aurait un coup de moins bon après pareil album. Mais non. Le seul raccourci que s’autorise Frédéric Nevchéhirlian, c’est à lui-même qu’il le réserve en se rebaptisant Nevché sans que cela sonne pour autant Commandante. Pour le reste, on retrouve ce qui a fait la fortune de l’album précédent à ceci près que Rétroviseur, s’il évoque le regard vers le passé et l’adolescence de son auteur, évoque également la nécessité de regarder ce qui se passe devant, sur la route que l’on s’écrit à soi-même.

On le savait lettré Nevché – ne se frotte pas à Prévert qui veut – mais on découvre sur cet album produit par Jean Lamoot (Alain Bashung notamment…) et co-écrit avec Ronan Chéneau des textes ciselés, incisifs révélant une véritable exigence autour du mot. Une poésie dégainée sur des mots sens, des mots sons, des mots qui claquent, des mots qui glissent et des mots qui choquent. « Vas-tu freiner, galope te dis-je, dans la lunette arrière notre fuite en avant » explique-t-il sur Notre rendez-vous, dans un spoken word chuchoté telle une confidence qui n’est pas sans nous rappeler les bons moments du Kat Onoma de Rodolphe Burger. A la croisée du rock, de la chanson, du folk et de l’électro, Nevché ne se contente pas de plaquer une musique sur un texte. La musique fait corps avec le texte, la musique s’invente avec et par le texte. L’esthétique n’est pas laissée pour compte, au demeurant jusque dans le clair obscur de la pochette.

Nevché

Nevché

Outre l’album du regard à 360°, Rétroviseur se présente également tel un album d’amour et de voyages. L’amour d’une ville et des voyages auxquels elle invite, la ville de Nevché, Marseille. Marseille qui n’est pas la cité phocéenne caricaturale d’une série télé ni même l’empire de la grande truanderie qu’on nous brandit. Non, c’est une ville réelle, qui ne prend pas le ciel azur pour éternité mais qui a ses froidures et ses froideurs, une ville sur laquelle Nevché jette le regard d’adolescent qu’il a été dans une vision quelque peu désenchantée qu’il évoque notamment sur le titre Sur les parkings où, se souvient-il peut-être, « on va tout défoncer » et « il y a du printemps qui nous soulève » dans cette ville où les filles en pincent toujours pour les mêmes beaux gosses.

Ce regard acide mais lucide parcourt tout le disque et prend souvent même de vigoureuses couleurs militantes, toutes en subtilité (Les régimes à la mode, Rendez-nous l’argent). Toujours en gardant un oeil dans le rétro et l’autre sur la route…

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