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Jules Nectar – Chanson faussement naïve

Jules Nectar – Chanson faussement naïve

Sur la pochette de son deuxième album, il apparaît assis, bien en place, le corps tourné dans une direction, et le regard à l’opposé. Jules Nectar, c’est un peu cela : des morceaux à la croisée de deux registres, chanson française et pop/folk. S’entourant de la DJette Milu Milpop et de Clément Foisseau, habitués des scènes rock, il produit un disque plus riche que le précédent mais toujours à son image, doux et sincère. A quelques jours du concert qui marquera la sortie de l’album, au Rex de Toulouse, Jules revient pour nous sur l’histoire de ce disque, sa collaboration avec les deux musiciens, et sa manière artisanale de travailler.

© Céline Zed

Hexagone : Ton nouvel album est sur le point de sortir. Tu nous racontes son histoire ?
Jules Nectar : En effet, il sort maintenant, mais il est prêt depuis bien longtemps ! C’est un album qui s’est fait sur cinq ans, je dirais, et honnêtement, je suis déjà sur le prochain. On joue depuis longtemps les chansons de cet album en concert, mais sa sortie avait été sans cesse repoussée. Dans mon entourage, tout le monde plaisante sur le fait qu’il sorte enfin. Le coup du concert de sortie, au Rex le 10 avril, c’est un peu la blague récurrente avec les copains qui me disent : «  tu es sûr qu’il aura lieu ? »  Le disque a été écrit dans la durée, et au moment de sélectionner les chansons, j’ai fait en sorte que cela soit cohérent, car depuis que j’ai commencé à travailler dessus, j’en ai écrit beaucoup plus que ce que l’album contient.

Comment s’est faite la rencontre avec Clément et Milu et pourquoi tu n’as pas voulu d’un disque 100% solo ?
Clément est un copain de longue date. Il était venu me voir jouer en solo et on a parlé collaboration à ce moment-là. Il fait partie du collectif de musiciens DBK, projet auquel participe aussi Milu. Je l’ai entendu chanter lors d’un de leurs concerts, et là, je lui ai proposé de se joindre à nous. Elle a vraiment une voix incroyable… J’ai toujours accordé beaucoup d’importance à l’harmonie vocale, et j’avais très envie de mettre des chœurs dans mon nouvel album. Jusqu’à présent, il y en avait, des chœurs… mais c’est moi qui les faisais tous !

Milu appartient pourtant à un univers électro à l’esthétique très différente de la tienne…
C’est vrai, ça n’a rien à voir ! Mais de mon côté, je voulais apporter une touche électro à mes chansons. Pas techno, ou dubstep, mais juste des sonorités électroniques, qu’elle a pu justement amener de par ses compétences de DJ, car Milu a double casquette : aux machines, et à la voix. De son côté, ça lui plaisait de se confronter à la langue française. D’origine polonaise, elle ne se sentait pas forcément légitime au départ, et j’ai dû la mettre en confiance. Finalement, ça l’a fait et je pense qu’on peut dire qu’on s’est vraiment bien trouvés.

On vous a vus en lever de rideaux de plusieurs concerts sur Détours de chant le mois dernier, en acoustique, c’est une forme que vous pourriez explorer ensemble ?
On a eu énormément de retours positifs par rapport à ces sessions acoustiques, en effet. On a même fait un set de 30 minutes en acoustique récemment, et ça a super bien marché. Nous, on a adoré ça, cette simplicité. Et puis c’est très confortable, pas de problème technique au moins ! On est juste là, avec une guitare, face au public. Effectivement peut-être qu’on sera amenés à travailler ça, à voir… En tout cas le public a particulièrement apprécié de nous écouter sous ce format-là et en redemande.

Parlons un peu de l’album… “Nos rêves” : pourquoi ce titre ?
C’est le titre d’un des morceaux. Je ne vois pas l’intérêt d’aller chercher un titre extérieur au disque, en fait. Et c’est la chanson qui me semblait la plus appropriée pour représenter l’album. Et puis, après coup, je me suis rendu compte que le mot « rêve » apparaissait très souvent dans mes chansons… Généralement, dans mes textes, je ne cherche pas à raconter d’histoires : je préfère écrire des textes ouverts, qui tendent à l’universel, dans lesquels chacun peut puiser ce qu’il veut.

© Céline Zed

Un universel plutôt positif et léger, à t’écouter ?
Pas uniquement ! Parfois, on me dit que ce que je fais est trop naïf, qu’on passe juste un bon moment en m’écoutant. A ces personnes-là, je leur réponds qu’elles devraient lire les paroles de mes chansons. Il y a une mélancolie sous-jacente dans la plupart. Mais en effet, je les chante de manière légère. Et j’aime ce décalage qu’il peut y avoir entre ce que je dégage, moi, sur scène, et le contenu de mes morceaux. En tout cas, c’est là-dessus que je travaille, c’est ce que je cherche à provoquer.

Mais alors, tu fais quoi ? (question provocatrice)
Pour les gens du monde de la chanson française, je fais de la pop, et pour les gens du monde de la pop, je fais de la chanson française ! Je n’ai pas une écurie, je ne suis pas affilié à un style, et d’ailleurs, ça complique parfois les choses.

Ce n’est pas une force au contraire ?
Ça peut. Mais pour me faire connaître, c’est plus compliqué. Les gens ont besoin de repères, de savoir à quelle catégorie appartient tel ou tel artiste. J’ai remarqué que souvent, certains étaient catégorisés dans « chanson française », et puis passent à la catégorie « variété ». Je crois que « variété », c’est à partir du moment où tu es connu, où tu passes à la radio !

Comment crées-tu tes morceaux, toi qui es seul et « sans écurie » ?
Pour le coup, je suis vraiment tout seul ! En réalité, les mélodies me viennent comme ça. Je ne m’enferme pas pendant plusieurs jours, façon résidence, pour créer. Elles me viennent en tête, je les note. J’aime le côté non-maîtrisé de la création. Et puis je ne suis pas très bon musicien. Je joue absolument tout le temps de la guitare. Mais si on m’appelle pour remplacer tel guitariste dans tel groupe, je ne suis pas sûr de pouvoir le faire ! J’ai un jeu qui n’est qu’à moi et qu’à l’inverse, les autres auraient bien du mal à imiter. C’est ma touche personnelle, comme ma voix, c’est la mienne, elle est comme ça, tant pis si ça ne plait pas. Et je pense chanson tout le temps. Finalement, je me vois un peu comme un artisan.

Certaines de tes chansons restent facilement en tête…
On me le dit souvent, et je prends ça pour un compliment. Pour moi, c’est plutôt bon signe !

Qu’est-ce que tu écoutes au quotidien ?
J’écoute pas mal de folk anglo-saxon, j’adore Agnes Obel, Lilly Wood and the prick, Cocoon. J’aime Leonard Cohen, ses balades, ce côté doux, murmuré, mais pas mou pour autant. En chanson française, je suis assez fan de Gaëtan Roussel.

On se voit au Rex, le 10 avril ?
Oui, ça fait longtemps qu’on n’a pas joué à Toulouse finalement, on est contents ! Le concert est produit par le Bijou qui m’a toujours beaucoup soutenu, ça fait plaisir.

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claire.villard.63@gmail.com

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