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Camille Hardouin en trio au Bijou

Camille Hardouin en trio au Bijou

Depuis les Découvertes « Alors Chante ! » à Montauban qu’elle a gagnées en 2013, on a beaucoup vu La demoiselle inconnue puis désormais Camille Hardouin à Toulouse et ses alentours. Entre autres à Lavaur, deux fois au Festival Détours de chant et au Café Plum et fin septembre elle venait pour la troisième fois au Bijou à Toulouse. Camille, habituée d’Hexagone aussi, a souvent eu droit aux articles du site et du magazine dès le n°0 et même à sa couverture pour le n°4. Donc si on publie (encore !) un article, il faut du neuf et du lourd. Et c’est le cas : d’abord la demoiselle solo se produit pour la première fois en trio dans la région et lance sa nouvelle tournée. Ensuite le texte est enrichi par les photos de Francis Vernhet.

Marqué par l’émotion éprouvée lors des concerts en solo, on pouvait s’interroger sur une formule en trio. Hé bien, cette appréhension n’avait pas lieu d’être. L’apport musical embellit l’habit des chansons sans toucher à l’univers et aux émotions ressenties. Quelques titres restent joués en solo, parfois l’accompagnement arrive en cours. Un grand bravo à ces deux superbes musiciens et parfois choristes, discrets et efficaces : Jean-Laurent Cayzac (guitare et contrebasse) et Louise Goupil (clavier, clarinette et au trousseau de clés (!) en rappel).

© FRANCIS VERNHET.

Au Bijou, le concert est composé pour moitié de toutes les chansons du premier album et pour moitié d’autres pas encore enregistrées. Parmi celles-ci, certaines sont installées depuis un an environ comme le texte surprenant Un endroit qui n’existe pas, et l’émouvant Terre d’oubli. Mais ce tour de chant contient des nouveautés. D’abord des ajouts, par rapport au dernier concert vu, comme Le géant, chanson rare qu’elle annonce n’avoir chanté précédemment qu’au Bijou et Au bord. Ensuite si on l’avait vu jouer de la guitare avec une poupée représentant Britney, désormais elle chante dans le corps d’une contrebasse du Billie Holliday dans J’veux pas. Et si on l’avait entendue, dans une soirée spéciale reprise, déclamer une partie du Condamné à mort de Genet, là elle nous le fait, lors du rappel, en version quasi intégrale pendant une quinzaine de minutes avec un accompagnement musical lui apportant encore une autre dimension. Et si, ces derniers temps; elle intégrait des reprises dans son concert, là pas de reprise à proprement parler mais elle introduit des bouts de chanson dans Pablo et dans Les Pirates. Mais nouveautés ou pas, solo ou trio, le plus important c’est qu’elle nous embarque une fois de plus dans un voyage d’émotions et de sensibilité, avec frissons et chair de poule garantis. Encore un coup de magie de la sorcière poète qui nous transporte au plus profond de nous ! Une fois de plus, ceux qui la découvrent parleront d’un choc et d’un gros coup de cœur.


Je retrouve Camille Hardouin dans l’après-midi du dernier soir, où le concert affiche complet, dans la salle du Bijou vide, où seule Louise viendra répéter au clavier, mais en gardant le son dans ses écouteurs. Camille évoque la formule en trio, les concerts au Bijou et ses deux autres actualités.

© FRANCIS VERNHET.

Hexagone : En octobre 2015, lors d’un entretien publié sur le site puis dans le n°0 tu parlais de l’envie de jouer à plusieurs. Envie réalisée avec cette tournée en trio ?
Camille Hardouin : Hé oui, deux ans après on y est ! On avait joué aux Francos en juillet 2016 et cet été en août on a fait une pré-première d’un peu plus d’une heure. Là, le spectacle dure quasiment deux heures. L’idée des concerts en trio c’est de jouer les chansons de l’album sorti en avril. Écrites parfois il y a très longtemps, ces chansons ont toutes été enregistrées il y a plus de deux ans dans cette formule en trio. Le jeu sur scène, c’est de les présenter et de les colorer de la manière qui nous correspond aujourd’hui.

Hexagone : Dans ce même entretien, tu évoquais l’album enregistré dont tu attendais la sortie. J’étais là le jour du premier concert où tu es venue apporter ton album : au Printival, en avril cette année. Tes sentiments au bout de cinq mois ?
Camille : Je suis soulagée et un petit peu plus calme. Les premières fois prennent plus de temps : trouver une équipe, savoir avec qui tu vas jouer, sortir l’album dans des conditions qui conviennent. Je pense très fort au deuxième album. Pour moi cela ferait sens de continuer à travailler avec ces deux musiciens que je trouve merveilleux, et donc un bout du chemin serait déjà fait. Et j’ai le troisième dans la tête. J’ai l’impression d’avoir toujours beaucoup de chansons en retard,  faites et non enregistrées : j’aimerais être à jour quand je vais mourir et je ne sais pas quand cela va arriver. D’où mon empressement.

Hexagone : Que t’apporte le trio ?
Camille : JL – Jean-Laurent – et Louise m’accompagnent vraiment généreusement, ils sont attentionnés et non intrusifs. Ils m’apprennent énormément de choses. Ils me nourrissent artistiquement, humainement et pour le positionnement sur scène.

© FRANCIS VERNHET.

Même si cela fait longtemps que l’on joue ensemble, soulever le rideau maintenant, en venant sur scène, apporte de nouvelles sensations, peut-être presque comme une nouvelle rencontre. Même si l’intimité est déjà là, tu tâtonnes pour trouver ce qui est juste, il y a une beauté aussi dans ce tâtonnement. Avec le trio on est sur le fil tout de suite. Tout est neuf. Par exemple, JL et Louise sont en impro sur le texte du Condamné à mort. Je ne sais pas quel paysage ils vont dessiner. Et eux ne savent pas non plus où je vais partir. On se laisse des moments de liberté. Ils m’apprennent ça aussi. J’ai tendance à beaucoup écrire aussi pour ce qui va m’arriver, pour être assez stable afin de rendre bienvenu le non prévu. Ils m’ont appris à leur faire confiance, et à laisser ces trois planètes interagir et à marcher sur un paysage sans cesse en mouvement. Cela demande une autre souplesse qu’en solo. J’ai une grande soif de continuer à faire cela.

Hexagone : Quelques mots sur Le condamné en mort ?
Camille : En rappel, faire une reprise de Mansfield.TYA mélangée avec ce texte du Condamné à mort, c’est un plaisir et une grande traversée. Je me régale d’avance de savoir que je vais embarquer les gens, sans les prévenir, pour un moment à la fois tellement cru et tellement gracieux. Je n‘ai aucune idée de comment les gens vont le recevoir. Je me souviens de la tempête reçue la première fois que j’ai entendu ce texte, dit par Têtes raides. J’étais frappée de plein fouet. Et je me suis dit que la seule manière de comprendre ce texte, c’est de l’avoir à l’intérieur de moi et de l’apprendre petit à petit.

© FRANCIS VERNHET.

Hexagone : A la fin d’un titre, parfois tu souffles, par exemple pour Le condamné à mort. Cela indique quoi ?
Camille : Cela marque la traversée que l’on vient de faire. En trio, avec des versions un peu plus fraîches, la traversée, tu la reçois super fort sur la peau. Le souffle signifie : « Waouh ok, on vient de vivre ça et maintenant on se dirige vers autre chose. » A la fois au gouvernail et passagère, je reçois moi aussi le voyage . Et d’entendre et de traverser un texte comme Le condamné à mort, émotionne d’autant plus.

Hexagone : En concert, la version Les pirates diffère vraiment de celle de l’album ?
Camille : Cela faisait longtemps que j’avais envie d’être sans guitare, seulement avec le texte pour interpréter ce titre. De plus, j’ai intégré un texte en anglais qui parle d’une chanson d’amour qui m’avait bouleversé : True love will find you in the end de Daniel Johnston. Dans les concerts, de plus en plus, j’aime m’amuser avec mes propres chansons et les « farcir » de textes nouvellement écrits. Et comme dans une éprouvette de chimie quand tu mélanges des ingrédients, je suis intéressée par la juxtaposition de ces moments pour sentir ce que cela révèle dans mon interprétation et dans les chansons.

Hexagone : D’où vient l’idée de chanter dans la contrebasse ?
Camille : Ah ! Déjà de l’envie de chanter partout ! Ça prend le coffre de la contrebasse, cela ressort dans le micro, cela donne un autre son, très intéressant et super joli, une autre couleur de la voix. Dans mes tout premiers concerts, je chantais dans un téléphone fixe qui trafiquait un peu la voix. Je veux garder cette habitude d’aller chanter partout.

© FRANCIS VERNHET.

Hexagone : Trois jours dans le même lieu : le Bijou, que peux-tu nous en dire?
Camille : C’est fantastique de rester plusieurs jours dans un lieu. C’est vraiment un cadeau, toujours. Car le lieu est important, il fait partie des instruments. Dans le concert j’ai dit que j’ai l’impression ici au Bijou d’être dans le ventre d’une baleine. Un endroit, un peu hors du temps, familier et mythique en même temps. Un lieu qui sonne à la fois comme la maison et comme un endroit que l’on ne visite pas si souvent. Qui résonne au sens sonore et au sens des sensations qui nous évoquent tout ce qui s’y est passé. Avoir la chance d’habiter un lieu plusieurs jours permet de s’accorder avec lui. En arrivant au Bijou, on a (re) répété  avant de faire le spectacle : qu’est ce qui est possible ici ?, qu’est-ce qu’on s’imagine ici dans ce lieu ? Comme quand tu tournes un film dans un décor, si tu changes de décor peut être tu vas réécrire une partie pour que ce soit juste. Pour nous, en début de tournée, on peut essayer des variantes ou apporter des précisions. Avec la constante du lieu, cela nous permet d’entendre ce qui change dans une version sans que l’écho soit trop brouillé.

Hexagone : Du coup, le même set les trois soirs ou des différences ?
Camille : On ne joue pas tout à fait le même set. Hier, on a fait une version différente de Mary the road que l’on a aussi changé de place : cela donne déjà une autre couleur dans le concert. La question, en plus de « Est-ce juste émotionnellement ? » c’est aussi « Se sent-on prêt à faire quelque chose de nouveau ? » Comme sur un fil, peut-être ce serait beau de mettre cette pirouette, mais quelle quantité de risque peux-tu prendre  ? Est-ce qu’avec la pirouette tu restes sur le fil ou pas ? Evidemment, parfois le risque fait aussi la beauté de la pirouette, comme l’improvisation sur Le condamné à mort.

Hexagone : A part cette tournée en trio, ton actualité, c’est aussi la sortie d’une bande dessinée ?
Camille : Oui, cette B.D Rouge Zombie raconte l’histoire d’une petite zombie végétarienne. Cela parle d’identité, de féminité, de différence, et beaucoup du fait d’avoir un corps. Je dis « cela parle » mais en fait, contrairement à moi dans mes chansons, dans les interviews et peut-être dans la vie, quand je dessine je deviens moins bavarde et le texte est peu présent. C’est une histoire que je n’aurais pas pu écrire avec des mots. L’important c’est ce que l’on transmet quelque soit le support : une voix, une guitare, un stylo. Il est prévu que Rouge Zombie commence à sortir sur internet à partir d’Halloween en page par page, qu’elle puisse être pré-commandée pour arriver chez toi à Noël, puis en librairie début 2018.

© FRANCIS VERNHET.

Hexagone : Une autre actualité, radio celle-ci, ta participation à l’émission « Se(p)t de cœur » n’ayant pas étanché sa soif de partage, tu récidives ?
Camille : Oui, René Pagés de Radio R’d’Autan m’a proposé de participer à son émission Se(p)t de cœur où l’on choisit sept chansons que l’on apprécie, en expliquant pourquoi. Je l’ai fait deux fois. A la fin de ce ’14 de cœur’, comme j’avais eu beaucoup de mal à sélectionner, et que cela m’intéressait d’essayer de transmettre pourquoi une chanson me bouleversait, alors je lui ai dit « c’est trop peu et j’aimerai faire un Mille de cœur ». René a dit OK. Alors je me suis amusé à faire des textes se rapprochant de chroniques pour parler subjectivement de toutes les chansons que j’aime, qui me touchent intimement. Et désormais, tous les lundis, la radio publie ma chronique suivie d’une chanson que j’ai choisie. On a gardé le nom Mille de cœur comme si c’était une carte avec mille petits cœurs tous serrés les uns sur les autres.

Hexagone : Tu viens, pour la troisième fois au Bijou, en trio pour trois jours. Donc la prochaine fois ce sera en quartet pour quatre jours ?
Camille : Ah ah ! Pourquoi pas ?


Camille Hardouin au Bijou du 20 au 22 septembre 2017. Le compte-rendu évoque le concert du 20, les photos ont été prises le 21 et l’entretien s’est effectué le 22.

Quelques prochains concerts : le 8 Novembre à Paris – Madame Arthur, le 29 novembre Le Haillant (33) dans le cadre de Bordeaux Chanson. Hexagonautes Toulousains ou Haut Garonnais, elle revient le 13 avril à Cornebarrieu (31) – CC l’Aria.

Mille de cœur :  en écoute sur « R d’autan » le lundi à 8 h et le mardi à 7h40 h et le vendredi à 8h50 sur « Radio Pays Hérault ». Pour écouter et télécharger http://toujoursbellaciao.blogspot.fr/2017/. Emission de René Pagès, interviewé dans le n°5 d’Hexagone

Photos de une et de l’article : © FRANCIS VERNHET. Par dérogation libre de droit pour site Hexagone et réseaux sociaux de la salle « LE BIJOU » de Toulouse. Pour toute autre utilisation ou contexte, contacter impérativement le photographe pour en négocier préalablement les droits. francisvernhet@wanadoo.fr. 0672844129.

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mick.hexagone@gmail.com

Comments
  • Salut, je commençais à me demander si cette demoiselle faisait tout pour m’éviter, mais je vois une date le 8 novembre à Paris.. Bel article et belles photos de Francis, que du beau, bravo à tous..
    Norbert Gabriel

    29 octobre 2017

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