HomeReportagesConcèze, jour 4. Au pays des merveilles d’Alice

Concèze, jour 4. Au pays des merveilles d’Alice

La quatrième journée du Festival Déc’OUVRIR de Concèze est morte de sa belle mort. C’était hier, 16 août 2016 et demain, c’est aujourd’hui. Que de réjouissances depuis samedi soir, ici, dans ce village de Corrèze ! Que de plaisirs pris et que de sucreries pour nos oreilles friandes ! Je te le dis tout net, Hexagonaute, cette édition 2016 est d’un parfait équilibre. Poésie, chanson toutes catégories et tous registres. Tout le monde y trouve bonheur à son âme et la joie lisible sur tous les visages vient certainement de cela.

Hier soir, dans le foyer rural encore moite de la délicieuse chaleur que nous connaissons depuis le début du festival, se sont succédé quatre formations d’artistes, très différentes, toutes ayant des arguments dissemblables à faire valoir. La première à monter sur la scène, c’est Alice Bénar. Je te le dis tout net, Hexagonaute, c’est mon coup de coeur depuis le début. Faut dire que les autres, ceux déjà passés précédemment, je les connaissais déjà pour beaucoup. Du coup, il y a moins eu d’effet de surprise. Alice Bénar, avec son projet Au creux de l’A, je ne l’avais vue que fort peu. C’était en novembre dernier lors de la finale de Vive la Reprise, à Paris. Un seul titre original entendu à l’occasion. Si j’avais été intéressé par l’univers de l’artiste de la région toulousaine, je m’étais bien gardé de crier mon enthousiasme. Cela demandait d’être vu plus longuement. Matthias Vincenot, lui, cache, il l’a programmée à Concèze. Comme l’a raconté Alice sur scène, il a osé prendre ce risque, faire confiance. Bravo Matthias parce que l’on a pu assister en direct à la naissance d’une artiste fort belle. D’une artiste, on peut dire un groupe tant les trois filles sur scène font corps et nous apparaissent comme une entité unique.

Toutes trois fort bonnes musiciennes, délicates dans la pratique des cordes (violoncelle et espèce de banjo pour l’essentiel), elles offrent au public – à l’inverse de Manset – non pas un voyage en solitaire mais une odyssée dans leur espace artistique. C’est Wall-E revisité, façon musique du monde à la sauce chanson. Tout le monde embarque dans un vaisseau et se laisse porter par un monde de sons qui se transforment en mots et inversement. On y lit tout le travail accompli, la recherche, la quête. La chanson n’est jamais aussi belle que lorsqu’elle cherche à se ré-inventer et ce que parviennent à faire Alice et ses acolytes va dans ce sens créatif. La grande réussite repose sur le fait que ça ne sent pas la sueur ni le laboratoire. Ca innove sans être dans la branlette intellectuelle. On cherche l’émotion et ça fait mouche !

Alice, au chant, module sa voix à l’envi, joue sur les fréquences, distille des impressions comme en une manière de néo-impressionnisme musical. Les mots deviennent paysages, ambiances, impressions, rêves et flâneries. Ou tourments et douleurs. C’est la vie et ses éruptions mise en musique. Depuis notre fenêtre, comme dans un train qui file à vive allure, les pensées en bataille, on pense aux fulgurances de Björk, aux débuts de Camille aussi. Alice déroule son fil,  délie l’informulé de morceau en morceau. Le temps passe et nous échappe. C’est fini, on en reprendrait bien un peu. Les meilleures choses ont une fin. Le concert a pris fin mais une artiste est née.

La soirée, quant à elle se poursuit. Place à la poésie, avec Claudine Bohi (aucun lien de parenté avec David) qui laissera le micro à Geneviève Morissette. Dans son style et fidèle à elle-même, elle saura s’accorder les faveurs du public. Jouant sur son appellation d’origine contrôlée, « Produit du Québec », elle « joke » à mort sur le sujet et met en perspective les faux-amis entre dialectes français et québécois. Notons au passage que la Morissette était accompagnée à la guitare par Emilie Marsh. Une Emilie Marsh qui a bien du boulot cette année à Concèze, entre ses soirée d’ouverture, accompagnements de Dani et Geneviève Morissette et son concert personnel ce soir !

La clôture de la soirée revient à Rose. La Pink Lady. Une pink punk un peu des fois, dans des saillies verbales tendance punchy à l’adresse du public, histoire de le faire entrer rapidement dans le concert. Résultat du concert ? Des chansons à l’eau de Rose mais une eau de rose un peu particulière. La chanteuse parle de quotidien, de son quotidien, probablement parce que c’est celui qu’elle connaît le mieux. Mais derrière l’apparente légèreté des morceaux, dans une pop folk très agréable, se nichent tous les tourments et les questionnements de l’humanité, dans son universalité. C’est bien fait, efficace, le tout emballé d’une voix dont le grain nous fait dire que Rose est notre Sheryl Crow à nous.


Alice Bénar - Au creux de l'A
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