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Eddy de Pretto, chanson d’hier et de demain

Photo Déborah Galopin

Photo Déborah Galopin

Lors de son passage aux Trois Baudets, le 27 février, Eddy de Pretto a fait sensation auprès d’une salle comble. L’accueil du public a été tel qu’ils ont programmé une nouvelle date le lundi 7 mars. La salle ne fut pas aussi pleine mais tout aussi enthousiaste. En même temps, difficile de ne pas être emporté dès lors qu’il entre sur scène.

Cheveux en arrière, boucle d’oreille, col roulé et pantalon haut, il a dans le look quelque chose qui rappelle le titi parisien. Il incarne le mauvais gars sans casquette à l’envers avec beaucoup de classe et d’allure. Et pour cause, si Booba fait partie de ses inspirations, que le rap marque sa musique, il y a aussi d’anciens chanteurs qui semblent l’incarner comme Nougaro qui lui prête sa voix et Brel sa profondeur et sa capacité à être, sur scène.

Dès le premier titre, il nous scotche. Par une voix forte, des textes travaillés mais plus encore par sa présence scénique. De son corps, il interprète la musique, se fait presque chef d’orchestre, jouant de ses mains et y mettant beaucoup d’émotions. Il semble contenir la musique en lui pour la déployer au moment propice. Entre parcimonie et puissance, froideur et intensité, il trouve le juste milieu pour nous toucher.

Photo Déborah Galopin

Photo Déborah Galopin

Le morceau le plus frappant est probablement Pars, le seul sur lequel il reste statique, donnant aux mots un poids plus lourd. « Alors Pars, je ne suis pas assez fort pour te combattre encore, je ne saurai même pas faire contre toi cette fichue guerre. Et tant pis si j’en crève, mais si tu restes tu m’achèves ». Il répète le mot « Pars », prononce cet ordre tel un châtiment à la personne concernée. Sur Rue de Moscou, une tension est apportée par la guitare. On le sent envahi par un sursaut de bien-être qu’à son tour il nous communique. Sa voix monte haut dans la salle des Trois Baudets et résonne fort dans notre poitrine. « Mais hurle, fais semblant d’être belle, fais semblant d’être fou. » La magie d’Eddy de Pretto c’est cette force avec laquelle il croit en ses textes. Cependant, il est difficile de dire quel titre est meilleur, étant donné qu’ils sont tous de qualité et évoquent des sujets différents tels que l’homosexualité, la drogue ou les relations mère/fils. Il parle à toute une génération marquée par l’importance de l’amour, l’omniprésence du conflit et cette difficulté que l’individu a à intégrer la société, ses normes et ses dérives. La folie est devenue une normalité, la normalité une folie.

Le titre Normal rappelle quelque chose d’assez « Stromaein », ce n’est pas déplaisant, mais qu’on le limite à une pâle copie de ce dernier serait une erreur. Ses sources d’inspirations sont multiples, incluant un peu de rap, de légères touches de soul et de R’n’B. Loin d’être pesant, il rend ses titres aériens mais pas toujours joyeux pour autant. Lors de son premier passage aux Trois baudets, il nous a prouvé qu’il maitrise l’interprétation en s’appropriant le titre Boulbi, l’arrangeant à sa sauce. Il n’a pas fait du Booba, mais du Eddy de Pretto. Pourtant, il n’a pas besoin d’emprunter aux autres artistes, puisque le sens de la formule et du rythme, il l’a. Eddy est un artiste, un vrai, qui crée et transforme.

On regrette un set un peu court. 7 chansons, on en aurait aimé plus, car lorsque les lumières se rallument nous restons sur notre faim. Nous ne voyons qu’une solution pour pallier cette déception : retourner le voir !


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deborah-galopin@live.fr

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