HomeArtistesNicolas Bacchus mange du Lyon

Nicolas Bacchus mange du Lyon

Nicolas Bacchus mange du Lyon

Nicolas Bacchus, bien connu à Hexagone, est venu s’installer à Lyon en mai dernier. Il sera pendant 3 jours sur la scène d’A Thou Bout d’Chant avec son complice et ami Elie Guillou, à la fin de la semaine. J’ai rencontré Nicolas tout récemment et nous avons échangé sur son arrivée à Lyon, sur ses projets personnels et, bien sûr, sur ces 3 concerts des 10, 11 et 12 décembre.

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Hexagone : Quand et pour quelles raisons es-tu arrivé à Lyon ?
Nicolas Bacchus : Je suis arrivé à Lyon il y a 6 mois, le 1er mai, « fête du vrai travail » comme diraient mes camarades de « Virage à Droite ». Je venais de passer une longue période à faire de la production et à m’occuper beaucoup des autres. J’ai produit par exemple le dernier album de Manu Galure et j’ai donné beaucoup de conseils ou de coups de main aux uns et aux autres. J’ai décidé d’arrêter un moment pour me recentrer sur moi pendant 2 ans et écrire des chansons, faire un disque et tourner avec Nicolas Bacchus. La logique aurait voulu que je revienne à Toulouse une fois de plus (j’ai déjà fait 2 allers-retours entre Paris et Toulouse). Mais comme dans mon projet il y a l’idée de recommencer à tourner et que Toulouse est assez enclavé en train (je fais toutes mes tournées exclusivement en train), une copine me dit un jour « mais viens à Lyon ». C’est parti comme ça, sur une blague. J’ai quelques amis à Lyon ; je connais bien le réseau chanson ici ; j’ai des amis chanteurs et j’en distribue certains comme Reno Bistan, Frédéric Bobin ; je suis très complice avec Evelyne Gallet, François Gaillard et bien d’autres ; je connais bien le réseau des salles A Thou Bout d’Chant, le Kraspek, les Rancy. Du coup l’idée paraissait de moins en moins loufoque et comme le train à partir de Lyon c’est beaucoup plus facile, la blague s’est transformée en « pourquoi pas, » puis en bonne idée. Depuis 6 mois, je suis très content d’être là. La ville me paraît paisible et accueillante. Pour le moment je suis allé voir les salles « officielles » qui programment longtemps à l’avance. Je n’ai pas encore pris contact avec le réseau plus informel des bars et des endroits où j’aime bien chanter régulièrement comme l’Atmosphère ou le Kraspek, mais je compte bien le faire et je vais aller chanter dans les bars comme je le faisais à Paris ou à Toulouse.

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Hexagone : Tu aimes bien chanter dans les bars ?
Nicolas Bacchus : Oui et ça n’est pas seulement une obligation pour faire des dates car j’ai un réseau qui me permet de tourner. Les bars ont été une bonne école au départ. Ça peut être facile et confortable pour le chanteur quand les gens sont là pour lui : ils ont payé, ils sont assis, ils sont dans le noir et ils sont là pour l’écouter. Là, on peut faire un peu n’importe quoi et c’est donc bien de remettre un pied dans la réalité. Dans un bar, si c’est pas intéressant ce que tu fais, tu t’en aperçois tout de suite… les gens commencent à commander à manger ou à boire. Il faut arriver à maintenir l’attention et à se maintenir soi-même en état d’éveil et d’activité permanente pour maintenir cette attention. Je pense que ça ferait du bien à pas mal de chanteurs de retourner chanter dans les bars.

Hexagone : Tu n’es pas seulement chanteur mais aussi producteur et distributeur ?
Nicolas Bacchus : J’avais monté, avec un ami, Kiui Prod qui a produit Manu Galure, Frédéric Fromet, du temps où il ne gagnait pas d’argent (on est très fier d’avoir contribué à transformer l’informaticien qui faisait des chansons en chanteur qui passe sur France Inter), Sarcloret le suisse, Thibaut Derien. J’ai monté ensuite Bacchanales Productions avec qui je distribue des artistes comme Manu Lods, Sale Petit Bonhomme, une « famille » de chanteurs libres, indépendants qui n’ont pas un esprit de concurrence mais plutôt de camaraderie… Je continue à produire des gens à qui je suis fidèle depuis le début, comme Manu Galure. J’ai aussi produit l’album de Lucas Rocher qui a été mon guitariste pendant 6 ans. J’ai toujours fait de l’auto-production : au début, c’est une obligation et après c’est un choix artistique de liberté et d’indépendance totale. Et on se rend compte qu’on y met maintenant autant de moyens qu’une major avec un artiste en développement. A Lyon, je vais continuer à produire mes spectacles, mes disques et je lève un peu le pied sur les activités de production.

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Hexagone : Quel est donc ton programme dans les salles lyonnaises ?
Nicolas Bacchus : J’ai ouvert la saison à l’Espace Gerson. La salle des Rancy nous propose en mars un co-plateau avec Manu Galure et le spectacle collectif « Virage à Droite, » qui est un spectacle comique et parodique (on y est déguisé) de chansons engagées de droite. Il y a toute une tradition de chansons réactionnaires : Michel Sardou chantant pour la peine de mort, Florent Pagny «Ma Liberté de penser» pour payer moins d’impôts, Claude Barzotti « La France est aux Français », Bernard Tapie « Réussir sa vie » et plein de petits bijoux qui remontent aux années 30. Je chanterai l’hommage de Pierre Bachelet à Jean-Paul II et « Vendéen, mon fils » de Didier Barbelivien. On fait tout ça de façon assez drôle en frôlant parfois le malaise et la nausée. On a des rôles très caricaturaux mais finalement pas tellement plus que les chansons qu’on chante. En décembre, on est 3 jours à A Thou Bout d’Chant avec mon complice Elie Guillou que j’essaie aussi d’aider avec Bacchanales.

Photo Flavie Girbal

Elie Guillou – Photo Flavie Girbal

Elie Guillou a eu plein d’initiatives avec la chanson : il a fait un Paris-Brest à pieds en chantant le soir où il s’arrêtait ; il a fait tout un travail au Kurdistan de recueil de chansons et d’ateliers d’écriture ; il est aussi un « chanteur public » qui écrit des chansons sur mesure aux gens ; il a créé le Lavomatic tour, des scène ouvertes dans les Lavomatic qu’on a fait souvent à Paris et qu’on va commencer à Lyon à partir du mois de janvier. Il a une démarche très intéressante sur l’auto-production et le rôle du chanteur. Il fait un spectacle sur la chanson où il y a très peu de chansons et qui est très drôle et pertinent car il a un vrai talent de conteur. Il raconte le parcours d’un chanteur débutant, qui a pris une triste actualité, puisqu’il descend la rue Oberkampf à partir du métro Ménilmontant et se termine aux portes dorées du Bataclan. Au lieu de faire 2 soirs chacun à A Thou Bout d’Chant, on fait 3 soirs en tout : le premier soir, il fait ma première partie, le second, je fais sa première partie et le 3ème soir, on fait nos deux spectacles en entier à la suite l’un de l’autre.

Hexagone : Et les nouvelles chansons, c’est pour bientôt ?
Nicolas Bacchus : Après tous ces spectacles, il va falloir que je me mette à écrire des chansons, à les produire et à tourner sérieusement avec elles. Mais je n’ai jamais fait de rupture franche entre 2 spectacles. Je fais plutôt entrer et sortir des chansons au fur et à mesure que j’en écris de nouvelles. Le spectacle actuel qui tourne depuis 3 ans, une durée de vie normale pour un spectacle, est en fait une prolongation de tous les spectacles que je fais depuis 16 ans maintenant.


Nicolas Bacchus et Elie Guillou à A Thou Bout d’Chant du 10 au 12 décembre

Share With:

yveslepape@free.fr

Leave A Comment