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Mick à Avignon – Découverte 1 : Joséfa

Photo Michel Gallas

Mick à Avignon – Découverte 1 : Joséfa

Hexagonaute mon ami, en tant que reporter du magazine sur Toulouse (« envoyé spécial chez moi ») je te vante souvent les artistes de ma région et j’espère t’avoir fait découvrir quelques talents. Mais, anticipant sur la mise en œuvre de la nouvelle grande région englobant le Languedoc Roussillon et Midi Pyrénées, j’ai commencé à te parler des talents de la région d’à côté : à te rendre compte des concerts de Barbara Weldens, à t’annoncer ceux de Marianne Aya Omac et à couvrir le festival Printival à Pézenas.

Photo Michel Gallas

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Et aujourd’hui je vais continuer avec Joséfa, jeune artiste de Montpellier, que je n’avais jamais vue. Joséfa, Chansons pétillantes dit l’affiche. L’affiche n’a pas menti. Une belle découverte. Un joli spectacle. Un bon moment, très agréable. Au-delà du concert, cette artiste est un de mes coups de cœur de ce festival. Un petit bout de femme qui chante très bien, danse avec enthousiasme et envie, joue la  comédie, et qui, tant qu’à faire, écrit la plupart des textes et compose les musiques. Une ACICD : Auteur Compositeur Interprète Comédienne Danseuse. Du talent quoi ! Une bulle de fraîcheur. Pétillante. Euphorisante comme du bon champagne. Bon t’as compris j’ai aimé et pas qu’un peu ! Alors je t’évoque le concert. Accompagnée par un batteur et un guitariste, Joséfa alterne chant, ukulélé, trompette buccale (pour ceux qui connaissent Aya Omac on pourrait penser que c’est une spécialité régionale !), charleston, harmonica et claquettes. Mais aussi comédie et jeu avec ses musiciens. C’est de la chanson gaie avec des textes biens écrits et des mélodies qui se retiennent. Elle est habillée années 20-30 (je te décris pas, t’as qu’à regarder les photos !), la musique est souvent swing et jazzy. Joséfa déploie une grande énergie, révèle une belle voix qui se lâche, pour notre plaisir, dans les moments de scat et d’improvisation vocale. A l’aise sur scène et dans les échanges avec le public qu’elle fait naturellement chanter et siffler. Une artiste qui l’air de rien nous amène dans son univers.

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Joséfa se raconte, parle de ce qu’elle voit autour d’elle (La vie à la campagne, la place de La comédie à Montpellier), de sa difficulté à trouver un homme (Le souper, la rencontre avec un « radin » dans un rayon bio d’un magasin), nous révèle une certaine poésie du quotidien en parlant des Drôles d’oiseaux vivant sur nos toits (les antennes de télé) et de l’enfant qu’elle aimerait avoir (Isalou qu’elle joue seule au ukulélé).  Au milieu du concert elle reprend Quand on vous aime comme ça popularisée par Yvette Guilbert en 1936. C’est l’occasion de créer le personnage de Raoul le macho joué par le batteur que l’on retrouvera plusieurs fois dans la seconde partie du spectacle, et Joséfa en profitera pour  jouer un peu plus la comédie (car comme dit plus haut à Montpellier la comédie a sa place sur scène et en ville !). Un bel apport des deux musiciens qui installent une jolie ambiance musicale et deviennent des partenaires de jeu. Le spectacle est bien construit et va crescendo. Il finit par une chanson sur Joséfa écrite par « un admirateur de Montpellier » dont le refrain est  « On dit qu’elle est pétillante, qu’elle a du peps lorsqu’elle chante / Et elle se nomme Joséfa ».

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Joséfa nous offre donc un spectacle complet, bien plus qu’un concert enchaînant des chansons. Un spectacle dynamique et plein de charme, mêlant humour et émotions, dont on ressort avec la « pêche ». Et de ce que j’ai vu et entendu on pourrait tenter un portrait résumé caricaturé en citant deux phrases extraites des chansons « Quand je chante j’oublie tout / La vie méchante, le monde fou », « J’aime être sur la lune, Explorer ma planète ». Même si ce n’est pas forcément ce type de chanson que j’écoute en boucle chez moi, vraiment séduit par l’artiste et le spectacle, j’ai souhaité en savoir plus sur le parcours de Joséfa. Le lendemain, autour d’un verre au village du Off, je vois, comme sur la scène, une personne enthousiaste et déterminée, naturelle et attachante. Par contre, habillée différemment (ah bon ce n’est pas sa tenue quotidienne !), j’ai eu besoin de son regard brillant et intense pour la reconnaître. Joséfa qui en fait se prénomme Josépha (heureusement que je ne fais pas d’interview radio !) me dit qu’à la base elle voulait être comédienne, « j’ai découvert le théâtre à huit ans et la première fois que je suis montée sur scène, cela m’a éblouie, j’ai adoré. » Elle a connu la chanson par sa mère Michèle Enée, « chanteuse elle est passée au Forum Léo Ferré et au festival de Barjac. » « Le swing est une musique que j’aime beaucoup. Au début je faisais des ballades avec ma guitare, des petites chansons pas très entraînantes. Petit à petit je me suis dirigée vers des sonorités que je préférais comme le jazz, le swing. A Montpellier au départ, je faisais écouter mes chansons dans les cafés poésie. En parallèle, j’allais dans des scènes ouvertes jazz funk soul, je faisais des improvisations sur ces musiques là, rien à voir avec mes chansons, souvent du ‘yaourt anglais’ » explique-t-elle. Le spectacle à Avignon réussit donc à concilier ses différentes envies : la chanson, le swing et le jeu de comédienne.

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Elle me parle d’un de ses choix importants. « Au bout de cinq années d’études supérieures en écologie et environnement j’étais tiraillée, j’avais des envies artistiques qui remontaient et que j’avais étouffées. Je décide de partir un an en Nouvelle Zélande pour faire un gros break, toute seule. Pour à l’issue de ce voyage avoir la force d’écouter la voix qui parle le plus à mon cœur. Très vite, à mon retour, je me rends compte que j’avais vraiment envie de chanter, que c’était cela que je voulais faire. J’avais juste huit compositions peut être même pas. »

Et là elle me raconte une histoire belle et extraordinaire comme parfois la vie nous en procure. « J’ai rencontré un ‘vieux’ monsieur dans un café poésie, Pierre Lazerges, qui a désormais 99 ans. J’ai adoré ses textes notamment l’histoire d’une femme qui ne venait jamais à un souper où elle était invitée. Avec son autorisation j’en ai fait une version féminine Le souper : la deuxième chanson de mon spectacle. » Et c’est le début d’une véritable collaboration artistique. « Il m’a donné d’autres textes dont Quand je chante j’oublie tout et Pétillante (nota du chroniqueur : en fait deux portraits a priori justes et réussis de Josépha) qui terminent le spectacle. Et c’est lui qui m’a fait découvrir cette vieille chanson Quand on vous aime comme ça. » Quelque part il a donc fortement participé à donner la couleur actuelle du spectacle. « Vu son âge, il a un peu cette écriture de l’époque des années 30. » Elle me dit « Cela fait trois ans que l’on se connait. Nous sommes devenus amis. Je l’emmène parfois le soir voir un opéra, un ballet ou pour aller au restaurant. » Quand je lui fais remarquer que ses textes sont jeunes et gais et que je n’ai pas vu la différence entre ceux écrits par la jeune femme et ceux par le vieux monsieur : « Mais lui il est jeune et gai ! Jeune dans sa tête, il a une pêche impressionnante ! » Une collaboration très originale, une belle histoire que ne peuvent pas inventer les scénaristes même les plus imaginatifs.

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Avignon, un tournant ? « On me l’a proposé mi-mars. Un sacré challenge pour le préparer, pour le faire. Nous avons construit le spectacle et inventé la mise en scène. » « J’aime bien cette image : on lance le sac à dos par-dessus le mur, on est obligé de grimper sur le mur pour aller le rechercher. C’est un peu ce qui m’arrive depuis le début de mon parcours (pour le premier concert d’une heure avec mes compos, pour le premier EP). On me propose et, sous la contrainte, je me débrouille pour être prête et y arriver. Avoir un objectif permet d’avancer. » Un spectacle et un Avignon faits un peu à l’arrache (normal pour jouer au théâtre A l’Arrache !) et la découverte du travail de diffusion des « flyers » n’ont pas empêché, grâce au talent et à la volonté, que ce samedi là j’ai trouvé une salle (50 places) comble et un public comblé (oh facile Michel !). A Avignon, le remplissage d’une salle par bouche à oreille est, dans la jungle des 1336 spectacles, le vrai révélateur de la satisfaction du public.

 Le look sur scène ? « J’ai passé une audition pour chanter dans un cabaret, un peu plus d’un an avant. J’ai réfléchi à une tenue de scène adaptée. Je n’ai pas été prise. Mais cela m’a permis d’inventer ce style, qui me plait énormément. C’est la styliste Vanessa Baker qui m’a fait la robe, avec les franges. Je me suis renseignée pour le maquillage de ces années là. C’est la première fois que je prends goût à me maquiller, à me coiffer. C’est un jeu de se mettre dans une époque, dans un personnage. »

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Joséfa, est lauréate de bourses et de prix régionaux dont la Bourse Initiatives Jeunes de la Ville de Montpellier, qui l’a aidée à réaliser son premier EP sorti en juin 2013. Je l’ai  écouté suite au concert, et depuis je le passe régulièrement. A noter que les cinq chansons, dans des orchestrations et arrangements différents, font toujours partie du spectacle. D’ailleurs elle a mis dans ce disque trois de ses toutes premières chansons : J’aime être seuleIsalou et Drôles d’oiseaux (chansons que j’ai particulièrement appréciées dans leur version live et enregistrée et que je te laisse découvrir en cliquant sur le titre). On sent aussi l’attirance pour le passé à travers le CD physique représentant un vinyle. Ses goûts en chanson ? Paris Combo (quand on voit son spectacle cela apparaît évident), Camille (comme beaucoup de chanteuses de sa génération), Presque oui (les albums en duo), Emily Loiseau et Caravan Palace.

Et l’avenir ? « Pourquoi pas revenir pour un Avignon 2 ? (nota : le théâtre vient de lui faire cette proposition signe là aussi de satisfaction). Avec un spectacle encore plus solide notamment sur les aspects musicaux, visuels et dansés. Et pour cela j’aimerais travailler avec un metteur en scène. Il me faut aussi trouver un chargé de diffusion. Enfin un nouvel album ou EP est prévu en 2016. » Pour ces deux possibles événements, hexagonaute, tu sais que je te tiendrai au courant car j’ai envie de suivre cette jeune artiste, belle découverte de cet Avignon 2015.


Joséfa le 18 Juillet au théatre « A l’Arrache » Festival Off d’Avignon

Rappel : clic sur une photo et hop elle s’agrandit, clic sur le titre d’une chanson et tu peux l’écouter.

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mick.hexagone@gmail.com

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