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Jeanne Plante, la Chianteuse

Jeanne Plante, la Chianteuse

Dimanche 15 mars, pour aller voir Jeanne Plante lors de la dernière de son spectacle au Petit Théâtre du Bonheur, on a frôlé l’apoplexie. Elle est belle, la Butte, toujours faut-il la gravir… La Jeanne prétend qu’avec les hommes, ces fils de Butte, « Le meilleur c’est quand on monte l’escalier. »  « Après après, dit-elle, c’est un peu tous les mêmes / Le mieux c’est l’idée qu’on s’en fait… » Je dis, moi, que Jeanne Plante, c’est l’inverse !

Photo Flavie Girbal

Nous voilà donc arrivés dans ce minuscule théâtre version mouchoir de poche, archi complet pour la dernière d’une série de concerts débutée en septembre, « les Dimanches du Bonheur » de la miss. Et toc ! Pour le Théâtre du Bonheur – comme pour le bonheur tout court d’ailleurs – je lui donnerai raison à la Jeanne : « Le mieux, c’est l’idée qu’on s’en fait. » Lieu montmartrois exigu, convivial certes, pittoresque s’il en est, mais vous avez compris l’idée… Revenons à Jeanne.

Photo Flavie Girbal

Jeanne Plante est « chanteuse, » que ce soit dit ! Un jour, elle a eu à choisir entre comédienne, danseuse, dramaturge, metteur en scène et elle s’est dit : « tiens, moi je vais faire chanteuse, eh ouais. »  Puis y’a deux ans, – Je te fais l’historique – elle s’est dit « pfff la barbe, d’être juste chanteuse… » Donc elle monte un spectacle hybride avec tout ce qu’elle savait faire en tant que chanteuse, musicienne, danseuse et comédienne, dans la grande tradition des fantaisistes et du cabaret montmartrois. Bien que montmartroise d’adoption depuis presque deux décennies, c’est plutôt étonnant de retrouver Jeanne dans ce registre quand on connait fille : Elle vient du théâtre certes, mais d’une catégorie bien particulière, le « théâââtre. » Entendez « contemporain, subventionné, d’avant-garde, pas toujours fun fun fun. » Comment expliquer qu’aujourd’hui, elle fasse des stripteases sur Village People.  Attends-voir.

Jeanne Plante a commencé en 2008 avec l’album Les Mots cachés. De façon tout à fait conventionnelle, elle faisait comme on lui disait de faire : elle chantait des chansons avec un groupe, elle disait quelques mots entre les chansons, elle allait en tournée, des premières parties, des belles salles. Exit le théâtre. Elle faisait « la job » comme on dit chez les acadiens, mais ça manquait de fantaisie tout ça. Tout en charriant une pop bien ficelée et énergique, elle n’avait pas, dit-elle, la plastique pour être la chanteuse mystérieuse et fatale naturellement enrichie au Botox. Une excuse pour verser aujourd’hui dans la déconne et la provocation ! Parce que ce qui a fini par se faire remarquer en revanche, c’est sa frimousse frondeuse et tapageuse. Ce côté Annie Cordy, la gouaille à l’ancienne en moins.

Photo Flavie Girbal

Ce qui a fait la différence, ce qui a donné ce je-ne-sais-quoi-qu’on-aime est dû au fait que Jeanne Plante est fan de la belle ouvrage dans tout ce qu’elle touche et ce qu’elle aime. En premier lieu dans son panthéon, Nicolas Jules, l’équilibriste polymorphe qui a marié poésie, rock et happening décalé entre one man show et évanescence lyrique. Assumer les deux, c’est un peu la révolution copernicienne qu’a suivie la Jeanne depuis ses débuts. Aujourd’hui, on la retrouve dans ce spectacle haut en couleur, alliant chanson et théâtre. Sa collaboration depuis le départ avec Fabrice Ravel-Chapuis, arrangeur réalisateur de Bénabar entre autres, donne au tour de chant de Jeanne un timbre pop. Aussi, les textes de Laurent Madiot qui viennent entre les chansons sonnent caf’ conc’, mais pas que.

L’univers des chansons de Jeanne oscille entre Hitchcock et Blier, entre coutelas et jarretelle. Très old style dans son tailleur saumon, elle épouse le rôle de l’épouse joviale et meurtrière, celle qui est insoupçonnable mais dont le mode opératoire est ignoble. Ce n’est pas pour rien que son second album s’intitulait La Veuve Araignée. Jeanne joue sur le thème freudien de l’inquiétante étrangeté. Unheimlich pour les plus Télérama. Dans sa forme, ce cabaret pourrait venir d’outre Rhin. Paraître social, fantasmes, sexe et rigolade. Elle raconte la cruauté. Pour oublier que je t’aime s’achève en cannibalisme, La Chieuse des Vacances en adultère gratuit, Au Pays des Bonobos en lynchage coquin, 25 ans en veuvage volontaire. Heureusement qu’il y a Jean Christophe, ce moustachu désigné que Jeanne interpelle et titille et à qui elle demande, dans un hymne provocateur entre Les Nuits d’une Demoiselle et Fais-moi mal Johnny : « Fais quelque chose. » La liste des injonctifs qui se succèdent dans la chanson est longue. Notons toutefois le « Brosse-moi les fémurs » qu’on a beaucoup aimé.

Photo Flavie Girbal

Pratiquement toutes les chansons dont je te cause ont donné naissance à des clips plus barrés les uns que les autres. Je sais que tu apprécieras, lecteur qui est aussi fou que nous. En attendant, on a nous aussi une petite vidéo de Jeanne Plante à te montrer : L’idée qu’on s’en fait. Ce petit bijou brode le motif sublimation amoureuse cher à l’oeuvre de Marcel Proust où le travail du Narrateur est de finir par accepter que la déception programmée n’enlève rien à la jouissance de l’espoir qu’on savoure. Si tu veux, tu trouveras d’autres chansons sur notre chaine YouTube, comme cette reprise de Patachou, Les ratés de la Bagatelle.  On reste dans l’ambiance.

Des comédiennes chanteuses, on en connaît, on en subit même souvent. Des Jeanne Plante, il n’y en a qu’une.


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flavie.girbal@gmail.com

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