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Tomislav, This land is your land

Tomislav, This land is your land

Toute la musique qu’il aime, elle vient de là, elle vient du blues. Tomislav ne se réduit pas à être un M. Tambourine Man ambulant en mode bête de foire mais séduit et sidère par un parcours exigeant qui s’enracine de l’autre côté de l’Atlantique, sur les traces de Woodie Guthrie et Hank Williams. Entre autres chroniqueurs de laissés pour compte en terre d’exil. L’humanité chevillée au corps, en toute humilité, Tomislav prend la chanson comme décharge émotionnelle. Rencontre avec un folk-bluesman francophone des plus talentueux et attachants.

Photo Flavie Girbal

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Hexagone : Peux-tu raconter en quelques mots le chemin qui t’a conduit à la chanson ?
Tomislav : J’ai commencé à faire de la musique à l’âge de 20 ans, à la fin des années 90, dans différents groupes de rock, des formations au sein desquelles j’étais guitariste essentiellement. C’est à partir de 2005 que je me suis mis à bâtir mon répertoire personnel, sous mon propre nom, Tomislav. Auparavant, j’ai été instit pendant 9 ans (de 2002 à 2011) dont 4 années à mi-temps. Mes parents m’encourageaient dans la musique mais voulaient que j’aie un boulot à côté. J’ai pris l’option de l’enseignement car ça me plaisait et ça me permettait de pouvoir poursuivre dans la musique.

Hexagone : L’envie de chanter est en toi depuis toujours alors ?
Tomislav : On chantait beaucoup dans ma famille. Mon père était chanteur-guitariste. Mes parents viennent de l’ex-Yougoslavie (la Croatie actuelle, ndlr) et sont arrivés en France dans les années 60.

Hexagone : Pour fuir le régime ?
Tomislav : C’était Tito, c’était plutôt à la dure. En fait, mon père cherchait plutôt le rêve américain. Une partie de sa famille s’est exilée à New-York, mon père a rencontré ma mère en France qui était  fille au pair. Elle ne voulait pas aller aux Etats-Unis, elle voulait retourner en Yougoslavie pour enseigner le Français. Mais ils sont restés là et ont fait leur vie en France finalement. Mon père a accompagné un chanteur de là-bas, pendant plusieurs années, qui était en exil à cause de ses textes. Ils ont tourné à travers l’Europe pour la communauté, la diaspora.

Hexagone : Il faisait ça en professionnel du coup ton père ?
Tomislav : En semi-pro plutôt. Il aurait bien aimé en faire son métier mais ça n’a pas tourné comme il aurait voulu.

Hexagone : Qu’est-ce que ça t’apporte la chanson ?
Tomislav : J’ai l’impression que ça me permet de sortir des trucs en moi que je n’ai plus à garder après. C’est un équilibre psychologique. Si jamais j’arrêtais maintenant, je crois que je tournerais mal.

Photo Flavie Girbal

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Hexagone : Et plus généralement, quel est le rôle d’une chanson ?
Tomislav : C’est inscrit dans nos gênes cette affaire ! La voix, elle est faite non seulement pour parler mais pour produire des tas de sons. Si tu enlèves les chansons, c’est comme si tu nous coupais un peu la langue. A l’ensemble de l’humanité. Ôter la chanson aux gens, c’est les priver partiellement de liberté.

Hexagone : Et une bonne chanson pour toi, c’est quoi ?
Tomislav : Je pense qu’une chanson doit être multi-casquette. Etre là pour te distraire et te faire passer un bon moment. Ce n’est pas une chanson qui change le monde mais en même temps je trouve génial d’essayer de le faire le temps de cette chanson. De le réinventer ce monde. De faire réfléchir un peu les gens. Pour moi, une chanson réussie, c’est une chanson que tu vas pouvoir écouter parce qu’elle donne une énergie, que tu vas pouvoir aussi l’écouter en te posant devant et en ne faisant rien d’autre que prendre ce qu’il y a à prendre au niveau de la musique et du texte.

Hexagone : Quel est le déclic qui t’a fait comprendre que tu ferais de la chanson ton métier ? L’environnement familial ?
Tomislav : Non, pas tout de suite. On est 6 enfants chez nous. Je suis le 5ème, et ma frangine avait acheté un coffret live de Bruce Springsteen, datant de la fin des années 80, retraçant 10 ans de sa vie en live. J’écoutais ce truc-là et je devenais complètement cinglé. Je n’écoutais pas beaucoup de musique à cette époque et là je découvrais quelque chose d’où il sortait des sons incroyables. Je devais avoir 10/11 ans, je prenais alors une raquette de tennis et je mimais. Je sentais qu’il se passait quelque chose. Ce n’est pas pour autant que je me suis mis tout de suite à faire de la guitare. En revanche, c’est à partir de ce moment-là que je me suis mis à écouter beaucoup de musique.

Hexagone : Comme influence majeure chez toi, parmi celles qui t’ont donné envie de faire ce boulot, on pourrait citer Springsteen alors ?
Tomislav : Ah oui bien sûr ! Complètement ! Même si ça ne saute pas aux yeux parce que je ne m’inscris pas dans le même univers musical que lui. C’est un artiste que je vais voir à chaque fois qu’il passe à Paris. J’adore ce qu’il envoie sur scène. Quel que soit le style de musique qu’il fait, j’adore l’énergie qu’il envoie, une espèce d’énergie qui a trait à l’universel, à une espèce de sentiment de fraternité, de rassemblement de tous les gens. Et c’est ça qui nous fait avancer.

Photo Flavie Girbal

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Hexagone : Ca n’est pas une influence qui saute à l’œil si l’on s’arrête au Springsteen du E-Street Band mais si on écoute le Springsteen de Nebraska, là pour le coup, on y voit une vraie filiation.
Tomislav : Cet album, Nebraska, est somptueux. Toute l’histoire qui amène cet album qui ne devait pas être cet album à l’origine, le côté hanté, etc. Springsteen qui est une rock star qui fait ce disque qui est carrément anti rock star.

Hexagone : Qui sont ceux et celles que tu écoutes aujourd’hui ?
Tomislav : C’est très varié. En ce moment, j’écoute beaucoup une nana qui s’appelle Elli Ingram. Entre blues et soul, c’est très très chouette.

Hexagone : Tu as plutôt une culture anglo-saxonne ?
Tomislav : Oui plutôt. Je suis vraiment venu à la musique par cette culture. Après, en France, il y a beaucoup de groupes et d’artistes fondateurs qui m’ont marqué – comme Brassens – mais j’y suis venu assez tard pour ma part. Il y a aussi des groupes français que j’aime bien mais dont tu sens la profonde connaissance de la musique anglo-saxonne. Comme Les Innocents par exemple, et JP Nataf dans son parcours solo. L’Affaire Louis Trio sur la fin également. Plus tard, Tété sur ses premiers albums, je trouve ça très intéressant ce qu’il a fait. Etant un gros fan de blues et de Keziah Jones, il apporte quelque chose de français dans tout ça. Les rythmiques à l’anglo-saxonne, elles sont souvent en fond de temps, les temps forts c’est les temps 2 et 4, ça donne un truc assez chaloupé et ce n’est pas évident de poser du français dessus sans sonner comme du Ophélie Winter… Quand les mecs y arrivent, c’est génial, parce que le français est prononcé sans être maniéré ou autre et musicalement il y a ce groove qui est super entraînant. Quand les textes sont bien écrits, bien posés, je trouve ça vraiment réussi.

Hexagone : Dans l’idéal, vers quel type de parcours artistique tu aimerais tendre ?
Tomislav : Les Rita Mitsouko, je trouve que c’est un groupe incroyable et Catherine Ringer encore aujourd’hui. C’est un groupe français qui a toujours fait des trucs originaux voire barrés mais qui a toujours su se positionner dans l’industrie et dans le business parce qu’il faut pourvoir tenir, et leur longévité m’impressionne. Leurs expérimentations également, quitte à se planter parfois, je trouve que c’est un excellent exemple de parcours atypique, intègre et intéressant.

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Hexagone : Sur le plan discographique, tu as sorti ton premier album, Avant le départ, en 2012. Peux-tu en dire quelques mots ? Comment il s’est fait, avec qui, etc.
Tomislav : C’est un premier album typique qui rassemble une collection de chansons que j’avais et avec lesquelles je tournais depuis un petit moment. Il s’est fait à différents endroits, en différentes sessions. Un peu chez moi, un peu chez un copain. Ensuite, j’ai fait la rencontre de Stefane Mellino (ex Négresses Vertes) lors d’un tremplin en Picardie et on a sympathisé. Je lui ai expliqué les problèmes que je rencontrais sur mon album et il m’a proposé de me donner un coup de main. En fait, mon problème était que j’étais seul sur scène, c’était assez minimaliste ma façon de me présenter. A l’époque, je n’avais pas mon contrebassiste, et du coup je ne savais pas comment faire le passage à l’album. Est-ce que je produis, est-ce que je mets plus de choses, etc. Il m’a aidé sur ce plan-là. J’ai bossé aussi avec un gars qui s’appelle Thomas Sadier pour le mixage. Au final, ça s’est fait dans pleins de lieux différents, avec plein de personnes différentes. Ça lui donne un peu un aspect décousu mais j’aime bien. Ça me permet de voir où j’en étais à ce moment précis.

Hexagone : Et actuellement, tu prépares du neuf ?
Tomislav : Je suis sur un EP. En fait, je suis en train d’enregistrer 10 titres et je vais les sortir en 2 fois. Un premier EP va sortir au mois d’octobre ou au mois de novembre. Il reste une chanson à finir d’enregistrer, les autres sont en cours de mixage. Il y a un duo avec Garance qui s’appelle Montréal.

Hexagone : Par rapport au premier album, quels choix artistiques as-tu fait ?
Tomislav : Sur mon premier album, je craignais d’aller au bout des idées de production que j’avais parce que je me disais que je ne pourrais pas les reproduire sur scène. Je faisais un blocage là-dessus. Là, sur scène, j’expérimente une nouvelle formule à partir du mois de septembre. On a une MPC, on a des samples, donc toutes les idées de production que je peux avoir, je n’ai aucune limite. Cette fois-ci, je m’écoute et je travaille avec la même personne – en l’occurrence mon musicien, Jean-Bernard Pétri – on enregistre au même endroit, ensemble. Il y a une espèce d’unité, c’est beaucoup plus cohérent. C’est vraiment la grosse différence, au niveau du son, tous les titres seront beaucoup plus cohérents entre eux. Je suis très content du résultat.

Hexagone : Concernant la création en tant que telle, comment tu t’y prends pour écrire une chanson ? Est-ce que tu t’imposes une pratique quotidienne d’écriture ou de composition ?
Tomislav : Je me sens plutôt mélodiste avant d’être auteur, les musiques me viennent souvent en premier. J’enregistre d’ailleurs des idées musicales quasiment tous les jours, sans me poser la question de savoir si c’est bien ou non et je réécoute plus tard. Quand il y a une idée musicale que je trouve intéressante et que j’arrive à la structurer, en général elle vient avec une ligne de chant. Je la fais tourner en espérant qu’une phrase, un mot, un thème vienne.

Photo Flavie Girbal

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Hexagone : Tu joues beaucoup sur les sonorités finalement, cherchant le texte comme une seconde mélodie ?
Tomislav : Il faut qu’il puisse allier les deux oui, c’est des sons qui vont m’amener à un mot. Et quand ça vient, que je me mets à écrire, je suis – comme tu disais – un besogneux. Contrairement à mes idées musicales, quand j’écris, je me juge en train de faire, et ça, c’est contre-productif. C’est pour ça que c’est plus difficile pour moi d’écrire que de composer.

Hexagone : Comment est-ce que tu décrirais ton univers musical, ton univers de chanson ?
Tomislav : J’appelle ça du folk-blues francophone. Je dis francophone et pas française parce qu’en disant « chanson française » ça évoque de suite Ferré ou Brel et une chanson de tradition, alors que moi par « expression française » je souhaite mettre en avant un univers musical nourri de multiples influences.

Hexagone : Dans tes textes, on trouve beaucoup de portraits de types un peu amochés par la dureté de leur vie. Des gens qui triment. On est chez Steinbeck mais on se retrouve à nouveau chez Springsteen, celui de The Ghost of Tom Joad et avant lui Woody Guthrie ou Hank Williams. Tu peux nous parler du rapport que tu entretiens à ces vieux bluesmen ? Comme une espèce d’héritage mis au goût du jour.
Tomislav : J’aime ce côté « chroniques » qu’ils ont dans la littérature ou dans la chanson folk américaines. C’est très orienté autour des questions de société et en même temps il y a un côté parabole comme dans les textes de la bible. Dans ce pays puritain où la religion tient une place importante, c’est intéressant de regarder les textes de Springsteen ou Guthrie, par exemple, sous cet angle parabolique. Nombre de leurs chansons pourraient très bien se retrouver dans des ouvrages religieux, parce qu’on y trouve souvent une situation qui s’applique à tout le monde mais avec une symbolique beaucoup plus forte. Ils font des petits films en fait et je ne retrouve pas cette façon de faire dans la culture française. En France, la satire sociale est beaucoup plus prégnante.

Hexagone : On retrouve ça, entre autres, dans les vieux Dylan aussi.
Tomislav : Oui, cela dit, quand tu écoutes La mère à Titi de Renaud, il décrit un appartement durant toute la chanson et juste à la fin, il lâche « vu qu’il avait une belle voix comme avait son papa », et là tout prend sens dans la chanson. C’est pas la petite chute rigolote, c’est la petite phrase qui lève le voile. Avec trois ou quatre mots, le type te touche en plein cœur et justifie du même coup tout ce qu’il a expliqué avant. Ça, c’est une manière d’écrire que je trouve très intéressante. Et je retrouve ça chez les américains, comme chez les auteurs de nouvelles par exemple.

Hexagone : Est-ce que tu fais un lien entre tes origines croates et cet intérêt pour ces chansons folk américaines qui parlent d’exil, de souffrances, etc.
Tomislav : Pas forcément avec le fait d’être d’origine croate mais en tout cas avec le fait d’être de deux cultures, oui. J’ai vu mon père avoir des rêves de vie d’artiste qui ne se sont pas réalisés et reprendre un boulot pénible jusqu’au bout, sans jamais se reposer. J’ai vu ça, j’ai vécu ça. C’est finalement l’histoire de plein de gens, qui viennent de plein de pays différents. Tu ne vas pas pouvoir raconter l’histoire d’un algérien, d’un portugais ou d’un polonais de la même façon mais le fond est semblable. Le mec arrive dans un pays, il n’a rien, il a un niveau scolaire bateau, il se construit complètement lui-même, et ça va être 10 fois plus difficile pour lui que pour les gens qui sont déjà sur place. Une partie de l’histoire des Etats-Unis s’est vraiment faite comme ça. Des gens qui partent de zéro pour se faire une vie. Il y a des auteurs comme John Fante – qui était italo-américain – quand je lis ses bouquins, j’ai l’impression qu’il me raconte mon histoire. Quand il parle de son père, j’ai l’impression qu’il parle du mien.

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Hexagone : Tu fais des ateliers d’écriture dans les prisons. Tu peux raconter comment ça a commencé ?
Tomislav : Ça a commencé à l’époque où je travaillais avec Chrystèle Lascombes qui s’occupait de ma tournée. Travaillant avec une association qui correspondait avec des détenus, elle connaissait déjà un peu l’univers carcéral. Elle savait que des concerts se donnaient en prison et m’a demandé si ça m’intéressait. Je répondu par l’affirmative mais ça m’intéressait d’aller au-delà du concert. A l’époque, en 2009, j’étais instit, j’écrivais des chansons avec mes élèves et j’ai voulu faire la même chose avec les détenus. Lors des ateliers, on écrit les chansons avec les mecs, puis je repars. On laisse passer un mois et je reviens avec des musiques et on chante les chansons en concert.

Hexagone : Qu’est-ce que tu en retires ?
Tomislav : Quel que soit le contexte, dès que je me mets à faire de la chanson, de la musique, c’est inspirant de toutes les façons. Ça m’intéressait d’aller voir ce qu’un taulard avait à raconter, il avait forcément des choses pas banales à dire.

Hexagone : Comment les détenus abordent-ils l’écriture de chansons ? Ils vivent ça comme un espace de liberté ou pas du tout ?
Tomislav : Non, en fait pas vraiment. C’est assez varié comme assemblée. Tu as des personnes qui sont là parce que le fait de participer à des ateliers leur permet de bénéficier de remise de peine, et puis un noyau de types plus concernés qui ont un goût et des facilités pour écrire. Quand je bosse avec eux, moi j’oublie que je suis dans une prison.

Hexagone : A toi, qu’est-ce que ça apporte d’écrire dans ce lieu d’enfermement avec des détenus ?
Tomislav : Ce qui m’intéresse dans cette expérience, c’est que je me retrouve à faire quelque chose que j’aime bien, c’est-à-dire n’être que mélodiste et interprète. C’est comme ça du coup qu’est née la chanson Y a pas mort d’homme (texte de Maroine Belmatih, ndlr) de mon premier album et qu’elle est restée parce qu’elle était vraiment super bien écrite.

Hexagone : Tu prends autant que tu apportes.
Tomislav : Ah oui, je n’ai pas du tout l’impression de faire une BA ou du social. J’y vais pour faire de la musique, des chansons, parce que ça me plait.

Hexagone : Tu as fait combien de sessions du coup depuis 2009 ?
Tomislav : Cinq. C’est assez long à organiser.

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Hexagone : Pour toi, chanter, c’est avant tout monter sur scène ?
Tomislav : Pour moi, tout le reste n’est qu’un passage pour aller chanter mes chansons devant les gens. Sur scène, on se lâche, c’est là que ça prend du sens. Tout ce qui précède, notamment la phase d’enregistrement, c’est superbe mais ça ne sert que la finalité de monter sur scène. Imagine, s’il y avait une panne d’électricité mondiale, c’est quelqu’un qui sait jouer de la musique qui te permettrait de pouvoir en écouter.

Hexagone : Sur scène, le choix d’être multi instrumentiste (guitare, harmonica, grosse caisse, charley, voix), c’est venu comment ?
Tomislav : C’est avec Chrystèle aussi que c’est venu. Quand j’ai commencé à jouer, j’étais seul mais je voulais des musiciens mais le contexte économique ne le permettait pas. Et Chrystèle m’a demandé de trouver quelque chose pour faire du bruit sur scène comme si j’étais plusieurs. J’ai commencé par la grosse caisse parce que je l’avais vu faire par des bluesmen, après j’ai étendu aux autres instruments.

Hexagone : Ça part vraiment d’une contrainte économique du coup.
Tomislav : Au départ, c’est à défaut et ça devient un choix artistique par la suite. En même temps, ce que je constate aujourd’hui, c’est que le côté spectaculaire de l’exercice vient parasiter la réception des chansons pour le public. On me fait souvent remarquer que la façon de me produire est étonnante au point que je me demande parfois si les gens écoutent les chansons et ne se laissent pas perturber par tout ça. Si un mec jongle et qu’il récite une poésie, qu’est-ce que tu retiens ? J’ai l’impression d’être dans cette position-là et c’est pour ça que je suis en train de revoir l’ensemble pour avoir tout le corps au service de la chanson et pas au service de l’instrument.

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Hexagone : Tu as une guitare très vintage que tu ne lâches pas. C’est quoi cette guitare ?
Tomislav : C’est une Ariana que mon père a achetée en 1968 ! Il l’a achetée 900 francs. Ma mère a dit « T’es payé 900 francs et t’achètes une guitare 900 francs, t’es pas fou ? ». Il a répondu « Non non, t’inquiète pas, on va la rentabiliser. » Et c’est sur cette guitare que j’ai appris, c’est celle sur laquelle je joue. Je l’aime bien, elle est assez légère et elle a des bonnes basses et elle sonne bien en amplifiée.

Hexagone : Tu as annoncé la sortie de l’EP à l’automne, qu’est-ce qu’il y a d’autres comme évènements importants qui se profilent pour toi ?
Tomislav : Il y a quelque chose de très intéressant qui démarre, c’est que je suis résident dans une salle à Bobigny, à Canal 93. Ça me permet de travailler la scène, je pense aussi travailler un peu d’enregistrements là-bas, et aussi le développement de mon projet grâce au programmateur, Alex, qui a une très bonne connaissance du milieu. Ça me donne également l’opportunité de faire la première partie de Ben Mazué au mois d’octobre. J’assurerai également une première partie de Renan Luce. Des échéances vraiment chouettes avec la certitude d’avoir du monde dans la salle et ainsi la possibilité de montrer aux gens ce que je fais et d’essayer de les convaincre. Et puis, maintenant que l’EP sort à l’automne, il faut préparer la tournée qui va suivre à partir de 2015. Il y a du boulot mais je ne suis pas tout seul !

 Ci-dessous, Tomislav interprète Y a pas mort d’homme ( Maroine Belmatih / Tomislav Matosin)


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