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dimanche, mai 16, 2021

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Les concerts en février à Toulouse et alentour

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Le festival Détours de chant, vient juste de se clôturer le 4 février par une superbe soirée : Loïc Lantoine et les 18 musiciens du Very Big Experimental Toubifri Orchestra. Maintenant Toulouse va reprendre son activité chansonesque normale. Et il va y avoir de quoi se faire plaisir. Avec deux moments forts ce mois-ci : la première venue de David Sire (cf. photo de une) et le retour de Sarcloret, attendu depuis longtemps. Avec aussi les talents locaux (Les Fils de ta mère, Gilles et Auguste, Grabowski, Boudu les cop’s, Victoria Lud) et de belles propositions dans le Tarn voisin (les visiteurs : Flo Zink, Jérémie Bossone, Garance et le local : Suhubiette). Comme d’habitude, cette sélection est très subjective, centrée sur les artistes que j’ai vus ou appréciés et sur ceux que j’ai envie de voir ou de découvrir.


Voici la liste chronologique des concerts de cette sélection à Toulouse :

mardi 7 au 11 : Mathieu Barbances au théâtre du Grand Rond à 19 h
mercredi 8 : Grabowski au Dahu
jeudi 9 : Olivia Ruiz au Bikini
vendredi 10 :  Boudu les cop’s au Caravan Sérail à Saint Alban (31)
jeudi 16 et vendredi 17 : Sarcloret au Bijou
jeudi 16 au dimanche 19 : Les Fils de ta mère – Chez ta mère
samedi 18 : Strange Enquête au Taquin
dimanche 19 : Muriel Erdödy à la Candela
mercredi 22 : Gilles et Auguste au Bijou
mercredi 22 : Jane for Tea au CC Henri Desbals à 18h
vendredi 24 : David Sire – Chez ta mère
vendredi 24 : Jane for Tea  au CC Mondonville (31)
vendredi 24 : Marius au Metronum
mardi 28 : K ! au Grand Rond à 19 h

© David Desreumaux

Le Bijou s’est octroyé le privilège d’accueillir le retour de Sarcloret, qui laisse ses habits d’architecte et de maçon du théâtre Thénardier à Montreuil pour reprendre son costume de chantiste. Avec quel répertoire : ses anciennes chansons, ses traductions de Dylan ou/et des nouvelles ? En tout cas, les fidèles seront là ! Un autre retour, celui des locaux Gilles et Auguste pour la sortie de leur nouvel album Sinon toi. Voici mes notes sur un précédent spectacle :  « La poésie de Gilles Connan  – au chant, aux petites histoires et à l’accordéon diatonique – et les notes d’Auguste Harlé – au violoncelle et à la danse – se croisent et s’entremêlent. Un univers personnel, passant de jolies ballades à des textes surréalistes, de chants bretons à des mini scènes humoristiques. Un concert spectacle intimiste. Humanité et imagination. Tendresse et inventivité musicale. Un duo vraiment attachant ». 

Chez ta mère, propose l’autre événement, à ne pas rater : David Sire, pour un spectacle rare : Avec. C’est étonnant, musical, drôle, émouvant. En duo avec un excellent guitariste, il propose une performance bourrée d’idées et de poésie voire de « Bidulosophie », avec des percussions corporelles pour une belle promotion de la rencontre et du partage. Les Fils de ta mère, pour quatre soirs, présentent un nouveau répertoire : celui des Filles de. Avec le retour du trio de base Chouf – Galure – Gourault et le nouveau pilier, présent très régulièrement depuis plus d’un an, le batteur apprenti chanteur Gaël Garigand : un Fils de ta mère tous les deux mois, c’est la dose minimale.

Grabowski – Photo Michel Gallas

Dans les autres salles de Toulouse, tu as cinq jours pour découvrir, comme moi, en apéro concert au théâtre du Grand Rond Mathieu Barbances, Chansons & contrebasse, un ancien de la compagnie Jolie Môme, en solo. Puis tu pourras (re)voir K ! le 28 février (maligne : en jouant sur une semaine à cheval sur deux mois, elle sera encore dans cette chronique le mois prochain). Strange Enquête, duo tchache et contrebasse joue au Taquin. Jane For Tea, vont jouer deux fois : au CC Henri Desbals puis à Mondonville (31). Jane For Tea, c’est une voix, un look, un univers musical un peu jazzy et un peu vintage, et une écriture à base de jeux avec les mots. C’est un duo avec Séverine la chanteuse, à la voix chaude et superbe qui s’accompagne d’une washboard, d’un ukulélé et d’un banjolélé, et JP.Salvoldelli à la batterie vintage et aux textes.

Tu sais que parfois, je t’envoie dans des restaurants ou des bars. Ce mois-ci, ce sera dans la cave du Dahu pour Grabowski, chanteur guitariste toulousain, aux superbes textes et mélodies, qui nous a déjà enchantés le mois dernier… dans un autre restaurant, devant un public de copains et d’amoureux de la chanson qui connaissent certains de ses titres par cœur. En espérant qu’il ait rapidement l’occasion de (re)chanter dans une salle de spectacle. Tout près de Toulouse, au Caravan Sérail à Saint Alban (31), le 10 février Boudu les cop’s, trio féminin toulousain, recomposé dans sa formation d’origine, fête leur 18 ans dans un concert spécial Enfin la majorité ! Elles jouent guitare, percussions, basse, cajon, mais aussi poêle, entozou et biscotte, pour accompagner et soutenir l’interprétation de leurs textes loufoques. Excellentes musiciennes, avec leurs tenues de scènes originales, elles mêlent leur voix et prennent du plaisir, toujours copines elles aiment bien se « chambrer » au cours de leurs prestations festives et réjouissantes. Elles jouent également leur spectacle « Best Off » :  Tribute to Boudu les Cop’s le 25 février à Castanet (31). Une des trois cop’s Muriel Erdödy joue aussi à la Candela, dans un répertoire très différent, en duo avec un percussioniste. Le 24 février, Victoria Lud se produit à Launaguet (31), ce trio chanson cabaret rock déglinguéun des groupes toulousains dont je te parle souvent, vient récemment d’être sélectionné pour le concours de la médaille d’or de la chanson française en Suisse, fin avril.


Comme promis, chaque mois on va voir du côté du Tarn (81). Voici la liste chronologique des concerts de cette sélection :

jeudi 9 : Hervé Suhubiette au Café Plum à 16h
vendredi 17 : Marius au Café Plum
samedi 18 : Garance – Chantons sous les toits à Albi
dimanche 19 : Garance – Chantons sous les toits à Salvagnac 16h00
samedi 25 : David Sire – Chantons sous les toits à Crespin
samedi 25 : Jérémie Bossone – Chantons sous les toits à Gaillac 19h
dimanche 26 : David Sire – Chantons sous les toits au foyer ASEI à Sérénac 15h
dimanche 26 : Flo Zink au Café Plum

Flo Zink – Photo David Desreumaux

D’abord au Café Plum à Lautrec (81), Hervé Suhubiette présente son nouveau spectacle jeune public Quand je serai grand, je serai chanteur et je m’achèterai un accordéon ! que j’ai eu la chance de voir dans le cadre du festival Détours de chant fin janvierSuhubiette nous fait partager son amour de la chanson et de la musique, en évoquant son parcours de son enfance à ses premiers pas sur scène. Une utilisation astucieuse du décor, des chansons énergiques, de la poésie, de la fantaisie, de l’insolite et comme toujours une belle créativité. Un spectacle que j’aurais aimé voir quand j’étais enfant et qui régale petits et grands. Marius  viendra le 17, avant d’aller au Metronum,  fêter en trio,  la sortie de son EP Ça tourne. Et je te propose de venir découvrir la Parisienne Flo Zink qui viendra chanter son récent album Les veilleurs de lune.

Ensuite les concerts de Chantons sous les toits. Une autre parisienne Garance donnera deux concerts et David Sire pour deux concerts aussi (et c’est le début d’une belle série, sa prestation lors des auditions de novembre ayant enthousiasmé le public). Et aussi Jérémie Bossone (dossier du n°3 d’Hexagone le mag), pour un concert intimiste et acoustique, seul à la guitare  (Nota : pour réserver : 05 63 81 78 33 ou sur le site de Chantons sous les toits).  


 

 

 

En février au Forum Léo Ferré

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La voici, la voilà, la programmation du Forum Léo Ferré de février !


Jeudi 2 : Pauline Dupuy et Michael Wookey
Vendredi 3 : Bruno Duchateau, avec Francesca Solleville, Claude Lemesle, Gérard Morel, Gilles Roucaute, Laurent Berger et Nathalie Fortin
Samedi 4 :  Les Goguettes avec Patrice Mercier
Dimanche 5 : « Le chant du  cygne » avec Michel HERMON (baryton-basse) et Christophe BRILLAUD au piano


Lundi 6 :  « Les Amours jaunes » avec Henri Courseaux
Jeudi 9 : Alain Wodrascka
vendredi 10 : Nathalie Joly chante Yvette Guilbert !
Samedi 11 : Patrick Abrial & Jye
Dimanche 12 :  « Les nouveaux magnifiques ! » avec Christian Paccoud et les Soeurs Sisters


Vendredi 17 : « À qui on joue » avec France Léa
Samedi 18 & Dimanche 19 :  Bruno Brel, accompagné aux accordéons et au clavier par Martial Dancourt


Jeudi 23 :  nOx.3
Vendredi 24 : « Bonjour les humains ! » avec Jofroi
Samedi 25 :  « Le tour de chant ! » avec Henri Courseaux et Nathalie Miravette au piano
Dimanche 26 :  « Ma vie à Paris » avec Ayumi


Lundi 27 : « Les chaussures de Françoise » avec Jean-Louis Guitard

En février à la Menuiserie

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Et la voilà, la programmation de la Menuiserie pour ce mois de février !


Jeudi 2 : Reno Bistan
Vendredi 3 : Bonbon Vodou
Samedi 4 : Zinn Trio


Vendredi 17 : Gisèle Pape + Léonid
Samedi 18 : An’ + Pauline Drand
Jeudi 23 : Guilhem Valayé
Vendredi 24 : Inès Desorages + Piérick Vivares
Samedi 25 : Gaston moins le quart (Romain Lemire)

A Marseille et ses alentours

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Au mois de février, Marseille et ses alentours proposent des soirées tout en chansons françaises.

Le 3 février à 20 heures, l’Équitable Café  propose de découvrir le Meeting de Kayro qui déclame ses textes guitare à la main.

Le 4 février à 20 heures, les Poulettes investiront la Maison du Chant.

Le 10 février à 20h30 à Allauch, retrouvez le spectacle musical mis en scène par Jacques Durbec « Chanter pour exister » à l’Espace François Mitterrand.

Le 10 février à 20h30, rendez-vous au Moulin pour une soirée avec Oaï Star.

Le 10 février à 21h, Radio Babel à la Rouge Belle de Mai –  47 Rue Fortuné Jourdan – 13003 Marseille

Le 24 février à 20h30, The Limiñanas sera sur la scène de l’Espace Julien.

Le 25 février à 20h30, l’Espace Julien accueille Grégory Bakian, avec en première partie Marie Drion.

Le 25 février à 20h30, Dominique Lamour reprendra les chansons de Georges Brassens sur la scène du théâtre du Carré Rond.

A Aix-en-Provence au café culturel citoyen

Le 4 février à 20h30, Sandra et Fil Alex présenteront « Bestiaire et autres vers », un spectacle de chansons françaises.

Le 11 février à 21 heures, Kijoté présentera les chansons de son album Chien errant.

Le 23 février à 20h30, All.b fera découvrir son projet de chansons mélange de ballades, de funk, et de rock.

Le 11 février, Nicolas Jules au Petit Duc à Aix en Provence.


Photo DR

Les deux ailes de Leprest – Partie 1

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Les soirées Leprest se suivent et ne se ressemblent pas : samedi 7 janvier, à Télé Bocal (Paris XXe), un concert-événement a réuni une trentaine d’artistes autour de la figure du chanteur-poète de Mont-Saint-Aignan. La soirée organisée par Christian Paccoud visait à récolter des fonds pour le prochain « Festival des Fromages de Chèvre », fin juillet à Courzieu, près de Lyon. Objectif dudit festival selon Paccoud : « donner la parole à ceux qui ne l’ont pas et pour d’autres raisons que ceux qui l’ont »… Concrètement, mêler musiciens professionnels et personnes en situation de handicap ou d’exclusion, pour créer des passerelles entre art et social – les nourrir l’un à l’autre, faire de la culture un agent d’épanouissement autant que d’éveil des consciences.
Ce soir-là, à Télé Bocal, Paccoud en Monsieur Loyal accordéoniste a donc introduit et accompagné une flopée de chanteurs, musiciens, comédiens, etc. Plateau métissé, où des artistes proches d’Allain (JeHaN, Lemonnier, Cravic – et Paccoud lui-même, cosignataire jadis de quelques chansons avec son ami) ont côtoyé avec bonheur des jeunes gens venus d’horizons différents, dans un esprit « bonne franquette » qui n’excluait pas les instants de grâce, sous l’œil bienveillant d’un public gai et chahuteur où des familiers du chanteur (Camille et Nicole du Picardie, Patrick Piquet) voisinaient avec des gamins qui n’en avaient jamais entendu parler.
Laura Fédida, transfuge de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts de la Marionnette, a essuyé les plâtres : sa saynète de vendeuse-flambeuse d’allumettes au rythme de la chanson Mon Zippo a placé la soirée sous le signe d’une poésie de bric et de broc, gentiment allumée. Willy Will & le Bubble Gang ont ensuite livré une version fanfare-sketch de La Kermesse : aux couplets cascadeurs glissants dévalés à toute allure (et partiellement oubliés ou avalés) par un bateleur foutraque, répondaient les lents refrains tire-larmes chantés par l’une des Sœurs Sisters (Eléna Josse), soufflant le chaud et le froid sur le pauvre Dédé dans sa barbe-à-papa. Enchaînement astucieux et beau contraste : après ce déferlement cuivré, Annick Fitoussi sans musique, sans personne, sans rien, pour une version de Donne-moi de mes nouvelles seule au micro. Jacques Wrez lui a succédé, vibrant a capella sur le premier couplet du Cotentin, avant d’être rejoint par des musiciens au refrain. Il a aussi livré plus tard une interprétation de Mon Abat-jour avec Dominique Cravic, apparemment non-répétée (c’est tout le charme spontané de ces événements) : après un faux départ cahoteux, la sauce a finalement pris et la magie opéré.

Photo © Thierry Duret

Parmi les nombreux plaisirs de ces soirées, l’exhumation de raretés : on sait que l’auteur Leprest a disséminé dans la nature quantité de textes ; mais on sait moins que certaines paroles ont longtemps hésité entre plusieurs musiques avant de se fixer. Ainsi, Urbain Rinaldo a raconté l’anecdote de Garde-moi la mer, sur lequel Allain lui avait proposé de recomposer une musique (pour remplacer celle originellement écrite par Etienne Goupil dans le spectacle Le Gardien du Phare). Sa version intermédiaire n’ayant pas été retenue – c’est Yves Duteil qui a finalement cosigné la chanson sur le disque – Urbain s’est fait un plaisir de la jouer ce soir-là au piano. Passionnante redécouverte : sur un texte que l’on croyait connaître par cœur, une troisième musique plus légère et enlevée (presque trop parfois : quelques fins de couplets un peu vite emballées-expédiées), éclairant ces mots familiers d’un jour nouveau, plus souriant.
François Lemonnier s’est présenté en groupe : deux guitares (dont une électrique rectangle à-la-Bo-Diddley avec bottleneck en sus), batterie et chœurs des Sœurs Sisters, pour se réapproprier son grand classique : Êtes-vous là ? On se souvient qu’à la version originale Leprest-Olivia Ruiz avait succédé, plus lente et bluesy, la reprise en duo Leprest-Lemonnier, sur laquelle le manchot assurait la voix du refrain. Cette fois, il a chanté les couplets, laissant aux filles (parmi lesquelles on distinguait particulièrement Armelle Dumoulin) le soin de mettre le feu aux refrains, toujours plus intenses, avant que le solo de slide parachève ce qui restera pour beaucoup d’amateurs comme LA meilleure version jamais entendue de ce morceau. Sans transition : après avoir fait le bluesman, le bon François s’est souvenu de son métier d’instit’ pour L’Ami de maman, fait divers (mort d’un père) raconté par les mots d’un gosse, avec la distance qui évite l’émotion trop facile – mais assez de sensibilité pour filer à nouveau le blues.
Christian Paccoud, en plus d’assurer les transitions musicales entre deux changements à vue (de matériel, de personnel), s’est offert un Saint-Max accordéon-voix, couplets retenus avant crescendos et refrains ogresques. De très jeunes gens de la compagnie du Théâtre du Fil (spécialisée, entre autres, dans l’intervention sociale) ont enchaîné – what else ? – sur la chanson-tract S.D.F. avant qu’Eléna Josse (une des Sœurs…) ajoute, avec sa voix de goualeuse et l’accordéon-mélo en sautoir, une touche chanson-réaliste à la Valse pour rien.

Photo © Thierry Duret

Retour à la légèreté avec Dominique Parent, sujet au trac (« ça a l’air facile sous la douche… devant vous c’est une autre paire de manches ») mais qui a donné une version joliment balancée d’Avenue Louise Michel, avec une gouaille rocailleuse et un délicieux chat dans la gorge. Pas le temps de refroidir, le groove s’est amplifié et Sabine Drabowitch, avec un subtil mélange de nonchalance et d’autorité, a envoyé une version magique de Rue Blondin, quasi-définitive là aussi. Comment s’émouvoir encore pour une chanson aussi connue et archi-reprise ? Par l’intelligence de l’interprète, qui la modifie imperceptiblement et suscite un regain d’attention : amputant les répétitions groovy-bégayantes de fins de vers (« il est deux-heures-deux… »), Sabine Drabowith a créé un effet d’attente, petit vide que la mémoire a eu tôt fait de combler (« … deux-deux-deux »). Ces déséquilibres, subtiles variations de ton et rythme, ont donné l’impression qu’elle réinventait la chanson juste en en déplaçant un peu les lignes. Chapeau.

Photo © Thierry Duret

Claire Elzière et Dominique Cravic ont ensuite joué deux extraits de leur vaste répertoire leprestien : On leur dira, morceau de scène emprunté au dernier album studio original d’Allain, qui impose (en douceur) à l’auditoire une écoute attentive des joliesses tristes mais tendres de ce texte qui parle rupture sans y toucher. Et Marabout tabou, un des inédits enregistrés sur le disque Claire Elzière chante Allain Leprest, qui n’a pas pris une ride et s’est même bonifié avec le temps. Sur cette dernière chanson, tubesque s’il en est, on est content d’entendre Elzière accompagnée par Cravic seul : plaisir d’entendre la musique comme elle a dû être composée, et de voir le guitariste de Salvador et Aznavour, pointure s’il en est, prendre un pont un peu compliqué entre deux refrains – il doit y assurer à la fois la guitare rythmique et ébaucher un solo – et s’en sortir à merveille, avec toujours cette décontraction jazzy qui fait son charme. Franc succès : avant même la reprise du refrain (où Claire sort une pancarte pour aider le public à chanter avec elle), de nombreux spectateurs fredonnent déjà la mélodie inoubliable.
La première partie du spectacle s’est achevée de façon monumentale avec C’est peut-être interprété d’une voix de stentor par Michel Tralala : histoire de rappeler que la chanson à texte, même pétrie de subtilités, peut aussi assumer un fort et beau pathos – en plus de coller à la thématique sociale qui sous-tend la démarche de Paccoud et sa bande, auxquels certains éléments de ce texte sur l’(in)égalité des chances vue par le prisme culturel apporte un bel écho.

(Fin de la 1ère partie. Entracte. Suite du compte-rendu la semaine prochaine)


1ère partie : Laura Fédida – Willy Will & Bubble Gang – Annick Fitoussi – Jacques Wrez – Urbain Rinaldo – François Lemonnier & Sœurs Sisters – Christian Paccoud – Théâtre du Fil – Eléna Josse – Dominique Parent – Sabine Drabowitch – Claire Elzière & Dominique Cravic – Michel Tralala


Nicolas Brulebois, l’auteur de cet article est également l’auteur d’un ouvrage sur Allain Leprest, intitulé Gens que j’aime et qui est disponible ici par exemple.

Volo – Chanson française

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VOLO – Nouvel album Chanson Française – Sortie le 27 janvier 2017


Cyril Mokaiesh, photographie d’une époque

Clôture, le nouvel album de Cyril Mokaiesh vient juste de paraitre. Un album riche et profond, l’oeil de son auteur bien vissé sur les comportements d’une société bancale. Mokaiesh en fin observateur, définitivement doué d’une écriture sensible et précise, donne à voir et à entendre de son époque. Musicalement intense et moderne, cet album fait partie des incontournables de ce début d’année. 


Hexagone: Quand as-tu commencé la musique ?
Cyril Mokaiesh: J’ai commencé à faire mes premières chansons à 18 ou 19ans. C’était un changement de vie, avant j’étais joueur de tennis et j’allais vers une carrière dans ce sens. Puis j’ai eu l’envie furieuse de faire des chansons et de tenter ma chance. J’avais un gros besoin d’écrire. C’est allé assez vite au début, j’ai rencontré des musiciens et on a formé un groupe. On a fait des concerts à Paris et on avait un Myspace qui tournait. Pas mal de gens nous ont suivis assez rapidement dans les petites salles parisiennes, on remplissait des salles de 200 places. C’était de jolis rendez-vous. Ensuite on a signé sur un gros label, Universal. On a fait une petite tournée. L’album n’a pas très bien marché mais je crois qu’il y avait des super trucs dedans. Un vraie énergie groove rock, mais ça n’a pas suffisamment marché pour poursuivre l’aventure ensemble. On avait des envie un peu différentes. Je suis parti dans une carrière solo en me tournant plus vers la chanson que vers le rock.

Crédit photo: Leone Barbezieux

Hexagone: Quel a été ton cheminement depuis la fin de ce projet en groupe jusqu’à aujourd’hui ?
Cyril Mokaiesh: Au début, je ne faisais qu’écrire et chanter. Je n’étais pas musicien, j’ai appris la guitare au fil des années. À partir de la fin du groupe il a fallu que je me mette aussi à la composition. J’ai fait l’album Du rouge et des passions en 2011. Beaucoup plus orchestral et avec des thèmes déjà assez engagés, c’est un album qui a été assez salué et qui a eu pas mal de succès. Ensuite il y a eu le deuxième album solo L’amour qui s’invite. Celui-là a un peu moins bien marché. Il était très introspectif, et parlait aussi du voyage. J’étais parti à Buenos Aires écrire la plupart des chansons, et j’étais revenu avec pas mal d’histoires d’amour et de tumultes intérieurs. C’était un peu moins centré sur les thèmes que j’affectionne d’habitude. L’album a un peu surpris par cette direction-là. J’étais sûr de vouloir expérimenter ce genre de thèmes et d’enregistrer en Hollande avec un super arrangeur, Reyn Ouwehand, avec qui j’ai co-composé quelques morceaux du nouvel album dont La loi du marché. Après il y a eu Naufragés avec Giovanni Marabassi. J’avais envie de retourner vite sur scène et en même temps c’était la découverte à ce moment-là du répertoire de Leprest, de Bernard Dimey… J’avais envie de remettre en lumière des artistes un peu oubliés. Avec Giovanni, on s’est fait notre panthéon de chanteurs et auteurs maudits et brillants. On a dû faire environ 50 ou 60 concerts. Pendant toute cette période j’ai écrit en baignant dans ces auteurs et textes riches. D’être sur scène tout le temps, j’étais dans une dynamique très inspirante et donc j’ai pu rapidement enchaîner avec l’album Clôture, mon troisième album solo qui est sorti le 20 janvier.

Hexagone: Comment s’est passée la création de ce nouvel album ?
Cyril Mokaiesh: C’est un peu un retour aux sources, j’ai fait appel à deux musiciens sur trois de mon groupe Jan Pham Huu Tri et Eric Langlois. C’est ma Dream Team. Ensemble on est partis en studio à Bruxelles en se disant que quelque chose allait bien en sortir. Ça a été une super surprise, je suis arrivé avec des guitare-voix et on est ressortis avec un disque au bout de 5 jours. Ça a été fait avec beaucoup de coeur, tout le monde avait envie de bien faire. Il y avait aussi la notion de se demander si on allait être signés après, comment le disque allait sortir. On était tous un peu dans des économies de moyens, et on s’est vraiment concentrés sur l’essentiel, la musique. On a pris la pari de faire quelque chose de bien et de voir ensuite où cela nous mène. C’est uniquement une fois que le disque a été mixé qu’on a commencé à travailler avec Un plan simple, le label. Parfois les choses ont besoin de se faire dans l’urgence, voire dans une situation un peu dos au mur. Mais je ne me suis pas senti comme ça. J’avais vraiment envie de prendre la parole sur cette période et de le faire avec des gens qui me connaissent bien et en qui j’ai total confiance.

Crédit photo: Leone Barbezieux

Hexagone: Quel regard as-tu sur tes précédents album ?
Cyril Mokaiesh: Je pense qu’un album est vraiment une photo de nous à une certaine période. Quand on regarde un album-photos qui date un peu, on se dit qu’on avait vraiment une sale coupe de cheveux. Le fond est fidèle à ce que je suis, j’ai toujours été droit dans mes bottes. Si je peux m’accorder une qualité c’est d’être vraiment dans la sincérité de ce que je vis. Il n’y a pas de tricherie. La plupart de ce que j’écris est assez autobiographique, c’est le regard que j’ai sur les temps modernes, sur l’époque, sur la société. C’est vraiment le reflet de ce que je pense. Souvent mes amis me disent que je fais des chansons qui sont exactement moi. C’est le plus beau compliment. C’est le meilleur moyen de ne pas les regretter plus tard. Après c’est plus dans la forme, dans la manière de chanter, dans la volonté parfois d’enfoncer le clou sur tout en même temps et de manquer un peu de nuances.

Hexagone: Comment est-ce que tu définirais Clôture ?
Cyril Mokaiesh: Totalement en phase avec le propos que je peux tenir avec mes amis quand je parle de l’époque. Je crois qu’on peut y retrouver à peu près tout ce que j’ai dit cette année dans ma vie perso. C’est une photo totalement vraie de moi en 2016. C’est aussi quelques expériences d’albums qui m’amènent aujourd’hui à trouver sans doute un peu plus qu’avant comment garder le fond, trouver le son et une interprétation un peu plus mûre, assumée et posée. Je me sens plus ancré que jamais. Même si j’aborde des sujets qui sont extrêmement fragiles ou dangereux ou que je dis les choses avec une forme de crudité parfois, de violence même. J’arrive à dire les choses que je veux avec la forme à peu près que je veux.

Hexagone: Il y a plusieurs duos sur cet album. C’était une envie ?
Cyril Mokaiesh: Non, ce sont les chansons qui ont appelé à ça. La première, c’était avec Stéphane Brizé après avoir vu son film La loi du marché. Je lui avais envoyé un mail pour lui dire que ça m’a beaucoup inspiré et que c’était pas la première fois dans son cinéma que je ressortais un peu claqué. Du coup on a entretenu une conversation par écrit pendant quelques mois. Ça m’a encouragé à lui demander s’il voulait un jour faire le clip de cette chanson. Pour moi, c’était la première collaboration. Quand on a commencé à discuter de La loi du marché qui n’était plus son film, mais ma chanson. Après, c’était une période où j’écoutais beaucoup Lavilliers. Pendant tout un été avec Laurent mon manager, on s’était plongé dans le répertoire de Lavilliers qu’on trouvait extrêmement d’actualité. Je crois qu’à un moment donné, en écrivant La loi du marché, inconsciemment il y avait son ombre qui planait au dessus. Je me suis permis de lui envoyer la chanson en me disant qu’il n’y avait aucune chance qu’il ait envie de le faire. J’ai eu de la chance et ça continue. Il me soutient, on va faire j’espère quelques apparitions ensemble sur scène. C’est chouette, le moment en studio était très riche, et maintenant il y a une suite. C’est une jolie histoire. Il y a aussi une collaboration avec Elodie Frégé. Quand j’ai fait la chanson Houleux, j’ai senti assez vite qu’une présence féminine serait une bonne idée. Elodie s’est imposée naturellement parce qu’on avait déjà fait des duos ensemble sur scène. Elle m’avait aussi demandé d’écrire une ou deux chansons pour son prochain album. Ça correspondait pile à ce moment-là, donc naturellement j’ai eu envie de sa voix sur ce titre. Il y a aussi une collaboration sur Une vie avec Giovanni, parce que j’avais envie de garder une trace de cette tournée et de tous ces moments qu’on a passés ensemble. J’avais envie que cette chanson, qui nous va bien à tous les deux, soit sur l’album.

Hexagone: Tu as donc fait le choix de t’entourer d’une équipe artistique dont tu es proche.
Cyril Mokaiesh: Cet album ne peut pas être plus moi. Je voulais m’entourer de gens qui me connaissent et qui me ressemblent. Avec qui j’ai appris pleins de choses. Un espèce de retour simple aux sources . Je voulais faire les choses de manière très fluide. Que les couleurs de cet album et le son, s’imposent d’eux-mêmes. Chacun vient avec son son en espérant que ça se marie bien. Je n’avais pas envie d’un directeur musical qui dise comment ça doit sonner et décide de diriger tout le monde. Je voulais qu’on arrive chacun avec notre expérience, nos parcours, que ça soit vrai, que ça marche ou que ça ne marche pas. Mais je savais que ça allait forcément donner quelque chose avec ces chansons-là.  

Hexagone: Est-ce qu’il y a une chanson dans cet album qui a une place spéciale pour toi ?
Cyril Mokaiesh:
  En ce moment je dirais que c’est Clôture, mais 32 rue Buffault, celle sur mon fils est très importante aussi.

Crédit photo: Leone Barbezieux

Hexagone: Dans cet album, tout ce qui te ramène à ton fils c’est un peu la touche de douceur, ce qui apaise de tout le côté dur de la société actuelle, non ?
Cyril Mokaiesh: Oui, c’est vrai. Ça existe encore l’amour, la transmission. La simplicité d’un enfant qui regarde son père. Ça nous rend enfant nous aussi. D’un coup il n’y a plus de téléphone, de télé, d’élections… Il y a juste l’enfant qui te ramène à l’essentiel, et cet essentiel-là n’a pas de prix, il apaise beaucoup. Il me met dans son présent à lui, je me fonds dans son décor. C’est hyper agréable, c’est pur.

Hexagone: Après le clip de La loi du marché, tu viens de sortir le clip de Clotûre. Clotûre, c’est une chanson importante et qui parle à tout le monde je pense.
Cyril Mokaiesh: Oui, Clotûre, une des chansons les plus importantes. Elle parle de l’époque mais elle est aussi très personnelle. Il y a un bon équilibre entre le répondeur de l’Europe et le répondeur de Cyril. En fait c’est le répondeur de tout le monde.

Hexagone: On dit souvent de toi que tu es un chanteur engagé. Est-ce que ça a du sens pour toi ?
Cyril Mokaiesh: Non parce que dans « engagé » on n’y met pas le bon sens justement. Quand on fait ce métier, qu’on est auteur, compositeur, interprète, et qu’on choisit d’en vivre, on ne peut pas le faire sans s’engager pleinement. C’est une vocation qui te bouffe totalement. Du coup, tu es totalement obligé de prendre tes sentiments comme matière à écrire, comme matière à groover. Faire de ses sentiments, de ses colères, de ses amours, sa nourriture quotidienne… C’est ça le plus grand engagement. Après oui, je vais défendre des convictions, mais qui sont des prises de conscience, ma prise de conscience. Oui, prendre la parole en 2017, que ça soit en chanson, en film, en tout ce qu’on veut. Je pense que ça doit avoir un lien avec ce qu’on voit, avec ce qu’on subit, avec ce qu’on espère, avec sa vision du monde. Une chanson aussi simple qu’elle puisse être, ça doit être une proposition. Je choisis souvent des thèmes qui sont politisés ou poétisés. La poésie c’est une manière de faire passer des messages. J’ai toujours aimé les films qui d’un coup prenaient la température d’une époque même si elle est violente ou cruelle. Les albums qui m’ont marqué le plus, ce sont des albums qui ont photographié l’époque. J’ai tendance à croire que ça sera la partie de mon travail qui restera le plus. Il y a des choses à dire aujourd’hui.

Hexagone: Le 28 février, tu seras en concert à la Maroquinerie. Que peux-tu nous dire sur cette date ?
Cyril Mokaiesh: On va faire un concert qui défendra bien sûr un peu plus l’album Clotûre que les autres, mais je vais aussi me faire plaisir à faire un mini best-of de Cyril Mokaiesh, parce qu’il y a beaucoup de gens qui me soutiennent notamment sur les réseaux sociaux qui envoient des beaux messages et des gens fidèles depuis longtemps. Il y aura sans doute un ou deux invités. Ça va être une belle soirée !

Hexagone: Qu’est ce qu’on peut te souhaiter pour 2017 ?
Cyril Mokaiesh: Plein de concerts et que cette Clôture aille rencontrer les gens.


Garner, électro sensibilité.

Après son album Bas les armes, sorti en 2015, Arnaud Garnier – alias Garner – revient avec le très bel EP En plein coeur. Il y assume une orientation électro qui s’est imposée progressivement et qui vient parfaitement habiller  ses textes. 


Hexagone: Quand et comment as-tu commencé la musique ?

Garner: La musique, ça a commencé gamin, je faisais du piano. Assez vite, j’avais plus envie de présenter à ma prof de piano les 10 compositions que j’avais faites que les valses de Chopin qu’elle m’avait demandées de bosser. Je suis tombé sur une prof très sympa qui acceptait qu’on passe le premier quart d’heure des cours à ce que je lui présente ce que j’avais composé. Ensuite, j’ai eu des groupes au collège et au lycée. Après il y a eu un pan de ma vie où la musique a été un peu mise de côté puisque je suis devenu guide de rafting. Mais l’écriture, c’est quelque chose qui est resté tout le temps. Le rapport à la musique est revenu parce que je travaillais avec des gens qui étaient pour certains instrumentistes, et dès que certains se mettaient à jouer de la musique, j’éprouvais une sorte de nécessité à monter sur la table pour improviser des textes. J’ai eu une pratique de l’improvisation pendant plusieurs saisons de rafting. Pendant la saison je faisais à peu près un concert par semaine. Ensuite j’ai fait beaucoup de théâtre pendant quelques années. À l’occasion d’une pièce de Shakespeare, on était accompagnés par des musiciens et j’avais sympathisé avec une guitariste. À ce moment-là j’avais plein de textes en chantier dont je ne savais pas trop quoi faire. J’ai fait un premier album dans une formule très austère puisqu’on était guitare trombone voix. C’était un projet très barré. Les thèmes c’était aussi bien un type qui se promenait avec un hamster sous son imper sur une plage pleine de lignes à hautes tension que l’histoire d’un joueur qui étranglait une croupière après une partie de black jack. Des choses à la limite du surréalisme. C’est un projet que j’ai défendu pendant 3-4 ans. Progressivement on a intégré un clavier, puis un bassiste, puis un batteur, et on a monté un projet résolument rock qui s’appelait Alias Nautilus. Ça a duré 6 ou 7 ans. J’avais de très bons musiciens, mais c’était compliqué, il y en avait toujours qui partaient en tournée, donc il fallait décaler des dates, changer des musiciens, etc. Jusqu’à ce que j’aie une prod et que je puisse monter le projet Garner et le consolider.

Hexagone: Garner ça a débuté quand ?
Garner: Garner, l’aventure a commencé il n’y a pas si longtemps, il y a 4 ans. Parce que j’ai pu bénéficier d’une prod, j’ai pu fidéliser des musiciens, fidéliser une équipe et pouvoir développer un son qui n’était pas tributaire de la valse des musiciens. Au début je voulais garder la formation rock du projet précédent mais en commençant à glisser un peu vers de l’électro. Finalement à l’arrivée aujourd’hui, le dernier EP de Garner est complètement électro.

Hexagone: Pourquoi ce changement de direction musicale ?
Garner: Parce que les goûts musicaux évoluent. Parce qu’il y a un temps j’ai écouté en boucle Noir Désir et qu’il y a un temps où j’ai écouté en boucle Jay-Jay Johanson. J’ai pu aimer des artistes dont j’apprécie encore aujourd’hui le travail mais que je n’écoute plus du tout. Tout ce qui est de la même famille que Noir Désir par exemple, aujourd’hui ça ne m’intéresse plus. Après, si on passe Tostaki à la radio, je peux toujours écouter avec beaucoup de kif, monter le son et taper sur le volant, parce que ça reste ancré. Il n’y a qu’un artiste qui reste pour moi la référence absolue, c’est Bashung. Je l’ai écouté jusqu’à plus soif. Il m’a accompagné dans des moments extrêmement intimes de ma vie. De Osez Joséphine en passant par Madame rêve ou L’imprudence. C’est lui qui m’a donné envie de faire de la chanson.

Hexagone: Quel regard as-tu aujourd’hui sur le premier album de Garner ?
Garner: Je vois un album de transition. Le mode opératoire entre l’album et l’EP n’a pas du tout été conçu de la même façon. L’album a été fait avec une partie de mon répertoire qui existait déjà en live, qu’il a fallu construire en studio. Pour ça j’ai travaillé avec des musiciens de studio, et en faisant ça, j’ai pris conscience de l’endroit où on peut emmener les chansons. Je me suis nourri du talent et de l’inspiration de musiciens avec lesquels je ne travaillais pas avant. L’album, ça a été un passage du live à l’enregistrement, qui pour certains morceaux à très bien fonctionné tandis que pour d’autres un peu moins. L’album était à cheval entre deux choses, les morceaux qui venaient du live et les nouveaux que j’ai dû créer pour l’album avec déjà une couleur électro déjà bien affirmée. Sur l’EP, j’ai basculé complètement. Puisque j’avais une sensibilité de plus en plus forte pour l’électro, j’ai décidé de l’assumer complètement.

Hexagone: Quel est ton rapport avec l’écriture ?
Garner: Le rapport à l’écriture, j’ai toujours aimé ça, et l’écriture de la chanson exige un travail de synthèse qui correspond à quelque chose qui me convient. J’aime bien l’idée d’avoir peu de mots. Avant j’avais des textes très bavards. Plus le temps a passé plus j’ai enlevé du texte. Je me rends compte qu’il vaut mieux que les gens entendent peu de choses mais qu’ils les entendent bien. S’il y a une idée qui est propre à Garner, c’est la question du choix des mots dans les textes. Il y a quelque chose de très personnel, et du coup, pas suffisamment grand public peut-être. On écrit toujours une chanson dans l’espoir qu’elle sera fédératrice et qu’elle pourra être reçue par le plus grand nombre. Ça serait totalement mensonger de dire qu’on écrit des chansons juste comme ça, en partant du principe qu’on est seul maître à bord. On n’écrit pas que pour ça, sinon on le fait juste pour soi et son cercle d’amis. Moi j’ai quand même l’ambition de rencontrer un public, mais je ne me résous pas à l’idée de me dire : « Ça, les gens ne comprendront pas ». Je ne doute plus comme à un moment donné d’être légitime. J’ai une proposition artistique à faire et je crois qu’elle peut rencontrer son public.

Hexagone: Est-ce qu’il y a une de tes chansons du dernier EP ou du répertoire complet de Garner qui a une place particulière pour toi ?
Garner: La chanson Brest est vraiment une chanson dans laquelle j’ai une sorte d’aisance naturelle. À chaque concert en live il y a un truc qui m’emmène dans cette chanson. Ce que j’aime, c’est le voyage que je fais de l’impro jusqu’à la plage électro qui suit et qui est pour moi une sorte de grand voyage. Dans cette chanson-là il y a une sorte d’évidence. Sur l’EP, j’aime beaucoup la simplicité du texte de N’en abuse pas. C’est le premier texte un peu personnel, jusqu’à présent je restais toujours à distance quand il s’agissait d’amour.

Hexagone: Tu as sorti un magnifique clip sur N’en abuse pas. Pourquoi le choix de ce morceau-là et comment le clip a-t-il été réalisé ?
Garner: Quand on a le nez dans le guidon on ne sait pas vraiment ce qui paraît être le titre le plus évident, donc j’ai consulté ma garde rapprochée. Mon attaché de presse et ceux qui me suivent depuis longtemps. J’ai fait un soundcloud privé pour faire un sondage pour savoir quelle chanson semblait la plus immédiate avec des gens qui n’ont rien à voir avec le business de la musique. Pour avoir une écoute extérieure de gens non musiciens. Le résultat c’était N’en abuse pas et ça m’allait bien puisque j’avais conscience que s’il fallait faire un clip autant le faire sur un morceau qui pouvait potentiellement passer en radio, et que celui-là correspondait sans avoir à faire un remix. D’habitude sur les clips j’étais à l’initiative de tout. Là, ça faisait 3 clips que je faisais avec Tom Bouchet et autant sur les précédents j’étais venu avec les idées, autant là je lui ai demandé d’apporter sa part de créativité. C’était aussi accepter de lâcher prise et se demander ce qu’un jeune de 30 ans peut avoir envie de raconter sur une chanson qui est écrite par quelqu’un qui a un peu plus de 15 ans de plus que lui. D’ailleurs lui, c’est celle qu’il avait envie de clipper en priorité. Je lui avais dit que je voulais que ce soit une histoire d’amour, mais pas gnangnan avec une engueulade dans la cuisine. Je voulais un vrai parti pris. C’est ce qu’il a fait. Il m’a demandé s’il pouvait pousser le curseur très loin. Je lui ai dit ok, et quand j’ai découvert que ça allait jusqu’au quasi-meurtre dans le clip, j’ai signé. J’ai trouvé ça super. Ça ne plaira pas forcément à tout le monde mais au moins ça marquera les esprits.

Hexagone: Quels sont tes projets à court et long terme ?
Garner: À court terme, trouver vite une date pour confirmer la sensation que j’ai eue sur le premier live qu’on a fait en formule trio. J’ai la certitude qu’il y a un truc qui va marcher dans cette formule-là. Je vais essayer d’espacer les lives pour avoir le temps de créer de la matière nouvelle qui ne sera pas forcément sur support disque, mais qui feront peut-être à plus long terme l’objet d’un enregistrement pour en garder une trace. Mais je vais progresser comme à la marelle, de case en case. Je vais essayer d’apporter à chaque live une nouveauté, un titre nouveau. Je ne vais pas me préoccuper du format radio, de tout ça. Ça peut être un morceau qui durera 7-8-9 minutes. Ça sera des morceaux faits pour le live. À long terme, dans l’idéal j’aimerais bien un autre album, mais je crois que la musique telle qu’elle fonctionne aujourd’hui à besoin d’être réinventée. Le format doit être réinventé. Aujourd’hui les gens consomment la musique à l’unité.


Détours de Chant à Toulouse : la 16ème édition

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Pour cette seizième édition, le festival Détours de chant se déroule du 24 janvier au 4 février (hé oui  douze jours de festival !) avec 45 artistes et 55 concerts dans 23 salles de Toulouse et des environs. Encore plus que l’année passée avec une programmation qui s’annonce belle, riche et éclectique. Pas de tête d’affiche, comme dans certains festivals, mais la volonté de faire découvrir des talents, de montrer la chanson multi-forme d’aujourd’hui en valorisant la qualité artistique.

Camille Hardouin – 10/12/2016 au Café Plum (81) © René Pagès

Je te conseille d’aller découvrir le programme complet sur le site Détours de chant. Ici, je te fais quelques propositions subjectives et non exhaustives pour que tu aies envie de quitter ton chez toi douillet et chauffé, pour que tu affrontes l’hiver toulousain et que tu viennes apprécier de bons « spectacles vivants » dans les salles. Je ne te parlerai pas en détail des 2 concerts de Bazbaz ni du nouveau spectacle de Cali (un solo surprenant, assez intime, découvert en novembre au festival Cebazat en chansons) ; car ils affichent complet plus d’une dizaine de jours avant le début du festival. Je te dis juste « Bouge-toi et réserve ! »
Dans cette belle programmation, on trouve la présence d’artistes expérimentés et reconnus ayant fidélisés leur public même s’ils ne sont pas « médiatisés ». Yves Jamait bien sûr, mais aussi Loïc Lantoine, ici avec le Very Big Experimental Toubifri Orchestra et le duo humoristique Roca-Wally, apprécié l’été dernier à Barjac. On retrouve beaucoup d’artistes ou des spectacles aimés et évoqués dans Hexagone, donc que je te conseille. Comme Batlik, récente couverture du n°2, qui va jouer en solo dans les deux nouveaux lieux toulousains du festival : Chez ta mère et Le Taquin. Comme Camille Hardouin (La demoiselle Inconnue) pendant trois jours, Emily Marsh toute une semaine en apéro-concert et Nicolas Jules en trio. Ne rate pas le superbe spectacle musical B. comme Fontaine, à la créativité passionnante, conçu à partir du répertoire et de l’univers de Brigitte Fontaine, avec un quartet de musiciens-chanteurs (ou l’inverse) toulousains composé d’Eugénie Ursch, Hervé Suhubiette (l’instigateur), Lucas Lemauff et Ferdinand Doumerc. Va le voir avant qu’il n’ait une reconnaissance nationale (par exemple à Barjac où il est programmé cet été).

B. comme Fontaine – 6/04/2016 au Bijou à Toulouse © Michel Gallas

Au delà de sa programmation, Détours de chant présente quelques particularités intéressantes. D’abord le festival offre quatre concerts gratuits, à des horaires décalés (12h30 en semaine et 16h le dimanche). Pour te laisser plus de choix, huit groupes ou artistes se produisent au moins deux soirs. Ensuite tu peux bénéficier d’un tarif réduit pour tous les concerts dès que tu décides d’en voir au moins trois. Et enfin la journée « Coups de pousses » au Bijou fait l’ouverture du festival en te proposant cinq artistes à découvrir, chacun sur quarante minutes. Toi, Hexagonaute fidèle du site, tu peux déjà avoir entendu parler d’Archibald et d’Alice Bénar, alors viens les voir sur scène avec trois autres artistes régionaux.

La programmation fait la part belle aux talents locaux comme Lucien la Movaiz Graine, Jules Nectar, La Reine des aveuglesFanny Roz et Louis-Lucien Pascal. Pour ma part, j’irai aussi voir, les nouveaux spectacles d’Amélie-les-crayons, pour une de ses premières dates, et de Mell en solo présentant son dernier album Déprime & collation. J’irai certainement découvrir Jenny Dahan ainsi que le Zinn Trio pour son hommage aux luttes féminines (Women power). Je te conseille également Paamath en quintet, avec Bernardo Sandoval en invité, pour un concert en wolof et français, ainsi que Lo’Jo en trio. Je n’irai pas les voir pour cause d’embouteillage de concerts malgré les douze jours, à cause de la richesse de la programmation. Mais toi, tu pourras aussi choisir, entre autres, Sages comme des sauvages, Volo, Bertrand Betsch  ou une soirée rap au Métronum.

Un festival, qui avec sa programmation, mérite un Détours de Chant voire des tours. On s’y rencontre ?


Festival Détours de chant du 24 janvier au 4 février

Rappel : le cas échéant, en cliquant sur le nom de l’artiste tu peux accéder au dernier article publié. Un clic sur une photo permet de l’agrandir.

Pour revenir sur le festival 2016, tu peux aller lire les chroniques :  ici et et là aussi et également ici.

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