9.3 C
Paris
dimanche, mai 16, 2021

Buy now

- publicité -spot_img
Home Blog Page 70

David Sire à Toulouse et alentours : à ne pas rater !

1

Souvent, je te parle ici d’artistes en émergence, toulousains ou pas, mais là il s’agit d’un artiste au sommet de sa créativité qui vient chanter à Toulouse, Lavaur et Lautrec du 20 au 22 octobre. Un superbe spectacle atypique et étonnant, à ne pas rater.

© David Desreumaux

David Sire a commencé à chanter sur scène avec son groupe Drôle de Sire… au siècle dernier (et a publié deux albums). Puis il sort un disque jeune public (C’est de famille). Ensuite en solo, il réalise une tournée (à bicyclette !) de Paris à Sète au printemps 2008. puis au printemps suivant avec une nouvelle transhumance sur le trajet Strasbourg-Ouessant. Je l’ai découvert plus tard sur la scène du Printival au cours d’une soirée « Hommage à Boby Lapointe» sur 3 titres. Impressionné, j’ai acheté l’album du moment Bidule & l’horizon qui m’a enthousiasmé. Après deux autres albums, en 2016  Je est un nous reçoit un coup de cœur de l’académie Charles-Cros. Lors de la remise des prix, il chante un titre et s’accompagne avec des percussions corporelles. Mon voisin de fauteuil, directeur d’un festival me dit « Je découvre, tu le connais ?» Et Sire se retrouve cette année à l’affiche de ce festival. C’est vrai que cet artiste a cette faculté de séduire et d’enthousiasmer en quelques titres en donnant envie d’en voir plus. En novembre dernier, il participe aux auditions de Chantons sous les toits, organisation de Chansons en appartement principalement dans le département du Tarn. Il présente trois chansons et est choisi pour effectuer en 2017 une douzaine de dates chez des particuliers. En une année j’ai vu trois fois son concert, en fait un véritable spectacle : Avec. Voici mes notes : « C’est étonnant, tendre, musical, subtil, visuel, drôle, frais, émouvant, profond, parfois déjanté et surtout débordant d’humanité. Avec une énergie folle presque équivalente à sa générosité et à son talent, David Sire propose une performance bourrée de poésie, d’idées, d’humour et voire de «Bidulosophie» (pour ne pas citer le mot philosophie), pour une belle promotion du partage et de la vie qui vaut le coup. Un spectacle inclassable avec des ballons, des pompes à vélo, des danses, des guitares, des percussions corporelles et une belle interactivité avec le public. En duo avec son comparse et excellent guitariste Fred Bouchain nommé Cerf Badin – eh oui en plus, Sire est un spécialiste de l’anagramme. » Mais laissons-le parler de son spectacle et de sa tournée actuelle.


© David Desreumaux

Hexagone : Ton concert est un véritable spectacle, inventif et protéiforme. Que peux-tu nous en dire ?
David Sire : C’est un spectacle sur le lien. Il ne s’appelle pas Avec pour rien. Le ferment de ce spectacle, c’est la poésie, qu’elle soit textuelle, visuelle, musicale ou dans la relation avec le public. C’est un spectacle de « bidulosophie », une philosophie joyeuse, très humaine, très abordable mais qui n’exclut pas les questions complexes auxquelles nous sommes tous confrontés. Cette proposition, libre et affranchie, un peu indéfinissable, m’apparaît comme un grand banquet d’émotions et de poésie. Un banquet à partager. Ce spectacle est un peu comme une clairière de l’enfance, on y retrouve la liberté de quand on est gamin en y venant avec nos vies d’adulte et nos cicatrices.

Hexagone : Avec trois concerts sur un week-end, tu es train de finir ta tournée « Chantons sous les toits 2017 » :  12 concerts en six venues. Quel bilan peux-tu en faire ?
David : Quand on a créé le spectacle en septembre 2016, les programmations de la saison étaient bouclées. On n’avait pas l’opportunité de jouer, de le rôder. Et la fenêtre des auditions « Chantons sous les toits » s’est ouverte. La douzaine de dates, environ un tiers de nos concerts cette année, a permis d’aller expérimenter le spectacle sur le terrain, dans des conditions qui ne trichent pas – un dispositif scénique minimaliste et une salle symbolique – ; tu es chez les gens, tu ne peux pas te planquer. On a pu vérifier que le spectacle répondait présent. Et la très grande proximité nous a permis d’aller chercher encore plus de précision, de liant et de lien dans le rapport au public. C’était génial. Comment une chanson, une fois écrite et composée, se partage avec le public, c’est une question que l’on peut explorer, peut être beaucoup plus dans cette intimité que lors d’une résidence devant une salle vide. Bien sûr le spectacle est écrit mais sans le lien, les interactions avec le public, Avec n’existerait pas. Et cela a permis d’aiguiser, d’affiner cette relation avec le public.

© David Desreumaux

Hexagone : Souvent, le concert est centré sur le nouvel album avec quelques anciennes chansons autour. Celui-ci pioche dans tes trois derniers albums et même dans ton spectacle pour enfants, il parle aussi des « cercles bidules ». Il semble un aboutissement de ton parcours. 
David : Oui, il contient même un titre de la période Drôle de Sire. Ce spectacle est une synthèse du travail d’une vingtaine d’années, le résultat de pas mal de cheminement. Et tu te retrouves enfin à avoir pondu un spectacle dont tu te dis : ça, c’est moi ! ; voilà ce que j’étais en train de malaxer depuis des années. Y arriver donne une grande joie et une grande énergie dans le travail.

Hexagone : On sent une grande complicité avec celui que tu nommes Cerf Badin. Plus un compère qu’un simple guitariste ?
David :  Nous avions eu une longue collaboration sur Drôle de Sire de 1999 à 2006. Là sur ces dates, sans régisseur, c’est beaucoup de temps partagé à deux : faire la route, monter, démonter, débriefer, préciser. Avec c’est AVEC mon collègue, mon compère, mon ami. Et le spectacle est devenu David Sire et Cerf Badin, la naissance d’un duo, un duo de clowns contemporains. Son énergie sur scène me fait fleurir,  me rend plus inventif. On se surprend.

Hexagone : En une année j’ai vu trois fois ton spectacle. Et à chaque fois il apparaît encore un peu meilleur, à la fois plus maîtrisé et plus débridé.
David : La matrice du spectacle est fixe, l’ordre des chansons est identique. Mais le reste est libre, entre les chansons, entre notre corps et la salle, entre notre corps et ceux des spectateurs toujours différents. Ecouter et travailler avec, c’est comme caresser la peau d’un tambour commun et jamais le même. Un spectacle, une salle, un public c’est un tambour avec lequel on essaie d’être en résonance, de ne faire qu’un. C’est un autre effet positif de cette tournée aussi car plus tu maîtrises ton spectacle, et plus tu as conscience des moments où tu peux « partir » vers l’imprévisible et l’unique.

© David Desreumaux

Hexagone : Après ces douze dates dans le Tarn, tu reviens chanter le 20 octobre sur Toulouse au Bijou puis à Lavaur (81) et ensuite au délicieux Café Plum à Lautrec ?
David : J’avais très peu pratiqué cette région. Et cette année elle s’est ouverte d’une belle manière. Ces trois dates sont comme le point d’orgue des concerts « Chantons sous les toits » : on arrive avec une belle expérience et cela nous permet de terminer par des concerts en salle.

Hexagone : Veux-tu ajouter quelque chose pour donner envie de venir aux Hexagonautes de Toulouse et du Tarn?
David : Peut-être juste dire que ce que l’on va vivre ensemble, ne va jamais se reproduire. C’est un spectacle pour faire exploser le présent. Pour jubiler ensemble.


David Sire (en portrait dans le n°3 d’Hexagone, article consultable ici). Vendredi 20 Octobre au Bijou à Toulouse. Samedi 21 à Lavaur. Dimanche 22 au Café Plum à Lautrec.

François Lemonnier : Zabilababoué, d’Allain Leprest

0

C’est l’événement de ce début d’automne, tous les mardi-mercredi jusqu’à mi-novembre au Théâtre Clavel : Zabilababoué, pièce rare signée par l’immense auteur de chansons – d’aucuns disent poète – Allain Leprest. Mise en scène par François Lemonnier, il s’agit de la première (et vraisemblablement dernière) incursion de l’auteur de La retraite dans une forme théâtrale « classique »* : des personnages – un père et sa fille – dialoguant dans un décor réaliste – un café/bistro. On n’y va donc pas écouter des chansons (même s’il y en a quelques-unes) mais entendre un texte sur la longueur. Voir s’exacerber deux sensibilités, assister à une tendre confrontation : celle d’un artiste, coco, charismatique et buveur (toute ressemblance serait évidemment fortuite…) avec sa fille, 18 ans, des rêves plein les mirettes et l’envie de mettre les voiles, non sans avoir réglé ses comptes avec ce pater trop « libre dans sa tête » pour avoir été papa-poule. Outre la redécouverte d’un pan méconnu de l’œuvre leprestienne, on y assiste à la naissance d’un duo de comédiens aussi improbable que remarquable : le chanteur JeHaN – qu’on n’aurait jamais imaginé jouer si bien un texte dramatique – et sa fille Zelda Cayrecastel, qui a l’âge du rôle et un tempérament artistique prometteur bien trempé. Pour évoquer cette réussite, on s’est entretenu (par mail) avec François Lemonnier, complice d’Allain sur Parol’ de manchot, qui s’apprête à remettre le couvert avec un disque et un livre consacrés aux textes et dessins de son ami. Il évoque ici son rôle de metteur en scène de ce superbe spectacle.

François Lemonnier par Olivier Umhauer

 Zabilababoué a été joué à quelques occasions au début des années 2000 par Allain et son épouse Sally – qui incarnaient respectivement le père et la fille. Connaissais-tu ce texte ?
C’est JeHaN qui me l’a apporté, j’avais eu vent de son existence mais ne l’avais ni lu, ni vu.

Comment définirais-tu cette pièce ?
Je la qualifierais d’exercice d’équilibriste funambule. Allain s’est aventuré sur un territoire où son habileté à écrire des chansons ne suffit plus. Il disait souvent : « je suis un coureur de 100 mètres, pas un marathonien », pour faire référence aux romanciers. Dans cette pièce, il a ouvert la porte à des confidences et introspections concernant sa vision de sa paternité et de l’accompagnement d’un enfant, d’une famille. Contrairement au Gardien du phare – autre pièce d’Allain, que j’ai vue jouée plusieurs fois par le formidable Jean Luc Guillotin – où l’écrivain laissait souvent place au poète, je reconnais dans Zabilababoué l’auteur structuré ne laissant rien au hasard, cherchant le mot le plus ramassé en s’octroyant la longue distance. C’est l’une des œuvres où, à mon avis, il s’est le plus éloigné d’une écriture par images.

Dans le dossier de presse, JeHaN rapporte que ce texte part d’une base très autobiographique. Peut-on apprécier ce texte sans connaître la vie et l’œuvre de l’auteur ?
Allain était très pudique sur ses émois intimes, sa famille, ses problèmes de santé – en tout cas avec moi. Ici, on peut évidemment déceler des choses intimes sous les masques de l’humour, du lyrisme, de la colère et de l’emphase.  On sent le costume d’Arlequin avoir des accrocs par moments et perdre quelques losanges pour montrer des parties de peau nue. Mais cela dépasse la simple autobiographie : il romance et confère à la pièce une sorte d’universalité – chaque papa s’y reconnaîtra… et chaque fifille aussi !

Ce texte apporte-t-il un nouvel éclairage à l’œuvre déjà connue de Leprest ?
Ce texte me prouve, une fois de plus, qu’Allain était d’une intelligence rare. Bien sûr, parler de l’intelligence de quelqu’un oblige à adopter soi-même une posture de juge… Alors, pour ne pas paraître présomptueux, je dirais que je le trouvais beaucoup plus intelligent que moi et que ses avis avaient, en ce qui me concerne, force de conseils. J’ai été très secoué en lisant la pièce et j’avoue que je pleure lorsque JeHaN et Zelda subliment le texte par leur jeu. J’ai connu un Leprest loin de Paris, au calme dans ma campagne de la Manche où le temps était consacré à la création de peintures et de chansons. Cette pièce augmente la tendresse que j’avais pour lui au travers de cette sorte d’auto-analyse psychologique. Mais qui reste universelle, je le répète. Ca veut dire qu’on peut recevoir cet écrit sans connaître le chanteur, ni avoir connu l’homme.

Comment met-on en scène des artistes qui ne sont pas comédiens ?
J’ai eu de la chance que Zelda et Jehan me demandent un coup de main pour la mise en scène : les connaissant, j’étais d’emblée en confiance. Zelda est une « nature ». Malgré ses 17 ans quand nous avons démarré le boulot, elle a plongé dans le rôle sans savoir s’il y avait de l’eau dans la piscine. Elle a confiance en son rayonnement qui (pour filer la métaphore nautique) fabrique de l’eau là où elle arrive. Elle est elle-même écrivaine et littéraire, et chaque jour est une découverte de sensations qui la nourrissent. Si bien qu’actuellement, après des mois de travail, elle a incroyablement mûri. Et ce n’est pas fini !
JeHaN, je savais qu’il était comédien… et ma chance était que lui ne le savait pas. Il est à l’aise dans le mot chanté, a un magnifique timbre dans le mot parlé et son grand corps est en équilibre sur la Terre. Tous les ingrédients, à mon avis, pour entamer une « mise en corps » de la pièce. Il faut préciser que tous les deux viennent du Sud-Ouest, et ont par conséquent un phrasé qui mange la langue lentement sans avaler les mots. Tout le contraire des Manchots!

Quelle était ton idée de la mise en scène ?
Pour moi, elle est contenue en filigrane dans le texte, je n’ai pas l’impression d’avoir fait grand-chose dans ce domaine. La dialogue a lieu à une terrasse de café – le ring préféré d’Allain – donc une table et deux chaises deviennent les partenaires idéaux. L’idée forte de la pièce est que c’est un monologue déguisé en dialogue ; l’auteur a donné des indices là-dessus – sans même parler de la chute, qu’on ne révèlera pas. Il faut arriver à marcher dans les pas de l’écrivain sans lui marcher sur les pieds. Tout ce qui pouvait nuire au mot me semblait à proscrire. Donc pas de lumières qui se voient, pas de décors faisant les intéressants, pas de grands gestes théâtraux. Seulement jouer avec le corps massif de JeHaN et le côté « fée Clochette qu’on n’attrape pas avec du vinaigre » de Zelda.

© Denis Dupas

Est-ce que le texte est facile à dire ? Comment les artistes se le sont-ils « mis en bouche » ?
Le texte est très difficile à envoyer, je trouve. Il y a des associations d’idées qui ne sont pas courantes, qui n’appartiennent qu’à l’auteur et qui concourent aussi à son originalité. Allain a tout de même facilité la tâche en glissant des rimes dans sa prose – péché mignon d’un poète – mais cela impose alors de se glisser dans une métrique, sinon, gare au dérapage. Les deux comédiens ont été opiniâtres : le texte est rentré comme une lettre à la poste chez Zelda… et comme un gros recommandé chez Jehan. Ca tombe bien, dans cette pièce, il joue le rôle de l’auteur. C’est une sorte de mise en abyme : ce qui se joue s’écrit et ce qui s’écrit se joue.

Où avez-vous répété ?
Nous avons bénéficié d’un bel atelier pour travailler, le Relais Culturel du Pays de la Baie à Ducey, dans la Manche. C’est un lieu de résidences d’artistes où les aspects scéniques, techniques, peuvent être peaufinés sereinement. Il existe cinq lieux comme ceci en Normandie, nous nous battons pour qu’ils continuent à rendre cet immense service – mais le balancier politique remet souvent en cause ce qui, jusque-là, fonctionnait bien. Nous avons aussi travaillé aux Sables d’Olonne et à Ivry-sur-Seine. Zelda et Jehan bénéficient aussi de regards extérieurs et de conseils pertinents d’amis : je pense qu’il est important de ne pas rester sous la férule d’un metteur en scène – sous réserve, bien sûr, que les avis ne se baladent pas du nord au sud.

Le fait d’être véritablement père et fille a eu une incidence sur le travail ? Y ont-ils projeté leur propre vécu familial ?
Je pense que le fait que JeHaN soit le père de Zelda facilite les choses pour la mise en scène. Deux personnes étrangères auraient joué différemment, peut-être de façon plus distanciée. Ils ne seraient certainement pas entrés si vite dans la complémentarité du duo. Ca aurait été autre chose, sans doute très bon aussi. Mais il faut rassurer le public: ils ne vont pas assister à un règlement de compte à la Festen entre fille et papa ! Les deux comédiens sont pros et investis dans leurs rôles propres. Le texte est là avant tout.

Comment définirais-tu le personnage masculin? Artiste libertaire ou père inconséquent? Est-ce une autocritique de la part de l’auteur?
Je vois le personnage masculin perclus de regrets et piégé par le temps mais rempli d’amour pour sa fille, pour la famille et pour les gens. Ne cherchant jamais à trouver les raisons qui pourraient vraiment excuser une absence d’accompagnement paternel, il montre qu’il ne se dérobe pas à la critique ni à son autocritique. Il faut bien se mettre à l’esprit que Allain écrit une pièce mais ne se regarde pas pédaler, c’est-à-dire qu’il ne raconte pas les détails familiaux intimes. Ce qu’il y a d’intime, c’est l’analyse pointue de rapports humains. La dissection d’un rapport père-fille, prenons cela comme une fiction finement décrite. On ne peut traiter le père d’inconséquent, car peu de pères inconséquents montreraient tant d’amour et passeraient tant de temps à disserter.

La pièce pose le dilemme d’un homme libre, communiste, « qui se tient droit », à qui l’on reproche d’avoir été odieux. Y vois-tu une critique de la pensée ou du mode de vie libertaire? De l’état d’artiste ? Peut-on être grand artiste sans avoir trahi les siens?
Je pense que les spectateurs pointus iront vers ces réflexions-là. Je ne veux absolument pas analyser le texte sous ces angles, ce serait briser la pièce et priver le spectateur de ses propres interprétations. Je botte en touche. Laisser les siens pour l’Art a fait les gorges chaudes d’éditeurs et de journalistes quand les héritiers de Picasso s’y sont mis. Mais l’œuvre de Picasso reste l’œuvre de Picasso…

© Martine Maurange

L’idée de « divinité », exclue de la pensée communiste du père, revient en force (en farce?) dans le discours de sa fille. Esprit de contradiction ?
Le personnage féminin est très fort et va comme un gant à Zelda. D’un coup de balai, elle devient facétieuse et s’invente ce dieu pour se moquer du père. Allain a dû bien rigoler en écrivant cette tirade.

As-tu procédé à des modifications entre la première au Forum Léo Ferré, le 25 mars, et aujourd’hui ?
Plus on avance, plus on entre dans des finesses de jeu, de tons, de prosodies à la manière d’un tableau que l’on reprendrait, même après le vernissage – à l’instar d’un Bonnard qui venait au Louvre avec des pinceaux cachés pour retoucher ses toiles.

Patrick Piquet parlait d’une captation vidéo en vue d’un DVD. Où en est ce projet ?
C’est en discussion. Je ne suis pas producteur du spectacle, juste une partie du rouage. Mais Patrick, via les éditions Piqu & Colégraph, vient d’éditer le texte, il est disponible**.

Comment avez-vous choisi les trois chansons qui rythment la pièce ? Était-elle trop statique, pour avoir besoin d’y inclure du chant qui n’y figurait pas au départ?
Allain a indiqué trois parties dans la pièce. Les virgules de chansons sont bienvenues et les textes sont d’Allain jeune et de Zelda, qui le rejoint dans cette précocité artistique.

L’inédit de Leprest, Tu voudrais tout savoir, date de la fin des années 70/début 80 et figurait parmi des textes retrouvés par Didier Dégremont. Tu as toi-même puisé à cette source, dernièrement, pour mettre en musique La dame sur la boîte à sucre, un autre inédit. Comment qualifierais-tu l’écriture du jeune Leprest ?
Fulgurante. Il a eu très vite ça en lui, la BD réalisée à 14 ans, ses peintures et textes d’adolescence en témoignent. Ce doit être difficile de vieillir et de continuer à créer du plus beau, quand on a mis soi-même, dès le début, la barre si haut. Le clignotant pour se dépasser doit être dur à trouver.

Zelda a écrit les deux autres chansons. Qu’est-ce qui te séduit dans son style ? A-t-elle, comme son père, la fibre musicale ?
Zelda me flingue par son culot et sa maturité. Ca ne veut pas dire qu’elle est plus vieille que son âge, je veux juste dire qu’elle tire tout vers le haut, tout le temps ; elle en serait fatigante si elle n’avait pas l’humour qui va avec… Elle a déjà des stratégies d’action politiques là où ses pairs n’ont que des crises d’adolescence. Son écriture est intéressante car elle nous donne à entendre le reflet d’une société en déliquescence vue par quelqu’un qui n’est pas désespéré. Elle ne nous reproche même pas de lui avoir laissé ça, nous, les vieux. Elle chante naturellement, la violoncelliste Cécile Girard lui a dit de ne pas travailler sa voix pour garder cette fibre. Je n’ai pas connu Jehan jeune – bien que l’on ait le même âge – mais je pense qu’elle a, comme lui, un talent  brut dénué de doute mais empreint d’une éthique artistique qui la conduira à faire les bons choix sans tomber dans le désir de célébrité à tout prix.

© François Lemonnier

Où en es-tu, toi-même, de tes projets musicaux ?
Je termine mon disque 100% guitare qui sortira en vinyle, il s’appelle Avion. Je peaufine aussi l’album Bandits-Manchots, avec les textes qu’Allain avait laissé chez moi : il devait sortir chez PIAS/ Harmonia Mundi (ainsi qu’une réédition de Parol’de Manchot et de mes disques jeune public) mais ça semble s’être compromis tout dernièrement. J’aurais vraiment aimé que son œuvre reste dans cette belle maison. Hélas, parfois les volets d’une maison ne font pas que fermer les yeux : ils ferment aussi les oreilles. Allain écrivait pour des gens sensibles et curieux, pas pour ceux qui labourent large mais peu profond.

Tu étais présent à la première au Théâtre Clavel. Vas-tu accompagner tes acteurs tout le mois de représentations, ou es-tu prêt à les « lâcher dans la nature » ?
Pour des raisons professionnelles, je suis contraint de les lâcher un peu mais je pense qu’ils avancent tous seuls aussi. La scène a cela d’intraitable : la sanction est directe, contrairement au cinéma ou aux autres arts du visuel. J’ai hâte de les retrouver, plutôt pour tenter de répondre à leurs questions qu’imposer des réponses. Je respecte et j’aime les côtés sauvages et têtus de JeHaN et Zelda : sur cet aspect-là, au moins, c’est bien que la filiation génétique existe !

Zabilababoué, au théâtre Clavel à Paris tous les mardis et mercredis du 3 octobre au 15 novembre
(relâche les 17 et 18 octobre)

* Les autres œuvres théâtrales d’Allain Leprest, Le gardien du phare (que Jean-Luc Guillotin remontera bientôt) et Boa Bonheur (ébauche de pièce avec dessins et chansons) tendent plus vers le monologue poétique ou le dialogue absurde.

** Editions Piqu & Colégraph 40 rue Marat, appartement 1451, 94200 Ivry-sur-Seine, 13€

Si j’étais Hexagonaute parisien

0

Si j’étais Hexagonaute parisien, voici la sélection de concerts que je te proposerais pour les jours à venir. Et ce sera bien sûr une sélection « à la toulousaine » absolument subjective, orientée sur les spectacles que j’ai aimés récemment, sur ceux que j’ai envie de voir, et surtout sur les artistes qu’on ne voit pas souvent à Paris et dont on ne parle pas ou peu dans Hexagone. Une liste de 14 concerts en sept jours dont sept pour le vendredi et samedi : à Paris l’embouteillage ne se trouve pas seulement sur le périph !


Les concerts chanson à Paris

jeudi 12 (et tous les jeudis jusqu’au 07/12) : Alissa Wenz – Théâtre Les déchargeurs
jeudi 12 : Clément Bertrand – Garance au forum Léo Ferré
vendredi 13 : Flo Zink à la Passerelle 2
vendredi 13 : Evie à La Ferronnerie
vendredi 13 : M E S S – Dame du Canton (avec Le dernier métro)
vendredi 13 : Compagnie Jolie Môme à La Belle Etoile à Saint-Denis
samedi 14 : Bazars et Bémols – Le divan du monde
samedi 14 : Marion Cousineau – L’annexe
samedi 14 : Sarah Olivier – Forum Léo Ferré
dimanche 15 : Michel Boutet – Forum Léo Ferré
lundi 16 : Les Idiots – Le funambule Montmartre
mardi 17 et mercredi 18 (et tous les mardi/mercredi jusqu’au 15/11) : Jehan et Zelda Cayrecastel – Théâtre Clavel
mercredi 18 octobre : Olivier Eyt (avec Lili Cros et Thierry Chazelle en ouverture) Théâtre Ile Saint Louis
jeudi 19 : Strange Enquête – Péniche E Alamein
Samedi 28 : Thomas Pitiot 15 ans de chansons – Petit bain


Suite à la scène ouverte de Barjac

Lors de la scène ouverte à Barjac, sur deux chansons j’ai découvert et beaucoup apprécié Alissa Wenz et Marion Cousineau. Avec l’envie irrépressible de voir un concert en entier. Pour Alissa Wenz c’est fait, elle joue tous les jeudis jusqu’à début décembre dans une fort jolie toute petite salle un fort joli spectacle en solo. Habillée en noir, elle est au piano très souvent, à l’accordéon sur un titre et debout au micro pour quelques textes de Norge. Le spectacle se nomme Naïve tout comme sa première chanson, et si les mots « liberté » et « rêve » sont récurrents dans son vocabulaire, elle se révèle une fine observatrice. Elle nous balade entre humour piquant et poésie sur un chemin bien agréable. Je serais toi j’irai la voir !

© Chantal Bou-Hanna

Marion Cousineau, juste après Barjac j’ai eu la surprise et le plaisir de la retrouver, à Langogne sur le Festiv’allier (voir article « Vu sur scène » dans le n°5 d’Hexagone) pour un concert complet dans le cadre de la scène off. Dans des conditions particulières et en plein air elle nous a régalés d’une chanson poétique de belle volée. Toujours le sourire aux lèvres, s’accompagnant à la basse, elle nous a embarqués par chants et textes, débordante d’humanité. A ses propres créations, elle a joint reprises habitées et réussies d’Anne Sylvestre et d’Allain Leprest. Je finissais mon rapide compte-rendu par « Un talent que l’on souhaite revoir bientôt et souvent dans les salles et festivals de France ». Et bien cela semble bien parti, elle sera au festival Dimey en mai 2018, et samedi prochain à L’Annexe. Il se peut que moi aussi, et toi ?


Les provinciaux d’Occitanie à Paris

© Michel Gallas

Un film du siècle dernier se nommait Un idiot à Paris et bien là ils seront deux… sur scène. Les idiots, ce groupe de scène chroniqué ici lors de leur passage au Festival Pause Guitare, pratique la chanson « rentre-dedans », délivre un constat noir et pas idiot, dénonce des travers de notre société dans des chansons plus désabusées qu’engagées, rythmées et non dénuées d’un humour souvent tranchant. Ce duo Albigeois est composé de Guillaume à la voix rocailleuse et aux textes, et Mickaël à la guitare et aux compositions.

M E S S (pour Mélodie En Sous-Sol !) est un duo toulousain de chanson électro-pop, Christophe (chant, guitare) et Mégane (guitare, clavier). Sélectionnés dans le cadre du festival Fédéchansons, ils joueront  aussi à Paris le 14 Novembre ainsi que le 10 à la Passerelle 2.

Strange Enquête, se distinguait en 2013 en remportant le prix du public des découvertes du  festival Alors… Chante ! Ce duo original « tchatche et contrebasse » qui va sortir un nouvel album Mettre son sac à l’arrière viendra proposer son nouveau spectacle récemment joué au Bijou à Toulouse. toujours avec sa galerie de portraits et de situations qui pourraient être rencontrés au détour de la route. On a senti de l’évolution, dans la manière dont Jérome Pinel, auteur slameur chanteur, interprète et vit ses textes en occupant l’espace, et dans « l’orchestre tout seul » de Manu Mouret, compositeur devenu un  véritable magicien du son qu’il invente sur sa contrebasse et sa loop-station.


Au forum Léo Ferré

© Nicolas Blanchard

Deux concerts de ma sélection auront lieu au forum Léo Ferré. Cela donne l’occasion de découvrir la nouvelle direction et le rhum (celui de l’ancien Forum était vrai et excellent, celui de la Menuiserie itou). Et puis une fois dans la place pourquoi ne pas assister à d’alléchants concerts. Comme le plateau « retour à Avignon » avec Garance en solo et Clément Bertrand, chroniqué ici pendant le festival estival vauclusien, en duo guitares. Et comme le spectacle de Sarah Olivier, dont le seul concert vu jusqu’à ce jour étonnant, délirant et épatant, m’incite à la revoir au plus vite.


C’est possible de vous voir sur un concert complet ?

J’ai découvert et apprécié Flo Zink il y a quasiment deux ans sur trois chansons. Douceur et énergie. Poésie et fantaisie. J’ai eu envie d’en voir plus. Depuis j’ai fortement apprécié son album Les veilleurs de lune. Et j’attends l’occasion d’un concert complet. J’ai vu Evie l’an dernier en duo dans la petite cave du Connétable. Là aussi j’attends de voir la formule en trio sur une scène.


Découverts au festival de théâtre de rue d’Aurillac

Une des habituées de ce festival, Jolie Môme, compagnie dune douzaine de comédiens chanteurs musiciens, qui transforme chaque chanson  en une petite comédie musicale avec des textes engagés forts. Cette compagnie propose son nouveau spectacle A Contre Courant dans une formule  dîner-spectacle dans le théâtre qui les héberge. Et puis Bazar et Bémols, eux aussi découverts et vus plusieurs années à Aurillac, un vrai groupe comme je les aime : les trois chanteurs musiciens chantent, ensemble (et bien !) ou chacun à son tour. Du swing coloré,  des mélodies entraînantes.  C’est frais et pétillant, joyeux et énergique. Je ne les ai pas encore vu sur scène sur un concert complet. Ils fêtent samedi la sortie de leur deuxième album Habillés d’humeurs. 


Ce n’est pas un concert de chansons et c’est… super

Quoi, un texte de Leprest interprété par Jehan c’est pas de la chanson ? Hé non, monsieur c’est du théâtre ! Zabilababoué, pièce écrite par Allain Leprest évoque les rapports entre un père artiste picoleur parfois violent et parfois tendre et sa fille. C’est joué par un père artiste Jehan et sa fille Zelda épatante dans ce rôle. Deux chansons (ah quand même) sont distillées : une chanson de jeunesse de Leprest chantée par Jehan et une chanson écrite par Zelda. Je te conseille cette pièce vue récemment pour sa première au théâtre Clavel. Et n’hésite pas à te procurer le texte publié à cette occasion. Michel Boutet, en solo, humaniste conteur du magnifique Barbouillot d’pain sec dont le livre-cd a été publié ces derniers mois. Rire, émotion, larmes.  Sincère et profond. Il évoque un village et atteint l’universel. Un spectacle à voir, pourquoi pas plusieurs fois.


Et aussi 

© Michel Gallas

Bon, je n’ai pas de catégorie pour classer ces deux derniers concerts. Mais c’est ma chronique alors je fais quoi je veux ! Donc Olivier Eyt, découvert en septembre sur vingt minutes aux auditions publiques du bijou, chroniquées ici. On peut avoir l’envie de le voir sur un concert complet, de découvrir le petite salle du théâtre de l’Ile Saint Louis et puis pourquoi pas de voir Lili Cros et Thierry Chazelle en première partie ! Et puis, Thomas Pitiot qui fête ses quinze ans de chanson. Parce que chaque concert de Thomas est un plaisir qu’il rende un super hommage à Vassiliu comme ce dernier printemps au Printival, qu’il chante son répertorie pour adulte ou plus récemment son spectacle pour enfants, et enfin pour les rencontres qu’il crée lors du festival Aubercail dont je me souviens des soirées de partage et d’hommage à Jean Ferrat et Allain Leprest


En octobre à Marseille et ses alentours

0

Voici une sélection de concerts qui se jouent à Marseille et ses environs durant le mois d’octobre.

«Comme un ours», Alexis HK appose sa griffe au Bijou

0

Alexis HK, le premier artiste accueilli au Bijou à Toulouse en ce début de saison, a chanté trois soirs devant une salle archi-pleine, le spectacle affichant « complet » depuis longtemps.

© FRANCIS VERNHET

Une petite anecdote : lors de la présentation et avant les rappels, il ne reste pas dans la loge, il se met juste à côté de la scène (pour mieux sentir le public ? par impatience ?). Seul sur scène, avec sa guitare et son ukulélé, sa présence et sa voix profonde, il nous dévoile ses nouvelles chansons. Il commence par des titres sombres voire noirs parlant d’un ours bi-polaire et de solitude. Puis il nous fait le portrait d’un abruti qui a un fusil et d’un autre abruti qui a un ordi. Les intermèdes parlés à l’humour décalé nous réjouissent et fournissent un contrepoint à la noirceur du constat abordé dans les chansons. Ensuite, il nous annonce trois titres : l’un sur une femme, le seconde sur un enfant et le troisième sur un chien. Après beaucoup de nouvelles chansons, il consacre la dernière partie à quelques anciennes. Entre autres la magnifique On n’apprend pas, une version au ukulélé un peu décalée et intéressante pour Les affranchis, La maison Ronchonchon bien sûr, et Son poète une chanson de son dernier album évoquant Leprest. En rappel, il délivre une encore nouvelle Torture jésuite, étonnante et détonnante. Il termine par Le cerisier, écrite par son père, et seule chanson commune avec le spectacle précédent autour de Brassens. Avec le répertoire proposé ce soir-là, il apparaît qu’Alexis HK, avant plutôt raconteur d’histoires, poursuit son évolution comme portraitiste de son époque.


Je le retrouve le lendemain du concert en fin d’après midi sur une banquette de la partie bar du Bijou, devant un café. Il nous parle de son spectacle actuel, du précédent et du Bijou.

© FRANCIS VERNHET

Hexagone : Quel est le contexte et l’objectif de cette tournée en solo ?
Alexis HK : Quand j’ai un nouveau projet, j’aime bien aller jouer les nouvelles chansons, très simplement, avec juste une guitare ou un ukulélé. C’est une approche que j’apprécie. Sur les albums précédents, je faisais des shows-cases d’une trentaine de minutes dans les médiathèques. Cela permettait de se tester, c’était gratuit et les gens venaient. Et là, j’ai la chance, pour cette « tournée de chauffe », de faire une vingtaine de vrais concerts avant la sortie de l’album, et de m’adresser aussi aux gens qui me connaissent depuis longtemps, aux fidèles. Car cela fait longtemps, cinq ans, que je n’ai pas sorti d’album original.

Hexagone : Que peux tu nous dire sur tes nouvelles chansons ?
Alexis : Pour les chansons écrites en 2015-2016, c’est vrai que je n’avais pas la muse très rieuse à ce moment-là. Quelques chansons sont donc des constats plutôt noirs, même si j’essaye de ne pas être trop plombant. Et dans le concert, j’utilise cela comme un levier pour faire rire entre les chansons : « Alors vous ne vous êtes pas encore suicidés ? ». Par ailleurs en dehors de la couleur, je fais découvrir une dizaine de nouvelles chansons, ce qui est beaucoup et peut surprendre. Mais je trouvais intéressant de le faire pour remercier les gens qui ont la curiosité de venir.

Hexagone : Tu as choisi de mettre tes chansons nouvelles en « paquet » au début alors que la plupart des chanteurs font le choix de mixer nouvelles et anciennes ?
Alexis : C’est original, mais je ne suis pas seul à faire comme cela. Par exemple, Aznavour chante aussi toutes ses nouvelles chansons en début de concert.

Hexagone : Et il me semble que le concert évolue par petits groupes de chansons. Peux tu nous en parler ?

Oui le concert est construit. Il commence par des états d’âme, un peu intérieurs et noirs puis cela se redirige vers la vie. Cela se remet à parler d’une femme, d’un enfant et d’un chien. Les états d’âme et les noirceurs, on en fait des chansons pour les sortir, pas pour les revendiquer. Il faut que cela serve à aller vers la vie. Et je termine notamment par des anciennes chansons.

© FRANCIS VERNHET

Hexagone : Une chanson nouvelle, Torture jésuite, a fortement et positivement fait réagir  le public… 
Alexis : Torture jésuite, c’est une grande blague écrite avec mon camarade chanteur et ami Benoît Dorémus, un jour où l’on s’embêtait. Et comme toutes les chansons que l’on peut écrire en sept minutes, dès qu’on les fait sur scène, ça cartonne. Magie de l’instantané.

Hexagone : Dans un nouveau titre, une phrase m’a touché qui évoquait la prose, les ecchymoses et les roses ?
Alexis : « La prose apaise les ecchymoses / Approche le secret des roses ». Oui, j’ai mis deux ou trois élans poétiques au milieu de la noirceur !

Hexagone : Dans les anciennes chansons, tu présentes La maison Ronchonchon en râlant, comme si tu ne voulais pas la faire… 
Alexis : J’adore cette chanson. Mais comme c’est une chanson où personne n’est content dedans, je n’ai aucune raison d’être content de la chanter, cela n’aurait aucun sens !

Hexagone : Tu es déjà venu au Bijou pour Georges et moi en février 2015. Tu m’avais dit à l’époque que tu aimais beaucoup les petits lieux comme ici.
Alexis : Oui et j’ai envie de parler de ce lieu, du Bijou. Dans le monde d’aujourd’hui, cela me rassure de connaître encore des endroits humains et chaleureux comme ici, où les gens sont heureux d’être ensemble et où ils écoutent de la musique et des histoires. Dans mes chansons, on évoque la neurasthénie, la dépression, mais justement dans la vie, il y a encore des choses belles et positives et Le Bijou en fait vraiment partie. Quand j’ai commencé à faire ce métier, c’est ce genre d’ambiance, ce genre de lieu qui me faisait rêver. Bien sûr que c’est bien de faire l’Olympia et de grandes salles. Mais Le Bijou est le meilleur endroit pour ce que je fais en ce moment. Quand on joue ici, encore plus en solo, c’est très intense. J’adore cela.

Hexagone : Les deux fois, tu es venu pour plusieurs jours, c’est important de rester sur un lieu ?
Alexis : Oui, le fait d’être trois jours au même endroit cela permet de travailler, en dehors du concert. Le matin d’abord puis quand on arrive ici l’après-midi, on passe en revue toutes les chansons, on essaye d’aller le plus possible dans le détail. Il faut en profiter pour avancer, c’est du temps précieux.

© FRANCIS VERNHET

Hexagone : Avec le recul, que peux-tu nous dire sur ton précédent spectacle, « Georges et moi », qui a eu beaucoup de succès ?
Alexis : Je suis très content, surtout quand je repense à ses origines. J’ai toujours eu envie, avec Brassens, de partager mon affection pour le chanteur bien sûr mais aussi pour le personnage, le philosophe. Et quand on réussit à partager, au-delà des chansons, quelque chose autour de l’âme d’un grand poète auquel on est attaché comme si c’était un ami alors qu’on ne l’a jamais rencontré, je pense que l’on peut en être fier. Les gens qui aiment Brassens ont un lien personnel fort avec lui. J’ai fait part du mien, dans le but de réveiller le petit Georges que chacun a en lui. Brassens fait partie des auteurs qui ont façonné leur époque et ont préparé les gens à un état d’esprit, à une certaine liberté de penser.

J’ai arrêté ce spectacle aussi par respect pour Brassens. Il ne s’agissait pas de manger sur son dos pendant dix ans, que cela devienne mon gagne-pain. On a fait une belle et longue tournée, c’était chouette.

Hexagone : On a évoqué hier avec Georges et moi, aujourd’hui avec ta tournée en solo. Et demain ? 
Alexis : On va enregistrer, dans les semaines qui viennent, l’album Comme un ours, le cinquième, avec les chansons que tu as entendues. Il sortira en 2018, en septembre certainement. Puis on partira en tournée avec les musiciens.

Hexagone : Et on te revoit dans quelques temps au Bijou, pour ton nouveau projet  ?
Alexis : Tant que je serai invité pour chanter ici, je viendrai.


Alexis HK au Bijou, en concert le 12 septembre, en entretien le 13. Quelques prochains concerts : 14 octobre Les Internationales de la Guitare à Montpellier, 23 et 24 novembre Salle des Rancy à Lyon, 1er décembre Trianon Transatlantique à Sotteville-lès-Rouen. Les autres sur le site d’Alexis HK ici.

Photos de une et de l’article : © FRANCIS VERNHET. Par dérogation libre de droit pour site Hexagone et réseaux sociaux de la salle « LE BIJOU » de Toulouse. Pour toute autre utilisation ou contexte, contacter impérativement le photographe pour en négocier préalablement les droits. francisvernhet@wanadoo.fr. 0672844129.

Un grand merci à Francis Vernhet pour les superbes photos en espérant que cette collaboration soit la première d’une longue série pour les concerts au Bijou.

Suivez-nous sur Instagram