Chanteurs écrivains

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Méconnaissable — Stéphane Cadé — Bookelis

Proche des artistes du Limonaire (La Rue Kétanou, Loïc Lantoine), Stéphane Cadé a commencé sa carrière discographique en 2002 avec Voix off. Il a fait paraître en 2020 le très beau Pas ce que tu crois (Hexagone no 17, p. 18-25). Il a aussi dirigé Le voyage écologique, compilation parue chez EPM (Hexagone no 32, p. 22). Pourtant, depuis quelques années, Stéphane est bien occupé par la publication de romans. En 2024, faisant une pause dans la publication de sa trilogie provençale (lire ci-après), il a fait paraître Méconnaissable. Le personnage principal, Will, souffre d’une bien étrange maladie : son apparence physique change dès qu’il ressent une émotion, et ce depuis tout petit. Le roman met à rude épreuve la construction du personnage, car Will se meut en toute une multitude d’apparences, ce qui lui met des bâtons dans les roues : il veut devenir célèbre. Au fil des rencontres, le lecteur croisera des personnages fantasques et hauts en couleur qui lui donneront l’occasion de réfléchir sur ce qui, dans ce monde de fous, fait vraiment l’identité d’un être.

Flavie Girbal

Matteo, les enfants perdus — Stéphane Cadé — Bookelis

Mettant ainsi un terme à la trilogie provençale La nuit dans les collines, débutée en 2000 avec Papoche (Hexagone no 28, p. 23) et poursuivie avec Zazette, Stéphane Cadé vient de faire paraître à compte d’auteur Matteo, les enfants perdus. Papoche est le grand-père, Zazette sa petite-fille, Matteo l’ami d’enfance de Zazette. Entre enfant sauvage et victime de la folie du monde, chacun possède un don : Zaza celui de la divination, Matteo celui du jeu d’acteur. Après avoir évolué dans les collines autour du mont Ventoux, dans les cartels de la drogue à Carpentras et à Marseille, les personnages font halte à Ménilmontant, là où Zazette a élu domicile, dans une caravane près du cimetière du Père-Lachaise. Au fil des pages, l’intrigue principale s’entrecroise avec la cavale de Giavo, l’oncle de Matteo, les allées et venues d’un mainate et d’une chatte persane. Riche arche de Noé que cette saga qui gagne en poésie de volume en volume ! La lecture ne peut se prendre en route, et Papoche et Zazette sont des étapes préalables à Matteo. Vous ne le regretterez pas.

Flavie Girbal

Le désir dans la cage — Alissa Wenz — Les Avrils

Alissa Wenz a plus d’une corde à son arc. Flamboyante sur scène, elle donne à entendre des albums sensibles et profonds (lire la chronique de Voleuse, dernier album en date, p. ?? du présent numéro). Diplômée de la Fémis, menant une carrière entre chanson et cinéma, elle s’est toutefois détournée de l’écriture de scenarii et a fait paraître trois romans : Lulu, fille de marin en2019, aux éditions Ateliers Henry Dougier ; À trop aimer en 2020 et L’homme sans fil en 2022, aux éditions Denoël. Rédigé à la deuxième personne du singulier, Le désir dans la cage dresse la biographie d’une pianiste-compositrice du XIXe siècle, Mel Bonis (1858-1937). Entre génie, envie, talent et effacement, ce roman réhabilite une figure oubliée de la musique, aux prises avec une société qui n’est certes pas la nôtre… mais l’invisibilisation des femmes, n’est-ce pas une problématique qui nous est familière ? Alissa est pianiste, compositrice, chanteuse, autrice, mère, femme. Elle est tout cela. Pour chacun de ses romans, lorsque vous saisissez les ponts qui existent entre l’autrice et ses personnages, le vertige vous prend. Le désir dans la cage, relation d’une artiste à une artiste, d’une femme à une femme, d’un siècle à l’autre.

Flavie Girbal

Chroniques parues dans la rubrique La chaîne et le réseau du numéro 37 de la revue Hexagone.


Retrouvez l’ensemble de la rubrique La chaîne et le réseau dans le numéro 37 de la revue Hexagone (Automne 2025)

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