Michèle Bernard – Miettes

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Avec modestie, Michèle Bernard intitule son nouvel album Miettes… comme si elle s’excusait que nous dussions nous contenter de ce qu’il reste. Nenni ! Celle qui il y a trois ans faisait paraître une intégrale n’a pas refermé l’encrier : ses dix-neuf titres forment un grand disque, un disque-baume-au-cœur contagieux. « Mes souvenirs miettes de pain / Je les regarde avec tendresse / Voilà ce que ma vie me laisse… » Tout’ manières…, paru en 2016, ne faisait pas l’impasse sur le monde contemporain : Je clique crayonnait un quotidien pathétique souvent boudé par les poètes. Ouvrant l’album par J’veux pas de puce, Michèle Bernard continue de croquer son siècle, le nôtre, tel qu’il est : brutal… et elle y parvient sans brutalité. Les tabous, les douleurs, vous les connaissez : la guerre (Le manège bombardé, Et puis voilà), les injustices à l’échelle de la planète (Où irez-vous, Communardes), la nature en souffrance (Quatre petites chouettes), le progrès insensé et la morgue des dirigeants (Amish). Mais cet inventaire ne dit pas la sensibilité et la joie que porte en elle cette artiste à la voix alerte, avec espièglerie. L’accordéon parfait de David Venitucci — avec Nicolas Frache aux guitares et Pascal Berne à la contrebasse — façonne un écrin à la poésie sans faux-semblants de Michèle Bernard qui, avec ses « miettes », nous offre ce qu’il reste de beau.

Flavie Girbal

Michèle Bernard, Miettes

EPM


Chronique parue dans le numéro 29 de la revue Hexagone

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