Tim Dup – Humble audace

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Tim Dup © David Desreumaux

Ne vous fiez ni à son air timide ni à sa coupe de premier de la classe ! Derrière Timothée Duperray se cache Tim Dup : un artiste généreux, accessible, pétillant, bouillonnant d’idées, d’envies, et mélangeant les arts sans frontière avec talent. Le vent en poupe mais droit sur sa selle, il se dresse du haut de ses 25 ans, croquant le succès avec une sérénité et une simplicité déconcertantes. A l’occasion de la sortie de son second opus, Qu’en restera-t-il ?, nous sommes allés à la rencontre de ce jeune homme humble mais audacieux.

Tout commence à 7 ans sur le piano familial, encouragé par son papa, comme ses frères et sœurs avant lui. Sa professeure particulière détecte « un enfant flemmard mais passionné » et privilégie une approche ludique pour son apprentissage, qui se poursuivra jusqu’au lycée. Dès 12 ans il commence à composer au piano, et écrit sa première chanson en français pour son amoureuse. Au collège, il teste la guitare et grattouille avec des amis dans des groupes pop rock pour lesquels il écrit quelques textes en anglais. Puis il suit des études en sciences sociales et politiques à la faculté et, parallèlement, reprend la plume. Il a 19 ans et l’envie impétueuse de faire découvrir le fruit de ses efforts au public. Il se produit alors dans des bars normands avant de contacter Alice Vivier aux Trois Baudets. Cette dernière décide de le programmer lors d’une soirée découverte « Klaxon », puis encore à trois reprises. C’est là qu’il rencontre Tom Le Bourhis, qui lui propose d’enregistrer. Or il suit un programme Erasmus en Angleterre et le projet n’aboutira pas. « Mais je n’oublie pas ce mec car il a eu la primauté de ma découverte. » D’autant que, notamment grâce à lui, le bouche à oreille s’intensifie autour de Tim. Et lorsqu’il rentre en France, tout s’accélère. Arnaud Monnier et Pascal Stirn, de l’EMB Sannois, le prennent sous leur aile et lui expliquent les rouages de l’industrie musicale, un univers qu’il ne connaît pas. Il choisit en février 2015 de s’entourer d’un tourneur, Auguri, et enchaîne les premières parties et non des moindres : Lou Doillon, Cœur de Pirate, Dominique A… « Cela m’a permis de roder mes chansons avant de les figer sur un support. Tu arrives, personne ne t’attend, tu dois te battre pour conquérir la salle. La scène est un lieu d’expérience hors du commun et ça m’a confirmé, avant même de sortir un EP, que j’étais fait pour ça. »

L’ascension heureuse

 En 2016, il monte sa maison d’édition et signe un contrat en coédition avec Mathieu Tessier chez Warner Chappell pour sortir son premier EP. « Cela s’est fait sereinement, marche après marche. » En mars 2017, il interrompt ses études pour se consacrer pleinement à l’enregistrement de son album. Mélancolie heureuse sort en octobre 2017 et est salué par le public comme par la critique. Vers les ourses polaires, Soleil noir ou encore TER Centre sont des succès au box-office et les dates de concerts se multiplient. Cependant, avec le recul, il confesse : « J’étais plus dans la démonstration de mes possibilités artistiques. Aujourd’hui je n’ai plus de snobisme vis-à-vis de la variété française, contrairement au premier album où j’avais cherché à m’en écarter, naviguant entre R&B, pop et électro. Mais il est en accord avec ce que je suis, car même si son écriture s’inscrit dans une grande temporalité il a un fil directeur autour de l’oxymore et la mélancolie qui me correspond bien. J’ai d’ailleurs hâte de reprendre certains de ces morceaux dans mes prochains concerts. » Loin d’être blasé par l’industrie musicale comme d’autres artistes de sa génération, il se sent béni, car même signé dans une major il s’est toujours senti libre. « Je n’ai pas envie d’être célèbre à tout prix. En revanche, si ça vient, je veux que ce soit par un acte artistique que je respire à mille pour cent. C’est lorsqu’on t’emmène dans un univers qui n’est plus le tien que tu en arrives à ne plus aimer ce que tu fais. Moi j’ai mes convictions artistiques et je ne fais pas de compromis. »

Tim Dup © David Desreumaux

La quête d’inspiration musicale

« Pour le second album, j’ai eu besoin de retrouver l’inspiration. J’ai été voir des expositions, des films et surtout j’ai voyagé. Ce qui est drôle, c’est que j’ai tellement anticipé mes voyages que les titres de mon album qui parlent le plus d’évasion (Porte du soleil et Refuge), je les ai écrits avant le départ. » Ainsi lorsque sa tournée se termine en décembre 2018, il décide de partir seul au Japon. En février, il souhaite poursuivre à travers l’Asie mais doit écourter son voyage : le succès est tel qu’il est nommé dans la catégorie « Révélation scène » aux Victoires de la musique. Il entre ensuite en studio d’avril à juillet où il travaille d’arrache-pied avec Damien Tronchot, alias Pavane – qui déjà avait collaboré à ses précédents disques –, et Renaud Letang (Alain Souchon, Manu Chao, Jean-Louis Aubert, Vampire Weekend, Chilly Gonzales). « Renaud a apporté intuitivement un côté vintage, hip-hop, old school, chaleureux, qui a contrebalancé les sonorités électrocliniques un peu froides, plus intellectualisées de Damien. » La formation de ce trio a été une révélation : les deux hommes ont enrichi l’album, même si Tim avait une ligne directrice à laquelle il n’a pas dérogé. Il le voulait en effet plus organique, minimaliste et scénographique. « J’ai voulu placer les gens dans un espace d’écoute, en travaillant avec des ambiances et des bruitages. » Par exemple, dans Porte du soleil, en duo avec Gaël Faye, pour évoquer l’évasion, il a ajouté au refrain des chants d’oiseaux et des bruits de la jungle. Et pour Notre histoire d’amour – où se fait entendre la douce voix de Flore Benguigui (L’Impératrice) –, il a lui-même capturé des sirènes de police à New York. Pour apporter le côté organique qui n’était pas présent dans son précédent album, il a collaboré avec Lucas Henri (cuivres et cordes) et Guillaume Poncelet (trompette). Il en résulte une parfaite alchimie entre les instruments : le piano qui toujours constitue l’ossature de sa musique, les cordes, la trompette, et les synthés, les boîtes à rythmes coupés.

« Je n’ai pas envie d’être célèbre à tout prix. En revanche, si ça vient, je veux que ce soit par un acte artistique que je respire à mille pour cent »

Une conscience sociale, écologique sous sa plume

Le titre de l’album contient cette notion de passage, fil directeur de ce second disque : « Qu’est-ce qu’il restera de nos amours, de nos passions, de cette planète, d’un disque ? J’aimais bien l’idée de poser cette question à l’auditeur pour qu’il en fasse sa propre interprétation. » Au début du livret, il cite d’ailleurs une phrase de Cocteau qu’il aime beaucoup : « Le temps des hommes est de l’éternité pliée. » C’est l’idée que « dans ce petit espace-temps qui nous est donné, nous sommes nos choix, notre vision. Et même si cela n’a aucun sens à l’échelle de l’univers, ça en a beaucoup pour nous. » Alors, durant ce temps qui lui est accordé, il ne veut plus avoir peur de défendre ses convictions. « L’artiste a son rôle à jouer car l’art et les chansons sont de bons passeurs de messages, une photographie à un instant T d’une société, d’une génération. Je me sentirais ingrat de ne pas évoquer les sujets qui me touchent : les violences faites aux femmes, les luttes LGBT, les urgences climatiques… On ne peut pas avoir des œillères continuellement et ignorer ces problématiques. Et pas seulement en tant qu’artiste, en tant qu’humain. » Dans cet album, son écriture est plus exigeante et pointue. Il a voulu défendre son « engagement avec finesse sans tomber dans le politique, en veillant à n’être ni partisan, ni donneur de leçon tout en restant spontané. » Car c’est son ADN. Tim ne se force pas à écrire tous les jours. Il aime prendre le temps de digérer ce qu’il vit en laissant les mots mûrir dans sa tête. Puis, lorsqu’il a « les armes, la bulle grossit et éclate. »

Une fibre artistique sans limite

Pour la sortie de son album, il a eu envie d’une autre porte d’entrée pour ses chansons. Il s’est donc installé deux jours à la Galerie Leon & Harper à Paris où il a exposé l’étendue de sa palette artistique. Qu’en restera-t-il ? Ceux qui ont pu participer à cette expérience éphémère pourront en témoigner : Tim n’a pas son pareil pour mêler les arts et plonger son public dans son univers. Grâce à une scénographie délicate et parfaitement orchestrée, nous avons pu découvrir une exposition protéiforme mêlant documentaire commenté, clips, photos de voyages, récits et chansons. Entre deux échanges et dédicaces, Tim a interprété sur le piano blanc nacré quelques-uns de ses titres en toute intimité à différents instants de la journée. « Cela me plaît de trouver d’autres médias d’expression artistique comme la photo – même si je n’ai pas la prétention d’être un professionnel. J’aimerais bien un jour produire un film ou encore écrire un bouquin. Je crois qu’une fois que tu as une fibre artistique, si tu travailles tu peux trouver d’autres moyens de l’exprimer. Moi, je ne me mets pas de barrière. » Qu’on se le tienne pour dit : sur scène ou ailleurs, Tim Dup n’a pas fini de faire parler de lui.

Dora Balagny

Article paru dans le numéro 15 de la revue (Printemps 2020)

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