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Rétrospective Barjac m’en chante 2019 – 5/6

BARJAC M’EN CHANTE

Mercredi 31 juillet 2019

Lise Martin & Valentin Vander ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Presque un cri… Ce mercredi à la salle Trintignant, Lise Martin et Valentin Vander avaient pris date pour donner au public ce spectacle concocté à partir des chansons de Vladimir Vissotsky. Une nouvelle fois on refusa du monde à l’entrée tant la demande était importante. Les chanceux présents dans la salle ont donc pu profiter du travail effectué par les artistes ; adapter, traduire les chansons de cet auteur russe qui était interdit d’antenne dans son pays, ses écrits n’ayant pas l’heur de correspondre à la ligne artistique du régime soviétique… Artiste éminemment politique donc, éminemment poétique aussi, personnage hors du commun, les chansons de Vissotsky ont connu le succès sous le manteau. C’est donc ici à une expérience salutaire que se sont livrés Lise Martin et Valentin Vander : donner à entendre en français dans le texte les chansons de Vissotsky. Travail d’adaptation réussi, le spectacle vaut déjà par cette restitution. On en sort cependant frustré d’un complément d’âme – et d’information – que l’on aurait aimé trouver. Les titres s’enchaînent – c’est le parti pris du spectacle – sans mise en perspective, ni mise en récit. Une théâtralisation de l’ensemble, espiègle, serait bienvenue et contribuerait à dynamiser, enrichir et mettre en valeur ce travail méritoire d’adaptation. Un document biographique distribué à la sortie ne vient pas donner chair à l’écorché Vissotsky, à son histoire tourmentée, son esprit impétueux. En fin d’après-midi Lizzie, seule en scène, armée de sa guitare folk et une maquette de caravelle pour tout décor, nous emmène en voyage pour nous faire découvrir notamment les plages de Navigante, album paru en 2015. Un beau moment dans lequel  vient s’immiscer le fado, porté par une voix incroyable.

Jean-Louis Bergère ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Puis Jean-Louis Bergère entre en scène. L’auteur-compositeur-interprète pratique une chanson qui n’est pas exactement le format attendu par nombre d’adeptes d’une écriture traditionnelle. Aussi sa prestation a-t-elle été largement commentée, ne laissant personne dans la demi-mesure. Tant mieux, serait-on tenté de dire. L’artiste qui arrive tant à rassembler qu’à diviser a déjà gagné la partie. Que lui reproche-t-on à Bergère ? D’être replié sur lui-même et d’oublier un peu le public. Cela n’est pas complètement faux et c’est inhérent à sa démarche. Quoi d’autre ? D’avoir livré un concert monotone, monocorde. Là, ça se discute. En résumé, nous pourrions dire simplement que les chansons de Bergère, objets musicaux compacts et globaux plutôt que chansons classiques, ne se laissent pas dompter aisément, ne s’apprivoisent pas comme un couplet-refrain. Et nous n’avons rien ici contre le couplet-refrain, la comparaison n’existe que pour signifier qu’avec Bergère il faut comme accepter un pacte, celui de se laisser embarquer sans chercher un retour sur investissement immédiat. Le plaisir – s’il doit venir – viendra du lâcher-prise, de l’abandon que l’on s’autorisera pour embarquer sur une musique planante, véhiculant des textes faussement hermétiques. Car Bergère manie la langue avec finesse, rigueur et exigence. Ce songwriter angevin peint le sensible, creuse l’âme avec délicatesse à la recherche du sentiment naissant. A-t-on jadis reproché à Nathalie Sarraute de travailler sur l’informulé, d’être à l’affût du trouble intérieur pour révéler l’indicible en chacun de nous ?

Frédéric Bobin ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Le programme du soir à l’espace Jean-Ferrat avait été remanié quelques semaines avant le festival. Michèle Bernard, accidentée en début d’année et toujours en convalescence fin juillet, ne pouvait venir chanter et ouvrir la soirée avec Monique Brun comme cela avait été programmé initialement. Ce sont donc Frédéric Bobin et Hélène Piris – la seconde accompagnant le premier au violoncelle et aux chœurs – qui ont fait leur entrée dans la cour du château. Dès les premiers instants, le public les acclame avec ferveur et on les sent heureux tous deux d’être là, à cette place, deux ans après avoir expérimenté le chapiteau. Sans surprise, Frédéric Bobin déroule son set habituel, celui qu’il joue depuis un peu plus d’an et la sortie de son très bel album, Les larmes d’or. De la chanson folk made in France que ne renieraient ni Bob, Bruce ou Leonard. Entre tendre nostalgie et ballades sociales lumineuses et généreuses, c’est toujours un beau moment que de retrouver Bobin sur scène.

Marion Rouxin ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Pour boucler la soirée, Jean-Claude Barens avait donc dû pourvoir au remplacement d’Un p’tit rêve très court, le spectacle de Michèle Bernard et Monique Brun. Et c’est à Marion Rouxin que revenait cette mission délicate, accompagnée au piano par son alter ego Edouard Leys. Soyons succinct et concis : ce spectacle nous a emballés autant que le Gaston moins le quart de Romain Lemire dont nous parlions plus haut. L’autre – c’est le nom du spectacle et de l’album paru en début d’année – est d’une inventivité incroyable. Un régal autant pour les oreilles que pour les yeux, un spectacle musical, de danse et un tour de chant tout à la fois. Un spectacle qui rend hommage à la chanson dans toute son étendue, capable de donner à entendre des morceaux les plus traditionnels jusqu’aux plus modernes, utilisation du vocodeur en prime. Edouard Leys aux pianos est épatant, Marion Rouxin à la voix, aux percussions, au piano aussi parfois est renversante de vitalité, de précision dans le chant et dans les mouvements. Derrière le rythme et les performances vocales, il y a un propos, fort et humaniste, qui repose sur l’altérité. Sur la relation que nous avons à l’autre, aux autres. Une leçon de vie, absolument, un des moments forts de Barjac 2019. En guise de final, Marion Rouxin, Édouard Leys, Frédéric Bobin et Hélène Piris se rejoignent sur scène pour interpréter Maintenant ou jamais, une chanson de Michèle Bernard. Belle idée, belle générosité.

A suivre…

David Desreumaux


 

 

Reportage paru dans le numéro 13 de la revue Hexagone.


Photos ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur    

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