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Rétrospective Barjac m’en chante 2019 – 2/6

BARJAC M’EN CHANTE

Dimanche 28 juillet 2019

Lily Luca ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Cette première « vraie » journée du festival s’annonçait donc particulièrement copieuse, augmentée d’un spectacle tardif, presque de nuit. Dès 15 h 30, Claud Michaud ouvrait le bal des Effeuillages poétiques, avant que l’on retrouve plus tard une Lily Luca en grande forme sur la scène du chapiteau. Le public la suit dans ses extravagances qui viennent comme édulcorer un propos féministe fort et toujours nécessaire en 2019. Seule à la guitare nylon qu’elle maîtrise de belle façon, Lily Luca sert des chansons douces-amères comme autant de reportages contemporains plus ou moins glauques, qui font rire jaune : Open (magnifique), Futur 2000, T’es où ?, Ton foulard en coton, etc. Des chansons fortes, sensibles et intelligentes servies sur scène avec aisance, et peut-être un poil trop de rentre-dedans. Ben Herbert Larue ensuite entre en scène pour déballer sa verve et tonitruer de sa voix d’écorché, caverneuse, dont les sonorités se promènent entre un Lantoine, un Clément Bertrand et bien sûr lorgnent vers le phare Leprest. Ce dernier doit peser au chapitre des références et il y a pire influence. Sur scène, bien servi musicalement par deux compères, Ben Herbert Larue ne donne pas dans la philosophie de pacotille et s’en tient à tenir l’humain au creux de ses mains. On le suit volontiers dans ses chansons, ses slams, mais on le perd dans de trop longs verbiages à l’adresse du public. Dommage mais l’on sent, mais l’on sait son potentiel et l’on suivra le parcours de ce garçon avec grande attention.

 

Jehan & Lionel Suarez ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Première soirée dans la cour du château, Annick Cisaruk et David Venitucci envoient leur Vie en vrac. Accordéon subtil et virtuose, textes de Yanowski, Annick Cisaruk n’a plus qu’à placer sa voix dans cet écrin tout à sa dimension. L’interprétation, expressionniste, n’est pas d’avant-garde mais qu’importe, on se laisse porter et embarquer dans ces slaves aventures.

Arrivent JeHan et Lionel Suarez pour donner à entendre ce Pacifiste inconnu, le gars de Mont-Saint-Aignan : Allain Leprest. Après Venitucci, c’est un autre cador de l’accordéon qui déroule du velours pour Jehan. Tout en douceur, en délicatesse. Nous ne sommes plus ici dans l’hommage mais dans la re-création d’une œuvre encore trop méconnue. Le choix des morceaux n’est pas des plus évidents et tant mieux, on adhère sans retenue aux évocations musicales de Suarez, aux interprétations de JeHan, l’un des tout bons à chanter Leprest.

 

Anne Sylvestre ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

Et puis, il y a eu Anne Sylvestre. Attendue, tant attendue après la crainte de l’annulation la veille pour cause d’orage ! La voici qui entre en scène, radieuse, visiblement heureuse d’être là et elle ne le cache pas. Accompagnée de sa triade – Isabelle Vuarnesson au violoncelle, Chloé Hammond aux clarinettes et Claude Collet au piano – Anne Sylvestre, alors que le clocher a déjà dû sonner les douze coups de minuit, déroule, impeccable, son récital – 60 ans de chanson ! Déjà ? Belle, elle l’est d’énergie, de vitalité, d’engagement, de féminisme. L’interprétation franche, cette artiste majuscule tient en haleine, comme dans sa main, une cour du château archi-comble et tout entière acquise à sa cause. Même les petites nouvelles, ces chansons encore fragiles, sont données avec autant d’assurance que d’émotion. Et pour parfaire ce tour de chant, Marion Cousineau vient en conclusion rejoindre Anne pour interpréter en duo Le lac Saint-Sébastien. Sublime. Cinq femmes sur scène et plusieurs centaines de personnes debout pour les acclamer.

A suivre…

David Desreumaux


 

Reportage paru dans le numéro 13 de la revue Hexagone.


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