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Thibaud Defever – Nouvel élan

Après vingt ans d’aventures Presque Oui, Thibaud Defever a mis fin à l’existence d’un duo qui commençait à lui peser et dont il était le dernier Mohican. Sans pour autant faire table rase du passé, le voici lui aussi, comme Clarika, « à la lisière » d’un nouveau monde. Reprendre son propre nom, c’est comme s’offrir une seconde vie, nous explique presque paradoxalement Thibaud. Tout ce questionnement, ce nouveau départ, cette reconstruction sont au cœur de son récent spectacle, Le temps qu’il faut, pour lequel il est remarquablement accompagné par un quatuor à cordes féminin, le Well Quartet. Entretien avec un des artistes les plus doués de sa génération.

 

Thibaud, il y a quelques mois, tu te présentais encore sur scène sous le nom de Presque Oui. Aujourd’hui, tu as choisi de te présenter face au public sous ton nom à l’état civil. Peux-tu revenir sur les raisons qui t’ont amené à faire ce choix ?
Comme souvent, je comprends les choses après les avoir mises en œuvre. Je me suis dit la saison dernière : « Il est temps de t’appeler par ton nom. » Mais je ne saisissais pas, finalement, le sens profond de ce nouveau baptême.
Presque Oui, c’est une longue et belle histoire mais aussi une histoire teintée de deuil, celui de Marie-Hélène Picard, qui était la première chanteuse du duo Presque Oui. Raconter en permanence le pourquoi de ce nom, « Presque Oui », revenir sans cesse aux origines et à la cassure, à la disparition, commençait à devenir pesant. Voire réducteur. Je m’aperçois d’ailleurs que je parle beaucoup moins de la mort dans mes chansons et dans la vie depuis que je m’appelle Thibaud Defever !
Et puis changer de nom, c’est se raconter qu’on peut avoir une seconde vie, qu’on peut recommencer quelque chose et, qui sait, se mettre à écrire différemment, s’ouvrir d’autres voies…

La fin de Presque Oui a donné lieu à une tournée-anniversaire saluant les 20 ans de l’entité. 20 ans, vingt dates. C’était important de lâcher cette partie de ta vie, de ta carrière, après un dernier tour de piste ?
Cette tournée était importante, même si je ne suis pas, de façon générale, attaché aux célébrations. C’était l’occasion de me retrouver seul sur scène avec ma guitare, d’inviter des amies et amis à chanter avec moi la chanson Presque Oui de Mireille et Jean Nohain ; Wally, Amélie-les-crayons, Michèle Bernard, Lily Luca, Chloé Lacan se sont succédé pour m’accompagner dans cet hommage en toute simplicité. C’était aussi l’occasion de faire entendre la voix de Marie-Hélène Picard, que beaucoup de gens ne connaissaient pas ou peu. On m’a d’ailleurs souvent dit que nos deux voix présentaient une troublante ressemblance !

 

« Changer de nom, c’est se raconter qu’on peut avoir une seconde vie. »

 

Ce spectacle a été important pour moi également car la mise en scène en a été assurée par Rachid Bouali, grand conteur, qui m’a interviewé en amont, poussé dans mes retranchements, invité à être sobre, précis dans ma narration, mes interventions parlées. J’ai beaucoup appris avec lui.

 

Thibaud Defever ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

 

Le nouveau spectacle s’appelle Le temps qu’il faut. Tu n’es pas seul à l’affiche puisque sont annoncés « Thibaud Defever & Le Well Quartet ». Peux-tu dans un premier temps nous présenter ces musiciennes et nous entretenir des raisons qui t’ont conduit à t’entourer d’un quatuor à cordes ?
Le Well Quartet est formé de Luce Goffi (violon), Widad Abdessemed (violon), Chloé Girodon (violoncelle) et Anne Berry (alto). Nous étions reliés par des connaissances diverses – Antoine Sahler, Fred Radix à qui j’ai fait appel pour la mise en scène de ce nouveau spectacle – et l’entente a tout de suite été évidente. Autour d’un café, j’ai raconté mon parcours au Well Quartet et j’ai tout de suite senti des ondes bienveillantes, un désir de jouer mes chansons. Elles les avaient écoutées, elles m’ont parlé de certaines, ce qui est énorme pour moi ; j’ai besoin de monter sur scène et de jouer avec des gens qui sont dans le désir, dans l’adhésion. Pas uniquement dans l’exécution docile et aimable. Chacune des membres du Well Quartet est avide de découverte, se questionne sur son trajet de musicienne. Elles sont curieuses, chantent merveilleusement et n’hésitent pas à proposer des aménagements, ce qui me plaît beaucoup et montre leur implication. Nous sommes là pour vivre des choses ensemble, nous nourrir mutuellement. Avec le Well Quartet, je suis comblé.

 

« J’adore me raconter que je suis dans la vie comme un navigateur. »

 

Le choix du quatuor à cordes s’est imposé il y a un an et demi, en discutant avec Magali, Fatima et Marion, des Productions Sostenuto, avec qui je travaille depuis bientôt vingt ans. Je pense que c’était en germe depuis très très longtemps. Lorsque j’avais 20 ans, j’apprenais la guitare classique au Conservatoire de Lille et j’étais alors très envieux des amis qui jouaient d’un instrument du quatuor et pouvaient ainsi accéder, se frotter aux œuvres de Debussy, Janáček, Chostakovitch, Ravel… Depuis, j’ai toujours cherché plus ou moins consciemment à retranscrire ces couleurs musicales dans mes accompagnements de guitare, à recréer cette douce solennité qu’offre le quatuor à cordes. De façon générale, je suis fasciné par la richesse des miniatures et, à ce titre, le quatuor est un fabuleux exemple de sophistication dans l’intimité. Il suffit d’écouter le second mouvement du quatuor à cordes de Ravel pour en être convaincu. Élégance, nervosité rythmique, lyrisme, richesse harmonique… Alors quand tout cela est mis au service d’une chanson…

« Qui aujourd’hui s’inquiéterait pour nous ? » : ce sont les mots qui ouvrent le spectacle. Le temps qu’il faut est-il une invitation à nous prendre en main ?
Une invitation à se prendre en main, oui, je ne sais pas… Peut-être à accepter autant que possible la grande solitude qui est la nôtre. Et à la vivre de la façon la plus souriante possible. Cette première chanson est pour moi un élan, elle dit la possibilité de vivre autre chose alors qu’on se pensait assis, arrivé. J’aime l’idée que se raconter un nouveau départ, c’est déjà le vivre. Chanter le recommencement, l’élan (au moins l’intention de l’élan), c’est très agréable, même si les choses ne sont pas aussi simples dans la vie de tous les jours !
« Le temps qu’il faut. » Pour moi, tout est dit dans cette phrase : le temps qu’il faut pour construire quelque chose, pour écrire une chanson, pour rénover une maison, pour s’habituer aux absences, se relever d’un traumatisme, pour apprendre quelque chose, pour comprendre un peu mieux ce qui nous meut ou nous empêche de nous mouvoir… Ces quelques mots permettent une inertie, une attente, une détermination à ne pas se précipiter, à mûrir tranquillement, à son rythme, au cœur d’un monde malade de vitesse et d’immédiateté : ça prendra le temps qu’il faut.

Le temps qu’il faut présente, mêlées à des titres plus anciens, une douzaine de nouvelles chansons qui parlent d’eau, de vent, de forêts, de feu intérieur, comme un reflet des quatre éléments. Dans quelles circonstances ces chansons ont-elles été écrites ?
La plupart des chansons ont été écrites, pour les paroles, avec Isabelle Haas. Nous travaillons ensemble depuis vingt ans et nous avons toujours un immense plaisir à nous retrouver en bord de mer pour écrire. Je me souviens qu’au début de notre chemin nous écrivions beaucoup de courts-métrages en chanson. La narration était très précise et ces premières chansons devaient être suivies de bout en bout pour avoir un intérêt. Vous loupez le début : vous êtes perdus. Je ne renie pas du tout cette forme d’écriture, mais nos envies communes ont évolué. Beaucoup de chansons se déroulaient en appartement, le décor a changé : nous sommes désormais un peu plus au grand air. Il y a eu urgence à respirer, à moins coller au quotidien. On se rapproche finalement, avec ces nouvelles chansons, de ce que j’écrivais adolescent (c’est peut-être ce Thibaud Defever-là que j’ai retrouvé en reprenant mon nom !) : des éléments déchaînés, des ruptures, des paysages féeriques. Une des chansons de ce nouveau spectacle, Dans la forêt, met en scène un homme qui voit sa compagne s’aventurer chaque jour de plus en plus loin dans la profondeur des bois. Il ne sait et ne saura pas ce que les grands arbres ont raconté à son amour pour qu’elle s’éloigne ainsi. Pour moi, cette image dit beaucoup sans être frontale. Il y a de la place pour imaginer autre chose.
Et puis, avec un quatuor sur scène, j’avais envie de grands espaces, d’évocations. Certaines de ces nouvelles chansons ne seront peut-être jamais chantées en voix-guitare parce que, à mon sens, elles sont dépendantes de l’instrumentation, de l’atmosphère musicale développée avec le quatuor. Auparavant, une bonne chanson devait selon moi pouvoir être jouée dans son plus simple appareil, juste la voix et la guitare. Je ne le pense plus.

Sur scène, lorsque nous t’avons vu à Ivry fin mars, tu as présenté ce spectacle en filant la métaphore du voilier, des éléments maritimes. Qu’est-ce que cela représente pour toi ?
J’adore me raconter que je suis dans la vie comme un navigateur. Mais un navigateur approximatif, incapable de suivre un itinéraire, de repérer le nord, toujours soulagé à l’idée d’échouer sur une île, même déserte. Si, avec Isabelle Haas, nous évoquons la mer dans nos chansons, c’est plus pour s’y sentir perdu, dérisoire, que fendant les flots en vieux loup de mer. C’est pour l’incertitude de cet élément immense, changeant, menaçant, imprévisible.
Sur scène, je dis donc que je me sens avec le quatuor comme sur un voilier. Mais je précise immédiatement mon incompétence en matière de navigation !

 

Thibaud Defever ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

 

« C’est ça qu’il nous fallait », dis-tu dans une de tes nouvelles chansons, en vantant les mérites de l’île déserte. Pour vivre heureux avec l’âme sœur, vivons cachés ?
Oh non, certainement pas ! L’île déserte est une prison parfaite pour un couple… Cette chanson est venue de l’idée de n’avoir plus le choix, d’être condamnés à s’aimer. La question de la fidélité mais aussi de l’élection serait ainsi écartée… Bon. Je n’y crois pas une seule seconde, mais j’ai envie d’incarner, le temps d’une chanson, un personnage qui penserait ainsi. Je dis d’ailleurs, juste après l’avoir chantée, que cette chanson est surtout valable « sur le papier ».
Mais ce n’est que mon interprétation. On peut aussi n’y voir que l’éloge du moment volé…

A l’opposé, une autre de tes chansons dresse une constatation sans appel : « C’est une vraie boucherie. C’est au lance-flammes qu’on a brûlé les années douces, c’est au napalm pour être sûr que plus jamais rien ne repousse. Il a suffi d’un mot en l’air, d’une balle perdue pour qu’on s’inflige un feu d’enfer, une pluie d’obus. On n’aurait jamais cru qu’on tomberait si bas. » Le champ lexical de la guerre pour raconter la fin d’une liaison. La poésie serait-elle le ginkgo biloba des amours perdues, capable de repousser sur un charnier ?
Je ne sais pas. En tout cas, utiliser un vocabulaire militaire nous a permis, étrangement, d’écrire sur le sujet de la rupture violente une chanson stupéfaite, sidérée, incrédule. Là encore, mettre en mots, en chanson, en poésie pourquoi pas, permet d’éviter la description plate et frontale. Cela permet de prendre une distance avec une réalité, avec des faits et ainsi, peut-être, je dis bien peut-être, d’influer sur cette réalité. Ne plus revivre les choses de la même façon une prochaine fois… Se donner la chance d’éviter une nouvelle catastrophe !

« Dehors dans la ville qui tremble, des oiseaux se rassemblent et espèrent. » Ce texte semble faire référence aux réfugiés attendant le moment propice pour traverser la Manche et rejoindre l’Angleterre. Comment est née cette chanson magnifique ?
Avec Isabelle Haas, nous partions écrire du côté de Boulogne-sur-Mer et, lors d’un embouteillage sur l’A25 entre Lille et Dunkerque, nous avons vu surgir des dizaines de migrants de derrière les glissières de sécurité. Je ne me souviens pas exactement de ce qui a suivi mais je retiens cette énergie soudaine, cet envahissement de la route, nous dans nos habitacles… En arrivant là où nous avions décidé de travailler, nous avons immédiatement parlé d’écrire une chanson à ce sujet. Nous avons choisi le seul angle qui nous semblait possible pour l’aborder : le « je » d’un homme hébergé par des inconnus bienveillants en terre hostile. Il nous semblait impossible – et nous n’en avions de toute façon pas envie – de parler au nom d’une entité qu’on appellerait « les migrants ». Welcome, le film de Philippe Lioret, nous a évidemment influencés…

« Brûle, brûle, brûle bien, brûle qu’il ne reste rien de la maison d’enfance. » : généralement, on aime à se retourner sur son passé, sur son enfance avec un regard nostalgique. Ce ne semble pas être ton cas…
Cette chanson est la rencontre de deux idées, deux sensations : la première, comment se débarrasser de ce qui nous encombre, nous empêche de nous mouvoir, de changer d’air ? Je ressens une jubilation certaine à chanter un incendie dévastateur mais salutaire. C’est la possibilité d’un voyage, d’un recommencement. Et puis il y a le fait que cette maison est celle de l’enfance. Là, c’est très personnel. Je n’ai pas de nostalgie pour cette période de ma vie, comme je n’ai aucune nostalgie pour quoi que ce soit. Sauf, parfois, en écoutant une chanson qui me renvoie à une période, comme Smalltown boy de Bronski Beat. Mais je sens que cette nostalgie est mensongère, enjolive, idéalise… Je n’y crois pas vraiment. J’y vois comme une illusion d’optique. Je suis hanté par l’idée d’imposture et la nostalgie me semble être une imposture de la mémoire. Alors oui, la maison d’enfance peut brûler (sauf si elle est en bord de mer et proche du sentier des Douaniers, faut quand même pas exagérer) ! Je me sens mieux de jour en jour, de plus en plus accordé avec moi-même. Je ne donnerais rien pour revenir en arrière, ne serait-ce qu’au jour d’avant.

De toute évidence, ton dernier opus en date, remonte à 2015. Tu as cependant choisi de présenter ces chansons d’abord sur scène et de ne pas sortir d’album. Pour quelles raisons ?
Je suis un peu fatigué par le schéma sortie d’album / tournée. Sans aller jusqu’à refuser de sortir un prochain album, je crois qu’il m’était nécessaire de penser, dans un premier temps, spectacle et uniquement spectacle. Maintenant qu’il existe, pourquoi pas… J’en ai envie. Mais ce sera un album qui ressemblera à ce qui se passe sur scène. L’idée serait de se contraindre à enregistrer sans rajouter quoi que ce soit aux arrangements existants. Soigner les prises de son, bien choisir le lieu (une grande maison en bord de mer !), se retrouver entre nous, tranquilles, accepter les défauts des prises directes, alterner balades et travail, voilà comment je vois les choses. Pour le reste, je ne sais pas. Si, j’aimerais que chaque chanson ait son clip, son univers visuel. Que chaque chanson soit traitée par une ou un vidéaste différent. Collaborer avec des illustratrices ou illustrateurs, chorégraphes… C’est le prochain chantier.

 

« Je ressens une jubilation certaine à chanter un incendie dévastateur mais salutaire. C’est la possibilité d’un voyage, d’un recommencement. »

 

Fred Radix a assuré la mise en scène du spectacle. Qu’apporte un regard extérieur comme le sien ? Comment travaillez-vous ensemble ?
Fred est lumineux. J’aime travailler avec des gens lumineux et toniques parce que j’ai une tendance au doute, à l’inertie, à l’auto-paralysie et que j’ai besoin d’être gentiment secoué. Comme Sophie Forte pour mon spectacle jeune public Icibalao, Fred Radix a su apporter du sourire, des luminosités différentes dans la mélancolie, donner du relief visuel – la création lumière est de Joël Legagneur, et Fred et lui forment un magnifique binôme ! –  et nous pousser à jouer, à nous mouvoir sur scène. Fred, c’est une main de velours dans un gant de velours. Pas besoin de fer.
Quand je travaille avec un regard extérieur, je lui laisse les clefs du camion. En tout cas, j’en ai l‘impression. Je m’en suis remis à Fred en toute confiance. Bon, j’ai bien eu quelques doutes, quelques résistances, mais le sourire de Fred… J’estime que je fais déjà pas mal de choses : j’écris, je compose, je joue de la guitare, je chante… Afin d’éviter l’autoconsanguinité, il faut du sang neuf, des idées extérieures. On se mélange et c’est très bien.

Tu tiens bien entendu la guitare aux côtés du Well Quartet, et tu la lâches de temps en temps. Tu trouves davantage de liberté dans cette formule ?
J’adore chanter sans guitare ! Il n’y avait qu’une chanson avec laquelle je n’étais pas très à l’aise sans ma guitare ; j’en ai refait l’arrangement et tout va bien. Chanter sans instrument m’ouvre évidemment des portes. Comme travailler avec Rachid Bouali ou Sophie Forte m’a permis d’expérimenter le conte, le jeu… J’ai envie d’aller plus loin, au moins de réitérer ces expériences. Il se peut qu’un jour je bouge les mains en chantant. Mais je ne veux pas trop m’avancer. (Sourire.)

 

Thibaud Defever ©David Desreumaux – Reproduction & utilisation interdites sans autorisation de l’auteur

 

Tu nous as habitués au beau sur le plan musical. Les arrangements de ce spectacle sont à tomber. Qui les a réalisés, et comment avez-vous travaillé ? As-tu cherché à installer un climat ?
Jean-Christophe Cheneval est un ami, arrangeur, chanteur, ingénieur du son, compositeur, percussionniste, auteur-interprète… Il est exceptionnel. Le côtoyer, c’est l’assurance d’être dans la poésie et le vif du sujet, dans la moelle de l’art qui nous meut. C’est avec lui que j’ai eu le bonheur de travailler sur les arrangements. Nous avons écrit en immersion deux semaines durant. Notre premier souci était d’éviter que le quatuor en soit réduit à jouer les utilités, à décorer, à faire plante verte. Il fallait que les arrangements soient exigeants et impliquent les musiciennes. Pour moi, le travail des arrangements, c’est un moment très précieux, très important : c’est une étape qui permet de revisiter certaines chansons. D’abord rêver les arrangements : « Là, j’entendrais bien les craquements d’un glacier… Là, je verrais une aurore boréale… Sur celle-là, il nous faudrait une armée en marche… » Et puis la mise en œuvre, en acceptant que celle-ci dévie parfois de la voie rêvée au profit, souvent, d’un rêve encore plus beau et surtout inattendu. Jean-Christophe réunit deux talents : la poésie et la technique d’arrangements, la connaissance du quatuor et de l’orchestre en général. Je ne pouvais rêver mieux.
Jean-Christophe a également participé avec Marc Bernard à la création son du spectacle.

Tu mènes ton parcours solo. Tu l’agrémentes de nombre de projets satellites : Presque nous avec Sophie Forte, Fantômes avec Monique Brun, Pas deux pareils avec François Puyalto, Icibalao en direction du jeune public. Quel est ce besoin de multiplier les formes ?
J’ai besoin de respirer, de me reposer de moi-même ! Ces moments de partage sont aussi des moments de récréation, des moments où l’on ne se met plus au centre et c’est bon. Et puis chanter les chansons de François Puyalto et entendre les miennes chantées par lui, c’est quand même un immense pied. Côtoyer le talent, la présence de Monique Brun ou de Sophie Forte, c’est apprendre à chaque fois autre chose. Chaque spectacle partagé me nourrit aussi pour mes propres spectacles. Avec Monique comme avec Sophie (ou comme avec le comédien Daniel Destombes), j’ai pu vivre l’expérience d’un spectacle écrit de bout en bout, qu’il faut tenir sans en changer une virgule, la satisfaction de se plier à un scénario. Par conséquent, mes propres spectacles sont de plus en plus écrits et ça me va très bien comme ça !
Et puis il y a les projets éphémères, rares du moins, comme avec Amélie-les-crayons, Chloé Lacan… La vie est courte a priori, alors je ne me prive pas. Sans être boulimique pour autant ! Je l’ai été pendant une certaine période, au risque de m’éparpiller et de ne pouvoir porter aucun spectacle de façon sérieuse. Je crois que ça m’est passé.

Dans les mois qui viennent, l’actualité va se focaliser sur Thibaud Defever et le Well Quartet. Une tournée vous attend ?
Mais oui ! Les choses se présentent bien : nous allons jouer dans la Drôme, en Normandie, dans les Hauts-de-France, le Berry, en Haute-Savoie, en Loire-Atlantique… Et la tournée en septembre commencera par un passage au Chaînon Manquant, à Laval, festival qui réunit nombre de professionnels du spectacle. J’ai hâte de partir avec ce voilier sur les routes de France et peut-être d’ailleurs…

Propos recueillis par David Desreumaux


 

 

Entretien paru dans le numéro 12 de la revue Hexagone.


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