HomeReportagesL’Affaire Capucine, au Bateau El Alamein

L’Affaire Capucine, au Bateau El Alamein

L’affaire Capucine – Bateau El Alamein, Paris – 28/03/2019

L’Affaire Capucine © David Desreumaux – Reproduction interdite

On ne les avait encore jamais vus à Paris. Cette date au Bateau El Alamein, le 28 mars dernier, était la première sur une scène parisienne pour L’affaire Capucine, emmenée par la pétillante Aurélie Laurence. Formation issue de la région Centre-Val de Loire, L’affaire Capucine bénéficie du soutien du Pôle régional chanson animé par Les Bains-Douches, à Lignières (18), qui œuvre pour une chanson exigeante et plurielle.

Après La belle affaire en 2013 et Le cercle en 2015, c’est son troisième album – Métamorphoses, paru fin avril – que le groupe vient présenter aux Parisiens. Métamorphoses pour signifier que cette Affaire – plus particulièrement Aurélie qui en signe les textes – est sortie de sa chrysalide, révélant le papillon.

Quelques minutes avant le concert, la petite scène du Bateau El Alamein, encore vide de musiciens, s’offre aux regards du public. L’espace est largement occupé par les instruments, prêt à accueillir cinq personnes. Car L’affaire Capucine version 2019, c’est un quintette ! Aurélie au clavier et au chant, Franck Dunas à la guitare et au clavier, Camille Gueirard au violoncelle, Damien Jameau à la basse et Romain Lévèque à la batterie. Le duo originel composé d’Aurélie et Franck s’est donc étoffé et s’offre un luxe improbable en ces temps de restriction économique. Pure folie ou acte de résistance ? De l’art, de la création messieurs dames, tout simplement ! Sortir du quotidien, botter les fesses à la routine et garder l’espoir que cette chanson que l’on malmène saura reconquérir les programmateurs et les médias qui la boudent. Car pour ce qui est du public, il sait se montrer présent quand on le convainc, et apprécie, comme en ce 28 mars. Quand on sait combien il est difficile pour des artistes non parisiens de faire salle pleine à la capitale, on est rassuré de voir ce bateau relativement bien garni.

L’Affaire Capucine © David Desreumaux – Reproduction interdite

Cinq sur scène et sur les routes en 2019, c’est culotté mais le résultat est à la hauteur. Voilà un groupe qui joue bien, dans lequel chacun tient sa place et où personne ne cherche à prendre le dessus. On sert les chansons, on apporte de la diversité dans les registres, du relief pour varier les plaisirs. Varier, c’est le vocable qui convient. On peut dire que L’affaire Capucine présente une chanson d’élégante « variété » qui renvoie de Jeanne Cherhal (avec Organique notamment) à Véronique Sanson en passant par Niagara pour les morceaux les plus rythmés. Comme ses aînées, Aurélie chante vraiment, sans retenue, chose qui tend à disparaître aujourd’hui au profit de murmures introvertis, de borborygmes. Ici rien de tout cela, on déploie son coffre, la parole est libérée, projetée, portée par de vraies bonnes mélodies.

« Collectionneuse de sourires », Aurélie chante dans Aujourd’hui le plaisir d’avoir trouvé sa voie (la chanson bien sûr !) – un plaisir palpable, visible et contagieux dans la salle. Sa voix est claire, limpide, assurée, et invite à une balade des plus agréables durant ce spectacle complet reposant sur une construction simple mais efficace ; l’enchaînement des titres est entrecoupé de courtes présentations, souvent bien bâties, qui évitent de déflorer le contenu de la chanson à venir. Juste une mise en bouche pour donner du rythme, créer de l’attente. Parfois Aurélie donne une clé, comme pour Le cercle, morceau précieux qui raconte l’instant qui précède la noyade, qu’elle a failli connaître enfant à l’île d’Oléron : « Est-ce que si le cercle se referme je me noie / Est-ce que les sirènes en enfer se vouvoient… »

L’affaire Capucine déroule un concert fait d’itinérance, de balades au gré de l’esprit fantasque de la chanteuse, sur les pas imaginaires d’un Tim Burton par exemple, d’où émane une ambiance fantasmagorique qui n’est pas sans nous brinquebaler entre Les noces funèbres, L’étrange Noël de monsieur Jack et Beetlejuice. Aurélie met en avant l’onirisme de ses textes, ses « papillons » qu’elle a libérés. Tout ce qu’elle a chanté ce soir est donc la vérité puisqu’elle l’a inventé. La force d’une chanson ne repose-t-elle pas sur sa capacité à convier l’imaginaire, à sublimer la réalité ?

David Desreumaux


 

 

Chronique parue dans le numéro 12 de la revue Hexagone.


 

Share With:

hexagone.lemag@gmail.com

No Comments

Leave A Comment