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Patrice Mercier – Mélodies chroniques

Patrice Mercier – Théâtre Antoine-Vitez – 02/04/2019

Dans une autre vie, Patrice Mercier était membre du groupuscule Action Discrète, célèbre bande d’irrésistibles olibrius, terroristes cathodiques faisant rage dans le domaine de la caméra cachée et des parodies sur les ondes de Canal+. Dans une autre vie encore, Patrice Mercier écrivait des chansons très sérieuses. Dans une troisième vie, celle d’aujourd’hui, Patrice Mercier a fusionné les deux précédentes pour parvenir à Mélodies chroniques, son tout nouveau spectacle mis en scène par Xavier Lacouture, créé en résidence au Théâtre Antoine-Vitez, à Ivry-sur-Seine.

Avec Missonne au piano – qui a pris le relais de Marilou Nézeys – Mélodies chroniques se présente comme un spectacle musical et aborde les grands sujets d’actualité, les thèmes brûlants, par le truchement de la goguette. Autrefois nous appelions cela l’exercice du timbre. Il s’agit d’écrire un texte sur un air connu et de l’interpréter. D’aucuns y vont à coups de bélier dans la plus parfaite virulence – qui présente, soyons sincère, un caractère de défoulement salutaire parfois – et d’autres, moins radicaux, manient plus volontiers l’art goguettier avec force fantaisie et humour. C’est l’art du contournement, de la trajectoire oblique pour parvenir à fin semblable, c’est-à-dire faire mouche. Patrice Mercier joue dans cette seconde catégorie, la plus subtile, qui consiste à user du rire – le propre de l’homme – pour mettre en avant les dérives et les travers de nos sociétés. La goguette chez Mercier est à entendre comme on s’esclaffe devant un bon dessin de presse. Il y a chez lui l’esprit subversif, la pertinente impertinence d’un Charb ou d’un Luz. Ou d’un Piérick. Lorsqu’il veut aborder la question de la fin de vie, de l’euthanasie, un des plus grands classiques de Francis Cabrel devient Je l’aide à mourir. C’est irrésistible de drôlerie et ça questionne en profondeur cet important problème que les couardes institutions préfèrent planquer sous le tapis.

Le spectacle est conçu en deux axes, apportant l’élasticité nécessaire pour se plier au quotidien, au gré de l’actualité agitée qui est la nôtre. Le premier pan est constitué d’un socle quasi inamovible, les « standards » de Patrice Mercier, goguettes qu’il a su inscrire dans une sorte d’intemporalité, liées à des sujets et problèmes collants et tenaces, à des vérités qui traversent le temps. Ainsi la chute du niveau de l’orthographe nous vaut le SMS d’un élève en détresse. Dans un registre plus léger, Patrice exprime la fantaisie de finir ses jours de la même façon que Félix Faure (La mort de Félix Faure, sur l’air de La femme d’Hector). Et que dire de ce plat d’anthologie, A bas les carbonaras (d’après Les lacs du Connemara), qui pourfend tout à la fois les vendeurs de régimes et nos comportements conduisant à la malbouffe ? Ici, la goguette se fait analyse sociologique, sans prise de tête, énumérant nombre de paradoxes et leurs conséquences.

Patrice Mercier © David Desreumaux – Reproduction interdite

Le second pan du spectacle tient dans l’actualité immédiate. Reprenant le modèle du courrier des lecteurs, Patrice rythme ses Mélodies chroniques par la lecture et l’interprétation régulières de chansons que de supposés épistoliers lui ont adressées, portant en somme la parole du peuple (actuellement, il est beaucoup question de Gilets jaunes, bien sûr…). C’est le moment choisi également pour donner davantage de place et d’envergure à la pianiste, la parfaite Missonne, le temps de quelques échanges verbaux qui dynamisent d’autant plus l’ensemble.

Après une série de quatre dates à raison d’une par mois au théâtre Antoine-Vitez – qui coproduit le spectacle avec Les Instants Volés – Patrice Mercier se prépare actuellement à donner ses Mélodies chroniques au théâtre du Petit Chien à l’occasion du festival Off d’Avignon en juillet prochain. Si vous passez dans les environs, ne vous privez pas d’un spectacle qui n’élude aucune des questions citoyennes qui se posent et s’imposent à nous aujourd’hui.

David Desreumaux


 

 

Compte-rendu paru dans le numéro 12 de la revue Hexagone.



Photo de une : Patrice Mercier & Missonne – © David Desreumaux – Reproduction interdite

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