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«Comme un ours», Alexis HK appose sa griffe au Bijou

«Comme un ours», Alexis HK appose sa griffe au Bijou

Alexis HK, le premier artiste accueilli au Bijou à Toulouse en ce début de saison, a chanté trois soirs devant une salle archi-pleine, le spectacle affichant « complet » depuis longtemps.

© FRANCIS VERNHET

Une petite anecdote : lors de la présentation et avant les rappels, il ne reste pas dans la loge, il se met juste à côté de la scène (pour mieux sentir le public ? par impatience ?). Seul sur scène, avec sa guitare et son ukulélé, sa présence et sa voix profonde, il nous dévoile ses nouvelles chansons. Il commence par des titres sombres voire noirs parlant d’un ours bi-polaire et de solitude. Puis il nous fait le portrait d’un abruti qui a un fusil et d’un autre abruti qui a un ordi. Les intermèdes parlés à l’humour décalé nous réjouissent et fournissent un contrepoint à la noirceur du constat abordé dans les chansons. Ensuite, il nous annonce trois titres : l’un sur une femme, le seconde sur un enfant et le troisième sur un chien. Après beaucoup de nouvelles chansons, il consacre la dernière partie à quelques anciennes. Entre autres la magnifique On n’apprend pas, une version au ukulélé un peu décalée et intéressante pour Les affranchis, La maison Ronchonchon bien sûr, et Son poète une chanson de son dernier album évoquant Leprest. En rappel, il délivre une encore nouvelle Torture jésuite, étonnante et détonnante. Il termine par Le cerisier, écrite par son père, et seule chanson commune avec le spectacle précédent autour de Brassens. Avec le répertoire proposé ce soir-là, il apparaît qu’Alexis HK, avant plutôt raconteur d’histoires, poursuit son évolution comme portraitiste de son époque.


Je le retrouve le lendemain du concert en fin d’après midi sur une banquette de la partie bar du Bijou, devant un café. Il nous parle de son spectacle actuel, du précédent et du Bijou.

© FRANCIS VERNHET

Hexagone : Quel est le contexte et l’objectif de cette tournée en solo ?
Alexis HK : Quand j’ai un nouveau projet, j’aime bien aller jouer les nouvelles chansons, très simplement, avec juste une guitare ou un ukulélé. C’est une approche que j’apprécie. Sur les albums précédents, je faisais des shows-cases d’une trentaine de minutes dans les médiathèques. Cela permettait de se tester, c’était gratuit et les gens venaient. Et là, j’ai la chance, pour cette « tournée de chauffe », de faire une vingtaine de vrais concerts avant la sortie de l’album, et de m’adresser aussi aux gens qui me connaissent depuis longtemps, aux fidèles. Car cela fait longtemps, cinq ans, que je n’ai pas sorti d’album original.

Hexagone : Que peux tu nous dire sur tes nouvelles chansons ?
Alexis : Pour les chansons écrites en 2015-2016, c’est vrai que je n’avais pas la muse très rieuse à ce moment-là. Quelques chansons sont donc des constats plutôt noirs, même si j’essaye de ne pas être trop plombant. Et dans le concert, j’utilise cela comme un levier pour faire rire entre les chansons : « Alors vous ne vous êtes pas encore suicidés ? ». Par ailleurs en dehors de la couleur, je fais découvrir une dizaine de nouvelles chansons, ce qui est beaucoup et peut surprendre. Mais je trouvais intéressant de le faire pour remercier les gens qui ont la curiosité de venir.

Hexagone : Tu as choisi de mettre tes chansons nouvelles en « paquet » au début alors que la plupart des chanteurs font le choix de mixer nouvelles et anciennes ?
Alexis : C’est original, mais je ne suis pas seul à faire comme cela. Par exemple, Aznavour chante aussi toutes ses nouvelles chansons en début de concert.

Hexagone : Et il me semble que le concert évolue par petits groupes de chansons. Peux tu nous en parler ?

Oui le concert est construit. Il commence par des états d’âme, un peu intérieurs et noirs puis cela se redirige vers la vie. Cela se remet à parler d’une femme, d’un enfant et d’un chien. Les états d’âme et les noirceurs, on en fait des chansons pour les sortir, pas pour les revendiquer. Il faut que cela serve à aller vers la vie. Et je termine notamment par des anciennes chansons.

© FRANCIS VERNHET

Hexagone : Une chanson nouvelle, Torture jésuite, a fortement et positivement fait réagir  le public… 
Alexis : Torture jésuite, c’est une grande blague écrite avec mon camarade chanteur et ami Benoît Dorémus, un jour où l’on s’embêtait. Et comme toutes les chansons que l’on peut écrire en sept minutes, dès qu’on les fait sur scène, ça cartonne. Magie de l’instantané.

Hexagone : Dans un nouveau titre, une phrase m’a touché qui évoquait la prose, les ecchymoses et les roses ?
Alexis : « La prose apaise les ecchymoses / Approche le secret des roses ». Oui, j’ai mis deux ou trois élans poétiques au milieu de la noirceur !

Hexagone : Dans les anciennes chansons, tu présentes La maison Ronchonchon en râlant, comme si tu ne voulais pas la faire… 
Alexis : J’adore cette chanson. Mais comme c’est une chanson où personne n’est content dedans, je n’ai aucune raison d’être content de la chanter, cela n’aurait aucun sens !

Hexagone : Tu es déjà venu au Bijou pour Georges et moi en février 2015. Tu m’avais dit à l’époque que tu aimais beaucoup les petits lieux comme ici.
Alexis : Oui et j’ai envie de parler de ce lieu, du Bijou. Dans le monde d’aujourd’hui, cela me rassure de connaître encore des endroits humains et chaleureux comme ici, où les gens sont heureux d’être ensemble et où ils écoutent de la musique et des histoires. Dans mes chansons, on évoque la neurasthénie, la dépression, mais justement dans la vie, il y a encore des choses belles et positives et Le Bijou en fait vraiment partie. Quand j’ai commencé à faire ce métier, c’est ce genre d’ambiance, ce genre de lieu qui me faisait rêver. Bien sûr que c’est bien de faire l’Olympia et de grandes salles. Mais Le Bijou est le meilleur endroit pour ce que je fais en ce moment. Quand on joue ici, encore plus en solo, c’est très intense. J’adore cela.

Hexagone : Les deux fois, tu es venu pour plusieurs jours, c’est important de rester sur un lieu ?
Alexis : Oui, le fait d’être trois jours au même endroit cela permet de travailler, en dehors du concert. Le matin d’abord puis quand on arrive ici l’après-midi, on passe en revue toutes les chansons, on essaye d’aller le plus possible dans le détail. Il faut en profiter pour avancer, c’est du temps précieux.

© FRANCIS VERNHET

Hexagone : Avec le recul, que peux-tu nous dire sur ton précédent spectacle, « Georges et moi », qui a eu beaucoup de succès ?
Alexis : Je suis très content, surtout quand je repense à ses origines. J’ai toujours eu envie, avec Brassens, de partager mon affection pour le chanteur bien sûr mais aussi pour le personnage, le philosophe. Et quand on réussit à partager, au-delà des chansons, quelque chose autour de l’âme d’un grand poète auquel on est attaché comme si c’était un ami alors qu’on ne l’a jamais rencontré, je pense que l’on peut en être fier. Les gens qui aiment Brassens ont un lien personnel fort avec lui. J’ai fait part du mien, dans le but de réveiller le petit Georges que chacun a en lui. Brassens fait partie des auteurs qui ont façonné leur époque et ont préparé les gens à un état d’esprit, à une certaine liberté de penser.

J’ai arrêté ce spectacle aussi par respect pour Brassens. Il ne s’agissait pas de manger sur son dos pendant dix ans, que cela devienne mon gagne-pain. On a fait une belle et longue tournée, c’était chouette.

Hexagone : On a évoqué hier avec Georges et moi, aujourd’hui avec ta tournée en solo. Et demain ? 
Alexis : On va enregistrer, dans les semaines qui viennent, l’album Comme un ours, le cinquième, avec les chansons que tu as entendues. Il sortira en 2018, en septembre certainement. Puis on partira en tournée avec les musiciens.

Hexagone : Et on te revoit dans quelques temps au Bijou, pour ton nouveau projet  ?
Alexis : Tant que je serai invité pour chanter ici, je viendrai.


Alexis HK au Bijou, en concert le 12 septembre, en entretien le 13. Quelques prochains concerts : 14 octobre Les Internationales de la Guitare à Montpellier, 23 et 24 novembre Salle des Rancy à Lyon, 1er décembre Trianon Transatlantique à Sotteville-lès-Rouen. Les autres sur le site d’Alexis HK ici.

Photos de une et de l’article : © FRANCIS VERNHET. Par dérogation libre de droit pour site Hexagone et réseaux sociaux de la salle « LE BIJOU » de Toulouse. Pour toute autre utilisation ou contexte, contacter impérativement le photographe pour en négocier préalablement les droits. francisvernhet@wanadoo.fr. 0672844129.

Un grand merci à Francis Vernhet pour les superbes photos en espérant que cette collaboration soit la première d’une longue série pour les concerts au Bijou.

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mick.hexagone@gmail.com

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