HomeActuLimonaire. La lettre d’Hexagone à la Mairie de Paris

Limonaire. La lettre d’Hexagone à la Mairie de Paris

Madame le Maire de Paris,

Nous, rédaction d’Hexagone, revue trimestrielle de la chanson, souhaitons attirer votre attention sur les difficultés que rencontre Au Limonaire, lieu parisien de culture auquel nous sommes particulièrement attachés. Nous vous demandons d’accorder la plus grande importance quant à l’aide que l’établissement sollicite auprès de votre haute bienveillance. Suite à l’interdiction d’organiser des concerts imposée par son bailleur, Au Limonaire est en péril et se trouve dans l’obligation de trouver d’urgence un nouveau lieu pour poursuivre l’activité culturelle qu’il met en œuvre depuis plusieurs décennies.

La mairie de Paris, attentive aux actions culturelles, œuvre indéniablement pour la chanson, genre profondément ancré dans la tradition française, voire parisienne. Le travail mené par des salles telles que les Trois Baudets ou le 104 en témoigne. Cependant, Le Limonaire tient une place à part dans le paysage de la chanson et sa survie s’avère essentielle. Aujourd’hui, à Paris intramuros, Au Limonaire reste le seul lieu où une large diversité artistique peut se voir et s’entendre. Le seul cabaret où il est donné de découvrir et d’applaudir des talents que l’on ne voit pas ailleurs, de les apprécier comme on ne les voit pas ailleurs, dans des conditions de proximité et de partage rares.

Sur la scène du Limonaire, durant plus de 21 ans, moult artistes se sont produits, tous genres confondus, des fantaisistes jusqu’aux auteurs-compositeurs-interprètes. Sans bornes ni frontières, de la plus pure tradition littéraire jusqu’à l’expression la plus moderne et novatrice. Chanson, pop, rock, cabaret, lyrique, clown, burlesque, etc.

Nombre d’artistes aujourd’hui établis ont fait leurs premières armes Au Limonaire et y reviennent volontiers.  Par plaisir. Ces artistes connaissent une notoriété assez importante pour se produire dans de plus grandes salles : Melissmell à la Maroquinerie, Agnès Bihl qui est en décembre au Café de la Danse, Gauvain Sers qui assure au Zénith les premières parties de Renaud, Bertrand Belin, Radio Elvis ou Babx qui se produisent au 104, notamment. Pour ne citer qu’eux parmi une liste impressionnante. Il existe un lien affectif fort entre le Limonaire, les artistes de la chanson et le public.

Nous y avons personnellement vécu des moments intenses, émotionnellement et culturellement, qui nous font déplorer que ce lieu puisse ne plus exercer son rayonnement culturel. Par exemple, en septembre 2002, le dernier concert de l’immense carrière de François Béranger, le concert surprise d’Isabelle Aubret cette même année, le spectacle de Laurent Violet, le happening de Roberto d’Olbia, le spectacle d’Albert Meslay, les débuts de Loïc Lantoine, Hubert-Félix Thiéfaine qu’on ne présente plus,  l’immense Allain Leprest, Clio remarquée par France Inter et Télérama, les Goguettes en trio mais à 4 qui affichent complet pour tous leurs spectacles, les Catchs chanson, la goguette des Z’énervés qui a rendu ses lettres de noblesse au genre du timbre, etc.

Le Limonaire n’est pas qu’une affaire d’initiés du monde de la chanson. Il participe de la représentation du Paris présent dans l’imaginaire collectif. Non pas un Paris de promoteurs immobiliers mais le Paris de Sartre, Beauvoir, Vian, Brassens, Piaf, Prévert, Doisneau, Montand, etc. Au même titre que des lieux chargés d’histoire comme Chez Chartier ou Au Lapin Agile, Au Limonaire est le symbole du Paris imaginé, voire rêvé. Un Paris avec une âme que de nombreux touristes viennent découvrir pour ce symbole, viennent entendre chanter. Au Limonaire, c’est Amélie Poulain dans sa version « chanson ». Mais une Amélie Poulain qui tenait jusqu’à il y a peu une place dans notre monde réél.

La situation est absurde et injuste. En plus de 20 ans, la fréquentation du lieu ne s’est jamais démentie. La convivialité, la qualité de l’accueil, de la restauration et des spectacles non plus. Interdire les spectacles de chanson au Limonaire, c’est prononcer l’arrêt de mort de l’établissement. Au Limonaire ne peut mourir du vouloir d’une seule personne, selon le fait du prince. Aussi, nous apportons notre entier soutien à l’équipe qui anime le lieu – Noëlle TARTIER en tête, qui investit une énergie colossale dans ce projet  – et vous demandons à nouveau, Madame Le Maire, d’intervenir afin de trouver une issue favorable à la requête du Limonaire. A savoir, de trouver un nouveau lieu à Paris qui permette de satisfaire aux actions culturelles menées par Au Limonaire.

Trop de lieux de culture ont disparu ces dernières années à Paris, souvent au profit de magasins franchisés qui participent de la perte d’identité de la capitale. Madame Le Maire, faites qu’on ne parle pas du Limonaire au passé. Le Limonaire qui ne chante plus, c’est Paris qui se meurt. Paris qui ne chante plus, c’est un peu comme un rossignol qui se tait à jamais.

Je vous prie de bien vouloir agréer, Madame le Maire, l’expression de ma haute considération.

Pour la rédaction d’Hexagone
David DESREUMAUX – Rédacteur en chef


Au Limonaire
Bar à Chansons
18, cité Bergère
75009 PARIS

La page Facebook est ici : Au Limonaire

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hexagone.lemag@gmail.com

Comments
  • Je suis sûre qu’elle s’en fout !
    Tout ce qu’elle veut c’est que les banlieusards sans dents ne mettent plus les pieds à Paris, avec leurs bagnoles qui puent.
    Alors si tous les lieux qui les attirent pouvaient fermer … Que du bonheur !
    Je suis musicienne et j’en suis à refuser de jouer à Paris pour des cachets de misère qui ne remboursent même pas les frais d’essence et de parking, ( avec en plus le risque de se retrouver à 3h du mat avec la bagnole à la fourrière )
    Alors qu’à quelques centaines de mètres du périph, comme par miracle, les conditions changent et deviennent plus humaines … Et en plus, les salles sont pleines. ( ils doivent vraiment être très pauvres, à Paris .. Lol )
    La bonne solution : Que le Limonaire déménage en proche banlieue

    23 novembre 2016

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