HomeReportagesConcèze, jour 6. A Tulle avec Les Coesens et JB Bullet

Concèze, jour 6. A Tulle avec Les Coesens et JB Bullet

Pour cette avant-dernière journée du Festival Déc’OUVRIR de Concèze, les hostilités se déroulaient à l’extérieur. En dehors de Concèze. En effet, en partenariat avec la ville de Tulle, la soirée s’inscrivait dans le cadre des Jeudis de l’Eté de la ville. Le festival nous habituant à de copieuses affiches depuis son lancement au château de Pompadour, on serait tenté de dire que « seulement » deux spectacles étaient au menu, dans la Salle Latreille. JB Bullet et Les Coesens.

Le premier à fouler les planches est JB Bullet. Seul en scène, le garçon est malgré tout venu avec un orchestre au complet. Un grand Macintosh dans lequel il a rangé tous les membres du groupe, s’amuse-t-il à dire. C’est donc sur des bandes sons et s’accompagnant à la guitare folk que JB chante les morceaux présents sur son album Du coeur au stylo. Pour l’essentiel, car il interprétera également le morceau qui l’a fait connaître d’un large public, lui offrant une notoriété qu’il n’aurait certainement pas connue sans ce coup du destin. Il est en effet l’auteur de la chanson Je suis Charlie, écrite sur la musique d’Hexagone de Renaud, chanson qui aura parcouru les réseaux sociaux à vitesse grand V au lendemain de l’attentat dans les locaux de Charlie Hebdo. L’auteur dira que ce morceau est né du besoin de s’exprimer spontanément après l’horreur du 7 janvier 2015, mais oubliera de mentionner que le père Séchan en est le compositeur.

Auteur compositeur interprète, JB Bullet montre dans ses morceaux ses préoccupations, ses engagements, son regard sur le monde et la société égoïstes. Un monde qu’il aimerait voir plus solidaire, comme il en informe sur le premier titre. D’une voix et dans un style proche de Grand Corps Malade, JB rappelle « qu’on est tous dans la même galère ». Il alterne les morceaux militants, titres faisant la part belle aux souvenirs et à l’enfance, comme sur La tarte aux abricots, dédiée à sa grand-mère. Parfois, comme sur L’oiseau, l’envol se voudrait plus poétique et JB avance que « Le monde est bien plus beau depuis que je suis un oiseau ».

La soirée se poursuit avec Les Coesens. Un spectacle familial en somme. « Les Coesens, père et filles », aurait-on pu dire également. Antoine Coesens, le fameux daron en question, est un habitué du festival. Il fait partie de ceux que j’appelle les « sociétaires » de Concèze. Il est programmé tous les ans, depuis un bon paquet de temps. Du genre, on ne peut pas dire qu’il fasse partie des murs, certains murs n’étaient pas montés qu’il disait déjà des textes à Concèze !

Cette année donc, c’est dans une formation originale et étendue qu’il a déployé ses talents, mais pas seul. En association, avec ses filles Marie et Dounia, les Coesens ont monté une manière de spectacle autour d’un choix de textes et de chansons. Initialement, ils devaient être tous les trois sur les planches. Mais voilà, Marie vient d’accoucher il y a quelques jours et n’a donc pas pu être présente, hormis par le truchement d’un petit SMS envoyé avant le début du spectacle.

Qui dit « chanson » dit musique, donc musiciens. Et qui dit Concèze dit Etienne Champollion et Ensemble Déc’OUVRIR. Ensemble en formation très réduite pour cette soirée. Etienne qui tient fidèlement son clavier et son accordéon alors que Louis assure la clarinette. C’est Antoine qui ouvre la soirée. « Mes deux filles sont comédiennes, je suis comédien également », annonce-t-il en ouverture avant d’attaquer Je suis comédien de Jacques Debronckart. Comédien donc, mais pas seulement car cet Antoine Coesens n’est pas un manche avec un micro dans les mains. Il interprète avec générosité, avec coeur, avec le souci de bien dire allant parfois jusqu’à une proximité troublante avec la chanson originale. Par exemple sur La la la de Jacques Brel où il respecte jeu, silences, respirations et accentuations.

Dounia le rejoint sur scène pour La vie à 25 ans (Y a pas d’mal à s’faire du bien) en duo. Pas simple de chanter en duo et le père et la fille ont un peu de mal à se trouver. Qu’importe, l’essentiel n’est pas là. Non, l’important, c’est la volonté manifeste et bien visible de partage, d’offrir à la salle des mots de fraternité, de communiquer le plaisir d’être ensemble. Progressivement, l’émotion s’installe. Dounia, dans ses lectures est touchante, juste. De L’enfant poète d’Yves Duteil, à Vintage de Matthias Vincent qui prend une belle saveur, en passant par le très beau J’ai 20 ans écrit par Antoine Coesens, texte-manifeste-constat d’une société qui se délite : « Ils ont inventé le dentifrice qui enlève les taches mais ils nous pourrissent dedans ».

Pour ce qui est de l’émotion, Antoine n’est pas en reste. Bien sûr, il nous gratifie de Ma France de Jean Ferrat, devenue l’hymne de tous les afters du festival. Mais ce n’est pas tout. Il donne aussi un très beau Des vies au village, de Matthias Vincenot également, dans une lecture qu’il vient poser sur l’accompagnement clavier et clarinette.

Comme tu le constates, Hexagonaute, le choix des textes est varié, puise dans la chanson, la poésie, chez les plus anciens mais chez les plus jeunes également. Dounia chante Inès Desorages (A la dérive) et dit de façon remarquable Où vas-tu la nuit d’Emilie Marsh. La lecture est belle, lente. On est ici dans un monologue intérieur, comme en une demande d’aveu. On ressent pleinement la dimension poétique du texte, son évidente qualité. Les vers sont courts, directs, rythmés, les images fulgurantes.

Antoine vient boucler le spectacle, qui progressivement aura gagné en corps et en émotion, avec Un jour, tu verras de Mouloudji, certainement une des plus belles chansons de notre patrimoine.


JB Bullet
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