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Presque Oui, la belle évidence

Ça se passe rue Biot, un mardi 26 avril 2015. A L’Européen. Salle célèbre et mythique de la Place de Clichy qui a vu défiler des cadors d’artistes depuis des générations. Lieu principalement dévolu à la chanson de nos jours. Sur le fronton ce soir, on peut y lire Presque Oui.

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Presque Oui c’est un nom qui fait penser que l’on va voir un band sur scène avec des tas de musicos et peut-être des tchacs et des boums dans tous les coins mais en fait ce n’est pas ça du tout. Oh Presque Oui a connu diverses formules – d’ailleurs ces temps-ci il tourne en Presque Nous avec Sophie Forte – plusieurs fortunes également, mais le poumon de ce pseudo, c’est Thibaud Defever. Un gars du Nord – forcément un gars bien – qui écrit des chansons depuis « pas mal d’années, » comme il s’amuse à le dire sur scène, avec Isabelle Haas.

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Ce 26 mai, Presque Oui venait présenter ses nouvelles chansons, la bonne douzaine que l’on trouve sur l’album De toute évidence, paru le 27 avril dernier. Avec un très beau visuel de Frank Loriou. Il a chanté une grosse partie de cette douzaine-là Thibaud mais pas seulement. Des un peu plus vieilles mais aussi des inédites (voir Suspect), parce que le garçon on le sent généreux, avec à coeur de donner le max à son public. Un public pas avare d’applaudissements et parmi lequel on a reconnu quelques frimousses de la chanson de qualité que tu côtoies régulièrement dans tes pages préférées, cher Hexagonaute !

Pour le coup, date importante que cet Européen quand même. Presque Oui était accompagné sur scène par deux musiciens chevronnés, une section rythmique de choix formée de Benjamin Vairon à la Batterie (aux casseroles et la tourtière aussi comme on dit dans le 5-9) et de Xuan Lindenmeyer (que l’on voit aussi aux côtés d’Andoni Itturioz) à la contrebasse. Une section rythmique qui tantôt vient porter les chansons de Thibaud, les caresser pour montrer leur soyeux, qui tantôt vient les muscler et en faire jaillir des éclats. Au milieu de la scène, Presque Oui donc, forcément. Avec sa guitare. Oh elle n’est pas bien grande cette guitare, une petite guitare du luthier Pascal Quinson apparemment ou quelque chose comme ça, un petit modèle, pas la bonne grosse Jumbo des familles. Pas grande mais il faut voir ce qu’il en fait ! Des grateux et des bons, j’en ai vus et j’en verrai d’autres mais ce Thibaud Defever possède une maîtrise à rendre jaloux un régiment. Comble de la grande classe, le gars n’est jamais dans l’ostentation, jamais dans le branlage de manche comme on dit vulgairement et de façon fleurie. Non, il est tout simplement précis, subtil, imaginatif, inspiré et j’te garantis qu’il n’enchaîne pas des accords genre Mi mineur / Ré / Do. Ah fichtre non ! Les mélodies sont élégantes, sur des accords harmonieux et recherchés, les arpèges et structures ne visent pas non plus la simplicité pas plus que de vouloir faire alambiqué. Sur ce terrain musical, on est dans quelque chose de racé, élégant.

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

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Ce n’est pas parce que je m’arrête un moment sur les musiques que ça signifie que les textes sont à chier. Pas le moins du monde et bien au contraire. Ici aussi l’écriture est choisie. On n’attaque pas les thèmes de façon frontale mais on évoque plus que l’on pointe du doigt. Chanson d’amour, chanson souvenir, chanson velours ou très souvent au lourd background affectif, peu importe la thématique, le couple Defever / Haas privilégie toujours l’élégance et le raffinement pour brosser le motif. Tour de force réussi que celui d’écrire avec une fausse légèreté, de donner à entendre des chansons qui parlent – par exemple – de la mort de l’être aimé, de traumas que l’on voudrait enfouis et qui habitent la personne à chaque seconde. Thibaut Defever chante avec retenue et pudeur des modèles d’épure qui en peu de mots racontent les trajectoires d’une vie, les espérances à venir. Un baiser, Les voix, Trop tôt, Tout me parle de toi – et je pourrais en citer davantage – sont comme des tableaux, j’oserais presque dire des « stations » pour employer un terme religieux si j’étais cul-béni. Mais Presque Oui n’attend pas de miracles non plus, il sait que la vie n’en fait qu’à sa tête et lui en fait des chansons. Des drôlement chouettes en plus !


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