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Voir décoller Chéret

Photo David Desreumaux

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Son nouvel EP Amertumes n’était pas encore sorti que j’avais déjà fort envie de le découvrir sur scène cet Abel Chéret ! J’étais d’autant plus impatient que j’avais raté le galop d’essai dans cette même écurie du Boulevard de Clichy, il y a quelques mois, pris que j’étais par ailleurs. Ses premières chansons m’avaient intrigué autant qu’elles m’avaient ravi. C’est donc fiévreux d’impatience que je m’orientais vers les trois Baudets ce mardi 14 avril, fameux jour où Gérard Lambert avait niqué sa mobylette, dans une autre histoire célèbre.

Dans ces soirées Trois Baudets, toujours trois artistes à se succéder. C’est la règle. Pas toujours du même univers musical, ce n’est certes pas grave et même plutôt enrichissant mais il faut cependant veiller à ne pas faire un trop grand écart.  Au risque de se faire un claquage.

Avant Abel Chéret, mardi soir, passait la sympathique Malvina Meinier, une sorte de décalco de Björk. Version 2015. Un peu en anglais, beaucoup en onomatopées. Sympa, bien ficelé mais pas franchement ma came.

Photo David Desreumaux

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Puis vint le tour de l’Abel.  J’en étais d’autant plus réjoui. Trois gaillards sur scène, Frank Camerlynk à la batterie et Tom Caudelle aux cuivres. Décidément tout marche par trois dans cette salle. Une équipée très smart, dandy en diable. Abel arbore une petite moustache façon Erol Flynn, bien taillée, belle classe genre surréaliste début XXème. Siècle pas arrondissement. Sur la scène, pour rajouter à ce style bon chic bon genre, Abel Chéret installe un service à thé, s’en sert une tasse et la déguste avant le concert. Durant le concert, sur Mon petit péché mignon, Frank Camerlink utilisera tasses et cuillères comme percussions pendant que Tom Caudelle bricolera une espèce de cuivre maison avec la théière si j’ai bien tout suivi. Foutraque, décalé, j’y viens !

Photo David Desreumaux

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Les chansons d’Abel Chéret mêlent l’absurde au réaliste. C’est leur force. Elles puisent dans le quotidien des situations ordinaires et banales, qui vont être torturées par le prisme de l’imaginaire de ce garçon qui ne veut pas du bien à tout le monde. Pour de rire et dans ses chansons bien sûr ! Les pigeons passent un sale quart d’heure par exemple. Et toi, cher public, tu n’es pas ménagé deux secondes. Il attaque fort le concert par une mise en garde, une Précaution d’emploi, nous avertissant qu’on risque de se faire chier en l’écoutant débiter ses rengaines mal fagotées. Humour sous cutané, présence et appui sur l’assistance qui situe de suite notre candidat dans le registre de la chanson décalo-déjantée dans la droite ligne d’un Nicolas Jules ou d’un Mathieu Boogaerts. Voire Daniel Hélin. Attention, je ne compare pas. J’énonce un pedigree juste pour bien saisir les intentions du jeune homme.

Évidemment qu’Abel n’est pas au niveau d’un Nicolas Jules mais il faut ici voir et admettre que les bases sont là et de qualité. Il reste du travail à accomplir pour les parfaits enchaînements chansons et entre-chansons. Pour se mettre le public dans la poche comme on dit. Mais Abel Cheret a, mardi soir, réussi le défi de le faire se lever sur le dernier titre. Eh ! Pas mal ! T’as déjà essayé toi de faire lever le cul du public chanson ? Pas simple, je peux te le dire, je suis de la maison !

Photo David Desreumaux

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Les textes vont dans la bonne direction. Absurde du quotidien,  situations triturées et volontairement alambiquées. Toujours en second degré, dans le sillon des pairs évoqués plus avant, Abel parle de Vengeance, d’Amertume et d’Apocalypse. Ces mêmes textes manquent certes encore parfois de corps, de vapeur et d’âpreté mais on voit très bien où l’artiste veut aller. On sent également qu’il a à la fois les moyens et le désir évident de progresser. On le suivra de près, il nous plaît !


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