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Ma maison, c’est du béton!

Je m’interroge, et plus je m’interroge, plus je tourne en rond. Je tourne cette idée en rond et en boucle dans ma tête. Ma tête, cette petite pièce avec des milliers d’armoires, de bureaux et d’étagères où s’entreposent mes pensées et mes idées, parfois bien rangées dans ma bibliothèque, parfois griffonnées à la volée.

Je tourne mes idées dans le seul endroit qu’elles connaissent, ma tête. Leur foyer. Mes idées s’agitent, certaines cognent les parois. Les images du monde arrivent et c’est la révolte. Mais bientôt, les paupières closes, les volets fermés, ma tête se repose.

Ma tête c’est leur maison, leur lieu de protestation, leur espace de joie et de liberté, parfois même leur prison. Et toi c’est quoi ta maison ?

Pour qu’un bâtiment tienne debout, il faut que les fondations soient ancrées dans le sol, dans l’Histoire, et dans les histoires de la vie, dans celle d’une famille, par exemple. Ce couple qui a bâti sa maison dans ses jeunes années, la voit se remplir, grouiller de vie et puis petit à petit se vider.



Enfant, la maison familiale est notre unique univers, l’univers de nos parents, qui nous entourent de leur être et de leur confiance. C’est notre forteresse. Dans nos chambres d’enfants, on a refait le monde, on a rêvé d’ailleurs. On y a construit mille vies. Nos parents, notre maison, c’est notre propriété, c’est à nous, c’est nous. Le passage à l’âge adulte est déstabilisant parce qu’on perd cette structure, ceux et ce qui nous rassurent.



Parfois, on doit laisser tout cela derrière soi pour aller ailleurs, trouver du travail, faire tourner des ballons sur son nez et trouver une autre maison, un autre lieu à soi. On s’installe dans son premier appartement. Il est chez Delerm le lieu de drames plus intimes : une séparation, un déménagement, une solitude insupportable. Les souvenirs remontent en emballant les cartons.



Avec l’immobilier, l’urbanisation galopante, des étages se superposent très haut pour devenir immeuble. Des petits chez soi agrégés dans un bâtiment unique. Forcément, on y croise un concentré du genre humain, une vraie faune dont Renaud a si bien saisi les traits. Copropriété n’est pas communauté. On ne choisit pas ses voisins. Je m’en rends compte chaque matin.



Lorsqu’a contrario, on choisit ses voisins, on vit dans une communauté de biens et d’esprits. Eternelle grâce à Maxime Le Forestier, la maison bleue est le symbole du vivre ensemble des années 70, heureux, simple et naturel. Aucune porte d’entrée, les volets sont perpétuellement ouverts sur le monde.



Mais parfois une maison garde ses volets clos. Des murs délavés dans un coin pourri d’une ville. C’est le repaire des âmes en peine, des hommes aux cœurs lourds. « Né sous une mauvaise étoile, tu rêves de quelque beauté. C’est ici que l’amour s’installe. Va, tu pourras en acheter. » Loin d’une chaumière d’amour, la maison louche est un hôtel borgne.



Que l’on soit cette femme à l’intérieur ou une femme d’intérieur, la maison est un lieu de passage, on y rentre, on en sort, certains s’installent un moment. Bien au chaud, dans une bulle de « soi », on regarde passer les saisons… Par la fenêtre, des gens courent, des gosses jouent, d’autres vies nous renvoient à la nôtre…



Mais la vie va vite, trop vite pour celui qui perd pied. Quand tu n’as pas de toit sur la tête, ta maison c’est quoi ? Ce bout de carton où tu t’abrites, cette rame où tu te reposes ou ces bancs malfoutus qui te cassent le dos ?



Ceux-là n’ont pas pris le train en marche, ce train qui dévore à grande vitesse les voies de notre pays. Vu de ce train, les maisons défilent. Elles paraissent bien tranquilles au loin, de tout petits points qui scintillent le soir. Mais si le train s’arrête…



Dernièrement j’ai ressenti ma maison vaste comme un pays… Ma tête ne pouvait pas penser, mon pays était traversé par la barbarie. Les murs de notre maison à tous se sont fissurés. Cette maison impalpable nous tient tous debout et érige les valeurs profondes de notre vivre ensemble. Le 7 janvier, c’est notre maison qui a été attaquée.

Il est bien difficile de parler de « maison » de façon générale tant ce lieu, cet espace, cette idée est propre à chacun. Néanmoins, on peut dire que la « maison » c’est là où on se sent en sécurité. Physique, mentale et spirituelle. On peut y déposer les armes sur le palier et les larmes sur le sommier.

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marion.dieuloufet@wanadoo.fr

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