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Son Of : Interview Rock and Fight

Interview exclusive de Son Of et de leur meneur Arnaud Mazurel (ex leader du groupe « Jack the Ripper »).
Un grand merci encore à Arnaud pour la franchise et l’électricité et on n’aura que quelques mots à dire sur Hexagone : Foncez voir ces mecs sur scène, c’est là que tout se passe !

Hexagone : Vous êtes 4 dans « Son of », qui fait quoi ? Tu es seul aux textes, Arnaud ?
Arnaud Mazurel : On est quatre comme les doigts de la main. Le pouce se la suce, le majeur joue du doigt, l’auriculaire se le met là où on sait à cause des problèmes d’acouphènes et de larsens trop fréquents dans nos concerts; quant à l’index il pointe du doigt les problèmes de l’industrie musicale qui est si vache avec nous; mais l’annulaire, elle, cette petite pute est prête à se faire passer la bague au cou si Universal lui propose une dote. On la tient à l’écart pour le moment. C’est pourquoi nous sommes un peu handicapés quand on joue. Ça s’entend dans notre son, non ?

Hexagone : Toutes les chansons de « Jack the ripper » et celles de « Son of », pour le moment, sont en anglais, est-ce que l’utilisation d’une autre langue s’est posée, se pose ou pourrait se poser ?
Arnaud Mazurel : Ce n’est pas de l’anglais à proprement parler. Ça en a l’air parce qu’on entend quelques phrases, mais c’est une impression. C’est un anglais d’étranger. C’est un anglais de merde. Et j’en suis fier.

Hexagone : Arnaud, as-tu déjà écrit des chansons en français ?
Arnaud Mazurel : Oui pour Eddy…

Hexagone :  Mitchell ?
Arnaud Mazurel : Non, Constantine. J’étais fasciné par son regard. Eddy Constantine a quelque chose d’un iguane . C’est le Iggy Pop du cinéma vérolé. Je voulais absolument lui proposer un poème. Lui seul aurait pu porter le français assez haut à un degré d’animalité encore inconnu de nous. Malheureusement il est mort avant, comme vous le savez.

Hexagone :  Il y a de plus en plus de groupes français qui choisissent l’anglais et on a l’impression que pour faire du rock et de la pop, c’est un peu le passage obligé aujourd’hui (contrairement à quelques années où « Jack » avait été desservi par le choix de l’anglais) : qu’en pensez-vous? L’anglais s’est-il imposé à vous?

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Arnaud Mazurel : L’anglais j’ai essayé de le charmer, j’ai essayé bon dieu de merde, avec une danse du ventre, je lui ai aussi montré mon cul remué mon popotin et essayé de l’ensorceler en lui arrachant quelques cheveux , mais rien n’y a fait. Il m’a relégué au rang des nègres. Où ? Dans le trou du cul de la banlieue de la chanson. Là où je me trouve actuellement.

Hexagone :  Dans une ancienne interview, Arnaud, tu disais que tu n’avais jamais été fasciné par la culture anglo-saxone, mais plus par la culture de la « vieille » Europe ; tu parlais notamment de l’Allemagne…
Arnaud Mazurel : La vieille Europe c’est descendre le Danube des Vosges jusqu’à la mer noire… au début c’est sûr ça parle le boche. J’en étais à ce stade là à l’époque et plus tu descends plus ça se complique et ça finit en mode balkanique. Dans un même village on parle allemand juif hongrois rom croate grec roumain : ce qui a donné la musique la plus riche du monde parce que la plus proche du chaos.

Hexagone : Le choix de l’anglais était au final assez surprenant… Est-ce que l’anglais ne s’impose pas aux artistes parce que c’est la seule langue qu’on connaisse en dehors de sa langue maternelle et que c’est la langue qui peut toucher le plus grand monde?
Arnaud Mazurel : Ce n’est pas la langue qui touche c’est la personne touchante qui fera le « truc ».
Après comment être touchant ? Gag !
Mon rapport à l’anglais est à peu près le même de toute façon que celui du créole au français. Je ne cherche pas à me faire comprendre d’ailleurs de lui. Je me fous de l’anglais. Le chant n’a rien à voir avec des mots. Le chant est là pour dire merde à la conversation justement. C’est quand on en a marre de parler marre de communiquer marre des autres marre de la langue française marre de sa mère de la radio du journal marre des maisons de disques qui veulent vous imposer leurs vues qu’on commence à chanter. Pour la première fois peut-être, on arrête de minauder. Pour foutre le camp. Alors qu’est ce que c’est que ces faux débats sur le choix de la langue ? Ça concerne les politiques culturelles d’un pays en souffrance identitaire, mais les ministres ne savent même pas ce que c’est que chanter c’est pour cela qu’ils croient encore que la chanson comme ils disent; et je le dis puisqu’ils ne le savent pas mais les pauvres paroles qu’on doit dire sont faites pour être hennies ou braies ou miaulées jusqu’à la déformation des phonèmes pour que l’or retourne à l’or et se détache de son écrin qui n’était que de la camelote. Parce que la musique n’est pas une illustration de la langue non la musique n’a rien à voir avec la chanson comme si le langage avait besoin de la musique pour se défendre. Non mais quel mépris ils ont du Verbe ! Si j’ai envie de savoir quoi penser c’est pas à un chanteur que je le demanderais. Au son ce qui est au son au sens ce qui est au sens. On te demande c’est quoi le message de ta chanson? Quand tu chantes t’es censé être humble. Je ne le suis pas et c’est pour ça que je chante d’ailleurs. Pour fouler aux pieds mon intellect de connard qui fait de moi un petit arrogant au quotidien. Presque jusqu’à la bêtise. Peut-être vers la sainteté. Alors je ne comprends pas la question ou je veux pas la comprendre.

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Pour le reste j’adore la langue anglaise et aussi la langue allemande là encore parce que je ne les comprends pas. Je peux donc sans problème y jouer mon rôle de sang papiers avec mon accent français pourri il ne sera pas pourri tant que je ne chercherai pas à me faire comprendre par les anglais ou à me le jouer briton (le meilleur moyen de sonner français) mais à parler « ma » langue « mon » anglais. Il n’y a rien de mieux qu’être français et d’écouter une musique étrangère. Oh comme c’est bon de mettre un disque le soir et demander à ce monde de porcs de la boucler. Alors très belle une note pure s’élève et balaie toute cette boue. La langue anglaise est peut-être si belle c’est qu’on ne la comprend pas toujours, qu’à moitié, et donc qu’on y met beaucoup de nous-même pour remplir les trous.
C’est beau de revenir à la base au sens au son à l’origine et c’est pas grave parce que les hommes ne parlent pas; je l’ai découvert il y a pas longtemps : ça a été un choc émotionnel qui a été à l’origine de Son Of . Je ne m’en suis toujours pas remis. Depuis j’aboie.
Tu veux savoir ? C’était à la terrasse des cafés et tout à coup le serveur au lieu de dire « on ferme » il a grogné. A ton avis ? Il parlait français ? Oui et le meilleur. Alors ma voisine qui s’entretenait au téléphone avec ses yeux globuleux des problèmes qu’elle avait « avec les mecs en général » me parut une espèce de chihuahua obscène. Puis quand je me tournais vers ma belle mère elle avait une tête de caniche et je n’arrive pas à m’imaginer moi-même avec cette tête d’abominable roquet derrière ce visage que je croyais pourtant humain !!! je cours aux lavabos et qu’est ce que je vois. Un labrador? Hé bien non ! Je suis un doberman aux oreilles pointues et méchant avec ça qui juge les autres et se prend pour un animal supérieur un surhomme peut-être! Ah! Ah! Oui tout de prussien mâtiné !
Je voudrais hurler mais je me dis pour ta peine tu apprendras une phrase de yiddish par jour Car le yiddish est un mixte incroyable d’allemand d’hébreu de polonais de toutes ces langues issues des différents pays que le Juif Errant a traversés. Il sait au demeurant que la langue de Dieu elle reste la vraie… Donc non ce n’est pas l’anglais qui sera la langue de la vérité, mais il arrive que Dieu fasse la grâce à l’anglais d’être habité comme à d’autres langues, mais ce n’est pas elles, les langues, qui décident, c’est Dieu.
Ainsi a parlé l’Enigme. Et je suis me mis à repisser tranquille.

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Hexagone : Vous avez fait la première partie de Déportivo à la Cigale en février dernier, Déportivo qui vous ont accueillis aux tout débuts de Son of, pour répéter. Est-ce que c’est devenu un chemin de croix de réussir à faire sa musique aujourd’hui ou est-ce qu’au contraire la difficulté rend plus créatif?
Arnaud Mazurel : Ce sont des garçons très sincères et je pense qu’Eddy

Hexagone :  Constantine ?
Arnaud Mazurel : Non Eddy Barclay les aimait pour ça. Le chant de Jérôme est pur. Mais les majors sont capricieuses : elles se lassent comme les riches attirés par les pauvres. Qu’est-ce qui les a séduits ? Leur authenticité comme ils disent ah ah L’ingénuité les attire parce qu’elle représente tout ce qu’ils ne sont pas. Puis très vite les majors vous larguent, comme un vieux pédophile lassé d’un jeune garçon. Vous étiez juste un fantasme. Un caprice justement. Tout ce qu’ils touchent, ils le salissent de toute façon. Le problème est que sans eux vous n’existez pas. Tu parles de chemin de croix ? C’est trop d’honneur! Si je ne me rase plus j’ai l’air d’un saint Jean Baptiste de troisième classe sauf que le problème c’est que je n’annonce rien !!!

Photo David Desreumaux

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Hexagone : Y a t il d’autres groupes/artistes de langue francophone qui inspirent Son of ?
Arnaud Mazurel : Mon fils. Il a quatre semaines. Il hurle comme personne.

Hexagone :  Ta voix, Arnaud, est poussée dans ses retranchements, flirtes-tu délibérément avec les limites ? Est-ce pour « provoquer » les gens, les bousculer ou est-ce une démarche plus inconsciente et personnelle ? Avez-vous besoin que les chansons fassent sens ou préférez-vous être dans un rapport plus viscéral et émotionnel?
Arnaud Mazurel : Oui elle et moi (ma voix) nous avons lancé un ultimatum au monde, retranchés derrière nos dents en forme de barreaux de banques. Et nous voilà encerclés par la Star Academy, la police de la chanson, qui nous somme de nous rendre au nom du bon goût

Hexagone : La scène : une nécessité ?
Arnaud Mazurel : Financière, oui. On a touché cent euros pour notre concert hier, c’est un assez joli score, deux tickets boissons, j’ai encore l’impression d’avoir quatorze ans, c’est cool.

Hexagone :  Sur scène, Arnaud, tu utilises ton corps comme un véritable instrument, il y a une intensité qui frôle l’auto-combustion : est-ce la seule façon d’y « être » ? Lorsque l’on donne autant, quel est le rapport avec le public ? Est-ce que l’énergie des gens en face vous nourrit et peut vous pousser plus loin encore?
Arnaud Mazurel : Mon corps produit trop d’électricité. J’en ai parlé à EDF. Ils ne veulent rien savoir. Je suis obligé de lui donner son dû. Si je ne joue pas assez, il me le fera payer.

Hexagone :  Petite tribune ouverte. Si « Son of » a un message à laisser aux lecteurs d’Hexagone et aux autres, c’est le moment :
Arnaud Mazurel : Ne croyez pas les photos qu’on montre, elles mentent.
Tout se passe à l’intérieur. Dans le noir.
Les os ont des oreilles.

Arnaud Mazurel – Mai 2014 – Photo de une @Frédéric Lemaître

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rosodonia-sintia@yahoo.fr

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