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Vincent Delerm, je suis un besogneux

Je suis un besogneux
Kremlin-Bicêtre – FestiVal de Marne – 08/10/2002

Vincent Delerm était programmé dans le cadre du FestiVal de Marne lors de la session de 2002. Il était à l’orée de sa carrière, venait de sortir son premier album qui cartonnait dans les ventes, venait également de terminer un mois de concert à L’Européen, en plateau partagé avec Jeanne Cherhal. On l’a rencontré à ce moment-là et on a découvert un garçon d’une gentillesse et d’une détermination remarquables. Il se raconte sans fard.

Photo Flavie Girbal

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Hexagone : Comment s’est fait le passage entre tes études de Lettres et la chanson ?
Vincent Delerm : Ça a été simultané pendant un bon moment, j’ai commencé à faire des chansons vers la fin du lycée.  J’en ai fait beaucoup en arrivant à la fac – et bizarrement – je faisais partie d’un groupe d’amis qui faisait du théâtre et je mettais un point d’honneur à ne jamais leur montrer ce que je faisais. Je ne chantais jamais dans les soirées quand il y avait un piano, j’ai vraiment bossé mon truc dans mon coin. Mes potes savaient que je faisais de la chanson, mais ils ne connaissaient pas ce que je faisais, jusqu’à que je fasse un spectacle.
Mon but était d’arriver un jour à faire un spectacle d’une heure trente avec uniquement des chansons à moi et qu’il y ait un univers cohérent. Ce spectacle là, je l’ai monté, je devais être en licence. Après j’ai encore fait une année de fac derrière où j’ai fait très peu de dates. Là s’est fait sentir le besoin d’aller jouer à Paris. Parce qu’il n’était pas facile de trouver des salles à Rouen, et bizarrement, il a été plus simple pour moi de trouver des petits lieux à Paris. Après la maîtrise, j’ai bloqué mes études en me disant que je m’accordais deux ans pour essayer d’y arriver dans la chanson et si ça ne marchait pas, je pouvais toujours repasser le CAPES derrière et être prof comme c’était prévu au départ…

Hexagone : Donc c’est une envie qui est assez ancienne. Ce n’est peut-être pas une idée fixe, mais c’est quelque chose qui te travaillait depuis un moment déjà ?
Vincent Delerm : La chanson m’a toujours beaucoup attiré. Quand j’étais petit je prenais les vinyles chez mes parents, je restais scotché sur la pochette pendant toute la durée du disque, je voulais comprendre le rapport entre le visage du chanteur et ce qu’il chantait sur scène. C’était un truc qui me travaillait vraiment beaucoup. Et aussi, comme mes parents m’ont emmené tout petit voir des spectacles, j’avais vu des gens sur scène et ça me fascinait beaucoup.
Et peut-être même que dans un premier temps, l’aspect scénique était ce qui me plaisait. Je ne savais pas trop pendant un moment si j’avais envie de faire plutôt du théâtre ou de la chanson. Et puis petit à petit, la chanson s’est mise à regrouper tout ce que j’avais envie de faire, c’est-à-dire de l’écriture, de la scène, de la musique et aussi un côté esthétique pas loin du cinématographique.
Donc la forme de la chanson, c’est quelque chose autour duquel j’ai tourné. J’ai commencé à en faire en première. Mais en même temps, après j’ai fait d’autres choses, j’ai tournicoté un peu, je n’étais pas fan de l’idée de toucher à tout donc quand je faisais les choses, je les faisais une par une. Les moments où je faisais du théâtre, je ne faisais que ça. Quand j’ai joué un peu dans des courts métrages, je ne faisais que ça. Et puis après la chanson s’est imposée assez clairement.

Photo Flavie Girbal

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Hexagone : Au départ la chanson pour toi est un héritage familial en partie comme tu l’as dis, mais qui t’a donné envie de fabriquer des chansons toi-même ?
Vincent Delerm : Il y avait pas mal de gens… C’est un mélange. C’est toujours un peu compliqué d’évaluer ça. Il y avait beaucoup cette génération de la fin des années 70 qu’il y avait chez RCA. Il y avait Souchon, Yves Simon, les premiers albums de Chatel aussi, qui est connu surtout pour Émilie Jolie, mais ses premiers albums ont un super bon son avec Michel Aumont.
C’est une génération tournée vers l’intimiste dans la chanson. Qui avait des ambitions revues un peu à la baisse par rapport aux mastodontes Brel-Brassens-Ferré. Et qui avait un côté un peu : « Bon nous on fait des chansons, on n’est pas des supers bêtes de scène, on fait une sorte de « chanson de proximité » et ça se passe dans les cuisines». Cette idée-là m’attirait beaucoup. Et pour moi, la génération marquante ça a plus été celle-là que la précédente qui les a marqués eux-mêmes. A part Barbara qui est probablement la personne qui m’a fait choisir le piano comme accompagnement.

Hexagone : Et aujourd’hui, tes préférences dans la chanson se tournent vers qui ?
Vincent Delerm : 
Aujourd’hui les gens que j’aime bien m’influencent moins… J’aime beaucoup l’album de Jean-François Coen, avec La tour de Pise – Le clip était très connu, c’était des petits bouts d’enseignes qui faisaient le texte de la chanson. Mais il n’a pas fait grand chose après… – J’aime bien Stéphane Blok. Puis dans les gens dont on parle un peu plus, j’aime beaucoup ce que fait Keren Ann. Thomas Fersen aussi sur scène m’a impressionné, parce que ce que j’aimais bien chez lui, c’était la revendication de faire vraiment de la chanson, purement de la chanson, pas du rock, mais en même temps de créer quelque chose d’assez électrique sur scène. C’est-à-dire que les gens sont assis mais en même temps il passe vraiment une grosse énergie.

Hexagone : … On sent une culture Anglo-saxone chez toi aussi ?
Vincent Delerm : J’ai beaucoup été marqué par Morrissey et ses textes… D’une manière générale, dans l’écriture des textes, les anglo-saxons ont un truc qui me plait. Après musicalement, Promenade de Divine Comedy, par exemple, est un album qui m’a vraiment fortement marqué.

Hexagone : Aujourd’hui, auteur-compositeur-interprète, c’est quelque chose d’immuable ? C’est impensable de faire autrement pour toi ?
Vincent Delerm : Je me suis toujours d’avantage identifié, et j’ai été plus séduit, par les gens qui font eux-mêmes leurs textes. Pas forcément leur musique, parce que Souchon qui est une personne très importante pour moi, n’écrit pas sa musique. Mais à part Souchon, c’est vrai que c’est toujours des auteurs-compositeurs-interprètes. La chanson est un domaine où c’est un art du jeu, de l’égo… J’aime bien les gens qui parlent d’eux-mêmes, qui disent quelque chose sur eux. Donc fatalement, c’est vrai plutôt des auteurs-compositeurs-interprètes, en même temps, c’est vrai qu’il y a des trucs de Chamfort que j’aime bien, alors qu’il ne fait pas ses textes lui-même. Mais même chez Chamfort, on sent que Duval, qui écrit ses textes, connaît bien Chamfort. Et ce n’est pas juste une pure interprétation.

Hexagone : Comment se passe pour toi l’écriture ? Est-ce que tu es un besogneux ?
Vincent Delerm : Oui je suis un gros besogneux. C’est vraiment très laborieux. Je ne suis pas quelqu’un de rapide. Je suis très scolaire comme type.

Photo Flavie Girbal

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Hexagone : Tu t’attèles au travail difficilement ?
Vincent Delerm : Non, simplement… Par contre, j’ai moins de difficultés à écrire qu’à composer. Je ne suis pas un musicien au départ, j’ai appris le piano tard. Donc je passe beaucoup plus de temps à faire de la musique qu’à écrire, paradoxalement. Du coup je fais beaucoup de piano. Je suis souvent le soir chez moi à faire du piano. Pendant longtemps, ce n’est pas que ça m’a coupé du monde, mais dans la vie de groupe, dans ma vie étudiante j’étais le mec qui rentrait le premier parce que je voulais bosser. Mais j’ai toujours été plutôt un bosseur donc je ne me suis pas trop forcé.

Hexagone : Et comment se passe ton processus de création ?
Vincent Delerm : Ça vient généralement d’abord de la musique… Mais ce qui est marrant, c’est qu’on me colle parfois une image – que je cultive aussi – de dilettante, même de flemmard, de type qui ne force pas, qui se pose là… Et j’aime bien cette idée là. Cette impression de simplicité. Que les choses sont faciles… Et c’est un paradoxe chez moi, parce que même en classe où j’étais quelqu’un qui bossait, je donnais l’impression de ne rien foutre. J’ai même eu un article récemment qui disait que j’étais un paresseux… Mais ça me va… Une fois aussi à la sortie d’un spectacle quelqu’un est venu me voir et m’a dit : « Mais dans la vie, vous faites aussi du piano un peu ? » Genre je ne fais du piano que quand je viens sur scène. Ou une fois quelqu’un m’a dit : « Ah oui c’est bien des textes comme ça, écrits en un quart d’heure… »

Hexagone : Parlant de toi, on m’a dit , Delerm, « il tire sur la ficelle ». Qu’est-ce que tu répondrais à ça ?
Vincent Delerm : « Tirer sur la ficelle » dans le sens de ne pas se renouveler ? Rester toujours dans le même registre ? Alors j’ai eu du mal à tirer sur la ficelle si c’est ça… Parce que pendant un temps, je faisais des choses qui étaient trop variés. Pour moi ce qui a été le plus délicat c’est d’avoir un univers très cohérent. Que ce soit toujours le même univers et qu’en même temps, ça soit diversifié… A un moment donné je faisais des trucs qui « partaient » mélodiquement… Il y avait une chanson dans un registre, une autre dans un autre et ça ne me satisfaisait pas du tout. J’ai mis du temps. Quand je parlais du premier spectacle d’une heure et demie où j’ai été content, justement c’était la première fois où il y avait une ligne de conduite très précise. Alors c’est marrant que ça soit considéré comme un truc, qui est plutôt un truc de flemmard parce que moi ça m’a pris du temps…
En plus, dans un premier temps le piano-voix pour moi était lié à une chanson traditionnelle justement, un peu rive gauche sur les bords. Puis d’un autre côté quelque chose qui était plus désenchanté, plus sur des climats de manoir anglais… Et c’était réservé au rock. Et du jour où j’ai arrêté le groupe, ça m’a permis de rassembler un peu tout ça. Mais dans un premier temps, je faisais des trucs vraiment assez éclatés et qui n’avaient aucun rapport. Et vraiment, l’éclatement des genres, c’est quelque chose que je connais bien et que je redoute.

Photo Flavie Girbal

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Hexagone : Comment s’est passée ta rencontre avec Tôt ou Tard ?
Vincent Delerm : Quand tu es provincial, tu vois les choses assez bizarrement parce que tu as l’impression que telle maison de disques est liée à tel son. Alors que tu peux créer un son chez une maison de disques qui ne l’a pas encore développé jusque-là. Et pour moi, si j’avais une chance de faire orchestrer les choses comme j’en avais envie il fallait que ça soit chez Tôt ou Tard parce qu’il y avait le premier album de Racaille là-bas, il y avait le troisième de Thomas Fersen arrangé pas Racaille. Et justement par rapport à cette culture un peu Divine Comedy, des cordes assez dynamiques… Je trouvais que c’était une bonne alternative. A la fois dans un schéma très chanson, avec des textes, et en même temps un soin apporté aux arrangements, ce qui n’est pas toujours le cas dans la chanson lorsqu’il y a des textes. Car souvent lorsqu’il y a des textes l’attitude c’est plutôt : « Mes textes sont géniaux alors je vais y aller avec une guitare et une contrebasse et point barre ». C’est un truc qu’on m’a dit quand il était question de me signer. Il y a des maisons de disques qui m’ont dit : « Ouais mais c’est bon rajoute une clarinette et ça va ». Et c’est un syndrome qui est embêtant.
C’est pour éviter ça que je voulais être chez Tôt ou Tard. Et assez tôt, j’ai rencontré Vincent Frèrebeau du label. Et la première fois que je lui ai fait écouter des maquettes, il a trouvé ça pas mal mais ça a pris deux ans avant de concrétiser.

Hexagone : Mais la démarche au départ vient de toi ?
Vincent Delerm : Oui, je lui ai dit que si je pouvais être chez lui, je ne serais pas ailleurs.

Hexagone : Et depuis, cette signature chez tôt ou tard, qu’est-ce que ça a changé dans ta vie ? C’est un accélérateur ?
Vincent Delerm : Oui… Enfin ce qui est un accélérateur, c’est la façon dont les choses se passent actuellement. Ça accélère un peu vite même. Ça a changé beaucoup de choses. Avant j’ai fait pas mal de scène – plutôt en durée qu’en nombre d’ailleurs – mais je faisais mes chansons pour la scène. Alors ça a été spécial pour moi de préparer des arrangements pour le disque. Parce que cette cohérence que j’avais réussi à mettre en place sur scène avec le piano-voix, il fallait la maintenir sur disque tout en mettant des arrangements autour. Donc ça a été un petit peu compliqué, on a travaillé dessus pour que, par exemple, il ne soit pas choquant qu’il y ait Tes Parents juste à côté de Chatenay-Malabry.

Photo Flavie Girbal

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Hexagone : Tu as commencé sur scène, dans des pianos-bars, des endroits pas toujours faciles pour un chanteur qui débute. Est-ce que tu trouves cette expérience formatrice ?
Vincent Delerm : J’avais amorcé ce genre de prestation avec le café théâtre quand j’étais à la fac. Ça commençait toujours par 5 sketchs qui étaient une catastrophe… C’était un café théâtre ou on reprenait des textes vraiment de théâtre – on ne les écrivait pas nous-même. C’était assez tenu. Du coup ça m’a blindé contre ce genre d’endroits assez difficiles pour qui s’y produit. Cela dit, je me souviens de concerts où ça ne marchait tellement pas que je ne faisais que des chansons hyper tristes pour emmerder les gens. Je ne réussissais pas à les faire partir parce que je partais avant eux. Et quand ça se passait bien, c’était sur un format de 6/7 chansons. Les 4 premières tu ramais complètement, à la 5ème il y avait une table qui finissait par t’écouter, à la 6ème ; ça y était tout le monde s’y était mis, remarquant qu’il y avait une table qui t’avait écouté sur la précédente. Et tu sortais à ce moment-là… Tu faisais un rappel qui cartonnait puis c’était fini… C’est un truc à la fois frustrant et constructif pour toi. En plus, j’avais beaucoup à l’esprit la mythologie de Barbara à l’Écluse, du fait qu’elle avait toujours répété que c’était les spectateurs de cette salle qui l’avait construite… Du coup j’avais l’impression d’être sur les rails qui correspondaient au mythe que je me faisais de la chanson.

Hexagone : Aujourd’hui ton album se vend super bien, environ 80 000 exemplaires vendus. Est-ce que donner des concerts reste important et quelle est la place de la scène pour toi ?
Vincent Delerm : Oui, c’est la finalité de ce que je fais. Le fait de vendre des disques reste important parce que ça te fait jouer 15 fois plus. Mais c’est pour les concerts que tu chantes. J’ai l’impression que c’est quelque chose de nouveau dans ma génération : on est beaucoup à vraiment aimer la scène. Avec Jeanne Cherhal, on est pareils de ce point de vue. Cela étant dit, c’est rigolo, le disque est totalement autre chose : tu as un objet avec une interprétation complètement fixe que tu as pu peaufiner. Alors que la scène, c’est plus au chausse-pied, tu fais de la chanson et tu ne peux pas faire que de l’esthétique donc à un moment donné, tu rentres dedans… Ça n’est pas grimacier mais tu te trouves dans une forme d’énergie que tu calcules moins parce que tu sais que les gens vont voir ta tête une fraction de seconde et ils ne pourront pas se repasser à l’infini comme sur le disque.

Hexagone : Tu partages la scène une fois de plus avec Jeanne Cherhal ce soir, au départ, l’idée de vous faire jouer ensemble sur la scène de L’Européen vient de Tôt ou Tard ?
Vincent Delerm : Non, plutôt de notre tourneur, Astérios.

Photo Flavie Girbal

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Hexagone : Il y avait des raisons particulières à mettre Jeanne Cherhal et Vincent Delerm sur une même affiche ?
Vincent Delerm : Oui il y avait plein de raisons. Économiques notamment, parce que le fait de pouvoir se produire un mois dans une salle, comme L’Européen, c’est super et ça aurait été rendu complètement impossible si l’affiche avait été faite uniquement de Jeanne ou de moi. Ensuite, artistiquement, la raison a été que nous nous produisions tous les deux en piano-voix et pourtant c’est le jour et la nuit. Il y a très peu de points communs entre ce que l’on fait, donc très peu de points de comparaison aussi. D’ailleurs, c’était vraiment une réussite à ce niveau-là, parce qu’il y a eu peu de comparaisons dans les articles qui sont parus, pas d’opposition, pas de « ça c’est bien, ça c’est nul ». C’était bien joué parce que moi ça me faisait un peu peur avant que ça commence, dans un sens comme dans l’autre d’ailleurs. Jeanne Cherhal a une interprétation hyper baroque, une technique de piano très au point, vocalement, ce qu’elle fait est vachement impressionnant, son univers est assez inquiétant alors que j’ai un univers plutôt rassurant et de proximité. C’était presque deux inverses…

Hexagone : Le deuxième album aura-t-il une couleur, une forme différentes ? 
Vincent Delerm : Musicalement, je pense « tirer un peu sur la ficelle » (rires) parce que j’estime que c’est une facilité de changer totalement les arrangements ; C’est ce qui te permet de ne rien changer sur le fond… Pour le deuxième album, je peux sortir exactement les 10 mêmes chansons que sur le premier, si je les fais en électro… ça paraîtra le jour et le nuit alors que fondamentalement ça sera les même chansons… Je préfère avoir comme contrainte de conserver un son très proche, et avec cette contrainte, essayer de faire des progrès dans l’écriture, dans la mélodie et dans la structure des chansons elles-mêmes. C’est un peu l’astreinte Brassens, c’est-à-dire que partant du fait que toute ta vie tu es en guitare, voix et contrebasse, le jour où tu fais deux fois de suite la même chanson ça s’entend tout de suite… J’aime bien cette idée parce que d’une manière générale je me suis toujours beaucoup construit grâce à la contrainte. Les voix-off dans mon spectacle sont nées du fait que j’étais tout le temps assis sans bouger ; Sur le disque aussi, s’il y a des chansons plus courtes c’était pour tenter de renouveler musicalement le piano-voix. C’est une idée banale mais effectivement dans la contrainte tu trouves beaucoup d’idées.

Photo Flavie Girbal

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Hexagone : Sur scène, tu chantes énormément de chansons qui ne sont pas sur l’album, est-ce que ton prochain album va puiser dans ces chansons ? Ou veux-tu t’aventurer sur d’autres thèmes afin de tenter de sortir de cette image de chanteur cinéaste ?
Vincent Delerm : Je vais puiser un peu, mais pas beaucoup… Je n’ai pas encore tellement d’envies particulières pour le deuxième album. Je n’en ai pas eu pour le premier non plus finalement, parce qu’il s’agissait de regrouper des chansons piochées. Mettons qu’aujourd’hui sur un spectacle je fais 20 chansons, il y en a 8 du premier album, donc 12 qui n’y sont pas. A tout casser, il y en aura 3 sur ces 12-là qui iront sur le deuxième, mais pas plus. Donc, a priori, je ne prévois pas de piocher énormément. Et puis, il y a des chansons qui sont faites pour la scène et d’autres pour le disque. Fanny Ardant et moi, c’est une super chanson de disque mais une chanson complètement pourrie sur scène parce qu’elle est dure à chanter. C’est la chanson que j’aime le moins chanter sur scène – sauf qu’elle fonctionne bien parce que les gens l’auront entendu à la radio, mais dans le spectacle elle n’apporte rien. Enfin je ne devrais pas dire ça, ce ne sont pas des trucs à dire… (rires) Hier par exemple, à l’émission de Foulquier, j’ai fait sept titres, je ne l’ai pas faite. J’ai préféré faire des chansons qui n’étaient pas sur le disque. Je n’ai pas ce souci-là avec Tes Parents parce que c’est une chanson qui est vraiment utile sur scène. Parce qu’il y a une partie qui s’arrête, qui ralentit… Il y a une nouvelle chanson actuellement, Quatrième de couverture, qui va avoir le même statut que Fanny Ardant, à savoir que sur scène, elle va trop vite, je cavale comme un fou mais en même temps je sais que c’est une bonne chanson de disque. Puis à côté de ça, Les Jeux de Société, qui est une super chanson pour moi sur scène ne sera jamais une chanson de disque. Ce sont deux choses différentes. Mais ça me plait beaucoup de réfléchir à ça, parce qu’il y a deux moments : celui où tu crées et celui où tu réfléchis un peu plus mathématiquement à ce que tu fais. Si dans un premier temps tu as cherché à travailler en étant toi-même, par la suite, tu peux avoir une approche assez carrée, assez réfléchie… ça m’intéresse d’établir une liste chansons pour un spectacle, de réfléchir à quelle chanson mettre après telle autre…

Hexagone : C’est un vrai travail de metteur en scène justement ? Ça prend en compte le visuel etc. Tu ne t’arraches pas les cheveux pour mettre tout ça en place ?
Vincent Delerm : Non, c’est comme quand tu es metteur en scène, tu aimes bien ce que tu fais. Quand on dit que mes chansons ressemblent à des films, je dis oui, il y a des références au cinéma mais je ne vis pas mes chansons comme ressemblant à des films. En revanche, l’idée de jouer un peu un rôle de metteur en scène pour mes spectacles est une idée qui convient assez bien.

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