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Mehdi Krüger enchante Barjac

Mehdi Krüger enchante Barjac

©David Desreumaux

Festival Barjac m’enchante, 1er Août. Cour du Château. Pour beaucoup LE grand moment de cette édition, pourtant pas avare en beaux et bons concerts, c’est Mehdi Krüger et sa prestation intense et émouvante. Un grand merci à Jean-Claude Barens qui l’a programmé l’an passé au chapiteau et cette année sur la grande scène. Un joli pari réussi les deux fois. Pour certains c’est du slam, du spoken word mais en aucun cas de la chanson. Indubitablement, Mehdi Krüger propose un spectacle vivant et rare qui émotionne et donne à réfléchir, qui ravit les oreilles, le cœur et l’esprit. Avec du texte de haut vol, une interprétation habitée et une musique adaptée. Qu’importe le flacon ! Mehdi Krüger se révèle poète de combat avec l’amour des mots et l’urgence de dire. Avec sa démarche féline et élégante, et sa manière de bouger corps et bras, sa présence sur scène marque : il semble danser avec les mots.  Le phrasé et la voix, grave et chaude, donnent de la couleur et de la force aux textes, un vrai souffle épique. Textes d’une écriture originale et remarquable, avec un sens aigu de l’observation. La thématique de l’humain, toujours présente est abordée à travers des sujets différenciés et souvent sombres. Mehdi démarre avec Arabstrait, un portrait étonnant « Je suis un arabstrait, une race, un peuple à moi tout seul … / Les arbres ont des racines et moi… Juste une paire de Nike Air ! » et une profonde réflexion sur l’identité. Il offre des moments forts comme Cause toujours  (J’ai besoin de défendre une cause toujours / Me remettre en cause), nous fait s’envoler et prendre de la hauteur avec Le cerf-volant, il sacrifie à la tradition de la chanson française avec une chanson d’amour qui se révèle de rupture (Quitte-moi). Les phrases marquantes s’enchaînent, et on ne peut en capter que quelques unes : « donner un sens aux interdits », « Ouvre ma main / Voici une gomme pour tes erreurs d’hier / Un stylo pour celles de demain ». Pour lui c’est clair : « La parole est vivante / La parole est vibrante / La parole évidente ». Nous sommes transportés par ce flux incessant de textes précis et d’images percutantes, par ce jeu avec les mots et les sons qui font sens, par le corps et les mains toujours en mouvement. Entre les morceaux, il nous dévoile un sourire éclatant et un naturel sympathique. Sur scène, nous apprécions un duo : l’indispensable Ostax à la composition, à la guitare et parfois au chœur, dessine un bel écrin musical qui dialogue parfaitement avec l’univers textuel.

©David Desreumaux

Une citation de l’artiste illustre parfaitement ce concert : « Ecrire et croire. Imaginer qu’un texte peut changer le monde tout en sachant que ça ne sera pas le cas. Mais si on n’en ressent pas l’intime conviction, juste l’espace d’une seconde, autant reposer tout de suite son stylo et ne pas gaspiller de papier inutilement. » Ayant eu la chance de le voir quatre fois en un an (Krüger était mon coup de cœur découverte à Barjac au chapiteau l’an passé), pas toujours dans une salle pleine, j’ai senti dans la cour du château une incroyable montée en puissance. Un tout petit peu en dedans au départ (la pression particulière de Barjac ?), il s’est très vite déployé, et porté par le public, il s’est envolé pour atteindre des sommets avec le final poignant d’Une seconde avant l’impact, observation humaine d’un attentat terroriste, et une extraordinaire improvisation en rappel à partir de mots donnés par le public (ah la personne qui a crié « Chandernagor » !).

A noter pour cet artiste atypique que ses mini albums peuvent être téléchargés gratuitement en échange… d’une écoute attentive. Il vend seulement, à la fin des concerts, une magnifique affiche contenant les textes. Et ce soir-là, le stock apporté est vite apparu insuffisant. Finalement, ce n’est que logique si ce public réputé pour son amour des textes et des interprètes a acclamé Mehdi avec une ovation debout. Ceux qui le découvraient, une grande partie du public en fait, ne l’oublieront pas. Et cette soirée, grand moment d’émotion, va rester longtemps dans les mémoires des festivaliers. Le bouche à oreille va continuer à fonctionner, amplifié par les articles élogieux publiés. Ce spectacle original fournit aussi, un bel exemple de l’éclectisme et du renouveau du « monde de la chanson ». Exemple accentué en fin de soirée, avec un titre joué en commun entre La mal coiffée (groupe féminin de polyphonie occitane) et Krüger. Ses mots et sa voix se mariant parfaitement avec les chœurs des quatre filles pour finir en beauté avec un moment unique et original.

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