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Makja, « J’ai faim de vie »

Makja, « J’ai faim de vie »

J’ai croisé Makja pour la première fois en mai 2015, aux Rencontres d’Astaffort. En 2016, il a sorti un très bel EP qui n’a fait que confirmer tout son talent. Il prépare actuellement un nouvel EP pour 2017.

©Francis Bozzetto

Hexagone : Qui est Makja ?
Makja : Makja, c’est moi, dans des formes et formules différentes. Makja c’est porter la multiplicité. Sentir le tempo de l’humanité et le retranscrire de façon singulière. Pas forcément comme ce que les gens aimeraient, peut être que je me trompe, mais j’ai besoin de sentir des choses et de les amener dans un espace. Je pense qu’il y a un effet papillon à la réception, par le oui, par le merde. Je souhaite être la caresse et l’épingle.

Hexagone : Quand as-tu commencé à écouter de la musique ?
Makja : Dès petit. Il y avait des musiques qui m’apaisaient quand j’étais gamin. J’avais un rapport presque ésotérique à la musique. Je m’évadais en écoutant des cassettes de musique classique, de musique traditionnelle, ou de chants grégoriens. Je me rappelle que je pouvais en écouter pendant des heures.

©Philippe Prevost

©Philippe Prevost

Hexagone : Et l’écriture, les mots, c’est venu quand ?
Makja : Je me rappelle, quand j’étais petit, ma maman me demandait le “mot magique”. C’était un peu comme si le mot avait un pouvoir, et que celui-ci te permettait de demander, de dire ou de faire. Mais il y avait aussi les autres mots, ceux qui se rapprochaient plus de la « sorcellerie », ceux qui faisaient que des portes pouvaient se fermer… comme un merde, ou un putain. En fonction de là où l’on se situe, les mots n’ont pas le même pouvoir ; tout dépend qui les porte, et dans quel contexte. En tout cas, je trouvais ça génial, que tous ces mots soient les uns à côté des autres dans un dictionnaire. Et que chacun puisse se les approprier, les cuisiner. À l’adolescence, j’ai commencé à écrire mes propres textes pour écrire ce que je pensais ; je n’avais pas envie qu’on parle pour moi, Et puis, peu de temps après, à 17 ans j’ai passé un BAFA et j’ai commencé à encadrer des ateliers d’écriture. Je me suis dit que si moi j’arrivais à me mettre en mouvement sur feuille, j’allais essayer d’accompagner cette mise en mouvement chez chacun.

Hexagone : Où en es-tu dans cette recherche à travers l’écriture ?
Makja : J’ai envie de faire un grand écart entre les styles d’écriture. Quand je dis un grand écart, c’est être le plus flexible possible en fonction de ce que je vais traiter. La société française a des gens qui viennent d’horizons différents ; J’ai envie de créer des passerelles entre ces personnes. Tantôt parler à certains, tantôt parler à d’autres en utilisant la richesse de la langue française, ou des langues de France ; c’est à dire celles qui ne sont pas encore dans la photo de famille des mots du dictionnaire. J’ai envie d’être flexible dans la plume, et flexible aussi dans la composition et dans les interprétations, pour que quand deux chansons s’enchaînent, il y ait presque un suivi de conversation. Je viens d’un phrasé rap et plus le temps passe plus j’aime chanter ces mélodies que j’ai dans la tête. Ça chante au fond de moi et j’ai envie de faire vivre cette musique. J’ai envie de surprendre, parce que je pense que c’est ça la vie : se laisser surprendre par l’instant d’après.

©Marie-Hélène Blanchet

Hexagone : Où en es-tu de la préparation du prochain EP ?
Makja : Les morceaux prévus pour 2017 vont traiter de notre société. Nous avons passé une bonne partie du mois de décembre en studio avec une superbe équipe. Il ne reste qu’à poser les voix et finaliser les mixages. En même temps que l’artistique avance, on affine la manière dont on va pouvoir présenter ces morceaux au public. C’est très stimulant, parce que c’est un peu comme si on se préparait à un braquage ; celui de l’attention des gens, le temps d’un clip, le temps d’un live. Forcément on le pense sur scène, mais on pense aussi à la déclinaison sur plusieurs supports pour toucher différentes cibles. On va venir secouer les pesanteurs ; que l’art joue avec la gravité et la légèreté, qu’il déclenche l’émotion, qu’il crée le pas de côté, même si les gens se demandent pourquoi on les emmène là. L’art par l’exécution des œuvres doit pouvoir s’exprimer pleinement. Sinon on est toujours dans la certitude et on ne se permet rien. Je n’ai pas envie d’écrire pour écrire. Quand je n’aurai plus rien à dire j’arrêterai. Mais pour l’instant, ce n’est pas le cas. J’ai envie de créer, en restant connecté avec le monde qui m’entoure.

Hexagone: Que peux-tu nous dire sur le contenu et la forme musicale de ton prochain EP et quand est-ce qu’il sortira ?
Makja : L’EP est dans sa phase finale de réalisation. Mickaël Bentz qui a composé la quasi-totalité des titres a produit un travail d’arrangement colossal. C’est très produit avec l’intervention de nombreux musiciens de talent. Ces chansons qui ont déjà eu une vie sur scène en duo sont en train de prendre une nouvelle ampleur. Je me languis de pouvoir les présenter au public ! Avec l’équipe qui travaille actuellement sur le développement, on a établi une feuille de route avec la sortie numérique de 2 singles, dont le premier en avril sur un thème qui me tient beaucoup à cœur et sur lequel je m’exprimerai en Janvier pour lancer un mouvement. Pour le deuxième, qui devrait sortir en Juin, je reviens du tournage du clip en Corse. C’était important pour moi de faire ce clin d’œil à mes racines et de partager ces paysages qui m’inspirent tant. La sortie de l’EP en physique et en digital est quant à elle prévue pour le deuxième semestre 2017. Difficile de donner une date précise car je sais que la feuille de route peut évoluer. On s’interdit peu de choses. C’est l’un des avantages d’être en autonomie totale. Ce qui est sûr, c’est que je suis en mouvement et que les occasions de se rencontrer vont se multiplier. Tout le reste n’est qu’une question de temps.

Hexagone : Quels sont tes projets à court et long termes ?
Makja : Avant de penser au long terme, j’essaie de vivre pleinement ce qui se présente, parfois même sans filtre, sans protection. J’ai faim de vie, donc je fonce, j’explore, je fais. Je verrai bien où cela me mène. A court et à long terme. En tout cas, tant que j’ai la santé et cette faim de dire, je créerai.

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