HomeInterviewsRetour sur « Barjac m’enchante » 2016, avec Jean-Claude Barens

Retour sur « Barjac m’enchante » 2016, avec Jean-Claude Barens

Retour sur « Barjac m’enchante » 2016, avec Jean-Claude Barens

Suite à sa réunion de fin septembre sur le bilan du festival « Barjac m’enchante 2016 », l’association Chant Libre, vient de rendre publiques les principales conclusions et décisions. D’abord le constat d’une très bonne fréquentation du public, ensuite l’annonce de la poursuite du festival en 2017 et enfin la reconduction de Jean-Claude Barens dans ses fonctions de Directeur Artistique pour trois ans. Aussi c’est le moment de publier l’entretien effectué avec lui le 4 août à Barjac.

© Chantal Bou-Hanna

© Chantal Bou-Hanna

N’attends pas de moi que je te fasse un comparatif avec les années précédentes ou avec la direction artistique précédente, que je te montre du doigt ce qui s’est amélioré et ce qui « était mieux avant ». Je ne le ferai pas car c’est mon premier Barjac (en entier) ! L’an passé, pour la première fois, j’étais venu humer l’air, attiré par la soirée « Jamait chante Tachan ». Ce que je peux dire c’est que personnellement je me suis régalé même si je n’ai pas aimé tous les concerts.

Le nouveau directeur artistique Jean-Claude Barens, a dirigé pendant 20 ans le festival de Marne (qui fête en ce moment sa trentième édition), et a créé plusieurs festivals dont Chantons sous les pins. Je t’ai dit que je ne pouvais pas comparer, mais je peux te dire ce que j’ai vu : un Jean-Claude Barens discret mais présent partout, attentif et disponible, préoccupé mais répondant volontiers aux spectateurs qui l’approchent. Le mieux c’est de lui laisser la parole : l’entretien a eu lieu le matin du jeudi, dernier jour du festival. 

© Chantal Bou-Hanna

Mehdi Krûger © Chantal Bou-Hanna

Hexagone : Dans quel état d’esprit on arrive à Barjac en tant que nouveau directeur artistique ?
Jean-Claude Barens  : C’était un défi, un pari. J’ai plutôt l’habitude de construire un festival, de partir de zéro, de le mettre en place, de le faire grandir. Là je prends un festival qui existe depuis vingt ans, avec bien sûr une patte mise dessus. Je suis venu à Barjac avec  un peu d’appréhension. Le public de Barjac a la réputation d’être extrêmement difficile. C’est un défi, mais c’est excitant. J’ai décidé de faire du Barens, comme je sais le faire et comme j’ai pu le faire ailleurs. Évidemment, on y retrouve Michèle Bernard, Romain Didier, Agnès Bihl. Je n’ai pas eu besoin de faire Barjac pour travailler avec ces artistes-là. C’est la chanson que j’aime.

J’avais envie d’apporter un peu d’air frais, dans ce qui pouvait paraître comme une sorte de sanctuaire. J’ai envie d’ouvrir des espaces. De faire qu’il y ait un peu plus d’artistes jeunes. Mais pas pour prendre le contre-pied, non juste parce que c’est dans ma nature.

Hexagone : Côté programmation, on a senti une belle cohérence pour la programmation à la cour du chateau?
Jean-Claude Barens  : Oui, pourtant il m’a parfois fallu l’expliquer. La programmation suit une ligne artistique, c’est un fil tendu, proposé au public. L’ouverture du festival avec cette formule Leprest (Torreton)-Michèle Bernard. Mais Leprest « dit » et non pas « chanté ». Quel plus bel hommage à un chanteur que de faire dire ses textes par un grand comédien comme Philippe Torreton.

Pour la soirée piano solo, Romain Didier traite son spectacle comme un concert classique par blocs de chansons où les gens n’applaudissent pas entre. Alors il est logique de mettre avant du décalé et de la fraîcheur, donc Liz Van Deuq.

© Chantal Bou-Hanna

© Chantal Bou-Hanna

Hexagone : J’ai l’impression que tu as gardé la structure de la programmation (chapiteau à 17h et 18h30, double concert à la cour du château à 21h30, animation à l’apéro) tout en faisant quelques modifications ou ouvertures. Tu confirmes ?
Jean-Claude Barens : Oui, n’ayant pas de repères, j’ai gardé les rendez-vous habituels. Et à l’intérieur, j’ai proposé de vraies ouvertures. Avec Mehdi Krüger et Ben Mazué, un pas est fait vers la culture urbaine mise à l’écart jusque-là. Hier, une dame est venue me prendre par la main pour me dire : « Ah merci d’avoir fait cette ouverture sur le slam. » Et aussi la chanson humoristique qui a eu sa soirée avec Délinquante puis Rocca et Wally. Je trouve que ces deux aspects manquaient. Oui, je pense avoir ouvert un espace pour la chanson plurielle. La chanson prend plusieurs formes, elle peut s’agréger à d’autres disciplines. Et c’est là où j’ai envie d’œuvrer. Parce que c’est ça la chanson vivante.

Pour les concerts au chapiteau, j’ai essayé de respecter la parité masculin/féminin et de montrer des façons différentes de traiter la chanson. Par exemple Eric Mie et son côté Charlie Hebdo et Zoé Malouvet avec son intensité en solo. L’objectif est d’arriver à ce que les spectateurs tendent l’oreille à des formes différentes.

Une autre ouverture est la volonté de ramener le festival au cœur de la ville, pour les Barjacois. Tout se passait de manière un peu extérieure à la vie de la commune. Quand je parlais de sanctuaire, c’est un château, tout le monde n’a pas envie d’y aller, d’y rentrer et la population peut se dire : cela n’est pas fait pour nous. On a ajouté un rendez-vous, La basse cour, à 15h, gratuit et avec 2 spectacles enfants. Les apéros-thèmes à midi, sont désormais sur les allées en plein centre. Cela crée une animation pour tous. Car c’est formidable que des gens de toute la France viennent à Barjac mais cela me chagrine un peu qu’il n’y ait pas plus de Barjacois.

Hexagone : Quel bilan partiel peut-on faire au matin de la dernière journée du festival?

© Chantal Bou-Hanna

© Chantal Bou-Hanna

Jean-Claude Barens  : Les soirées dans la cour du château étaient pleines, gavées pour les premières. Plus d’une centaine de jeunes sont venus voir Ben Mazué. Alors qu’on pouvait craindre une désaffection du public ou d’une partie du public, on a peut-être 20 ou 30 Pass de moins que l’an passé. Mais plus de personnes viennent découvrir le festival sur un jour ou deux. Ce public, que j’imaginais, qu’on annonçait très dur, très difficile, finalement il est comme dans les autres festivals : certains aiment certains artistes, certains n’aiment pas des propositions faites. Il l’exprime peut-être un peu plus fortement et directement qu’ailleurs. De toute façon, un festival qui fait l’unanimité sur sa programmation, c’est très inquiétant.

J’ai eu des retours très positifs du public. En interne, je sens une bonne ambiance avec les membres de l’association Chant Libre et les bénévoles. Je suis assez optimiste. Je pense que le pari peut être gagné.

Hexagone : Des idées ou des réflexions pour la suite ?
Jean-Claude Barens : J’avais besoin d’une édition repère. Et quelques lignes directrices peuvent se dégager maintenant. Au niveau structurel, le chapiteau pose problème. Ce sont des conditions très difficiles, difficiles pour les artistes, difficiles pour le public qui a souvent très chaud. Le chapiteau nous limite dans ce que l’on peut y présenter notamment pour des univers intimistes. Pour le reste, la ligne, c’est continuer et amplifier les ouvertures faites. Et je ne manque pas d’idées …

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mick.hexagone@gmail.com

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