HomeInterviewsChristopher Murray, une chanson française aux sonorités anglo-saxonnes

Christopher Murray, une chanson française aux sonorités anglo-saxonnes

Christopher Murray, une chanson française aux sonorités anglo-saxonnes

C’est Anne Sylvestre qui a fait de Christopher Murray le chanteur qu’il est devenu. Et il chante aujourd’hui les chansons d’Anne dans un spectacle qu’il a monté avec ses amis, mais il chante également ses propres chansons. Son 4ème album, D’un océan à l’autre, est sorti en 2012. Agend’Arts, la salle lyonnaise, lui a proposé 3 soirées en avril. Une belle occasion de faire connaître son répertoire et d’inviter de nombreux amis à partager la scène avec lui. Je l’ai rencontré récemment et nous avons longuement échangé sur son parcours musical et ses métiers d’enseignant et  d’auteur-compositeur-interprète.

Photo Niko Rodamel

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Hexagone : Quel a été ton parcours dans la musique ?
Christopher : Mon intérêt pour la chanson remonte à un fait très précis : j’avais 11 ans et ma marraine m’a emmené un jour avec sa bande de copains assister à un concert d’Anne Sylvestre. Dans la salle j’étais le seul gamin, mais je voyais bien que les adultes étaient intéressés et riaient. Je ne comprenais pas tout, loin de là, mais ça m’a plu, et à partir de ce moment-là, j’ai acheté des disques d’Anne Sylvestre, puis d’autres chanteurs de ce type de chansons. J’écoutais aussi beaucoup de musique anglo-saxonne car mon père est sujet de Sa Très Gracieuse Majesté. C’était surtout Dylan, Cohen, Graeme Allwright, etc. De la musique classique aussi. J’ai connu ensuite au lycée un prof de musique plutôt dynamique. Il a vu que je jouais du piano, que je passais déjà beaucoup de temps à composer et à explorer tout seul la musique, que je me débrouillais pour « repiquer ». Alors il m’a proposé d’accompagner son choeur de collégiens, ce qui m’a mis le pied à l’étrier et permis de démarrer un deuxième instrument, la guitare. Comme beaucoup d’ados j’avais un besoin viscéral d’apprendre, d’explorer, de faire de la musique avec les autres. Ensuite j’ai créé mon propre ensemble de lycéens, choeur et orchestre, que j’ai dirigé pendant 6 ans en réalisant tous les arrangements, toujours sur un répertoire de chansons francophones.

Hexagone : Tu n’es pas vraiment un autodidacte en musique ?
Christopher : Je ne suis pas seulement un autodidacte puisque j’ai fait des études de musicologie. J’ai fréquenté plusieurs conservatoires, mais pour moi il a toujours été nécessaire de « mettre les mains dans le cambouis », d’y injecter concrètement ce que j’avais appris. Ce qui fait qu’au conservatoire je n’ai jamais cherché à obtenir de médailles, mais j’y ai suivi des cours d’écriture, d’analyse, de chant, de piano-jazz, par pure curiosité. Puis je suis arrivé au CAPES et j’ai démarré une carrière de prof de musique, mais au bout de 4 ou 5 ans, le besoin de faire de la chanson est revenu me titiller. J’ai donc décidé de m’y mettre, j’ai commencé par écrire des musiques sur des textes de Jean Andersson, un ancien collaborateur de Luc Bérimont, et j’ai fréquenté des ateliers chansons, des stages d’écriture, des cours de théâtre.

Photo Niko Rodamel

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Hexagone : Tu ne t’es pas mis tout jeune à la chanson ?
Christopher : J’ai énormément joué et retranscrit de chansons, j’en ai écrit en amateur, dans des cadres pédagogiques ou pour du théâtre pendant des années. Mais le besoin de porter quelque chose de personnel devant un public n’est pas venu tout de suite. Dans un premier temps d’ailleurs, je ne voulais pas être chanteur, mais écrire des chansons pour les proposer à des interprètes. Très vite, devant le peu d’intérêt que mes démarches suscitaient, j’ai décidé de chanter moi-même. J’ai commencé à enregistrer des albums et à me produire en solo, au piano et à la guitare. Puis il y a eu les 7 années de collaboration avec Marion Grange au violoncelle et Bruno Teruel à l’accordéon. Et quelques beaux jalons : découverte du festival « On n’est pas des vedettes », l’invitation à représenter la France à la Francofête à Granby (Québec), le spectacle « Trio de passage » avec le duo Gil Chovet-Annie Gallay et Michèle Bernard, les collaborations multiples avec Evelyne Girardon et la Cie Beline.

Hexagone : Tu n’as jamais choisi entre la scène et le métier de prof ?
Christopher : Non, pas vraiment. Ça n’a d’ailleurs pas toujours été facile de tout conduire de front, mais j’adore mon métier d’enseignant-formateur-accompagnateur de projets. Evidemment, à un moment donné, les deux activités se sont affrontées et c’est devenu épuisant. En 2004, j’ai pu réduire mon temps d’enseignement, et depuis quelques années, je l’oriente davantage vers le domaine de la chanson. On me sollicite de plus en plus souvent pour ça d’ailleurs.

Photo Niko Rodamel

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Hexagone : Tu est intervenu au festival des Poly’Sons à Montbrison en février.
Christopher : Depuis 4 ans j’interviens à la Maîtrise de la Loire, un établissement-pilote financé par le Département de la Loire, dont le principe est d’offrir une formation gratuite au chant (choral et individuel), au théâtre, à la danse, au clavier. C’est un lieu de formation et un lieu-ressources très polyvalent. Les élèves peuvent y rester de la 6ème à la terminale, ils reçoivent cette formation très complète donc, mais en font aussi bénéficier des associations, interviennent dans le cadre de divers spectacles, dans tous les styles. C’est le deal : recevoir et redonner. Au-delà des apprentissages musicaux, le projet est aussi de montrer que la culture est une arme puissante pour fédérer des jeunes, leur donner plus d’ouverture, de plaisir, de profondeur et de dignité aussi.

J’anime pour les lycéens de la Maîtrise un atelier « chanson francophone ». C’est un cadre pour permettre d’abord aux élèves de travailler sur leurs projets pour l’accompagnement, l’interprétation, l’arrangement, l’écriture, la composition, le choix d’un répertoire… Les entrées sont polyvalentes et libres. Dans un deuxième temps, un parrain vient nous rejoindre. Après 4 journées de travail avec cet artiste, les élèves partagent avec lui un concert lors du festival Les Poly’Sons de Montbrison. Successivement Pierrick Vivares (qui est passé par la Maîtrise), la Demoiselle Inconnue – c’est à dire Camille Hardouin – ont joué le jeu de cette collaboration, ainsi qu’Anne Sylvestre pour des ateliers d’interprétation et d’écriture. Cette année, c’est avec Dimoné que les jeunes on monté un spectacle qui a eu lieu le 12 février, avec en première partie Sarah Mikowski, autre ex-Maîtrisienne devenue chanteuse. En résumé, pour reprendre l’expression d’Anne Sylvestre, « on se jette ensemble dans la piscine et on regarde si on sait nager». Et c’est vraiment ça : on part à l’aventure, chaque artiste débarque avec son répertoire et sa façon de le vivre avec un groupe, les Maîtrisiens apportent leurs savoir-faire et leurs envies, et on mêle tout ça. C’est « sur le fil », totalement éphémère.

Hexagone : Anne Sylvestre a joué un grand rôle dans ta vie de musicien.
Christopher : Oui, comme je l’ai dit, c’est mon premier déclic. Et puis il y a 4 ans, avec deux copains, Robert Bianchi et Claire Guerrieri, on a eu envie de se retrouver une fois par semaine pour chanter ensemble sans – pour une fois – l’objectif de monter un spectacle. J’ai proposé le répertoire d’Anne Sylvestre, qu’on a chanté comme ça ensemble tout un hiver, pour le pur plaisir. À la demande d’amis qui avaient eu vent de la chose, on a organisé une petite séance en catimini, dans une médiathèque, sans com ni rien… On a refusé ce jour là 30 ou 40 personnes pour une salle de 100 places. On a joué une deuxième fois pour ces personnes, devant une salle comble à nouveau. Ce soir-là il y avait un diffuseur… qui nous a programmés, on s’est pris au jeu. Ainsi sont nés « Les 3 Becs » et ce spectacle baptisé « La centième nuit », qui continue à tourner. Anne Sylvestre en avait vu des bribes ici ou là et a souhaité le voir en entier, chose faite au Forum Léo Ferré d’Ivry en février 2015. Elle nous a confié à la fin que ça l’avait beaucoup touchée, qu’elle avait vu défiler toute sa vie. Pour moi ça a été un moment rare.

Photo Niko Rodamel

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Hexagone : Ton dernier album, le 4 ème, représente un tournant par rapport à ce que tu faisais jusque-là ?
Christopher : Il y a toujours eu dans mon travail une cohabitation entre deux influences, l’une plutôt « classique », dans la veine d’une chanson très française dans la ligné de Brel, Brassens, Ferré ou Barbara. Mais il y a aussi l’influence anglo-saxonne avec la pop (Beatles entre autres), les folk-songs des années 60, le folk irlandais. C’est cette seconde influence qui domine dans ce dernier album. Je n’ai pas cherché à le faire en lien avec la scène, du coup c’est un album très patchwork, avec des gens avec qui j’avais envie de chanter, des amis, des amateurs, des professionnels. L’Hymne à la croissance par exemple, j’en ai finalisé l’harmonisation avec l’aide de Matthieu Burgard, un musicien qui connaît bien les règles d’écriture de chaque style. On a enregistré ensuite avec des chanteurs qui maitrisent ce genre de musique. Personnellement je n’ai pas de « tribu » musicale. J’écoute Gesualdo, les Beatles, Messiaen, Leonard Cohen, Mozart, Led Zeppelin…

Hexagone : Ca doit être difficile de porter cet album sur une scène ?
Christopher : Quand l’album a été fini, j’ai demandé au guitariste François Gonnet, ex-sonorisateur de mon trio, de venir m’accompagner sur scène. Après quelques essais « électro », il a fini par se recentrer sur la guitare acoustique avec quelques effets pour colorer l’ensemble. On a cherché à travailler sur la couleur, mais surtout à être, pour chaque chanson, dans la bonne énergie. Sur l’un des titres, il y avait 67 pistes quand on l’a enregistrée en studio ; sur scène, même avec 2 guitares, on s’est rendu compte que ça fonctionne bien si on est dans la justesse du propos musical.
C’est ce spectacle qui va être présenté les 22, 23 & 24 Avril à Lyon à Agend’Arts. Avec des invités : des amis Lyonnais d’abord puisqu’il y aura une soirée avec le chanteur Jean-Baptiste Veujoz et le guitariste Olivier Lataste, une seconde avec Tamara Dannreuther et Mikael Cointepas. Et pour la troisième soirée, j’ai invité les copains des 3 Becs, ainsi que Gil Chovet, artiste peu connu, très très fin, et capable, toujours dans la légèreté, d’aborder des thèmes d’une grande profondeur sous la forme de petites histoires rigolotes.

Hexagone : As-tu d’autres projets ?
Christopher : Un album est prévu pour le printemps 2017. J’y travaille en ce moment avec François Gonnet. Il a été dit du précédent qu’il était rock et baroque à la fois. Le prochain sera moins patchwork, il y aura je pense plus d’unité dans les thèmes et les musiques. Pour le moment, j’entends un mélange de guitares, contrebasse, percussions. Probablement des cordes. Ça peut changer… J’ai envie d’aller vers autre chose.


Christopher en concert à Lyon à Agend’Arts du 22 au 24 avril
Christopher Murray et François Gonnet invitent lors de ces trois soirées des artistes à s’arrimer au spectacle « D’un Océan à l’autre ».
Vendredi 22 Avril à 20h : soirée stéphanoise avec Les 3 becs et Gil Chovet.
Samedi 23 Avril à 20h : soirée « Good friends » avec Olivier Lataste et Jean-Baptiste Veujoz
Dimanche 24 Avril à 18h : soirée « On se lance » avec Tamara Dannreuther qui dévoilera des chansons de son cru et Mickael Cointepas pour partager quelques titres de son fabuleux « Tribute to William Blake ».
Tarifs : 10 / 5€
Renseignements – Réservations : ou 09 51 62 58 77

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yveslepape@free.fr

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