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Balthaze, un visible animal

Balthaze, un visible animal

Balthaze sera sur la scène du Zèbre de Belleville le 24 mars pour le concert de sortie de son premier album. C’est un artiste que je connais maintenant depuis quelques mois. Dès que j’ai découvert quelques uns de ses morceaux, son projet m’a tout de suite parlé. Depuis, je l’ai revu sur scène régulièrement, dans des formules différentes et avec de nombreux instruments. En solo, en trio, avec pleins de copains sur scène, invité par d’autres artistes, à la guitare, au banjo, au mandole… Et à chaque fois, il fait mouche. Avec des textes forts et des sonorités remplies de multiples influences, son répertoire est très riche. Il y a quelque chose qui me touche tout spécialement dans ce qu’il fait. Je ne saurais dire si c’est son approche de la musique, la façon dont il nous emmène voyager avec, la sincérité de l’interprétation, l’importance du contenu ou l’authenticité de l’artiste. Certainement l’association de tout ça à la fois. Alors forcément, j’ai eu envie de lui poser quelques questions. 

Balthaze

Photo Marie-Hélène Blanchet

Hexagone : Quand as-tu commencé la musique ?
Balthaze : La première fois que j’ai pris un instrument, c’était dans ma cité à Blanc-Mesnil. Je devais avoir 15 ou 16 ans. Un jour un pote est arrivé avec une guitare dans la cité. Tout le monde l’a prise pour essayer, et moi, très vite je trouve le thème de Paint it Black des Rolling Stones. Petit à petit, tous les jours j’ai trouvé de nouveaux trucs. Ensuite, il est venu avec un cahier d’accords et j’ai très vite appris. En un mois et demi ou deux mois je faisais déjà une dizaine de chansons. Je suis gaucher, mais comme à l’époque je ne savais pas qu’on pouvait changer la guitare de côté, j ‘ai appris à jouer à droite dès le début et c’est encore ce que je fais.

Hexagone : Quand as-tu choisi d’en faire ton métier ?
Balthaze : En 1996-97, je jouais des percussions et j’ai commencé à être percussionniste pour des soirées parisiennes. J’étais en duo avec un pote, on jouait et on accompagnait des DJ. Par la suite, j’ai intégré un big band de Jazz et un groupe de funk. 

Hexagone : Quand as-tu commencé à écrire ?
Balthaze : Dès le début. J’avais 15 ans quand le hip-hop est arrivé dans les cités en 89. Quand j’étais plus jeune, j’écrivais des poèmes que je gardais secrets longtemps, des poèmes pour les filles. Personnes ne les a jamais lus. Les premières traces de textes que j’ai écrits qu’il me reste, je devais avoir 18-19 ans. Ensuite, quand le hip-hop est arrivé, ça a été un défouloir d’écriture pour moi. C’est à ce moment-là que je me suis dit qu’on peut écrire ce qu’on veut, comme on veut, et de la façon qu’on veut. Après je me suis détaché de ça parce que je trouvais que ça tournait tout le temps un peu en boucle. Je n’aime pas être prisonnier de l’écriture, d’avoir juste un style. C’est pour ça que dans mon répertoire, je peux aborder des thèmes amoureux comme politique, ou avoir des textes surréalistes comme la chanson J’attends qui ne veut rien dire. C’est intéressant aussi de n’avoir que des mots qui attirent une mélodie.

Balthaze

Photo Marie-Hélène Blanchet

Hexagone : On te voit régulièrement t’accompagner à la guitare, au banjo, à l’harmonica, et depuis peu, au mandole. Pourquoi tous ces instruments ?
Balthaze : A la base, je suis percussionniste. Et un percussionniste ou un batteur, pour les autres musiciens, ce n’est pas un vrai musicien. Il faut souvent prouver deux fois plus aux gens que tu sais faire de la musique. Donc dès le départ, j’ai considéré chaque instrument que je prends comme une percussion. Je suis très rythmique dans ce que je joue. La première fois que j’ai fait du piano, pour moi, mes doigts étaient le prolongement du marteau qui va taper sur la corde du piano. Souvent en France on apprend d’abord le solfège, les notes, l’écart entre les notes, les soupirs, etc. On commence par la technique pour ensuite jouer. Je trouve ça déplorable pour la musique. La musique c’est jouer, il faut jouer. Moi je pars du rythme, et j’aime cette idée.

Hexagone : D’où t’est venu l’envie de jouer du mandole ?
Balthaze : Ça m’est venu de Sam Karpienia du groupe Dupain. Il y a 4 ou 5 ans, j’étais en tournée en Haute Savoie et je croise quelqu’un avec qui on discute musique et qui me dit qu’il écoutait Sam Karpienia. Je ne connaissais pas, alors il me passe le disque. Ça devient ma bande-son de l’été. Je me dis que cet homme est incroyable, et qu’il faut que je joue du mandole. Concours de circonstances, l’année dernière Sam me contact par l’intermédiaire du gars qui m’en avait parlé, pour savoir si je pouvais les héberger parce qu’ils venaient faire une date par ici pour la sortie de l’album de Dupain. Bien sûr, je dis oui. On se retrouve Sam et moi en train de boeufer. Et là, l’envie de jouer du mandole me revient en tête. Je voulais en jouer, absolument. C’est un instrument fabuleux qui est typé oriental mais qui peut sonner très rock aussi.

Balthaze

Photo Marie-Hélène Blanchet

Hexagone : Ton premier disque Invisible animal va bientôt sortir. Que peux-tu nous dire de cet album ? Comment a-t-il été créé ? Ressemble-t-il exactement à ce que tu voulais ?
Balthaze : Je fais de la musique depuis longtemps, et j’ai participé à des projets qui ont plus ou moins bien marché. Jusque-là, je n’ai pas voulu faire de projet solo. Je suis un bosseur, j’ai été forain, je vendais des cuirs sur les marchés, j’ai été palefrenier, j’ai fait 10 000 métiers en fait. Mais je ne me sentais pas légitime dans ce métier. Il a fallu un coup dur il y a trois ans pour que je me dise que ce coup-là il fallait y aller. J’ai appelé Fanch qui m’a dit de venir jouer à La Rochelle à La Calhutte avec eux. Là-bas, je rencontre Yann qui joue du banjo avec qui je m’entends très bien. Il me dit qu’il a un petit studio chez lui, et propose d’enregistrer mon album. Je croise Jean-Louis à qui je propose de venir jouer avec nous sur l’album et qui accepte. On se retrouve là-bas, et on rassemble nos forces. Les gars ne connaissaient pas les morceaux. On s’est installé dans la pièce, avec ma guitare espagnole, le banjo et la contrebasse. Je faisais une fois le morceau « chanté », la deuxième fois on le jouait « instrumental », la troisième fois on branchait les machines. Au bout de la 3e ou de la 4e fois, on avait la prise. Ensuite, j’ai rajouté des batteries, des percussions, des cuivres, des violons, et les voix. Cet album, c’est un album d’intentions. Ce n’est pas un album travaillé comme la plupart des albums très construits. C’est mon premier album, et je n’avais pas envie de me mettre de pression, il fallait que ça reste naturel puisque ma musique je l’ai toujours faite naturellement. J’ai trouvé l’équipe parfaite pour ça, ils ont été au top. Quand tu écoutes l’album, tu entends que toutes les intentions sont là. C’est un album assez disparate, Brooklyn est très rock, Une monture sans nom très folk. Je n’ai aucune limite en musique. Je n’ai pas envie de m’enfermer dans un style, j’aime trop la musique pour ça. Je peux jouer un Mickaël Jackson et juste après un Brassens, ça ne me pose aucun problème.

Balthaze albumHexagone : Le concert de sortie de ce nouveau disque aura lieu le 24 mars au Zèbre de Belleville. Qu’est ce qui est prévu pour cette soirée ?
Bathaze : On sera en trio, Nico à la contrebasse, Benj au sax baryton et aux grosses caisses, et moi avec le banjo, la guitare et le mandole. On est en train d’affiner les morceaux pour se dépasser musicalement. J’ai laissé moins de place à l’improvisation, je suis en train d’écrire toutes les parties harmoniques. Il y aura des invités et je pense que ça va être une fabuleuse soirée.

Hexagone: Qu’est ce que c’est la scène pour toi ?
Balthaze: C’est une bonne question. Je suis en pleine mutation, je ne sais pas du tout. Au départ, c’était un exutoire, une puissance d’exécution, un truc qui explose quoi. Maintenant, je suis moins là-dedans. Ce que je peux dire, c’est que la scène, c’est l’occasion de communier avec une foule. Il y a quand même un truc pas naturel, à jouer branché, avec des retours dans la gueule devant des gens qui vont t’applaudir sous des lumières. Je pense que la façon qu’on a de plus naturelle de faire de la musique, c’est de prendre un instrument et d’en jouer en acoustique. Que se soit seul ou avec des gens, rien ne peut remplacer l’acoustique. Avant j’avais une attitude très rock sur scène, maintenant, je cherche un rapport plus doux.

Hexagone : Est-ce qu’il y a une de tes chansons qui a une place spéciale pour toi ? Si oui, laquelle et pourquoi ?
Balthaze : Je crois que Mon perchoir a un truc particulier. Je crois que je n’avais jamais été autant en accord entre le moment où je l’ai écrite, et la façon dont j’arrive à retranscrire à chaque fois ce même instant. C’est quelque chose de très personnel, ça parle de ma solitude. Je me souviens d’un jour où je suis allé jouer dans un café à Nantes avec Fanch, et c’était n’importe quoi. Il y avait énormément de bruit, et un match retransmis. Fanch me dit que je vais me ramasser, mais j’y vais quand même. Je commence par cette chanson, et là un grand silence s’installe dans le bar. C’était dingue. C’est là que je me suis rendu compte que cette chanson à ce truc-là. 

Balthaze

Photo Marie-Hélène Blanchet

Hexagone : Tu as posté sur les réseaux sociaux il y a quelques semaines la chanson Paname. Peux-tu nous raconter l’histoire de ce titre?
Balthaze : La version d’aujourd’hui de Paname, c’est l’association de deux chansons. C’est Paname que j’ai écrit à l’époque de Detchko. On la jouait sur scène, on voulait la mettre sur le 2e album, mais finalement il ne s’est jamais fait. Quand j’ai pris le mandole, il y a eu une évidence de mettre ce texte sur une mélodie au mandole que j’avais trouvé, mais ce n’était pas avec le même refrain. Juste après le 13 novembre, j’avais repris une chanson que j’avais écrite en rentrant de Sarajevo. J’en ai écrit deux à ce moment-là. Qui se rappelle de quoi et Prête-moi ta ville. « Prête-moi ta ville avant qu’il ne prenne la mienne… » Là-bas, les gens m’avaient dit « Prends des photos, va montrer aux gens, n’oubliez jamais ce qu’il s’est passé. J’espère que je serai le bienvenu chez toi, tu es le bienvenu chez moi ». J’ai entendu ce genre de choses. Je n’ai jamais entendu « Ces connards de mecs qui sont venus nous bombarder, toi avec ton pays »… Je n’ai pas entendu ça, j’ai entendu tout l’inverse, que du positif. Donc quand je me suis mis à chanter Prête-moi ta ville après le 13 novembre, tout seul chez moi. Et quand je me suis mis à faire Paname après, j’ai su qu’il fallait mettre les deux ensemble. Donc c’est les couplets de Paname et le refrain de Prête moi ta ville. Effectivement il y a une résonance avec le 13 novembre mais je ne voulais pas écrire exactement là-dessus. J’ai écrit des choses à ce moment-là, mais c’est encore trop frais. Et en tant qu’artiste, je pense qu’il faut faire preuve de pudeur aussi. On a tous écrit là-dessus, on a pu le voir ou pas, on a pu en être victime ou pas. Moi j’ai été touché de près lors de ses attentats. Mais il faut respecter les gens, arrêter d’être toujours sur soi et être ouvert sur le monde. C’est important de respecter nos morts, de dire aux gens que Paris est une fête et que nous allons fraterniser contre cette connerie-là. Paname, elle raconte ma ville que j’aime qui me déteste parfois, et c’est parfois moi qui la déteste. C’est un état d’amour entre une ville et un homme.

Hexagone : Si tu devais choisir une seule chanson (tous artistes confondus), ça serait laquelle ?
Balthaze : Toulouse de Nougaro. C’est une chanson qui me fout les poils à chaque fois. Je n’ai jamais voulu m’accompagner à la guitare sur celle-là, je ne la chante qu’a cappella. Elle a cette puissance d’être aussi belle a cappella qu’instrumentalisée. C’est quand le lyrique se mélange à la variété. C’est un titre fabuleux. Il flâne dans sa ville, et il raconte ça tout simplement.

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Photo Marie-Hélène Blanchet

Hexagone : Quels sont tes projets à cours et à long terme ?
Balthaze : Je suis en train de monter une comédie musicale autour du conte Le vilain petit canard avec des scolaires handicapés mentaux d’Aubervilliers. Elle se jouera le 22 mars à l’Espace Renaudie d’Aubervilliers en journée. C’est un travail fabuleux. Le 24, la sortie de l’album, et derrière quelques dates de tournée. Après, ce métier est très étrange parce que pour l’instant, il n’y a pas beaucoup de dates. Les festivals ne veulent pas de moi, sûrement parce que je n’ai pas d’équipe de production derrière moi. Je sais qu’ils changeront d’avis, parce que je sais que scéniquement, on tient vraiment la route. Mais aujourd’hui, pour jouer et être entendu, c’est hyper compliqué. Je commence à penser au deuxième album, qui sera vraiment autour de l’axe du mandole.

Hexagone : Tu as également un projet que tu présentes uniquement sur scène, en reprenant l’album Harvest de Neil Young. D’où t’est venue l’envie de ce projet ? Pourquoi cet artiste, et cet album précisément ?
Balthaze : C’est quelque chose que je ne développe pas plus que ça pour ne pas faire de l’ombre au trio « Balthaze », mais je vais continuer à le faire régulièrement. Ça marche super bien ! Le choix de Neil Young et de Harvest, c’est parce que je l’ai découvert il y a 10 ans et qu’à l’époque j’étais amoureux d’une comédienne avec qui je vivais une très belle histoire, et dans l’album il dit « I fell in love with the actress. She was playing a part that I could understand. » et quand j’ai entendu cette phrase, j’ai pleuré. Je me suis dit qu’il disait exactement ce que je ressens, et je n’avais jamais entendu ça de la part de personne. Au départ, ce n’est pas du tout ma musique Neil Young. Étant un gamin des cités, j’écoute de la soul, de la funk, des choses ethniques, mais pas du rock. La dernière chanson de cet album, Words, je crois que ça fait partie de mes morceaux préférés au monde. Quand il y a ce solo de guitare au milieu du morceau, à chaque fois il me met les poils. On rend souvent hommage à l’oeuvre intégrale d’un artiste, mais moi j’aime l’idée de rendre hommage à un album. Parce qu’un album, dans l’histoire d’un artiste, ça représente quelque chose. C’est un travail d’une ou plusieurs années. La personne qui a fait ce disque a eu envie de mettre quelque chose dedans. C’est un morceau de vie. C’est pour ça que je crois que je ferai tout le temps ça. Le ou la prochaine artiste que je reprendrai, je ne sais pas encore qui, ça sera encore à travers un album. C’est ma façon de leur rendre hommage.

Hexagone : Peux-tu nous citer quelques artistes que tu conseilles d’aller découvrir ?
Balthaze : Fanch dans son nouveau spectacle où il est entouré de cordes, Thomas Pitiot dans son spectacle jeune public, Margot Cavalier qui vient de sortir son 1er album, le dernier album de Chloé Lacan qui est une merveille, René Lacaille èk Marmaille en tournée pour l’album Gatir, Sam Karpienia bien évidemment, 3 minutes sur Mer, C gens là.Lise Martin, Nicolas Joseph, Big Delta etet la liste est longue… j’en oublie certainement…


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