HomeInterviewsSendak : « La scène m’a aidé à m’accepter dans mes forces et mes faiblesses »

Sendak : « La scène m’a aidé à m’accepter dans mes forces et mes faiblesses »

Sendak : « La scène m’a aidé à m’accepter dans mes forces et mes faiblesses »

J’ai fait la connaissance de Sendak, chanteur/musicien/auteur/compositeur qui prépare son premier EP, Ocelot, sur les recommandations d’un ami. J’ai d’abord écouté son SoundClound, mais ce sont ses sessions acoustiques qui m’ont frappée. La sensibilité avec laquelle il chante m’a sauté aux yeux. Il enjolive les mots et leur donne une chaleur, une profondeur. Se lançant tout juste dans une campagne de financement participatif, j’ai voulu en savoir plus sur cet artiste. Il m’a ouvert les portes de son univers, me révélant toute sa richesse mais aussi ses faiblesses. Preuve qu’un artiste est celui qui réceptionne l’humanité, la retransmet selon son angle de vue pour en révéler toute sa beauté et sa complexité. Pas toujours des plus démonstratifs au premier abord, mais généreux avant tout. À défaut d’avoir le privilège de rencontrer Sendak de visu, nous avons conversé pendant près de deux heures autour de ses créations. Un échange des plus intéressants qu’Hexagone vous invite à découvrir.

Photo Sendak

Photo Sendak

Hexagone : L’aventure commence tout juste pour toi puisque tu viens de créer un projet Ulule pour t’aider à financer ton premier EP. Comment est né Sendak ?
Sendak : Sendak n’est pas mon premier projet. Quand j’étais étudiant, un ami également compositeur/auteur et moi jouions en duo sous le nom de Stitch. On croisait nos styles pour faire des concerts. Ça ressemblait pas mal à ce que le chanteur Vianney propose aujourd’hui. Même si on le faisait avant tout par plaisir, on y a consacré pas mal de temps. Au total, on a dû faire une dizaine de dates. Deux ans après, j’ai voulu prendre mon indépendance. Il y a un peu plus de trois ans, j’ai voulu me reconnecter à la musique en faisant des concerts dans Lille avec l’envie de confronter ma musique à un autre public. À l’époque, je jouais beaucoup de chansons que j’avais écrites lorsque j’étais étudiant. C’est en voyant le film Max et les Maximonstres de Spike Jonze que j’ai eu une révélation sur la direction que je  devais prendre. C’est à ce moment que Sendak est né.

Hexagone : Tu compares ton duo Stitch à Vianney, j’imagine que tu fais référence non seulement au style mais aussi à la technique de boucle qui fait sa marque de fabrique. Dans la session acoustique Sans toi c’est également ce que tu utilises, non ?
Sendak : Oui, c’est le même principe. D’ailleurs je crois qu’il utilise la même pédale. À l’époque de Stitch, cette technologie n’était pas encore très populaire. Du coup, on jouait beaucoup avec des secondes guitares et des secondes voix. C’est quand j’ai voulu partir en solo que j’ai découvert la loopstation. Les possibilités sont devenues infinies ! Aujourd’hui, j’arrive à intégrer cet outil dès la composition. Un peu à la manière de Camille sur l’album Le Fil. C’est une influence majeure.

Hexagone : Max et les Maximonstres a été une révélation pour toi. Peux-tu nous raconter ton coup de foudre ? Quelle révélation as-tu eue ?
Sendak : Le coup de foudre s’est opéré dès l’instant où j’ai vu la bande-annonce. Quelques images d’un petit garçon en costume de loup, dans les bras d’un monstre couvert de fourrure en animatronic. Il y avait cette phrase immensément poétique : « I’ll eat you up I love you so, » (Je t’aime tellement que je te mangerais), le tout sur Wake Up d’Arcade Fire. C’était incroyable. Tous les codes artistiques de cette bande d’annonce me parlaient. Lorsque je suis allé le voir au cinéma, j’ai été très ému, car l’histoire reflétait toute une partie de ma personnalité. Dès que je suis rentré, j’ai immédiatement écrit la chanson Les Monstres. En creusant un peu sur l’histoire qui avait inspiré le film, je me suis aperçu qu’il s’agissait d’un livre pour enfant : Where the wild things are, écrit et dessiné par Maurice Sendak. Quand il m’a fallu trouver un pseudonyme, ça m’a paru évident de reprendre son nom comme référence.

Hexagone : Tu parles de Monstre comme un morceau majeur de ton EP, pourtant tu ne l’as pas mis en ligne. Pourquoi ne pas l’avoir mis en avant justement ?
Sendak : Monstre est effectivement une chanson clé. En concert, c’est définitivement celle qui marque tout le monde. Elle est douce et longue. J’en ai plusieurs versions acoustiques et live, mais je voudrais d’abord réaliser une version studio, peaufinée et arrangée. J’attends qu’elle soit parfaite avant de la publier.

Photo Sendak

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Hexagone : Ton EP se nomme Ocelot. Il fait référence à un petit félin d’Amérique du Sud. Le monde animal est quelque chose qui t’inspire ? Est-ce lié justement à Max et les Maximonstres ?
Sendak : Non, ce n’est pas lié au film. Par contre, les félins m’ont toujours fasciné. Ocelot est également un autre de mes titres. Le texte est arrivé comme par magie dans mon esprit et s’est fait l’analogie de mon histoire d’amour. Il évoque un chat sauvage ou plutôt qui se la joue « sauvage ». Pourtant dès l’instant où il rencontre la bonne personne, il se plaît à se laisser domestiquer. C’était la première fois que je travaillais quelque chose au potentiel plus rythmé et pop. Au fur et à mesure, la chanson s’est imposée comme évidente à mettre en avant. Et puis le mot « Ocelot » en tant que tel me plaît énormément. J’aime sa sonorité légère et poétique. J’ai donc voulu que ce soit le titre de l’EP.

Hexagone : Crées-tu principalement sous le coup de l’impulsion, de l’inspiration ?
Sendak : Oui, cela arrive souvent. D’un mot ou d’une phrase que j’entends peut découler tout un texte. J’improvise un enchaînement d’accords sur la guitare, chante quelques mots en yaourt qui viennent les appuyer, et progressivement le socle de la chanson se crée. Ensuite, je travaille beaucoup pour l’étoffer grâce notamment à la loopstation. Cela me permet d’ajouter des sonorités basses, des secondes voix, ou des mélodies de guitare et des percussions.

Hexagone : Dans tes chansons, on ressent une très grande sensibilité. D’où te vient-elle ?
Sendak : La première réponse qui me vient, c’est mon éducation. J’ai été élevé par des parents musiciens, simples et généreux, chaleureux. Paradoxalement, je suis aussi quelqu’un de très timide, presque émotif anonyme, à un tel point que je me suis construit un personnage pour me sentir accepté et intégré. Je le faisais sans réellement m’en rendre compte. Suite à certains événements, ce personnage a dû laisser place au vrai moi, ce qui a été très difficile. J’ai vécu presque enfermé dans mon studio d’étudiant. Je n’osais même plus sortir de peur d’être jugé. C’est un sentiment difficile à décrire… Je suis parvenu à surmonter cette mauvaise période grâce à ma famille, mes amis et une sublime rencontre amoureuse. J’en parle dans la chanson Une vie démente. C’est tout cet aspect personnel qui a construit Sendak.

Hexagone : Sur scène, avec la timidité comment ça se passe ? Fais-tu toujours appel à ce personnage ?
Sendak : Justement la scène était un moyen de me confronter à cette timidité et surtout de révéler le « vrai » moi, comme une sorte d’aveu. Percevoir le message et la sensibilité d’un musicien sans voir le visage ou la gestuelle est plus difficile. Au début, c’était très difficile, même si je ne jouais que devant mes amis mais au fil des concerts, des rencontres, des retours positifs et constructifs, j’ai pris de plus en plus de plaisir à jouer, et à échanger avec les personnes que j’avais en face de moi. Qu’elles soient deux ou plus d’une centaine, l’exercice était le même. La scène m’a guéri de beaucoup de choses et aidé à m’accepter dans mes forces et mes faiblesses.

Photo Sendak

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Hexagone : Ton atout est ta voix claire et haute, presque féminine. Est-ce que tu as beaucoup travaillé tes cordes vocales pour arriver jusqu’à ce résultat ?
Sendak : J’ai pris des cours de chant dans l’idée de gagner en technique et d’être à l’aise justement avec cette voix plutôt haut perchée. Au début, elle me frustrait beaucoup et je voulais absolument la modifier. Quand une personne m’entendait parler puis chanter, elle me disait systématiquement qu’elle ne s’attendait pas à cette tessiture. À force de surprendre les gens, je me suis dit qu’il valait mieux en jouer plutôt que d’essayer de la changer. Elle a toujours été là, mais aujourd’hui je l’assume. Les cours m’ont appris à la maîtriser, sans pour autant la corriger ou la lisser.

Hexagone : Dans une session acoustique, tu chantes Les filles de vingt ans, élevant les jeunes femmes au rang d’étranges créatures. Les femmes sont-elles une source d’inspiration pour toi ?
Sendak : Oh que oui. C’est la seule chanson que j’ai gardée parmi toutes celles que j’ai écrites quand j’étais étudiant. Les filles de vingt ans parle de la frustration d’un jeune homme qui ne comprend rien aux femmes, alors il se sert de ses mots pour se venger. J’ai beaucoup écrit sur ce sentiment. Au final, cette chanson à la première personne est celle qui reflète le mieux ce personnage qui déguise sa fascination et son incompréhension en ayant recours à la rhétorique. Aujourd’hui, j’ai souvent un sourire en coin quand je la joue, car j’ai depuis pris du recul. Je crois que les femmes, ou exactement les relations entre hommes et femmes seront toujours mon sujet favori. C’est très inspirant.

Hexagone : Comment perçois-tu les femmes par rapport à la société actuelle ?
Sendak : Les femmes me paraissent plus fortes que les hommes, car elles affrontent des choses par lesquelles nous ne sommes pas touchés. Je ne sais pas comment nous parviendrons à les gérer à leur place. Par exemple, le harcèlement de rue est quelque chose dont je n’avais absolument pas conscience avant que des campagnes publicitaires ne commencent à être relayées sur les réseaux sociaux. J’en ai parlé avec mes amies et ma copine. C’est à ce moment que je me suis rendu compte à quel point c’est omniprésent et paradoxalement, cela reste relativement absent des débats. Depuis quelque temps, je m’intéresse également à un autre sujet : la façon dont les femmes doivent assumer financièrement et médicalement leur corps au quotidien. Il y a un livre notamment qui m’a révélé énormément de choses : Le Choeur des femmes de Martin Winckler. Je pense que tous les hommes devraient le lire. Il relate l’histoire d’un gynécologue qui reçoit beaucoup de femmes plus ou moins détruites par les pratiques gynécologiques actuelles et les conventions. Ce livre apporte un regard sincère et juste sur la façon dont une femme peut percevoir la société actuelle, la sexualité et la façon dont elle est à son tour perçue. Aujourd’hui, toutes ces choses ont nourri d’une nouvelle façon mon écriture. Ça me donne envie de raconter d’autres histoires que la mienne.

Photo Sendak

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Hexagone : Lauréat du Tour de Chauffe 2015, tu as partagé l’affiche avec Zaza Fournier à La Ferme d’en Haut de Villeneuve-d’Ascq. Ça t’a fait quoi ?
Sendak : C’était génial ! Dans un premier temps parce que je jouais devant son public et qu’il a été extrêmement réceptif et chaleureux. J’ai vu tout son concert qui était vraiment excellent.  Ensuite, parce que j’ai croisé des artistes qui me plaisent, dont notamment le pianiste Majiker qui a participé à l’album de Camille, Le Fil. Je ne lui ai malheureusement pas parlé, car je suis toujours très intimidé quand je vois des personnes que j’admire. Je ne sais pas quoi leur dire, alors je me contente de me taire. Idem avec Zaza Fournier, on s’est juste dit bonjour, mais j’étais tellement timide que je n’ai pas réussi à enclencher la conversation. J’avais peur d’être ridicule et j’étais préoccupé par ma première partie à venir. J’ai eu le même cas avec Ben Mazué que j’ai vu dans une toute petite salle aux alentours de Lille. J’aurais pu aller le voir après le concert et lui témoigner toute l’admiration que j’ai pour lui. Je n’ai pas osé. On ne se refait pas !

Hexagone : As-tu une anecdote de scène à nous raconter ?
Sendak : Je me rappelle avoir fait un concert à Tournai en Belgique, où je partageais la soirée avec Manu Gabriele. Ça se passait dans un bar. La scène se situait dans une arrière-salle, elle était essentiellement consacrée à du gros son de type hard rock, métal, etc. Du coup, je ne me sentais pas du tout à ma place. J’ai quand même joué, devant pas grand monde, mais avec une bonne sono, c’était cool. Quand j’ai fini mon set, je suis allé boire un verre au bar et le patron m’a révélé que le batteur de son groupe de Speed Metal avait adoré. Il était resté jusqu’au bout. J’étais vraiment content d’être parvenu à toucher quelqu’un dont, à priori, ce n’était pas du tout l’univers musical. Ça m’a vraiment fait prendre conscience qu’on ne peut pas classer la musique qu’on aime dans des catégories.

Hexagone : Tu as fait un cover d’Alain Souchon pour en produire une version particulièrement émouvante. Est-ce un artiste qui fait partie de tes influences musicales ?
Sendak : Souchon représente tout ce que j’aime dans la chanson française : la sensibilité, la délicatesse. Il a une manière bien à lui de raconter des moments à la fois personnels et universels. Ce n’est pas pour autant que j’aime tout, mais mes parents m’ont élevé avec ses chansons et quelques autres artistes comme Cabrel, Goldman, Voulzy, Berger, etc. Aujourd’hui, elles sont toujours présentes.

Photo Sendak

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Hexagone : Pourquoi t’es-tu tourné vers l’autoproduction ?
Sendak : C’était la solution la plus simple à gérer d’un point de vue temps et liberté. De plus, je ne pense pas être à un stade assez avancé pour prétendre pouvoir être produit par un label. Aujourd’hui, il est difficile de se faire repérer quand on démarre et plus encore de vivre de sa musique. Autoproduire cet EP, c’est par contre la meilleure carte de visite que je puisse donner pour espérer ensuite aller plus loin. J’ai l’impression que ça fonctionne de plus en plus de cette façon.

Hexagone : Après le financement de ton EP, c’est quoi la prochaine étape ?
Sendak : La prochaine étape sera de refaire des concerts – ça me manque beaucoup – avec l’ambition de démarcher des salles plutôt que des bars et de dépasser le cadre régional. D’abord en faire quelques-uns à Paris mais aussi ailleurs en France. Avec l’EP, je pourrai également présenter une candidature plus sérieuse à des tremplins et des festivals. L’idée qui me trotte en tête depuis un petit moment c’est la réalisation d’un clip. J’ai également très envie de tourner plusieurs sessions acoustiques. Tout cela devrait se préciser au fur et à mesure.



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deborah-galopin@live.fr

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